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Madison, V;l 5o/û6-1494
U.S.A.
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LES CLASSIQUES
DE L’HISTOIRE DE FRANCE
AU MOYEN AGE
PUBLIÉS sors LA DIRECTION DE LOUIS HaLPHEN
Fascicale 4
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PRINCIPAUX OUVRAGES DU MÊME AUTEUR :
Le schisme oriental du XI* siècle, i vol. in*8*, 1899, xxix-3i2 p.
L’Église et l’Orient. Les croisades. 1 vol. in-12, 1912 (4* édition,
1921), xiii-397 p.
(Couronné par l’Académie française.)
La cathédrale de Reims. Une œuvre française. 1 vol. in-8% 1916
(2* édition, 1920), in-277 p,, 56 planches hors texte.
(Couronné par l’Académie des inscriptions.)
L'art chrétien^ son développement iconographique des origines à
nos jours, i vol. in-4®, 1918, 466 p., 233 gravures dans le texte.
(Couronné par l’Académie des inscriptions.)
L’art byi^antin {Les patries de Vart) (sous presse).
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LES CLASSIQUES DE U HISTOIRE DE FRANCE
AU MOYEN AGE
publiés sous la direction de Louis Halphen
HISTOIRE ANONYME
DE LA
PREMIÈRE CROISADE
ÉDITÉE ET TRADUITE
PAR
LOUIS BRÉHIER
PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES
DE CLERMONT-FERRAND
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR
5, QUAI MALAQUAIS (vi*)
1924
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Genercl Library System
Universitv cf ..
728 State St-G-t'”'' '
Madison, Wl 63706-1 4S4
Tous droits réservés
Copyright by Edouard Champion, July 1934
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300638
FEB 15 132G
rc5
INTRODUCTION
I. — L’auteur.
Les Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum sont
regardés avec raison par les historiens comme une des
sources fondamentales de l’histoire de la première croisade.
Ce récit est dû sans conteste à un témoin oculaire qui a par¬
ticipé lui-même aux événements qu’il raconte. Malheureu¬
sement cet écrivain, qui inaugurait cent ans avant Villehar-
douin le genre des « Mémoires » personnels, ne nous a pas
livré son nom; ses contemporains, qui ont cité son ouvrage
«t l’ont copié sans scrupule, ne Tont pas nommé davantage;
les efforts qu’on a faits jusqu'ici pour l’identifier à un per¬
sonnage connu sont restés vains', et nous sommes réduits,
pour deviner quelque chose de sa personnalité, à recueillir
dans son œuvre quelques renseignements sommaires que
Lon peut déduire, soit de la forme de son récit, soit de ses
préoccupations habituelles.
C’est ainsi qu’après avoir raconté d’une manière incom¬
plète et impersonnelle les origines de la croisade, il donne
tout à coup des détails abondants et précis (chap. iv) sur le
départ de Bohémond et des Normands d’Italie pour Jérusa¬
lem, mentionne toutes les étapes de leur marche à travers la
péninsule des Balkans et, à partir de ce moment, parle à la
I. Par exemple l’hypothèse de Riant (^rc^iVw de l’Orient latin^
t. 1, p. 145), qui l’identifie avec Alexandre, chapelain et secrétaire
d’Étienne, comte de Blois.
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H l’auteur
première personne du pluriel. 11 a donc fait partie de la
bande de Bohémond, et Ton peut suivre dès lors son itiné¬
raire jusqu’à la bataille d’Ascalon, c’est-à-dire depuis la fin
de 1096 jusqu’au mois d’août 1099. Lorsque Bohémond
quitte son armée à Rousa (i«r avril 1097, chap. v) pour
rejoindre les autres chefs à Constantinople, l’Anonyme reste
avec Tancrède, et il passe avec lui le Bosphore (chap. vu)
sans pénétrer à Constantinople. On le retrouve au siège de
Nicée, puis à la bataille de Dorylée et aux deux sièges d’An*
tioche, toujours dans l’armée de Bohémond. Lorsqu’après
la prise de Marra (i i décembre 1098, chap. xxxiii) Bohémond
se sépare des autres chefs pour retourner à Antioche, l’Ano¬
nyme reste dans l’armée qui part de Marra sous le com¬
mandement du comte de Toulouse, accomplit toutes les
étapes de la marche en Palestine, prend part au siège de
Jérusalem et à la bataille d’Ascalon, où il termine son
récit.
L’Anonyme était donc originaire de l’Italie méridionale.
C’est ce que prouve l’expression de « pays d’outre-monts »
par laquelle il désigne la France (chap. i); d’autre part,
lorsqu’il parle des habitants de l’Italie méridionale, il n’em¬
ploie jamais le terme de < Normands » ou de « Francs »,
mais celui de « Longobards », qui était resté à cette époque
l’expression officielle pour désigner les habitants de l’ancien
thème byzantin de « Longobardie » (chap. ii, xx, xxix); enfin
il est très au courant des faits et gestes de Bohémond, et il
manque rarement, lorsqu’il le cite, de lui appliquer quelque
épithète emphatique qui marque la vénération qu’il a pour
sa personne; c’est à lui qu’il réserve le titre de dominus,
« seigneur », qu’il ne donne pas aux autres chefs. Etait-il
lui-même d’origine normande ou était-ce un indigène rallié
à la dynastie de Tancrède de Hauteville? Il est difficile de le
dire; le fait qu’il emploie le terme de « Longobard » et aussi
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l’auteur
III
certaines expressions techniques qui se rapprochent de Tita-
lien n’est pas décisif^, car un Normand d’Italie pouvait par¬
ler ainsi. Il vaut mieux avouer notre ignorance.
Nous sommes mieux renseignés par lui-même sur sa con¬
dition. Il n’appartient pas au bas peuple qu’il confond sous
le terme de « la menue gent, les pauvres ». Ce n’est pas un
clerc, car en plusieurs actions, à la bataille contre Ker-
bôga (chap. xxix), à la procession autour de Jérusalem
(chap. xxxviii), il oppose toujours les clercs et les évêques,
priant pour le succès des croisés, aux groupes de combat¬
tants dont il fait partie. En dépit de sa reserve, quand il
s’agit de lui-meme, il indique indirectement les actions aux¬
quelles il a pris part personnellement. C’est ainsi qu’il est
dans la troupe de Bohémond à l’escalade d’Antioche (nuit
du 3 juin 1098) et qu’il est un des premiers à pénétrer dans
la ville (chap. xx). De même, il a combattu dans les rangs
des croisés le 28 juin 1098 à la bataille contre Kerbôga
(chap. xxix) et il paraît avoir fait partie de l’expédition de
Raimond Pilet pendant le séjour des croisés à Antioche
(chap. xxx).
Ce n’est pas non plus un chef d’armée. Il n’est pas entré
à Constantinople; il ne connaît les délibérations des chefs
que par ouï-dire, mais il en est très bien informé, ce qui
laisse supposer qu’il occupait dans l’armée une certaine
situation. Il paraît avoir été l’un des nombreux chevaliers,
possesseurs de petits fiefs, qui prirent la croix. On le voit
assister à la découverte de la Sainte-Lance et même faire
partie du grand conseil de guerre qui suivit cet événement
(chap. xxviii). Enfin, dans ses récits de batailles, il se range
toujours parmi les chevaliers et emploie l’expression : « Nous
chevauchâmes » (chap. xxix).
I. F. de Saulcy, Tancrède^ dans la Bibliothèque de VEcoîe des
chartes, t. IV (1842), p. 3o2-3o3.
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IV
l’auteur
II représente donc la classe moyenne des chevaliers croi¬
sés, et c’est ce qui donne un si grand intérêt à son récit. En
maint passage l’Anonyme exprime l’ardeur de ses senti¬
ments religieux et de son enthousiasme pour la croisade,
mais aussi de sa haine pour les infidèles, qu’il confond sous
le nom de « païens » et qu’il prend naïvement pour des ido¬
lâtres. Les chrétiens tués dans un combat sont considérés
par lui comme des martyrs, tandis que les Turcs mortelle¬
ment atteints rendent leurs âmes au diable et à ses anges
(chap. xviii). Comme ses contemporains, il trouve justes et
raconte froidement les massacres les plus horribles, la déca¬
pitation des prisonniers turcs (chap. xii), la violation des
sépultures musulmanes (chap. xviii), l’égorgement de la
population sans défense dans les villes prises d’assaut
(chap. IV, XXX, XXXI, xxxiii, xxxviii). Et, d’autre part, en vrai
chevalier, il admire les beaux exploits et les grands coups
d’épée; certains de ses récits de bataille ont une couleur
véritablement épique et il a un tel amour de la vaillance
qu’il la prise même chez les Turcs ; il va jusqu’à dire
(chap. ix) que, si les Turcs étaient chrétiens, ils seraient les
premiers chevaliers du monde.
Ce qui frappe surtout dans son récit, c’est sa sincérité, la
naïveté avec laquelle il étale ses sentiments, ses préjugés et
toutes ses préoccupations. C’est ainsi qu’en vrai combattant
il connaît le prix des questions matérielles : le ravitaille¬
ment si difficile des bandes de croisés, le prix du pain, la
valeur de l’argent, les moyens employés pour avoir de l’eau
potable tiennent dans son récit une place de premier ordre.
A l’occasion aussi, il critique les mesures prises par les
chefs, il s'indigne de les voir se lier vis-à-vis de l’empereur
Alexis par le serment féodal (chap. vi) et surtout il ne perd
aucune occasion d’exprimer la haine et la défiance que lui
inspirent les Grecs. Alexis Comnène est pour lui « le très
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LA COMPOSITION DE l’œUVRE
V
inique » ou « le misérable empereur », et il l’accuse, ainsi
que ses dignitaires, de trahison contre le peuple chrétien.
Enfin il a le sentiment très vif de la chrétienté, commu¬
nauté supérieure à toutes les races et à tous les peuples. Sa
carte d’Europe est d’ailleurs sommaire et il ne distingue des
Francs proprement dits, qui représentent l’ensemble des
Occidentaux, que les « Longobards », les Allemands et les
Français du nord [Francigenae). Tel est le chroniqueur :
bien qu’il ait gardé l’anonyme, sa personnalité très accusée
et très vivante perce à travers son récit; mais, comme nous
allons le voir, la composition même de son œuvre nous
oblige à rechercher s’il n’a pas eu un collaborateur.
II. — L’œuvre.
I. La composition. — La composition en effet est loin
d’être uniforme et l’on y distingue nettement quatre élé¬
ments distincts :
10 La narration du chevalier anonyme, témoin oculaire
des événements qu’il raconte, en forme la partie essentielle.
Si l’on néglige les digressions et interpolations que nous
allons signaler, on trouve dans ce texte un récit bien lié des
événements, depuis le moment où Bohémond prend la croix
jusqu’à la bataille d’Ascalon. Certaines parties, comme le
récit de la traversée de la Bulgarie (chap. iv), de l’Asie
Mineure (chap. x et xi) ou de la Palestine (chap. xxxiv-
xxxvii) laissent l’impression d’un journal de marche, parfois
même un peu sec; d’autres, au contraire (sièges de Nicée,
Antioche, Jérusalem), sont des narrations composées à loi¬
sir, et l’on y trouve des lacunes et même des erreurs. Dans
l’ensemble le récit est fidèle et précis ; les dates, nombreuses,
sont exactes et confirmées par les autres sources.
2° A cette narration vivante et rédigée sous l’impression
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VI
LA COMPOSITION DE l’œUVRE
des faits se sont ajoutés des renseignements de seconde
main et de valeur inégale. Tout le premier chapitre, consa¬
cré aux origines de la croisade, est composé d'après des
données sommaires et incomplètes. Le voyage du pape
Urbain II en France est indiqué, mais le concile de Cler¬
mont n’est même pas mentionné. Le récit de la croisade
populaire (chap. ii), celui de l’arrivée de Godefroy de Bouil¬
lon à Constantinople (chap. ni) sont remplis de faits précis
et ont dû être composés d’après des témoins oculaires, mais
sont incomplets si on les confronte avec les renseignements
dont disposent Albert d’Aix et même Anne Comnène. De
même, c’est indirectement que l’Anonyme a connu les négo¬
ciations des chefs avec l’empereur (chap. vi). Le premier
chapitre, rempli de citations bibliques et qui a les allures
d’un sermon, laisse supposer dans la rédaction l’intervention
d’un clerc.
3o Le récit des événements est interrompu à plusieurs
reprises par des chapitres qui forment de véritables hors-
d’œuvre, mettent en scène les émirs turcs, rapportent lon¬
guement leurs discours et dont le caractère romanesque et
fabuleux, le style diffus, l’aspect d’amplification oratoire
forment un contraste étrange avec la narration si précise,
si pleine de faits de l’Anonyme. Citons le discours de Soli¬
man aux Arabes après la bataille de Dorylée (chap. x); les
détails sur les négociations entre les émirs turcs et Kerbôga
pour secourir Antioche, ainsi que la lettre de Kerbôga au
calife (chap. xxi); le dialogue de la mère de Kerbôga avec
son fils, à qui elle prédit sa défaite, s’il attaque les chré¬
tiens (chap. xxii) ; les lamentations de l’émir égyptien après
la bataille d’Ascalon, d’une allure romantique qui fait son¬
ger à « la Bataille perdue » des Orientales (chap. xxxix).
Les Turcs, que ces passages nous décrivent, sont entière¬
ment conventionnels et légendaires : ils adorent les idoles.
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LA COMPOSITION DE l’œUVRE
VII
jurent par les noms de tous leurs dieux et reconnaissent le
calife comme leur pape. Ces morceaux romanesques relèvent
plus du folklore que de l’histoire; ils nous montrent l’idée
que les chrétiens se faisaient des musulmans, et on peut les
rapprocher de passages analogues de nos chansons de
geste. On a peine à croire que le chevalier anonyme, qui
rapporte d’ordinaire si sobrement et presque toujours en
style indirect les discours qu’il attribue à ses personnages,
soit l’auteur de ces exercices de rhétorique et, d’autre part,
à travers l’érudition biblique de la mère de Kerbôga on
devine l’intervention du même clerc qui a rédigé le premier
chapitre du livre.
40 Enfin deux chapitres nous paraissent constituer des inter¬
polations ajoutées plus tard à l’ouvrage. L’un (chap. xxvii)
raconte l’entrevue du comte Etienne de Blois après sa fuite
d’Antioche et reproduit de longs discours qui ne sont pas
dans la manière de l’Anonyme; ce morceau paraît remonter
à l’époque de la querelle entre Bohémond et Alexis (iio3-
I II i) et pourrait bien être une pièce de propagande destinée
à soulever les Occidentaux contre l’empire byzantin. L’autre
ichap. xxxii) est une description d’Antioche intercalée bizar¬
rement entre le récit de l’expédition de Raimond de Tou¬
louse contre Albara et celui du siège de Marra. Ces deux
morceaux rompent la suite des événements et, bien qu’ils
figurent dans tous les manuscrits, on doit les considérer
comme ajoutés à la rédaction primitive.
Ainsi l’analyse du texte nous révèle la collaboration d’un
chevalier, à qui l’on doit le récit des faits dont il a été le
témoin oculaire ou sur lesquels il a pu se procurer des
renseignements précis, et d’un clerc qui a voulu enrichir ces
données à sa manière par des amplifications d’un caractère
oratoire, dont les thèmes lui étaient fournis par sa connais¬
sance des Écritures et de la littérature populaire, aussi
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VIII
DATE DE COMPOSITION
abondante en Occident qu’à Byzance, relative aux musul¬
mans. Il est bien probable que c’est à ce second collabora¬
teur qu’est due la rédaction définitive de l’ouvrage.
2. Date de la composition, — Cette rédaction existait à
Jérusalem au lendemain même de la croisade. Ekkehard,
moine de Bamberg, plus tard abbé d’Aura en Bavière, ayant
fait le pèlerinage de Terre-Sainte en iioi, lut à Jérusalem
un « petit livre » où était racontée exactement la série des
événements de la croisade’. Ce petit livre n’est autre que le
récit de notre Anonyme, et on en a la preuve par les em¬
prunts qu’Ekkehard lui a faits dans sa propre chronique. De
très bonne heure, l’ouvrage fut apporté en Occident. Dans
la préface de sa chronique, Robert le Moine (moine à Reims,
puis à Marmoutier) raconte que ce fut à la requête de Ber¬
nard, abbé de Marmoutier (mort en 1107), qu’il transcrivit,
en comblant ses lacunes et en la mettant sous une forme
plus correcte, « une histoire » qui avait omis de parler du
concile de Clermont^, Ce dernier détail, ainsi que la dépen¬
dance étroite du texte de Robert vis-à-vis de celui des
Gesta, prouvent qu’il s’agit bien de l’œuvre de notre Ano¬
nyme. A la même époque, vers 1 108, Baudri de Bourgueil
écrivait sa chronique d’après le texte des Gesta^ et dans sa
préface il se vantait d’avoir remis en beau langage l’œuvre
« rustique » de ce « compilateur anonyme »•’.
Ainsi la rédaction primitive de cet ouvrage date du lende¬
main même de la croisade. La bataille d’Ascalon, dont le
récit termine la chronique, est du 12 août 1099, et c’est deux
1. Ekkehard, Hierosolymitanay g i3, dans le Recueil des histo-
riens des croisades; historiens occidentaux^ t. V, p. 21.
2. Recueil des historiens des croisades; historiens occidentaux,
t. III, p. 721.
3. Jbid., t, IV, p. 10.
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DATE DE COMPOSITION
IX
ans plus tard, en septembre iioi, qu’Ekkehard a pu voir le
livre à Jérusalem. Nous avons d^ailleurs la preuve que cer¬
taines parties des Gesta furent composées au fur et à mesure
des événements. Blâmant la soumission des chefs aux exi¬
gences de l’empereur (chap. v), l’auteur emploie le futur :
« Peut-être, dit-il, nous arrivera-t-il encore d’être déçus par
nos chefs; à la fin que feront-ils? Ils diront, etc... » De
même lorsqu’il vante le courage des Turcs à la bataille de
Dorylée (chap. ix) ou lorsqu’il raconte la désertion de l’en¬
voyé impérial Tatikios devant Antioche (chap. xvi) : « Il
demeure et demeurera à jamais dans son parjure. » Il est
clair que, quand cette phrase fut écrite, l’expédition n’était
pas terminée.
En revanche, en d’autres endroits (chap. xiv, xv, xix, xxi),
il anticipe sur les événements. A propos de la fuite de Guil¬
laume le Charpentier (chap. xv|, il dit que, malgré le ser¬
ment prêté par lui à Bohémond, il devait déserter plus tard.
A l’attaque d’Antioche par Kerbôga (5 juin 1098), il raconte
la capture d’un chevalier et fait allusion à sa délivrance
postérieure, après la bataille du 28 juin.
Son récit n’est donc pas exactement le contenu d’un car¬
net de route. Certains faits lui ont été racontés après les
événements. « On rapporte, dit-il, qu’Herluin (ambassadeur
des croisés à Kerbôga) connaissait les deux langues (latine
et turque). » Plusieurs morceaux ont donc été rédigés
quelque temps après les événements. L’étude des subdivi¬
sions, que l’on peut attribuer à la rédaction primitive, va
d’ailleurs nous faire mieux connaître la méthode employée
pour cette rédaction.
3. Les subdivisions de l’ouvrage. — La division actuelle
en chapitres ne se trouve dans aucun manuscrit; elle appa¬
raît dans l’édition Bongars en 1611, mais elle est assez
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X
LES SUBDIVISIONS DE l’oUVRAGE
logique et peut être ancienne ^ Dans certains manuscrits,
comme le n® 9783 de Madrid et le no 672 du Vatican et aussi
dans l’édition Bongars, l’ouvrage est divisé en quatre livres;
mais, tandis que les trois premiers livres n’embrassent que
neuf chapitres, le quatrième livre va du chapitre x au cha¬
pitre XXXIX et comprend tous les événements depuis le début
de la marche en Asie Mineure jusqu’à la bataille d’Ascalon.
Il y a là une anomalie qui enlève toute valeur à cette subdi¬
vision.
Reprenons cependant notre texte. Nous constatons qu’à
certains intervalles le récit est interrompu et semble se ter¬
miner comme un sermon par une action de grâces ou une
glorification du Seigneur (doxologie). Par exemple, à la hn
du chapitre iv, où est racontée la bataille livrée par les che¬
valiers de Bohémond aux troupes impériales sur les bords
du Vardar, on lit : « Cette bataille eut lieu le quatrième jour
de la semaine qui marque le début du carême. Que Dieu
soit béni en toutes choses. Ainsi soit-il !» Il en est de même
à la fin du chapitre viii. Le chapitre ix (bataille de Dorylée)
se termine par l’indication de la date de la bataille. Des
doxologies ou des indications chronologiques analogues
terminent les chapitres xi, xii, xvii, xviii, xix, xxix, xxxix, et
l’ouvrage se trouve partagé en dix parties de dimension iné¬
gale. Les quatre premières subdivisions correspondent exac¬
tement aux quatre livres des manuscrits et de l’édition Bon¬
gars; mais ce qui est surtout remarquable, c’est que, dans
deux des plus anciens manuscrits, les nos 641 et 572 du
Vatican, tous deux du xii« siècle, des initiales en rouge avec
I. Nous l’avons conservée, à l’exemple d’Hagenmeyer, pour
plus de commodité, en plaçant les numéros entre crochets. L’édi¬
teur du Recueil des historiens des croisades {Historiens occiden¬
taux, t. III) a introduit une autre division en chapitres, qui ne
peut être qu’une source de confusions.
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LES SUBDIVISIONS DE L'OUVRAGE
XI
les premiers mots écrits en capitales dans le manuscrit 641,
des alinéas avec des blancs dans le manuscrit 572 corres¬
pondent à chacune de ces subdivisions ^ Enfin V Histoire du
voyage à Jérusalem de Tudebode, dont le texte présente
avec celui des Gesta des rapports intimes, sur lesquels nous
aurons à nous expliquer, est divisée en seize « thèmes » ou
récits, dont les sept premiers coïncident exactement avec les
subdivisions des Gesta et se terminent par les mêmes doxo-
logies ou mentions chronologiques.
Il faut en conclure que ces subdivisions sont bien celles
de la rédaction primitive. Chacune d’elles formait à l’origine
un tout et avait été rédigée séparément; la doxologie ou la
mention chronologique indique le point où le narrateur
s’était arrêté. Le fait que ces divisions sont inégales et ne
se présentent pas dans un ordre logique ne donne que
plus de vraisemblance à cette hypothèse. Le premier récit
(chap. Mv) se termine à la bataille du Vardar, qui est loin
d’être un fait décisif. Le deuxième récit va jusqu’à la prise
de Nicée (chap. v-viii). Le troisième (chap. ix) ne comprend
que la bataille de Dorylée, le quatrième (chap. x-xi) la
marche des croisés jusqu’à Antioche. Le siège d’Antioche
est partagé inégalement entre le cinquième (chap. xn-xiii), le
sixième (chap. xiv xvn), le septième (chap, xvin), le huitième
I. Le manuscrit 641 renferme neuf divisions, mais il englobe à
tort les neuf premiers chapitres dans le premier récit. La doxo¬
logie qui termine le chapitre iv indique une subdivision qui se
trouve dans les autres manuscrits. Nous avons cru devoir la réta¬
blir et admettre la division de l’ouvrage en dix récits. Par contre,
le manuscrit 572 admet une onzième division après le cha¬
pitre XXXI, suivi de la description d’Ântioche (chapitre xxxii), que
nous regardons comme une interpolation, les premiers mots du
chapitre xxxiii continuant exactement la suite des idées expri¬
mées à la fin du chapitre xxxi. Nous avons donc négligé cette
coupure que rien ne justifie.
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XII
l’originalité de l’œuvre
récit (chap. xix-xx). L’attaque d'Antioche par Kerbôga cons*
titue le neuvième récit (chap. xxi-xxix), et tous les événe¬
ments qui ont suivi la délivrance d’Antioche jusqu’à la vic¬
toire d’Ascalon (chap. xxx-xxxix), du 29 juin 1098 au 12 août
1099, sont bloqués dans le dixième récit.
Rien ne montre mieux que ces divisions inégales le carac¬
tère spontané et irrégulier de la rédaction. Chacun de ces
récits a dû être rédigé séparément, et la doxologie qui ter¬
mine quelques-uns d’entre eux porte la marque du clerc qui
a collaboré à l’ouvrage. Dans la préface de son édition de la
Chanson d'Antiochef Paulin Paris voyait dans les « thèmes »
de Tudebode des sortes de lettres ou de communiqués
envoyés parles croisés en Occident à des intervalles divers.
Si jolie que soit cette hypothèse, il faut y renoncer : les
thèmes de Tudebode, pas plus que les récits de l’Anonyme,
n’ont la forme épistolaire. Ce sont seulement des morceaux
rédigés au jour le jour et en pleine action : c’est ce qui fait
leur valeur.
4. L’originalité de l’œuvre. — Mais il est temps de pré¬
ciser les rapports qui unissent ces deux textes. Bien que la
discussion soit close aujourd’hui, il faut rappeler pour
mémoire que notre Anonyme a été souvent regardé comme
le plagiaire de Tudebode, prêtre de Civray en Poitou, qui
prit part lui aussi à la croisade et rédigea, entre 1 102 et 1 1 1 1 ,
une Histoire du voyage à Jérusaleniy dont le texte coïncide
presque continuellement avec celui des Gesta Francorum,
mais contient aussi des emprunts à la chronique de Rai¬
mond d’Aguilers et un certain nombre de renseignements
particuliers à l’auteur. Il est clair que Tudebode est le pla¬
giaire. Comme l’ont fait remarquer SybeD et F. de Saulcy*,
1. Sybel, Geschichte des ersten Kreus^^^uges^ éd. de 1881, p. 23*46.
2. F. de Saulcy, Tancrède^ dans la Bibliothèque de VEcole des
chartesy t. IV (1842), p. 3o2-3o3.
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l’originalité de l’œuvre
XIII
il paraît difficile de croire que, si l’Anonyme avait copié
Tudebode, il eût laissé de côté systématiquement les pas¬
sages empruntés à Raimond d’Aguilers. La querelle, née au
XVII* siècle, lorsque André Duchesne publia en 1641 le
manuscrit de Tudebode découvert par Besly^, a été tran¬
chée au xix* siècle en faveur de l’Anonyme, qui est bien
l’auteur original. La tradition manuscrite des deux ouvrages
est en général distincte; cependant, comme nous allons le
montrer, il y a des exemples de contamination des deux
textes. C’est donc à tort que les éditeurs du Recueil des his¬
toriens des croisades ont publié le texte de l’Anonyme sous
le titre de « Tudebode abrégé ». Il arrive au contraire que,
dans certains chapitres, la narration des Gesta est plus
complète que celle de Tudebode. Par exemple, le cha¬
pitre XI de l’Anonyme correspond au chapitre i du thème II
de Tudebode qui, après avoir raconté les négociations de
Bohémond avec le curopalate envoyé par l’empereur, passe
directement à l’arrivée des Normands à Rousa, oubliant
ainsi l’épisode si curieux où l’on voit Bohémond empêcher
son armée d’attaquer une ville, puis le passage des croisés
à Serrés, enfin les négociations avec deux autres curopa-
lates. Tudebode n’a donc fait ici que résumer le texte de
l’Anonyme en négligeant des faits intéressants.
I. André Duchesne, Scriptores rerum Francicarum^ t. IV, p. 773-
8i5. L’originalité de Tudebode a été soutenue au xix* siècle par
Wilken, Michaud, P. Paris (préface de l’édition de la Chanson
d'AntiochCf 1848) et les éditeurs du Recueil des historiens des
Croisades {Historiens occidentaux^ t. III, p. I2i-i63). Sybel, en
1841, F. de Saulcy, en 1842 (pp. cit.), ont bien établi que l’Ano¬
nyme est l’original et Tudebode le plagiaire. Leurs arguments
ont été développés par Thurot, Études critiques sur les historiens
de la première croisade, dans la Revue historique, t. ï (1876), p. 67,
et Hagenmeyer, Anonymi Gesta Francorum. Heidelberg, 18^
(préface à l’édition des Gesta Francorum).
Première croisade, 2
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XIV
COPIES ET REMANIEMENTS DU TEXTE
5. Les copies et remaniements du texte. — Mais Tude-
bode n’est pas le seul plagiaire des Gesta. Une autre chro¬
nique anonyme publiée par Mabillon sous le titre de : His-
toria belli sacri ou Histoire de la Guerre sainte^, et écrite
au moins après ii3i, puisqu’elle mentionne la mort de Bo-
hémond II, reproduit à peu près le texte de l’Anonyme en y
ajoutant des renseignements tirés de Raimond d’Aguilers,
de Raoul de Caen et d’autres témoignages inconnus. \JEx‘
pédition contre les Turcs, qui se trouve dans un manuscrit
de Cambridge^, est une compilation du même genre. Le
récit de la première croisade, qui se trouve au livre ÏX de
V Histoire ecclésiastique d'Orderic Vital 3, est, sauf pour le
récit du concile de Clermont, la reproduction plus ou moins
abrégée du texte des Gesta.
Dès les dix premières années du xii* siècle, d’autres chro¬
niqueurs ont entrepris de mettre en meilleur langage, de
compléter et de développer le texte des Gesta. Ils l’ont en
général délayé et obscurci, rendant confuses, grâce à leur
insupportable verbiage, les données précises de l’Anonyme
et amplifiant d’une manière ridicule les discours très sobres
qu’ils trouvaient dans son texte. Tel est surtout le caractère
de la chronique de Baudri, abbé de Bourgueil (1089-1107),
écrite vers 1108^; dans une mesure moindre de celle de Ro-
1. Mabillon, Muséum italicum, t. I (1687), p. i3i-326. Rééditée
dans le Recueil des historiens des Croisades {Historiens occiden¬
taux, 1. 111, p. lôgetsuiv.) sous le titre de Tudebodus continuatus.
2. Publiée dans le Recueil des historiens des croisades {Hisio^
riens occidentaux, t. 111, p. 121 et suiv.) sous le texte des Gesta
Francorum.
3. Ce livre a été écrit vers ii35. Edition Le Prévost (Société de
l’histoire de France), t. III, p. 463-624.
4. Publiée par Thurot, dans le Recueil des historiens des croi¬
sades {Historiens occidentaux, t. IV, p. i-iii, et préface, p. vi-xii).
Le latin de Baudri n’est pas beaucoup meilleur que celui de
l’Anonyme, mais il cherche avant tout à transcrire en style noble,
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COPIES ET REMANIEMENTS DU TEXTE XV
bert le Moine, composée avant 1107^, et des Gesta Dei per
Francos de Guibert, abbé de Nogent-sous-Coucy*, qui rédi¬
gea son livre vers 1104 et ajouta des renseignements nom¬
breux à ceux de l’Anonyme.
D’autres chroniques ont simplement utilisé en partie le
texte des Gesta. Les rapprochements établis par Hagen-
meyer entre certains passages de la chronique de Raimond
d’Aguilers et le texte des Gesta sont loin d’être décisifs^; il
est naturel que, pour raconter les mêmes faits, les deux
auteurs aient employé des expressions analogues. Le texte
de Raimond d’Aguilers est d’ailleurs plus développé que
celui des Gesta; on trouve, il est vrai, dans deux manuscrits
de Raimond, inséré à la fin du texte, un long passage des
Gesta, mais il s’agit, comme nous le verrons, d’une interpo¬
lation.
La dépendance de Foucher de Chartres et surtout d’Al¬
bert d’Aix-la-Chapelle à l’égard des Gesta est aussi problé¬
matique. Au contraire, l’inspiration des Gesta apparaît dans
la chronique d’Ekkehard d’Aura^, dans les Gestes de Tan-
cr 'ede de Raoul de Caen s, dans le chapitre de la Chronique
de France de Fleury-sur-Loire®, dans le récit de Hugue de
avec redondances, ce que son modèle a dit simplement. 11 déve¬
loppe le récit en ajoutant des détails de son cru et à la phrase
analytique, très voisine de la langue vulgaire, il substitue un
arrangement de mots compliqués en prenant pour modèle la poé¬
sie rythmique. Voir les comparaisons données par Thurot dans
sa préface.
1. Recueil des historiens des croisades {Historiens occidentaux,
t. III, p. 717-882).
2. Édition Thurot, Ibid., t. IV, p. ii5-263.
3. Hagenmeyer, préface de l’édition des Gesta, p. 49-58. ”
4. Recueil des historiens des croisades [Historiens occidentaux,
t. V, p. 1-40).
5. Ibid., t. m, p. 587-601.
6. Ibid., t. V, p. 356-362.
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XVI
COPIES ET REMANIEMENTS DU TEXTE
Fleury^ et dans les poèmes consacrés à la croisade, en
latin, par le clerc parisien Gilon^, en français, sous le titre
de Chanson d'Antioche, par le trouvère artésien Richard le
Pèlerin^.
On peut dire qu’à ces époques, où la notion de la pro¬
priété littéraire était inconnue, le succès d’un livre se mesu¬
rait au nombre des plagiats qu’il inspirait. Or, au lendemain
de la croisade, une raison surtout contribua au succès de
l’Anonyme : malgré son impartialité pour les autres chefs, il
a mis Bohémond au premier plan. Jusqu’à la marche sur
Jérusalem, c’est Bohémond qui apparaît dans son récit
comme le véritable chef de la croisade, qui fait décider
toutes les mesures importantes et qui, en mainte circons¬
tance, relève le courage de l’armée chrétienne ou la sauve
des désastres dont elle est menacée. Et justement, au mo¬
ment même où le texte de l’Anonyme se répand en France,
entre 1104 et 1106, Bohémond est un des hommes les plus
populaires de la chrétienté : délivré de la captivité lointaine
qu’il a subie chez les Turcs, il est venu en Occident pour
prêcher la croisade contre l’empereur Alexis, dont il dénonce
la mauvaise foi^; accompagné d’un légat du pape, il paraît
en Normandie, où il a une entrevue avec le roi d’Angle¬
terre; à Paris, où il épouse la fille du roi de France Phi¬
lippe 1er; au concüe de Poitiers, où il reçoit un accueil
triomphal (1106). Entre ce voyage de propagande contre
l’empire byzantin et la vogue des Gesta, il est difficile de
ne pas établir une relation. Un livre où Bohémond était
1. Recueil des historiens des croisades {Historiens occidentaux,
t. V, p. 363-368).
2. Ibid., t. V, p. 691-800.
3. Édition Paulin Paris (2 vol., 1848) et cf. Histoire littéraire de
la France, t. XXII, p, 353, et t. XXV, p. Sig.
4. Cf. Chalandon, EfSâi sur le règne d'Alexis Comnène (Paris,
1900), p. 236-243.
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VALEUR DU TÉMOIGNAGE
XVII
représenté comme le héros de la croisade ne pouvait qu’ex¬
citer la curiosité. Plusieurs interpolations, qui datent visi¬
blement de cette période, par exemple l’entrevue d'Étienne
de Blois fugitif avec l’empereur, et qui paraissent destinées
à montrer la couardise des Grecs, font même penser que la
diffusion des Gesta a pu faire partie de la campagne habile
entreprise par Bohémond en France.
6. Valeur du témoignage. — Par ses qualités de précision
et de sincérité, le récit de l’Anonyme est une des sources
fondamentales de l’histoire de la croisade. Le chevalier, qui
en est l’auteur principal, l’a écrit ou dicté presque au cou¬
rant des événements dont il a été le témoin. En négligeant
les morceaux oratoires dus à son collaborateur, on peut dire
que sa narration nous donne un tableau exact de tous les
événements de la croisade, depuis le moment où il s’est em¬
barqué avec Bohémond jusqu’à la prise de Jérusalem et à la
victoire d’Ascalon (de novembre 1096 au mois d’août 1099).
Ce sont là les faits essentiels de la croisade; les lacunes
portent sur les origines du mouvement, sur la marche des
bandes de croisés autres que celle des Normands d’Italie,
sur l’établissement de Baudouin à Édesse. Pour tout le
reste, l’Anonyme est très bien informé et, comme on le verra
par les notes critiques jointes à cette édition, la sûreté de
son témoignage ressort de sa concordance presque conti¬
nuelle avec les autres sources originales et indépendantes
de lui, Raimond d’Aguilers, Foucher, Albert d’Aix et aussi
les quelques lettres authentiques des croisés comme celles
d’Étienne de Blois, d’Anselme de Ribemont, etc...
C’est à peine si çà et là, par exemple dans le récit de
l’ambassade des croisés à Kerbôga (chap. xxviii) et surtout
dans celui de la marche en Palestine, on peut noter quelques
erreurs et certains oublis. C’est ainsi que l’Anonyme omet,
au moment du siège d’Archas (mai 1099, chap. xxxv), l’épi-
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XVIII
VALEUR DU TÉMOIGNAGE
sodé tragique de l’épreuve du feu subie par Pierre Barthé¬
lemy, ainsi que les négociations des croisés avec l’empereur
et le calife d’Égypte. En revanche, un nombre assez consi¬
dérable de renseignements ne nous sont connus que par
l’Anonyme, par exemple la situation horrible des croisés
populaires assiégés par les Turcs au château de Xérigordo
(1096, chap. Il), le récit de la marche des Normands d’Italie
à travers la Bulgarie et la Macédoine (chap. iv-v), le traité
secret entre Bohémond et Alexis, dont il donne les clauses
précises, ainsi que la formule du serment prêté par l’empe¬
reur aux chefs croisés (chap. vi), et aussi un grand nombre
d’épisodes du siège de Nicée, surtout des deux sièges d’An¬
tioche, qui n’occupent pas moins de dix-sept chapitres
(chap. xii-xxix).
Les renseignements chronologiques sont extrêmement
nombreux et donnés presque toujours avec une précision
minutieuse, année, quantième du mois et jour de la semaine,
désigné tantôt à l’aide du calendrier latin, tantôt par le nu¬
méro de la « férié » ou jour de la semaine. La plupart de
ces dates concordent avec celles des lettres des croisés ou
des autres sources originales.
Mais ce texte a, en outre, une valeur historique qui dépasse
le seul récit des épisodes de la croisade. Par l'abondance et
le caractère précis et pittoresque de ses détails, par la naï¬
veté et la spontanéité de ses réflexions, l’Anonyme nous
renseigne admirablement sur l’état matériel et moral des
bandes de croisés. La question de leur ravitaillement, si
difficile, étant donnés leur nombre et leur manque d’orga¬
nisation, tient dans son récit une place de premier ordre*.
11 les montre passant par des alternatives d’abondance
extrême et de cruelle disette. A plusieurs reprises, il donne
I. Voir l’index au mot : ravitaillement.
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VALEUR DU TÉMOIGNAGE
XIX
le prix des denrées, surtout celui du pain, et il note même
la valeur des deniers occidentaux en sous d’or byzantins,
ainsi que les spéculations des mercantis arméniens sur la
nourriture des croisés pendant le siège d’Antioche (chap. xiv).
Et, de même, à travers son récit, nous saisissons nette¬
ment l’état moral et religieux des croisés, leur enthousiasme
pour la délivrance du Saint-Sépulcre, leur abattement de¬
vant les dures réalités de la guerre et leurs sursauts de cou¬
rage dès qu’un événement favorable vient les réconforter. Il
nous dépeint aussi leur fanatisme à l’égard des infidèles,
leur horrible cruauté dans les batailles ou après la prise
d’assaut d’une ville, leur amour du pillage, les calculs et les
jalousies des chefs, les souffrances des simples chevaliers et
surtout de la « menue gent » qui suit l’armée. Enfin, on
peut tirer de son livre des données précieuses sur les mé¬
thodes de combat, sur l’armement des chevaliers, sur les
procédés employés pour l’attaque des villes et sur les ma¬
chines de siège qui constituaient l’artillerie de cette époque.
En un mot, c’est toute la société féodale de la fin du
xie siècle que ce livre fait vraiment revivre à nos yeux.
7. La langue et le style. — Une pareille précision, un
si grand nombre de détails pittoresques donnent à ce texte
une valeur littéraire d’autant plus marquée qu’elle n’a été
nullement recherchée par son auteur. Si l’on excepte les
morceaux de bravoure que l’on doit attribuer à l’interven¬
tion d’un clerc, le style de l’Anonyme est d’une extrême
simplicité, et c’est par là surtout qu’il choquait les Guibert
de Nogent, les Baudrî de Bourgueil, qui n’y retrouvaient
pas les éléments oratoires et les fleurs de rhétorique aux¬
quels leur éducation les avait habitués. Par bonheur, cette
éducation faisait défaut à notre chevalier, et il s’est contenté
d’écrire probablement comme il parlait, sans rechercher
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XX LA LANGUE ET LE STYLE DE l’aüTEUR
aucun effet, sans faire de citations bibliques ou d’allusions
aux auteurs classiques ^
Cette simplicité même et cette naïveté ne vont pas d’ail¬
leurs sans inconvénients. Le chevalier, peu instruit, dispo¬
sait d’un vocabulaire assez pauvre et, quand il décrit une
bataille ou quand il donne des détails sur le ravitaillement
des croisés, les mêmes formules stéréotypées reviennent
jusqu’à la satiété. Les adversaires que les croisés ont en
face d’eux sont toujours « les Turcs, Arabes, Sarrasins,
Angulans, Azymites, dont on ignore le nombre ». Ils
cherchent à entourer les croisés « en lançant des flèches, en
combattant à l’aide de javelots et de lances ». Les prison¬
niers faits par les Turcs sont toujours « emmenés dans le
Khorassan, à Antioche, à Alep », ou menacés « de subir une
sentence capitale ». Il en résulte une grande monotonie,
atténuée heureusement par des détails naïfs et pitto¬
resques.
La langue de l’Anonyme est très éloignée du latin clas¬
sique et se rapproche des langues nationales de l'Occident,
italien ou français, sans qu’on puisse préciser davantage. Sa
phrase a un caractère nettement analytique et elle est en
général assez coune, bien que parfois encombrée d’inci¬
dentes amenées par des participes présents, des conjonc¬
tions ou des pronoms relatifs. Sa syntaxe surtout n’a plus
aucun caractère classique. Il ignore la proposition infinitive,
qu’il remplace par la conjonction quod avec le subjonctif*.
Il fait très peu usage des particules, qui donnent plus de
vigueur à la phrase, ou il les emploie à contresens; une de
1. Nous en exceptons, bien entendu, les chapitres que nous
avons attribués à la collaboration d’un clerc et où l’on trouve jus¬
tement toute cette fausse ormementation.
2. « Audientes denique Turci quod Petrus Heremita et Gunal-
terius sine habere fuissent in Cyvito » (chap. ii).
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XXI
LA LANGUE ET LE STYLE DE l’aUTEUR
celles qui reparaissent le plus fréquemment est denique, qui a
toujours le sens de « ensuite ». D’une manière générale, il
prend avec la grammaire classique les libertés les plus
grandes, substituant le gérondif ou l’infinitif au participe
présent*, le datif à ad avec l’accusatif* et se tenant toujours
le plus près possible de la langue vulgaire qu’il parlait et
dont son latin est un décalque plus qu’une traduction.
Conformément au même principe, son vocabulaire est
éloigné du latin classique. Ses néologismes sont innom¬
brables, et il emploie toujours, ce qui est précieux pour
nous, les mots techniques usités à son époque : burgus
(faubourg), papilio (pavillon), saumarius (sommier), casale
(pièce de terre), etc. L’orthographe des noms propres est
généralement défectueuse. Les noms turcs sont déformés
d’une manière bizarre : Firouz devient Pirus, Kerbôga se
change en Curbaranty mais c’est là un fait général dans les
chroniques de cette époque. Nous voyons de même appa¬
raître dans notre texte les formes, si savoureuses parfois,
données par les croisés à la toponymie syrienne : Camela
(la Chamelle) pour Émèse, Sagitta (Sagette) pour Sidon,
Lichia (la Liche) pour Laodicée.
P
III. — Les manuscrits. Etablissement du texte.
Alors que l’ouvrage d’un remanieur comme Robert le
Moine nous est parvenu dans une centaine de manuscrits,
c’est à peine si nous possédons six copies des Gesta Fran-
corum, auxquelles il faut ajouter les manuscrits, aujourd’hui
1. « Miserunt se in flumen sequendo » (au lieu de sequentes);
<c videns peregrinos emere » (au lieu de ententes).
2. « Imperatori ducere » (au lieu de ad imper atorem). Relevons
encore l’emploi du possessif au lieu de ejuSy de ipse pour î7/e, de
la préposition de pour ex : « de burgo. », a de turri ».
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XXII LES MANUSCRITS DE LA PREMIERE RÉDACTION
perdus, consultés par Bongars pour son édition. C^est cepen¬
dant d’après ces données que l’on peut essayer de reconsti¬
tuer l’histoire du texte, dont nous atteignons trois rédac¬
tions ou « éditions » successives.
I. Première rédaction (manuscrits A). — La rédaction
originale a certainement disparu, mais elle est représentée
par un groupe de trois manuscrits, que nous appellerons A
et que nous considérons comme les copies les plus fidèles
de l’archétype. Ces manuscrits ont conservé plus ou moins
par des signes conventionnels la division primitive en récits
que nous avons essayé de reconstituer à l’aide de leur
témoignage L C’est à leur texte que s’appliquent surtout les
remarques que nous avons présentées sur la barbarie de la
langue et de la syntaxe de l’Anonyme. Leur orthographe est
généralement archaïque; ils emploient presque toujours Ve
simple pour le génitif féminin singulier, écrivent ci pour ti
{condicto)f i pour^ {martirium), et ils ont presque toujours
conservé les aspirations germaniques {nichil pour nihil), sur¬
tout dans les noms propres {RotbertuSy Nortmannia^ etc...).
Un autre détail prouve leur parenté et le caractère primitif
de leur texte : ils ne connaissent ni les gloses ni les inter¬
polations ni les développements factices que nous allons
signaler dans les autres manuscrits. Bien que leurs variantes
ne concordent pas toujours, ils offrent sensiblement le
même texte.
I. Qu’il me soit permis de témoigner ma gratitude à M. J. Por¬
cher, membre de l’École française de Rome, qui a bien voulu
collationner pour moi les textes des manuscrits 641 et 572 du
Vatican, faire une description complète de ces deux manuscrits
et m’en adresser d’excellentes photographies. Je tiens aussi à
remercier M. Pierre Paris, directeur de l’École des hautes études
hispaniques, à Madrid, et M. Delpy, membre de cette École, à
l’obligeance desquels je dois des photographies du manuscrit de
Madrid 9783.
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LES MANUSCRITS DE LA PREMIERE RÉDACTION XXIII
Nous appellerons le manuscrit 9783 de la Bibliothèque
nationale de Madrid*, écrit sur parchemin, in-40, et bien
conservé malgré le jaunissement de certains feuillets. Il pro¬
vient de la bibliothèque d’un érudit d’Avignon, Joseph-
Louis-Dominique de Cambis, marquis de Valleron (1706-
1772)2, et contient un certain nombre de chroniques, parmi
lesquelles les Gesta Francorum et aliorum lerosolimitano-
rum (fol. 149-176), dont le texte est divisé en deux colonnes.
L’écriture est très anguleuse, beaucoup moins cependant
que celle du xiv* siècle — date généralement attribuée à
cette copie — et semble nous reporter vers i28o-i3oo.
D’autre part, son orthographe archaïque, fidèlement respec*
tée par le scribe, qui a commis d’ailleurs plusieurs bévues,
nous prouve qu’il a été transcrit d’après une copie très
ancienne et peu éloignée du manuscrit original. Comme l’a
constaté Hagenmeyer, ses variantes concordent parfois avec
le texte de Bongars, mais on n’y trouve ni les gloses ni les
interpolations que renferme ce texte. Ses ressemblances avec
les deux manuscrits du Vatican sont bien plus évidentes, et
il indique les mêmes subdivisions du texte au moyen d’ini¬
tiales ornées.
Nous appellerons le texte du manuscrit du Vatican,
1. Anciennement E, e, io3 (manuscrit B de l’édition Hagen¬
meyer).
3. Hagenmeyer en fait à tort un Espagnol. 11 était colonel géné¬
ral de l’infanterie pontificale d’Avignon. Le Catalogue raisonné
des principaux manuscrits du cabinet de M. J.-L.-D. de Cambis,
marquis de Velleron (Avignon, 1770) mentionne, p. 432, sous le
n" XVII, le manuscrit sur vélin in-4* comme une pièce impor¬
tante, sous le titre de « Gesta Francorum et aliorum Jerosoly-
mitanorum, divisé en 4 livres ». Il ne peut y avoir de doute sur
l’identité de ce manuscrit avec celui de Madrid (Avignon, Biblio¬
thèque et Musée Calvet, Misceîîanea, vol. 81). Ce renseignement
m’a été obligeamment communiqué par M. J. Girard, conserva¬
teur de la Bibliothèque et Musée Calvet.
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XXIV LES MANUSCRITS DE LA PREMIERE RÉDACTION
no 641 des manuscrits latins du fonds de la reine Christine
de Suède*, fol. 1-46, suivi d’une Descriptio lerosolimorum
(fol. 46) et d’une Mtssa in veneratione Sancti Sepulcri
(fol. 48). Le texte est écrit à pleine page, sur des feuillets
de parchemin in-folio. Au fol. 48 v», une note en écriture du
xve siècle^ nous apprend que ce manuscrit a appartenu au
cardinal Alain de Coëtivy, évêque d’Avignon, à qui le pape
Nicolas V devait confier, en 1456, la mission de prêcher la
croisade en France^. Ce manuscrit, en excellent état, est
d’une belle écriture uniforme du xii« siècle — probablement
même de la première moitié du xii« siècle; il ne doit donc
pas être très éloigné du manuscrit original, et c’est certai¬
nement la copie la plus ancienne que nous possédions des
Gesta. Son orthographe a le même caractère archaïque^ que
celle de AL Le texte contient une lacune qui porte sur les
chapitres xxni à xxix et qui interrompt le texte non seule¬
ment au milieu d’une phrase, mais même au milieu d’un
mot*. Hagenmeyer, qui a le premier signalé cette lacune,
1. C’est le manuscrit C de l’édition Hagenmeyer.
2. « Iste liber est r[everendissim]mi d[omini] Alani c[ardinajlis
Avinionensis. n
3. Cf. U. Chevalier, Gallia christiania novissima, t. VII (1920),
col. 5io-53o et 824. — Au bas du fol. 456, une autre note en écriture
du XII* siècle renferme en deux lignes les noms suivants : « Pe-
trus clericus de Mirabea. Willelmus clericus de Vosaillia. Gau-
terea de Funfreide laicus. Johannes de Gelis laicus. » Il nous a
été impossible d’identiher les localités dont ces personnages sont
originaires et d’expliquer la signification de cette liste, qui n’a
aucun rapport avec le texte qui la surmonte. On trouve dans plu¬
sieurs régions de la France des Mirebeau, Mirabeau, Miribel, des
Fontfreyde, Fontfroide, etc... Tout ce qu’on peut affirmer, c’est
qu’il s’agit de localités françaises, ce qui laisse supposer que le
manuscrit a été copié en France.
4. E au lieu de ue, oe, sepulchrum^ Thurciy erba (pour herba),
sabati (pour sabbati)^ etc.
5. Exactement depuis : « Cucurrerunt ad naves et miserunt
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LES MANUSCRITS DE LA PREMIERE RÉDACTION XXV
n’en a pas fourni l’explication, qui est très simple. Cette
interruption du texte n’est pas accompagnée de celle des
folios, dont le numérotage continue normalement, mais au
bas du fol. 32 v® une note en écriture du xiv» siècle porte :
Hic déficit quaternio (« Ici manque un cahier »)'. Cette
lacune est donc due à la négligence du relieur, et on ne
peut en tirer aucune conclusion pour l’établissement du
texte.
A la différence de A* et de le manuscrit 641 du Vati¬
can ne contient aucune division en chapitres, mais des ini¬
tiales en rouge, au nombre de neuf, marquent la division en
récits que nous regardons comme primitive. Le texte lui-
même est moins incorrect que celui de A', mais il est écrit
dans la même langue barbare. Dans son orthographe, on
constate un manque d’uniformité : aux formes archaïques
se mélangent les graphies correctes. Le texte concorde en
général avec celui de A* et est également exempt d’interpo¬
lations.
Par A® nous désignons le manuscrit du Vatican, no 572
des manuscrits latins du fonds de la reine Christine^, sur
parchemin in-folio, qui renferme les Gesta Francorum
(fol. 1-64 vo), une description des Lieux Saints (fol. 64 v®-
67 ro), puis — copiés en plusieurs écritures différentes et ma¬
nifestement plus récentes que celles de la première partie
— un petit poème en l’honneur de Bohémond (fol. 68 r®) et la
lettre d’Olivier le Scholastique à l’archevêque Engelbert et au
clergé de Cologne sur la prise de Damiette en 1219 (fol. 69 ro¬
se... » (chap. xxiii) jusqu’à « [vexillum non est Boa] mundi. Inter-
rogavit ille... » (chap. xxix).
1. Ce renseignement important nous a été obligeamment com¬
muniqué par M. J. Porcher, qui nous a fait adresser la photogra¬
phie du folio en question.
2. C’est le manuscrit E des éditions des Historiens des croi¬
sades et d’Hagenmeyer.
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XXVI LES MANUSCRITS DE LA PREMIERE RÉDACTION
76 ro). Une note placée en haut du fol. 69 ro nous apprend
que ce manuscrit provient de la bibliothèque de Paul Pe-
tau*. La copie des Gesta Francorum est d"une écriture beau¬
coup plus ancienne que celle de la lettre d’Olivier, qui ne
peut avoir été transcrite que dans le premier quart du
xiiie siècle au plus tôt. Elle est cependant plus récente que
celle du manuscrit A^. On n’y trouve plus Va à boucle
unique, et les jambages des consonnes m, n, p, r, etc...,
ont le petit trait retroussé à droite qui caractérise l’écriture
gothique. Cette copie a donc dû être exécutée dans la
seconde moitié du xii* siècle 3. Elle possède la division en
quatre livres et, de plus, les alinéas marqués par des blancs
qui partagent le texte en onze parties. Ce texte est absolu¬
ment complet, et c’est par une méprise singulière que les
éditeurs des Historiens des croisades^ et, après eux, Hagen-
meyer ont affirmé qu’il était interrompu par la même
lacune que celui de A*. Ses variantes coïncident assez sou¬
vent avec celles de A^; cependant, les ressemblances entre
ces deux textes sont moins fréquentes que ne l’a affirmé
Hagenmeyer. On peut signaler du moins un trait qui leur
est commun avec C : à partir de la marche sur Jérusalem
{fin du chap. xxxv), chaque fois que le nom de Robert
Courte-Heuse est prononcé, il est accompagné d’épithètes
1. U Ex bibliotheca Pauli Petavii senatoris. j> Paul Petau (i568-
1614), antiquaire et numismate, était conseiller au Parlement de
Paris, ce qui explique ce titre de « sénateur ».
2. Son écriture a des rapports avec celle du Valère Maxime de
la Bibliothèque nationale (Paris, iat. 9688), copié en 1167 à Pro¬
vins, mais elle est plus anguleuse (L. Delisle, Cabinet des Ma¬
nuscrits, pl. XXXVII, 5. Voy. aussi pl. XXXVIII-XXXIX).
3. Historiens occidentaux, t. III, p. 146, 6; Hagenmeyer, Ano-
nymi Gesta Francorum, préface. M. J. Porcher, qui nous a signalé
ce fait, a bien voulu collationner pour nous cette partie du texte
qui n’avait pas été utilisée par les précédents éditeurs.
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LE TEXTE DE LA DEUXIEME RÉDACTION
XXVII
emphatiques* ignorées des autres manuscrits. On peut se
demander si le texte de reproduit avec des variantes par
A®, n^avait pas été copié à l’usage de ce prince. Comme les
textes de A* et de A*, celui de A® est exempt d’interpola¬
tions. Ces trois manuscrits représentent donc à des degrés
divers la rédaction primitive.
2. Deuxième rédaction (texte B). — L’édition des Gesta
Francorum de Bongars représente une première altéra¬
tion de ce texte primitif, et nous appellerons B ce nou¬
veau texte^, qui, de l’aveu de Bongars, est tiré de la colla¬
tion de deux manuscrits, dont l’un appartenait à Camden,
l'autre à Paul Petau^. On s’est demandé, non sans raison,
si ce manuscrit de Petau n’est pas le même que le manu¬
scrit 572 du Vatican (A*). On peut en fournir, pour ainsi
dire, une preuve matérielle. Ce manuscrit contient, nous
l’avons vu, la lettre d’Olivier le Scholastique sur la prise de
Damiette. Or, dans son recueil, Bongars a édité ce texte
d’après un manuscrit de Petau qui est probablement le
même que celui qu’il a utilisé pour les Gesta Francorum^.
1. « Inclytus cornes Rotbertus (chap. xxxv), pissimus elec-
tusque miles Robertus vir nobilissimus Normanniae cornes
(chap. xxxvii). »
2. G dans tes Historiens des croisades et dans Hagenmeyer;
Jacques Bongars, Gesta Dei per Francos (Hanovre, 1612), t. I,
p. 1-29 : Gesta Francorum et aliorum Hierosolymitanorum. —
Jacques Bongars (1546-1612), né à Orléans, érudit et diplomate au
service d’Henri IV auprès des princes allemands. Voir sur lui
Anquez, Henri IV et l’Allemagne (Paris, 1887).
3. « Igitur primum sine nomine scriptorem » (l’Anonyme)
« debemus Paulo Petavio et Guill. Camdeno » (Introduction).
Guillaume Camden (1551-1627), érudit et historien anglais, avait
réuni une importante bibliothèque.
4. Introduction, p. xvii : «( Oliveri epistolam suppeditavit et
P. Petavii insignis bibliotheca... »
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XXVIII
LE TEXTE DE LA DEUXIEME RÉDACTION
On peut donc conclure à l’identité de et du manuscrit de
la collection Petau dont s’est servi Bongars^
Le texte de son édition est divisé en quatre livres et en
trente-neuf chapitres. Cette dernière subdivision n’existe
pas dans les autres manuscrits; on peut se demander si elle
ne provient pas du manuscrit de Camden. Ce texte, dont
les formes grammaticales sont aussi incorrectes, dont l’or¬
thographe est aussi archaïque que dans la rédaction A, dif¬
fère, en outre, de celui des autres manuscrits par des va¬
riantes assez nombreuses empruntées sans doute au manu¬
scrit de Camden. Or elles consistent toujours en additions
au texte de la rédaction A; elles ne sont pas très heureuses
et n’ajoutent aucun renseignement nouveau au texte primi¬
tif. Elles donnent souvent l’impression de gloses, qui sont
de pures tautologies. Où A dit simplement : « alii fuge-
runt », B ajoute : « alii, qui remanserunt vivi, fugerunt »
(chap. II). Un discours en style indirect dans A est repro¬
duit en style direct dans 5, tel le discours de Bohémond à
ses troupes (chap. iv). Certains discours qui figurent dans B
sont même inconnus aux autres textes (celui des évêques
aux assiégés de Xérigordo, chap. ii; celui de Bohémond à
son armée avant de partir pour Constantinople, chap. v)*
Certains passages très clairs dans A deviennent entièrement
inintelligibles dans B, par exemple le récit des pourparlers
de Bohémond avec les deux curopalates (chap. v). Ou bien
si A se contente d’énumérer les noms des chefs, B gratifie
chacun d’eux d’une épithète honorifique, « egregius, incly-
tus, etc... » (chap. ix-x).
I. Dans un passage qui parait corrompu dans tous les manus¬
crits et où le texte est assez difficile à établir, et B ont une
variante commune, inconnue aux autres manuscrits et dont le
sens est inintelligible : « Illic fuit mortua maxima pars nostro-
rum equorum, eo quod multi eorum remanserunt pedites »
(chap. x). Ici, Bongars a manifestement reproduit A^.
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LES MANUSCRITS DE LA TROISIEME RÉDACTION XXIX
Or toutes ces gloses ou interpolations se retrouvent, par¬
fois littéralement, parfois avec des variantes insignifiantes,
dans les textes des plagiaires de l’Anonyme, surtout Tude-
bode et VHistoria belli jjcri, mais aussi plus ou moins
amplifiées ou résumées dans ceux de Robert le Moine,
Baudri de Bourgueil, Guibert de Nogent. Qu’en conclure,
sinon que tous ces auteurs ont dû se servir de manuscrits
de l’Anonyme de la même famille que le manuscrit de Cam-
den, utilisé par Bongars, et qui représentaient une deuxième
rédaction de l’ouvrage, de forme aussi rude et barbare que
la première, mais moins simple et plus verbeuse? 11 est clair
que toutes ces scories doivent disparaître du texte si l’on
veut remontera la rédaction primitive, la seule authentique.
Les précédents éditeurs, ceux des Historiens des croisades
et Hagenmeyer avaient respecté toutes ces additions et les
avaient incorporées à leur texte. Il nous a semblé indispen¬
sable de les éliminer, et l’on verra par les leçons de By que
nous avons rejetées en notes, à quel point le texte dégagé
de ce poids mort reprend toute la franchise de son allure.
3. Troisième rédaction (manuscrits C). — Enfin il existe
de l’Anonyme une édition corrigée et remaniée, tant au
point de vue de l’orthographe que de la grammaire et de la
clarté du texte; nous la désignerons par C. Elle est repré¬
sentée par trois manuscrits :
CS manuscrit copié à la An du xii^ siècle, aujourd’hui à la
bibliothèque de l’EscuriaP (coté : Dm ii), et qui provient
de la collection d’Antoine Augustin, archevêque de Tarra-
gone, mort en i586.
I. Le manuscrit est écrit sur parchemin en deux colonnes et
comprend 3i folios. Au titre, une main a écrit cette mention
dédaigneuse : a Sutorii sive potius incerti Itinerarium Hierosoly-
morum. »
Première croisade. 3
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XXX LES MANUSCRITS DE LA TROISIEME RÉDACTION
C* appartient à la bibliothèque de Cambridge (College
Gonvile et Caïus, U 162, parchemin in-80, 2i3 folios) et a été
copié au xiiie et au xiv» siècle^
provient de la bibliothèque de Sainte-Marie de Kenil-
worth et a été copié au xiii® siècle. 11 a appartenu à la col¬
lection de A.-C. Ranyard, mort en 1894, et a été vendu en
1895 au libraire Quaritch^. Le texte de TAnonyme {fol. i à
29 ro) y est suivi de VHistoria romana de Paul Diacre
(fol. 29-68). Nous n’avons pu savoir ce que ce manuscrit est
devenu depuis 1895.
Les leçons de ces trois manuscrits ^ concordent presque
toujours. Cependant possède des variantes indépen¬
dantes, ajoute des épithètes aux noms propres, cherche à
rendre le texte plus clair : c’est la rédaction la moins fidèle.
En général, les variantes communes à ces trois manuscrits
consistent dans des changements de la construction, qui est
rendue plus euphonique, dans l’emploi plus fréquent de la
proposition infinitive, dans la substitution du participe pré¬
sent au gérondif, surtout dans l’usage des particules de
liaison qui donne plus de force à la phrase. Quelques inter¬
polations concordent avec celles de fi, mais d’autres très
remarquables sont particulières à C et permettent de fixer
la date approximative de cette rédaction. Par exemple, dans
le récit de la fuite des croisés à Antioche, où A et fi portent :
demissi sunt per murum, C corrige : dimissi sunt fune^ « ils
1. Ce manuscrit (qui provient de la bibliothèque de William
Moore, mort en lôSq) contient divers ouvrages historiques, Jacques
de Vitry, Marco Polo. Le texte de l’Anonyme, fol. iii-388, est
précédé du titre : Tudebodus Itinerarium Jerosolimitanorum. Ce
n’est là qu’une confusion, et qui date du xiv* siècle.
2. Ce manuscrit est décrit dans le Fifih report of the Royal
Commission on historical mantiscripis (Londres, 1876), p. 404.
3. Hagenmeyer les désigne respectivement par les lettres /l,
(notre C*), C (notre C*), H (notre C®).
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AUTRES ALTÉRATIONS DU TEXTE PRIMITIF
XXXI
descendirent par une corde » (chap. xxiii). Cette leçon a été
adoptée par VHistoria beîli sacri et par Baudri de Bour-
gueil, et le surnom de « funambules » est resté à ces fuyards.
De même, Tentrevue d’Étienne de Blois et de l’empereur
Alexis est agrémentée dans C d’une intervention de Guil¬
laume d’Arques, désigné ainsi : dudum monachus, tune miles
acerrimus (« récemment moine, alors chevalier intrépide »),
et le rédacteur ajoute que Bohémond a affirmé plus tard par
serment la véracité des menaces contre l’empereur que lui
avait prêtées Guillaume d’Arques. Cette interpolation est
donc au moins postérieure aux hostilités entre Bohémond
et l’empire (iio5-ini).
Si intéressante que soit cette rédaction, elle s’éloigne donc
du texte primitif et doit être rejetée, sauf dans les cas très
rares où elle permet d’éclaircir les obscurités que l’on trouve
dans les autres textes.
4. Autres altérations du texte primitif. — D’autres
variantes portant sur la fin du chapitre xxxix, depuis :
« Interea nuncius venit Tancredo... » nous sont fournies
par le manuscrit B de la chronique de Raimond d’Agui-
1ers (Paris, Bibliothèque nationale, manuscrit latin 553i,
xiii* siècle) et par l’édition de ce texte dans Bongars iGesta
Dei per Francos^ p. i82-i83). Ce fragment ne figure pas
dans les plus anciens manuscrits de Raimond d’Aguilers^,
dont le texte se termine par le récit de la querelle entre
Godefroy de Bouillon et Raimond de Saint-Gilles au sujet
de la Tour de David. Il n’est donc qu’une addition posté¬
rieure destinée à introduire un récit de la bataille d’Ascalon
dans le texte de Raimond, mais il est emprunté à un manu-
i. Par exemple, ceux de Paris, Bibliothèque nationale, latin 2o5
(exécuté à l’abbaye de Saint-Victor pour Louis VII) et latin 5i3i
(xii* siècle), ou de Londres, British Muséum, Harley 4340
(xn* siècle).
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XXXII
LES ÉDITIONS
scrit des Gesta Francorum inconnu de nous ' et fournit des
variantes que nous désignerons par R.
IV. — Éditions. Ouvrages et textes a consulter.
I. Éditions antérieures. — La première édition est celle
de Bongars (Hanovre, 1612), sur laquelle nous ne revien¬
drons pas 3. Au xix* siècle, on n’a à signaler que deux édi¬
tions :
10 Recueil des historiens des croisadesy publié par l’Aca¬
démie des inscriptions et belles-lettres : Historiens occiden¬
taux, t. III (Paris, 1866, in-fol.), p. i2i-i63. D’après la pré¬
face, signée H. W. (Henri Wallon) et A. D. (Ad. Régnier),
l’édition avait été préparée par Philippe Lebas. Conformé¬
ment à la théorie exposée dans cette préface et que nous
avons réfutée, l’ouvrage porte le titre inexact de « Tudebo-
dus abbreviatus ». Le texte est établi d’après le manu¬
scrit et l’édition Bongars.
20 Hagenmeyer, Anonymi Gesta Francorum et aliorum
Hierosolymitanorum (Heidelberg, 1890, in*8o). — Cette édi¬
tion, surchargée de notes trop copieuses, est accompagnée
d’une table chronologique et d’un index très commodes. Aux
sources déjà utilisées par les éditeurs des Historiens des
croisades, Hagenmeyer a ajouté les variantes des cinq
manuscrits que nous avons désignés par A\ A^, CS C*, C^,
dont la collation lui avait été fournie par Riant. Il ne paraît
pas en avoir tiré tout le parti désirable. D’après la théorie
qu’il expose dans son introduction, le texte primitif lui
paraît constitué par les leçons du manuscrit de Madrid (AS
et de Bongars. Mais quand il a à choisir entre les variantes
de A* et de B, il donne toujours raison à S et conserve
1. Le manuscrit M de l’édition Hagenmeyer. Ce texte est aussi
reproduit dans le Recueil des historiens des croisades {Historiens
occidentaux, t. III, p. 3o5).
2. Voir plus haut, p. xxvii-xxix.
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l’édition présente
xxxin
toutes les gloses et interpolations communes à fi et aux pla¬
giaires des Gesta. La raison qu’il donne est que Tudebode
et les autres remanieurs ont eu à leur disposition une rédac¬
tion très ancienne et par conséquent digne de foi ; mais nous
croyons avoir établi que, si ancienne que soit cette rédac¬
tion, elle est cependant postérieure à la rédaction Aj qui
nous paraît plus voisine du texte primitif. Hagenmeyer a eu
du moins le mérite de restituer à l’Anonyme sa véritable
personnalité et de montrer que la rédaction C représente un
texte épuré et corrigé, qui s’écarte de l’original; mais sa cri¬
tique manque de hardiesse et, avec un appareil imposant, il
n’a fait en somme que reproduire dans ses grandes lignes le
texte défectueux des Historiens occidentaux.
2. L’édition présente. — Pour cette édition, accompagnée
de la première traduction en français qui ait été publiée de
l’ouvrage, nous nous sommes inspiré des conclusions qui
résultent de la discussion qui précède. C’est dire que, pour
établir le texte, nous avons préféré la rédaction A, que nous
regardons comme primitive, éliminé les gloses et interpola¬
tions^ de fi, négligé les variantes de C. Mais entre les trois
textes de la rédaction A nous avons souvent dû faire un
choix. Nous avons attaché une importance particulière aux
leçons de notre plus ancien manuscrit; nous avons rejeté
les incorrections de A', dont le copiste du xiii* siècle peut
être rendu responsable, et cependant, dans plusieurs cas, les
leçons A* et fi ont été préférées aux leçons A* et A^.
De même, pour l’orthographe, nous avons adopté systé¬
matiquement les formes archaïques qui dominent dans A et
dans une moindre mesure dans fi; nous avons cependant
rejeté quelques barbarismes notoires (Thurci dans A®) et
nous nous sommes efforcé de conserver à notre ortho-
i. Nous avons donné en notes les variantes de fi, accompagnées
de celles des plagiaires (Tudebode, etc.), qui coïncident avec elles.
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XXXIV
OUVRAGES A CONSULTER
graphe, sans tenir compte des variations des copistes, le
caractère uniforme qu’elle devait avoir dans la rédaction
primitive. Il arrive, par exemple, que dans et des
formes comme Rotbertus Northmannus, employées le plus
souvent, soient remplacées dans certains passages par Ro-
bertus Normannus. Nous avons conservé partout la forme
primitive en plaçant en notes celle que donnent les manu¬
scrits.
3. Ouvrages et textes a consulter. — Nous donnons
plus loin une table des sources avec les abréviations et nous
indiquons dans les notes les ouvrages qui intéressent le
commentaire du texte. Voici cependant une liste sommaire
des ouvrages les plus généraux :
P. Masson, Eléments d'une bibliographie française de la Syrie^
au 1. 1 du compte-rendu du Congrès français de la Syrie (Paris
et Marseille, 1919, in-8“), p. xix-528.
Archives de l'Orient latin. Paris, 1881, 2 vol. in-8®.
Revue de l'Orient latin (a cessé de paraître depuis i9i3]. Paris,
1892-1913, 22 vol. in-8*.
Les RR. PP. Vincent et Abel, Jérusalem. Recherches de topogra-
phie, d'archéologie et d'histoire; t. II : Jérusalem nouvelle (en
cours de publication depuis 1914). Paris, in-4*'.
Sybel, Geschichte des ersten Kreu^ugeSy i'* édition, 1841 ; 2* édi¬
tion, Dusseldorf, 1881, in-8*.
Rôhricht, Geschichte des ersten Kreu:{^uges. Innsbrück, 1901,
in-8“.
Hagenmeyer, Chronologie de la première croisade. Paris, 1902,
in-8* (extrait de la Revue de l’Orient latin, t. VI-VIII).
Louis Bréhier, L'Eglise et l’Orient au moyen âge. Les croisades.
Paris, 4* édition, 1921, in-12.
N. lorga, Histoire des croisades. Paris, 1924, in-12.
Chalandon, Essai sur le règne d'Alexis Comnène. Paris, 1900,
in-S* (t. IV de la collection des Mémoires et documents publiés
par la Société de l'Ecole des chartes).
Voici enfin l’indication, avec les abréviations auxquelles
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TEXTES A CONSULTER
XXXV
nous recourrons, des textes le plus souvent cités dans nos
notes :
Albert d’Aix =* Albert d’Aix*la-Chapelle, Liber christianae expe~
ditionis pro ereptione^ emundatione, restitutione sanctae Hie-
rosolymitanae ecclesiaey dans le Recueil des historiens des croi¬
sades; historiens occidentaux^ t. IV, p.
Anne Comnène = Anne Comnène, Alexiade, édition Reiffer-
scheid. Leipzig, 1884, in-8*.
Baudri de Bourgueil = Baudri de Bourgueil, Historia Hieroso-
lymitana, dans les Historiens des croisades; historiens occiden-
taux J t. IV, p. i-iii.
Chronique du Puy = Chronicon monasterii S. Pétri Aniciensis^
édition U. Chevalier, Cartulaire de Saint-Chaffre du Monas^
tier. Le Puy, 1888, in-8*, p. i5i-i66(voir aussi Historiens des
croisades; historiens occidentaux., t. V).
Epistulae et chartae — Epistulae et chartae ad historiam primi
belli sacri spectantes, édition Hagenmeyer. Innsbruck, 1901,
in-8* (voir aussi Riant, Inventaire critique des lettres historiques
des croisades, dans les Archives de VOrient latin, t. I, p. 1-24).
Foucher de Chartres Foucher de Chartres, Gesta Francorum
Jérusalem expugnantium, dans les Historiens des croisades;
historiens occidentaux, t. III, p. 3ii'485 (voir aussi l’édition Ha¬
genmeyer. Heidelberg, 1913, in-8*).
Guibert de Nogent = Guibert de Nogeni, Gesta Dei per Francos,
dans les Historiens des croisades; historiens occidentaux, t. IV,
p. ii5-263.
Historia belli sacri = Historia de via Hierosolymis vel Tudebo-
dus continuatus et imitatus, dans les Historiens des croisades ;
historiens occidentaux, t. III, p. 169-229.
Historiens occidentaux = Recueil des historiens des croisades,
publié par l'Académie des inscriptions et belles-lettres; histo¬
riens occidentaux. Paris, 1844, 1859, 1866, 1879, 1896, 5 vol.
in-fol.
Orderic Vital = Orderic Vital, Historia ecclesiastica, édition Le
Prévost et L. Delisle, dans la collection de la Société de Vhis-
toire de France. Paris, 1828-1855, 5 vol. in-8*.
Raimond d’Aguilers = Raimond d’Aguilers, Historia Francorum
qui ceperunt Jérusalem, dans les Historiens des croisades; his¬
toriens occidentaux, t. III, p. 235*309.
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XXXVI
TEXTES A CONSULTER
Raoul de Caen = Raoul de Caen, Gesta Tancredi, Ibid., t. III,
p. 587-601.
Robert le Moine = Robert le Moine, Hierosolymitana expeditio,
Ibid. y t. III, p. 717-802.
Tudebode = Pétri Tudebodi presbiteri Sivracensis historia de
Hierosolymitano itinere, Ibid., t. III, p. 3-119.
ABRÉVIATIONS
ADOPTÉES POUR LA DÉSIGNATION DES MANUSCRITS.
— Bibliothèque nationale de Madrid, 9783.
i4* s= Vatican, 641 du fonds latin de la reine Christine.
= Vatican, 572 du fonds latin de la reine Christine.
B s= Édition Bongars, Gesta Dei per Francos, t. I (Hanovre,
1612).
C> = Bibliothèque de l’Escurial, D iii, 11.
SS Cambridge, Gonvile and Caius College, n” 162.
C* = Ancien manuscrit de la Collection Ranyard.
R = Additions au texte de Raimond d’Aguilers.
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HISTOIRE ANONYME
DE LA
PREMIÈRE CROISADE
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GESTA FRANCORUM"
ET ALIORUM HIEROSOLIMITANORUM“
[NARRATIO I«]
[1.] Cum jam appropinquasset ille terminus quem
dominus Ihesus*^ cotidie suis demonstrat fidelibus, spe-
cialiter in evangelio^ dicens : Si quis vult post me venire^
abneget semetipsum et tollat crucem suam et sequatur
me*, facta est igitur* motio-/^ valida per universas Gal-
liarum regiones*, ut, si aliquis Dominum studiose puro-
que corde et mente sequi desideraret atque post ipsum
crucem^ fideliter bajulare vellet, non pigritaretur Sancti
Sepulchri* viam celerius arripere.
Apostolicus namque Romane sedis Urbanus secun-
dus^^ ultra montanas partes* quantocius* profectus est
cum suis archiepiscopis, episcopis, abbatibus et presbi-
teris ® cepitque subtiliter sermocinari et predicare, dicens
a. Tel est le titre donné par B; ce titre est omis dans
^3 et C3; In nomine Domini incipit liber qui appellatur < Iti-
nerarium lerosolimorum » C>; Incipit itinerarium lerosolimita-
norum C*. — b. lerosolimitanorum A"^. — c. Ihesus Christus
i4*, O. — d. evangilio A^. — e. igitur omis dans B et C'. —
/. commotio C<. — g. fideliter bajulare crucem A^; fideliter cru¬
cem bajulare C. — h. Sepulcri B, C. — i. Urbanus secundus
omis dans A^ et A^; secundus omis dans B. — k. quantotius A^.
I. Âu moyen âge, on donnait souvent aux pèlerins le nom
même du sanctuaire qu’ils étaient allés vénérer. L’auteur dis¬
tingue des Francs les Allemands, Lombards et « Longobards »
ou Normands de l’Italie méridionale.
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HISTOIRE DES FRANCS
ET DES AUTRES PÈLERINS A JÉRUSALEM*
[PREMIER RECIT]
[Des origines a la bataille du Vardar
(fin 1095-février 1097)]
[1.] Comme approchait déjà ce terme que ie Seigneur
Jésus annonce chaque jour à ses fidèles, spécialement dans
l’Évangile, où il dit : Si quelqu’un veut venir apres moi,
qu’il renonce à soi-même et qu*il prenne sa croix et me suive^f
il se fît un grand mouvement par toutes les régions des
Gaules^, afin que quiconque, d’un cœur et d’un esprit purs,
désirait suivre le Seigneur avec zèle et voulait porter fidè¬
lement la croix après lui, ne tardât pas à prendre en toute
hâte la route du Saint Sépulcre.
En effet, le chef apostolique du siège de Rome, Urbain II
gagna au plus vite les pays d’outre-mont* avec ses arche¬
vêques, évêques, abbés et prêtres® et commença à pronon¬
cer des discours et des sermons subtils, disant que quiconque
2. Math., 16, 24J Marc, 8, 34; Luc, 9, 23.
3. Allusion au mouvement qui entraîna la France après le con¬
cile de Clermont (novembre xogS), que l’Anonyme ne mentionne
même pas.
4. Le pape Urbain II, élu en 1088.
3. Cette expression « pays d’outre-mont », pour désigner la
France, indique bien que l’Anonyme habitait l’Italie.
6. Urbain 11 arriva à Valence le 5 août 1095, séjourna au Puy
le i3août et, après avoir parcouru la Bourgogne et le sud-est de
la France, ouvrit le concile de Clermont le 18 novembre. Sur sa
suite d’évêques et d’archevêques, voir Mansi, Conciliaf t. XX,
col. 3o8.
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4
DE CRUCESIGNATORUM PROFECTIONE
Ut, si quis animam suam salvam facere vellet, non dubi-
taret humiliter viam incipere Domini ac, si denariorum
ei deesset copia, divina ei satis daret misericordia. Ait
namque dominus apostolicus : « Fratres, vos® oportet
multa pati pro nomine Christi, videlicet miserias, pau-
pertates, nuditates, persecutiones, egestates, infirmita-
tes, famés, sites et alia hujusmodi, sicuti Dominus ait
suis discipulis : Oportet vos pati multa pro nomine meo*
et : Nolite erubescere loqui ante fades hominum; ego
vero daho vobis os et eloquium^ ac deinceps : Perseque^
îur vos larga rétribution . »
Cumque jam * hic sermo paulatim per universas regio-
nes ac Galliarum patrias^ cepisset crebrescere, Franci
audientes talia, protinus in dextra suere scapula cruces
inceperunt^*, dicenies sese Christi unanîmitersequi ves¬
tigia, quibus de manu erant redempti tartarea.
[2.] Jamjamque Gallie suis remote sunt domibus'' fe-
ceruntque denique très partes Galli*®. Una pars Fran-
corum in Hungarie intravit regionem, scilicet Petrus
Heremita-^^ et dux Godefridus® et Balduinus^ fraier
ejus® et Balduinus cornes de Monte’®. Isti poteniissimi
milites et alii plures quos ignoro venerunt per viam
quam jamdudum Karolus Magnus, mirificus rex Fran-
cie, aptari fecit usque Constantinopolim
a. nos B. Dans on a essayé postérieurement de corriger
vos en nos. — b. jam omis dans A^. — c. in dextra fecere cruces
suere scapula B; crucem C; cruces inceperunt omis dans A^. —
d. Galli e suis remoti B; suis remotae sunt sedibus C. — e. Galli
très partes .«4*, 5, C. — /. eremita A^, C*, C*. — g. Baldoinus A^;
Baldewynus O.
I. Allusion aux Actes des Apôtres, 9, 16.
3. Combinaison de II Timoth., i, 8, et Luc, 21, i5.
3. Allusion à Math., i5, 12, et Coloss., 3, 24.
4. C’est-à-dire les duchés et comtés.
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5
DÉPART DES CROISÉS (1O96)
voulait sauver son àme ne devait pas hésiter à prendre hum¬
blement la voie du Seigneur et que, si les deniers lui fai¬
saient défaut, la miséricorde divine y pouvoirait. Et le Sei¬
gneur Apostolique ajoutait ; « Frères, il vous faut souffrir
beaucoup au nom du Christ ; misère, pauvreté, nudité, per¬
sécutions, dénûment, infirmités, faim, soif et autres maux
de ce genre, comme le Seigneur a dit à ses disciples : Il
vous faut souffrir beaucoup en mon nom* et : Ne rougisse j
pas de parler à la face des hommes; je vous donnerai la voix
et l’éloquence^, et encore : Vous recevrez une large rétribu¬
tion^.
Ce discours s’étant répandu peu à peu dans toutes les
régions et provinces des Gaules^, les Francs, entendant ces
paroles, commencèrent promptement à coudre des croix sur
leur épaule droite®, disant qu’ils voulaient unanimement
suivre les traces du Christ, par lesquelles ils avaient été
rachetés de la puissance du Tartare.
[2.] Bientôt les Gaules entières abandonnèrent leurs de¬
meures et les Gaulois formèrent trois divisions®. Une partie
des Francs entra en Hongrie : Pierre l’Ermite^, le duc Go-
defroi®, Baudouin, son frère®; Baudouin, comte de Mons*®.
Ces puissants chevaliers et beaucoup d’autres que j’ignore
suivirent la route qu’ autrefois Charlemagne, le magnifique
roi de France, fit établir jusqu’à Constantinople
5. Sur la prise de la croix, voir Foucher de Chartres, 1, 4, p. 325.
On remarquera que c’est le seul détail précis donné par l’Ano¬
nyme sur le mouvement qui précéda l’expédition.
6. Dans la pensée de l’auteur, ces trois divisions correspondent
aux trois routes suivies par les croisés : vallée du Danube, route
des Alpes orientales et d’Esclavonie, route d’Italie et embarque¬
ment dans les ports de l’Adriatique. 11 y eut, en réalité, un plus
grand nombre de bandes de croisés.
7. Sur Pierre l’Ermite et son rôle dans la croisade, voir Hagen-
meyer, Peter der Eremit (Leipzig, 1879); traduction française par
Furcy-Raynaud (Paris, 1879).
8. Godefroî de Bouillon, duc de Basse-Lorraine depuis 1089.
9. Baudouin, plus tard prince d’Edesse et roi de Jérusalem.
10. Baudouin, comte de Mons, en Hainaut.
11. Passage qui montre la popularité de la légende de Charle¬
magne à cette époque. En Allemagne, on fit même courir le bruit
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6 PETRUS HEREMITA CONSTANTINOPOLIM ADVENIT
Petrusvero supradictus primus venit Constantinopo-
lim III kalendas augusii® et cum eo maxima gens Ala-
manno^um^ Illic invenit Longobardos*^ et alios plures
congregatos quibus imperator® jusserat dari mercatum
sicuti erat in civitate dixitque illis : « Nolite transmeare
« Brachium^ donec veniat maxima christîanorum vir-
« tus, quoniam vos tanti non estis, ut cum Turcis pre-
« liari ^ valeatis » , ipsique Christiani nequiter deducebant
se, quia palatia urbis sternebant et ardebant, et aufere-
bant plumbum quo ecclesie erant cooperte et vendebant
Grecis. Unde*^ imperator iratus* jussit-^' eos transmeare
Brachium
Postquam autem^ transfretaverunt, non cessabant
agere omnia mala, comburentes et dévastantes domos
et ecclesias*. Tandem pervenerunt Nicomediam*, ubi
divisi sunt Longobardi' et Alamanni a Francis, quia
Franci tumebant superbia^. Elegerunt*’ Longobardi^
seniorem super se, cui nomen Rainaldus”; Alamanni
a. in k[a]l[endisj augusti A^; kalendis augusti B. — b. Lom-
bardos et Langobardos A^, fi, C. — c. praeliare fi, C*. —
d. Inde A^. — e. iratus est jussiique eos fi, O, — /. moxque
jussit C'. — g. autem omis dans A\ A^, fi, C. — h. Nichome-
diam A^. — i. Lombard! et Langobardi A^, A^y fi, C. — k. ele-
gerunt autem CL — /. Lombardi et Langobardi A^y A^y fi, C. —
m. Reinaldus A^y fi; Rainoldus C®, C^.
de sa résurrection (Ekkehard d’Aura, ii, dans les Historiens occi-
dentauXy t. V, p. 19). Sur sa prétendue croisade, voir L. Bréhier,
Les origines des rapports entre la France et la Syrie; le protec¬
torat de Charlemagne, dans le Congrès français de Syrie (Mar¬
seille, 1919), t. II, p. 36-38.
I. Le 3o juillet 1096.
3. L’auteur se contredit. En fait, Gautier sans Avoir était arrivé
à Constantinople avant Pierre l’Ermite (Albert d’Aix, I, 7, p. 275).
« Les Longobards n sont les habitants de l’Italie méridionale
{ancien thème byzantin de Longobardie). Par « Longobards »,
l’Anonyme désigne les Normands d’Italie. Anne Comnène, X, 5,
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PIERRE l’ermite A CONSTANTINOPLE (3o juilIct IO96) 7
Pierre, déjà mentionné, vint le premier à Constantinople,
le trois des calendes d’août* et avec lui la plus grande par¬
tie des Allemands. 11 y trouva réunis des « Longobards »
et beaucoup d’autres L’empereur* avait ordonné de les
ravitailler autant que la ville le pourrait et il leur dit : « Ne
traversez pas le Bras* avant l’arrivée du gros de l’armée
chrétienne, car vous n’êtes pas assez nombreux pour pou¬
voir combattre les Turcs. » Et les chrétiens se conduisaient
bien mal, car ils détruisaient et incendiaient les palais de la
ville, enlevaient le plomb dont les églises étaient couvertes
et le vendaient aux Grecs, si bien que l’empereur irrité
donna l’ordre de leur faire traverser le Bras*.
Après qu’ils eurent passé, ils ne cessaient de commettre
toute espèce de méfaits, brûlant et dévastant les maisons et
les églises®. Enfin ils parvinrent à Nicomédie où les Lon¬
gobards et les Allemands se séparèrent des Francs, parce
que les Francs étaient gonflés d’orgueiP. Les Longobards
élurent pour les commander un seigneur nommé Rainald.
p. 75, confirme que ce sont les « Longobards » qui parvinrent les
premiers à Constantinople. La leçon : « Longobardi » (^*), est
donc préférable à celle des autres manuscrits : u Lombardi et
Langobardi » ; il ne peut s’agir d’une erreur de copiste puisqu’elle
est répétée deux fois plus loin. On n’a d’ailleurs aucun rensei¬
gnement sur ce départ précoce des Lombards pour la croisade :
on voit, au contraire, que c’est seulement le 9 septembre 1096
qu’Urbain II, se trouvant à Pavie, écrit aux Bolonais pour exci¬
ter leur zèle; or, les premiers croisés étaient arrivés à Constanti¬
nople avant la fin de juillet.
3. Alexis Comnène, couronné empereur le 2 avril 1081.
4. Le « Bras u, dit le a Bras de saint Georges », désigne ici le
Bosphore, bien que cette expression soit quelquefois réservée au
golfe de^ Nicomédie, ville où saint Georges fiit martyrisé (voir
lettre d’Etienne de Blois, Epistulae et chartae^ p. 139), ou même
à la Corne-d’Or (même lettre et Albert d’Aix, II, ii, p. 3o6).
5. L’Anonyme, suivi par ses remanieurs, est le seul à parier de
ces méfaits. Anne Comnène, X, 6, p. 76, prétend à tort que la
traversée du Bosphore eut lieu malgré l’empereur.
6. Témoignage concordant d’Anne Comnène (/oc. cit.).
7. Sur l’origine de cette querelle, voir les détails d’Albert d’Aix,
i, 16, p. 284. Anne Comnène signale aussi ces dissentiments, qui
faillirent amener une bataille entre les croisés.
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8
DE TURCORÜM PRIMO IN CHRISTIANOS IMPETU
similiter^ Et intraverunt in Romaniam^ et per un dies
ierunt ultra Nicenam* urbem* inveneruntque quoddam
castrum, cui nomen Exerogorgo^, quod erat vacuum
gente et apprehenderunt illud, inquo* invenerunt satis
frumenti et vini et carnis et omnium bonorum abun-
dantiam.
Audientes itaque Turci^ quod Christiani essent in
Castro, venerunt obsidere illud*. Ante portam castri
erat puteus et ad pedem castri fons vivus, juxta quem
exiit Rainaldus insidiari Turcos^. Venientes vero Turci
in diededicationis S. Michaelis*® invenerunt Rainaldum
et qui cum eo erant, occiderunique Turci multos ex eis,
alii vero-^ fugerunt in castrum, quod confestim Turci
obsederunt eisque aquam abstulerunt. Fuerantque nos-
tri in tanta afflictione sitis, ut flebotomarent suos equos
et asinos, quorum sanguinem bibebant^; alii mittebant
zonas atque panniculos in piscinam et inde exprime-
bant aquam in os suum ; alii mingebant in pugillo alte-
rius et bibebant; alii fodiebant humidam terram et
supinabant se terramque sternebant super pectora sua
pro nimia arriditate sitis Episcopi vero et presbyteri
confortabant nostros et commonebant ne deficerent*.
a. Nicaenam C*, C*. — b. et invenerunt in eo A^, A^. —
c. Thurci A^. — d. Turcis O, C®. — e. Mikaelis B; qui est iii kal.
oct. A^; qui est in kal. oct. B. {même leçon dans /' « Hist. beîli
sacri », p. 17 5). — /. vero omis dans B, C; qui remanserunt
vivi B (même leçon dans TudebodCy p. 12 y et dans « Hist. belli
sacri », p. lyS). — g. biberent A^y A^, C. — h. ne deficerent,
dicentes : Estote ubique fortes in fide Christi et nolite eos timere
qui vos persequuntur sicuti Dominus dicit : « Nolite timere eos
qui corpus occidunt, animam vero non possunt occidere » B {ce
discourSy qui ne figure dans aucun manuscritj est manifestement
une addition postérieure. Les mots entre guillemets sont emprun¬
tés à Math. y Xy 28).
1. Contrairement à l’interprétation d’Hagenmeyer (édition des
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PREMIÈRE ATTAQUE DES TURCS (29 Septembre 1096) 9
Les Allemands firent de même^ et ils entrèrent en Roma-
nie^ et pendant quatre jours ils marchèrent au delà de
Nicée^ et trouvèrent un château appelé Exerogorgo^, vide
de toute garnison. Ils s*en emparèrent et y trouvèrent des
provisions de froment, de vin, de viande et toute sorte de
biens en abondance.
Les Turcs, apprenant que les chrétiens occupaient ce
château, vinrent l’assiéger*. Devant la porte du château
était un puits et, au pied du château, une source d’eau vive,
près de laquelle Rainald se posta pour tendre une embus¬
cade aux Turcs. Ceux-ci arrivèrent le jour de la fête de
saint Michel®, trouvèrent Rainald ainsi que ses compagnons
et en massacrèrent un grand nombre, tandis que les autres
se réfugiaient au château. Les Turcs l’assiégèrent aussitôt
et le privèrent d’eau. Et les nôtres souffrirent tellement de la
soif qu’ils ouvraient les veines de leurs chevaux et de leurs
ânes pour en boire le sang; d’autres lançaient des ceintures
et des chiffons dans les latrines et en exprimaient le liquide
dans leurs bouches; quelques-uns urinaient dans la main
d’un compagnon et buvaient ensuite; d’autres creusaient le
sol humide, se couchaient et répandaient de la terre sur
leur poitrine, tant était grande l’ardeur de leur soiH. Les
évêques et les prêtres réconfortaient les nôtres et les exhor¬
taient à tenir ferme.
Gesta^ p. 1 16), il faut admettre que les Allemands élisent un autre
chef que Rainald, car plus loin il est question de ce chef, « le
seigneur des Allemands » qui trahit les siens.
2. La « Romanie n était le nom que les Turcs donnaient à l'Asie
Mineure (sultanat de Roum); les Grecs désignaient ainsi la tota¬
lité de l’empire.
3. Nicée est la résidence du sultan turc depuis 1081.
4. Xerigordo, d’après Anne Gomnène, X, 6, p. 77. Le récit d’Al¬
bert d’Aix, 1, 16, p. 284, donne des détails un peu différents.
5. Anne Comnène {loc. cit.) donne le nom du chef turc, Elcha-
nis. Albert d’Aix (/oc. cif.) et la chronique de Zimmern {Archives
de VOrient latin^ t. I, p. 27-28) croient à tort que Soliman a dirigé
ce siège en personne.
6. 29 septembre 1096.
7. Ces détails, empruntés certainement au récit d’un témoin
oculaire, ne se trouvent que dans notre texte et ses imitateurs.
Premièrt croisadt. 4
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10
DE CHRISTIANIS CYVITO CAESIS
Hec tribulatio fuit per vm dies. Denique dominus
Alamannorum" concordatus est cum Turcis ut trade-
ret socios illis et, fîngens se exire ad bellum, fugit ad
illos et multi cum eo, Illi autem qui Dominum negare
noluerent capitalem sentenciam susceperunt ; alios
quos ceperunt vives adinvicem diviseruni quasi oves;
alios miserunt ad signum et sagittabant eos; alios ven-
debant et donabant quasi animalia. Quidam conduce-
bant suos in domum suam, alios in Corosanum\ alios
in Antiochiam, alios in Aleph aut ubi ipsi manebant.
Isti primo felix acceperunt martirium pro nomine Do-
mini Ihesu.
Audientes denique Turci quod Petrus Heremita et
Guualterius* Sinehabere^ fuissent in Cyvito‘‘^, que
supra Nicenam urbem est, venerunt illuc cum magno
gaudio ut occiderent illos et eos qui cum ipsis erant.
Cumque venissent*', obviaverunt Guualterio cum suis,
quosTurci mox occiderunt. Petrus vero Heremita paulo
ante ierat Constantinopolim, eo quod nequibat refrenare
illam diversam gentem que nec ilium nec verba ejus
audire volebat^ Irruentes vero Turci super eos, occi-
a. Rainaldus dominus C^; Alamannorum Reinaldus A*, B (on
remarquera que et concordent pour ne pas donner le nom
du chef des Allemands ; sur cette question, voir plus haut, p. 8,
noie 7). — b. Vualterius A^; Gauterius cognomento O; Walte-
rius A*, C*; Galterius, dans Tudebode, p. i3. — c. Cyvico A^ ;
Civilo C‘, O; civitate A^; Sivito C^. — d. venissent lae-
tantes B.
I. Le Khorassan, situé au nord-est de la Perse, était le centre
de la puissance des Turcs, qui l’avaient enlevé aux sultans Gaz-
névides vers 1037-1040 (cf. Laurent, Byzance et les Turcs seldjou-
cides, Paris, 1921 , p. 8), mais les chroniqueurs latins ou arméniens
appliquent ce nom à tous les pays orientaux qui dépendaient des
Seldjoucides, Azerbaïdjan, Arménie, Mésopotamie. Pour Albert
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MASSACRES DE CIVITOT (OClObrC IO96) Il
Cette tribulation dura huit jours, puis le chef des Alle¬
mands conclut un accord avec les Turcs pour leur livrer ses
compagnons : feignant de sortir pour combattre, il s’enfuit
auprès d’eux et beaucoup le suivirent. Tous ceux qui refu¬
sèrent de renier le Seigneur furent condamnés à mort;
d’autres pris vivants furent partagés comme des brebis;
d’autres servirent de cible aux Turcs qui lançaient des
flèches sur eux; d’autres étaient vendus ou donnés comme
des animaux. Les uns conduisaient leur prise dans leur
demeure, d’autres dans le Khorassan^ à Antioche, à Alep,
partout où ils habitaient. Tels furent ceux qui reçurent les
premiers un heureux martyre au nom du Seigneur Jésus.
Les Turcs, apprenant ensuite que Pierre l’Ermite et Gau¬
tier sans Avoir^ se trouvaient à Civitot^, située au delà de
Nicée, s’y dirigèrent, pleins d’allégresse, afin de les massa¬
crer ainsi que leurs compagnons. Pendant leur marche ils
se heurtèrent à Gautier avec les siens, qu’ils eurent bientôt
massacrés. Quant à Pierre l’Ermite, il venait de retourner à
Constantinople, incapable de discipliner cette troupe dispa¬
rate, qui ne voulait entendre ni lui ni ses paroles^. LesTurcs,
d’Aix, Bagdad est la capitale du Khorassan; dans le texte de
l’Anonyme, ce terme a donc un sens assez vague et signifie les
pays de l’est.
2. Gautier sans Avoir (« Sensavehor », dans Albert d’Aix), chef
d’une bande populaire, avait quitté Pierre l’Ermite à Cologne et
était arrivé avant lui à Constantinople. Sur ce personnage, voir
Orderic Vital, t. III, p. 478.
3. Civitot (Chevetot, en grec : Kivotos), port sur le golfe de
Nicomédie, avec une forteresse créée par Alexis Comnène pour
tenir en respect l’émir turc de Nicomédie (Orderic Vital, édition
Le Prévost, t. III, p. 490-491). L’identification avec Guemlik, sur
le golfe de Moudania, est abandonnée depuis les travaux de To-
maschek {Topographie von Kleinasien im Mittelalter, Vienne,
1891). Le gros de l’armée y était resté avec Pierre l’Ermite.
4. Récit plus détaillé d’Albert d’Aix, I, 18, p. 286-289, qui men¬
tionne un voyage de Pierre l’Ermite à Constantinople pour de¬
mander des secours, et de la Chronique de Zimmem (fragments
dans les Archives de V Orient latin^ t. I, p. 28-29), qui cite les
noms des chefs allemands. Anne Comnène, X, 6, p. 78, place la
rencontre au bord de la rivière du Dragon.
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12
DE CHRISTIANIS CYVITO CAESIS
derunt multos ex eis; alios invenerum dormientes®,
alios nudos, quos omnes necaverunt, cum quibus quem-
dam sacerdotem missam celebrantem, quem statim su¬
per altare ma^ti^izaverunt^ Illi vero qui evadere potue-
runtCyvito fugerunt; alii precipitabant se in mare;alii
latebant in silvis et montanis. Turci vero, persequentes
illos in castrum, adunaverunt ligna ut eos comburerent
cum Castro.
Christiani igitur, qui in Castro erant, miserunt ignem
in ligna congregata et versus ignis in Turcos, quosdam
eorum concremavit, sed ab illo incendio Deus nostros
tune liberavit. Tandem Turci apprehenderunt illos
vivos diviseruntque illos, sicuti prius fecerant alios, et
disperseront illos per universas regiones bas, alios in
Corosanum, alios in Persidem. Hoc totum factum est
in mense octobri*.
Audiens imperator quod Turci sic dissipassent nos¬
tros, gavisus est valde* et mandavit*^ fecitque eos Bra¬
chium transmeare^. Postquam ultra fuerunt, compara-
vit omnia arma eorum.
[3.] Seconda vero pars intravit in Sclavinie**^ partes,
scilicet cornes de Sancto Egidio Raimundus et Podien-
sis episcopus®.
Tercia* autem pars per antiquam Rome viam-^ venit*.
In hac parte fuerunt Boamundus^ et Richardus^® de
a. dormientes, alios jacentes B. — b. phrase omise dans
C>, C2. — c. mandavit pro eis B; et raandavit omis dans A^.
— d. Clauinie A^; Scavinie A*; Sclaviniae B, C. — e. tertia A^t
B, C. — /. Romae A^^A^, B, C; Romeniam mauvaise lecture
pour Rome viam. — g. Ricardus A^.
1. Sur cette mort, voir une pièce de vers de Guibert de Nogent,
11, II, p. 146.
2. En contradiction avec le récit d’Albert d’Âix (1, 22, p. 289), qui
montre l’empereur s’efforçant de sauver les débris de l’armée.
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MASSACRES DE civiTOT (octobre 1096) l3
se précipitant sur eux, en tuèrent un grand nombre. Ils trou¬
vèrent les uns en train de dormir, les autres tout nus et les
massacrèrent tous. Un prêtre qui célébrait la messe reçut
d’eux le martyre sur l’auteU. Ceux qui purent s’échapper
s’enfuirent à Civitot. Quelques-uns se précipitaient dans la
mer, d’autres se cachaient dans les forêts et dans les mon¬
tagnes. Mais les Turcs les poursuivirent dans la place et
entassèrent du bois pour les brûler avec la ville.
Mais les chrétiens qui occupaient la ville mirent le feu au
tas de bois; la flamme se diriges vers les Turcs et en brûla
un certain nombre, tandis que Dieu préserva les nôtres de
cet incendie. A la fin les Turcs les prirent vivants, les par¬
tagèrent, comme ils avaient fait des premiers, et les disper¬
sèrent dans toutes les régions, les uns en Khorassan, les
autres en Perse. Tous ces événements eurent lieu au mois
d’octobre.
A la nouvelle que les Turcs avaient ainsi dispersé les
nôtres, l’empereur témoigna une grande joie^ et donna des
ordres pour leur faire traverser le Bras 3. Le passage terminé,
il rassembla toutes leurs armes.
[3.] La deuxième division pénétra en Esclavonie^ avec le
comte de Saint-Gilles, Raimond et l’évêque du Puy*.
La troisième division suivit l’antique route de Rome®.
En firent partie : Bohémond"^ et Richard du Principat®,
3. Sur ce passage, voir Albert d’Aix (/oc. cit.) et Anne Comnène
<X, 6, P- 78).
4. Sous ce nom, on désignait le territoire des Croates et des
Serbes.
5. Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse depuis i(f88, et
Adémar de Monteil, évêque du Puy vers 1080, désigné par Urbain
comme son vicaire et son légat. Chacun d’eux commandait une
armée importante recrutée dans le midi de la France. Leur iti¬
néraire à travers les Alpes orientales et l’Esclavonie a été décrit
en détail par Raimond d’Aguilers (ou d’Aguilhe), chanoine du
Puy et chapelain du comte de Toulouse.
6. Sur cette route traditionnelle de pèlerinage, voir J. Bédier,
Les légendes épiques^ t. II, p. 142 et suiv.
7. C’est par simple symétrie que l’auteur mentionne ici Bohé-
mond, dont le départ va être raconté plus loin.
8. Fils d’un frère de Robert Guiscard, Guillaume, qui s’était
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14 GODEFRIDI CONSTANTINOPOLIM ADVENTUS
Principatu, Rotbertus® cornes Flandrensis\ Rotbertus
Northmannus*^, Hugo Magnus^, Evrardus de Puisa-
tio*, Achardus de Monte Merloi^®, Isuardus*^ de Mu-
sone** et alii plures. Deinde venerunt ad portum Bran-
dosim aut Barim sive Otrentum^.
Hugo denique Magnus et Willelmus-/, Marchisi
filius®, intraverunt mare ad portum Bari et transfre-
tantes venerunt Durachium. Audiens vero dux illius
loci* hos prudentissimos viros^ illic esse applicatos»
mox mala cogitatio cor ejus tetigit illosque apprehen-
dit ac jussit Constantinopolim imperatori caute duci
quo ei fidelitatem facerent^’^.
Dux denique Godefridus primus omnium seniorum
Constantinopolim venit cum magno exercitu, duobus
diebus ante Natale Domini nostri et hospitatus est ex¬
tra urbem, donec iniquus imperator jussit eum hospitari
in burgo urbis^^. Cumque fuisset hospitatus dux, secure
а. Robertus C. — b. Normandus A^; nortmannus A^^ B;
norniannus C. — c. Merlor O. — d. Usuardus A^y C. —
e. Musione A^y A^y C. — f. Guillelmus A^; Vuillelmus A^; Wi-
Ihelmus B. — g. viros omis dans A^, C.
établi dans la principauté de Salerne et avait pris le titre de
« comte de la Principauté » (Gay, L'Italie méridionale et l'empire
by:{antiny p. 5o5).
1. Robert II, fils de Robert le Frison, comte de Flandre depuis
1093.
2. Robert Courte-Heuse, fils aîné de Guillaume le Conquérant,
avait hérité du duché de Normandie en 1087.
3. Hugue, comte de Vermandois, frère du roi de France Phi¬
lippe I". Son surnom de magnus est une traduction infidèle de
« mainsné » (moins né), c’est-à-dire le « cadet ».
4. Evrard, seigneur du Puiset (canton de Janville, Eure).
5. Achard de Montmerle (canton de Trévoux, Ain) avait engagé,
pour pouvoir s’équiper, son patrimoine à l’abbaye de Cluny
(Bruel, Chartes de Clunyj t. V, p, 5i-53).
б. Mouzon (Ardennes).
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ARRIVÉE DE GODEFROI A CONSTANTINOPLE (23 déc. IO96) l5
Robert, comte de Flandre^, Robert de Normandie*,
Hugue le Mainsné*, Évrard du Puiset^, Achard de Mont-
merle*, Isoard de Mouzon® et beaucoup d’autres. Ils par¬
vinrent ensuite soit au port de Brindisi, soit à Bari, soit à
Otrante’.
Hugue le Mainsné et Guillaume, fils du marquis®, prirent
la mer à Bari et abordèrent à Durazzo, mais le gouverneur
du pays®, apprenant le débarquement de ces deux pru¬
d’hommes, conçut dans son cœur un mauvais dessein. Il les
fit arrêter et conduire avec précaution à Constantinople
devant l’empereur, afin qu’ils lui jurassent fidélité^®.
Enfin, le duc Godefroi, le premier de tous les seigneurs,
arriva à Constantinople avec une grande armée, deux jours
avant la Nativité de Notre-Seigneur^', et campa hors de la
ville jusqu’à ce que l’inique empereur eût donné l’ordre de
le loger dans un faubourg de la ville**. Ayant pris ainsi ses
7. Ce sont les principaux ports d'embarquement pour la pénin¬
sule des Balkans.
8. Guillaume, frère de Tancrède, fils d’une sœur de Robert
Guiscard, Emma, et d'Eude, dit « le bon Marquis ».
9. Durazzo (ancienne Dyrrachium), principal port de transit
avec l’Italie, point de départ de la Via Egnatia, qui conduisait à
Thessalonique et à Constantinople, avait une triple enceinte for¬
tifiée et une garnison formée de troupes d’élite, commandée par
le duc ou stratège Jean Comnène, neveu de l’empereur Alexis
(Chalandon, Alexis Comnène^ p. 174).
10. Récit très différent d’Anne Comnène (X, 7), qui exagère la
vanité du prince, mais d’où il ressort qu’il fut traité honorable¬
ment par Jean Comnène. D’après les instructions d’Alexis, qui
redoutait un coup de main sur Durazzo, déjà prise par les Nor¬
mands en io83, Hugue le Mainsné fut conduit à Constantinople
par un haut fonctionnaire impérial. Il prêta serment de fidélité
sans résistance. On remarquera que l’Anonyme, réflétant l’opi¬
nion de la plupart des croisés, ne perd pas une occasion de témoi¬
gner sa haine à Alexis, qui est pour lui « l’inique, le misérable
empereur ».
11. Godefroi s’était mis en route vers le i5 août 1096. Détails
sur son itinéraire dans Albert d’Aix (II, 9, p. 299-305) et la Chro¬
nique de Zimmern {Archives de VOrient latin, t. I, p. 21-22).
12. Récit sommaire, mais confirmé dans ses grandes lignes par
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l6 CRUCESIGNATI AB IMPERATORIS EXERCITIBUS INVADUNTUR
mittebat armigeros suos per singulos dies ut paleas et
alia equis necessaria asportarent®. Et jam* cum puta-
rent exire fiducialiter quo vellent, iniquus imperator
Alexius*^ imperavit Turcopolis et Pincinatis^^’ invadere
illos et occidere*-. Balduinus itaque frater ducis hec
audiens, misit se in insidiis tandemque invenit eos-^
occidentes gentem suam eosque invasit forti animo ac,
Deo juvante, superavit eos*?^ et, apprehendens lx ex eis,
partem occidit, partent duci fratri suo presentavii^.
Quod cum audisseï imperator, valde iratus est. Videns
vero dux inde iratum imperatorem, exiit cum suis de
burgo et hospitatus est extra urbem^. Sero autem facto,
infelix imperator jussit suis exercitibus* invadere du-
cem^ cum Christi gente. Quos dux* persequens invic-
tus cum Christi militibus, vu ex illos occidit, perse-
quendo alios ad portam civitatis®. Reversusque dux*
ad sua tentoria, mansit inibi per v dies®, donec pactum
a. apportarenl A^, A^, C^, C*. — b. jam omis dans AK —
c. Âlexius sagaciter faciebat eos excubare CK — d. Pinzinacis
A^; Pincinatis A^, B, C. — e. suisque Turcopolis et Pincinatis
imperabat eos invadere A^, B, C*. — /. illos A^, C*. — g. illos
A^y C. — h. suos exercitus C. — i. ducem omis dans A^. —
k. dux omis dans ^4®, C‘, C®*
Albert d’Aix (II, p. 3o5-3o7), qui indique un premier cantonne¬
ment des croisés hors de l’enceinte, puis leur transport au delà
de la Corne-d’Or dans de véritables casernes « intra palatia »,
probablement à Galata, désigné par l’expression des Gesta, em¬
pruntée à la terminologie occidentale « in burgo urbis ». Burgus
désigne un faubourg et s’oppose à urbSy civitas. Le passage des
croisés eut lieu le 29 décembre (Albert d’Aix, loc. cit.).
I. Corps de mercenaires au service de l’empire, qui recrute des
soldats dans les tribus turques depuis le ix* siècle et des Turcs
seldjoucides depuis la bataille de Mantzikert (1071). Sur leur rôle
dans les guerres civiles de la fin du xi* siècle, voir J. Laurent,
Byzance et les Turcs seldjoucides, p. gi. On les désigne dès lors
sous le nom de ToupxoïtouXoi, fils de Turcs. Les Petchénègues,
I
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ATTAQUE DES CROISÉS PAR LES ARMÉES IMPÉRIALES (1O97) I7
quartiers, le duc envoyait chaque jour ses guerriers en toute
sécurité, afin qu’ils apportassent de la paille et tout ce qui
était nécessaire aux chevaux. Et ils croyaient qu’ils pour¬
raient aller en toute confiance où ils voudraient, mais
l’inique empereur Alexis ordonna aux Turcoples et aux
Petchénègues^ de les attaquer et de les tuer^. A cette nou¬
velle, Baudouin, le frère du duc, se mit en embuscade, les
surprit en train de massacrer son peuple, les attaqua coura¬
geusement et, avec l’aide de Dieu, en vint à bout. Il en cap¬
tura soixante, en tua une partie et présenta le reste au duc,
son frère^.
L’empereur, instruit de ces faits, manifesta une grande
irritation. Le duc, voyant l’empereur irrité, sortit du fau¬
bourg avec les siens et prit ses quartiers hors de la ville-*.
Le soir venu, le misérable empereur ordonna à ses troupes
d’attaquer le duc et le peuple chrétien. Le duc les poursui¬
vit victorieusement à la tête des soldats du Christ; il en tua
sept et poursuivit les autres jusqu’à la porte de la cité^.
Revenu dans son camp, il y resta cinq jours®, puis conclut
IlaxCivaxot, établis depuis le ix* siècle entre le Danube et le Don,
également de race turque, fournissaient des corps de mercenaires
à l’empire depuis le milieu du xi* siècle (voir Chalandon,.d/ejris /•''
Comnène, p. 2-5).
2. L’Anonyme ne mentionne pas la cause du conflit, le refus
•de Godefroi d’avoir une entrevue avec l’empereur. Les détails
donnés par Albert d’Aix (II, ii, p. 3o6-3o7) éclairent ce passage.
3. D’après Albert d’Aix (/oc. ci/.), Baudouin, avec 5oo chevaliers,
alla s’emparer du pont situé au fond de la Corne-d’Or.
4. Quittant le faubourg de Galata, l’armée de Godefroi va se
placer sous les murs de Constantinople (i3 janvier 1097).
5. Le petit nombre des tués indique une simple escarmouche.
Albert d’Aix (/oc. ci/.) en fait une bataille violente qui eut lieu en
face de la porte des Blachernes. Anne Comnène (X, 9, p. 87-90)
prétend que les croisés furent repoussés.
6. Du 13 au i8 janvier 1097. Détails plus complets d’Albert
d’Aix, II, 14, p. 309, qui donne la date du i3 janvier 1097. Celle
du jeudi saint, 2 avril, donnée par Anne Comnène est fausse,
puisque, d’après Albert, c’est au début du carême que l’armée de
Godefroi est passée en Asie (Hagenmeyer, Chronologie de la pre¬
mière croisade, n* no).
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i8
BOAMUNDUS CRUCEM ACCIPIT
iniit cum imperatore* dixitque illi imperator ut trans-
fretaret Brachium Sancti Georgii^ permisitque" eum
habere omnem mercatum ibi, sicut est Consiantinopoli,
et pauperibus elemosinam* erogare unde potuissent
vivere®.
[4.] At bellipotens Boamundus, qui erat in obsidione
Malfi Scafardi Pontis*, audiens venisse innumerabilem
gentem Christianorum de Francis^, ituram ad Domini
sepulcrum et paratam ad prelium contra gentem paga-
norum®, cepit diligenter inquirere que arma pugnandi
hec gens déférât et quam ostensionem Christi in via*'
poriet vel quod signum in certamine sonet. Gui per or-
dinem hec dicta sunt : « Deferunt arma ad bellum con-
grua ; in dextra* vel inter utrasque scapulas crucem
Christi bajulant; sonum vero : Deus le volt! Deus le
volîlDeus le volt ^ ! unavoce conclamant. » Mox sancto
commotusSpiritu jussit preciosissimum^ pallium, quod
apud se habebat, incidi totumque statim in cruces ex-
pendit®.
Cepit tune ad eum vehemenier concurrere maxima
pars militum qui erant in obsidione ilia, adeo ut Roge-
a. protnisitque A*, B. — b. elemosynam .<43; eleemosynam A'^y
B, C. — c. de Francia C>, C*. — d. quam ostensionem in via
Christi portet A^y C. — e. dextera C®. — /. Deus vult, Deus
vult, Deus vult Ay C; les manuscrits consultés par Bongars (Bj
paraissent avoir conservé la forme primitive traduite en latin par
les copistes de A et C. Cf. Tudebode : « Deus lo vult! » Baudri
de Dol donne les deux formes : « Deus vult, Deus volt! » —
g. pretiosissimum A^, A^, By C.
1. Récit détaillé de ces négociations dans Albert d’Aix et Anne
Comnène (/oc. cit.).
2. Ce fut seulement après quelques jours, vers le i8 février, que
l’empereur décida Godefroi à passer en Asie (Albert d’Aix, loc.
cit.).
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*9
BOHÉMOND PREND LA CROIX (1O96)
un accord avec Pempereur^ qui l’engagea à traverser le
Bras de saint Georges 2 et l’autorisa à se ravitailler autant
que les ressources de Constantinople le permettraient, ainsi
qu’à recevoir une aumône qui assurât la subsistance des
pauvres 3.
[4.] De son côté, Bohémond le Victorieux, qui se trouvait
au siège d'Amalfi du Pont-Scaphard^, apprenant la venue
d’un peuple chrétien innombrable, composé de Francs,
résolu à se rendre au sépulcre du Seigneur et, prêt à livrer
bataille à la gent païenne*, fît rechercher exactement de
quelles armes ce peuple se servait au combat, quel emblème
du Christ il portait en chemin, quel cri de ralliement il
poussait dans les batailles. Il lui fut répondu dans le même
ordre : « Ils ont des armes convenables à la guerre; sur
l’épaule ou entre les deux épaules ils portent la croix du
Christ; leur cri : Dieu le veut! Dieu le veut! est poussé
par tous d’une seule voix. » Aussitôt, incité par l’Esprit-
Saint, Bohémond ordonna de découper un précieux man¬
teau qu’il portait et en fit distribuer les morceaux découpés^
en croix®.
Alors la plus grande partie des chevaliers qui assiégeait la
ville courut à lui impétueusement, si bien que le comte
3. D’après Albert d’Aix, l’empereur promit une subvention heb¬
domadaire jusqu’à la Pentecôte non seulement pour les pauvres,
mais pour les chevaliers.
4. Au début de 1096, Roger, duc de Fouille, et Bohémond assié¬
geaient Amalfi révoltée (Chalandon, Histoire de la domination
normande en Italie., t. I, 1907, p. 3o2). Bohémond, fils de Robert
Guiscard et de sa première femme, Aubrée, avait pris une part
importante à l’expédition normande de 1081-1084 contre l’empire
byzantin. En 1082, après la prise de Durazzo, il avait battu plu¬
sieurs armées impériales et envahi la Thessalie. — Sur l’expres¬
sion de Pont-Scaphard appliquée à Amalfi, voir Tudebode, p. i5,
et Robert le Moine, p. 740.
5. Il s’agit des croisés de la France du nord et de l’ouest, venus
en bandes séparées pour s’embarquer dans les ports de l’Italie
méridionale.
6. Notre auteur semble avoir été le témoin oculaire de la scène
qu’il est le seul à raconter.
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20
BOAMUNDUS AD BELLUM PROFICISCITUR
rius cornes pene solus remanserit reversusque Siciliam
dolebat et merebat® quandoque gentem amittere suatn ^ .
Denique reversas iterum in terrain suam*, dominas
Boamundas diligenter honestavit sese ad incipiendum
Sancti sepalcri iter. Tandem transfretavit mare cam sao
exercita, et cum eo Tancredas, Marchisi filius^, et Ri-
chardus princeps ac Rainalfas, frater eius^, et Rotber-
tus de Ansa et Hermannus de Canni, Rotberius de
Surda Valle, Roiberias, filias Tostanni*, et Hanfre-
das, filius Radalfi, et Richardas, filius comitis Rainalfi,
et cornes de Russinolo cam fratribas suis^ et Boello
Carnotensis*^ et Alberedas de Cagnano et Hunfredas
de Monte Scabioso*. Hi omnes transfretaverant ad
Boamandi famalatam® et applicuerant Balgarie’ par-
tibas, abi invenerant nimiam abandantiam frumenti et
vini et alimentoram corporis.
Deinde descendentes in vallem de Andronopoli® ex-
spectaverant gentem saam, donec omnes pariter trans-
frétassent. Tune Boamundas*^ ordinavit concilium
cum gente sua, confortans et monens eos* ut boni et
humiles essent et ne depredarent-^ terram istam que
a. maerebat A*, B, C. — b. Toustani A^; Tonstani A^. —
c. Charnotensis A^. — d. sapiens Boamundus B. — e. A la suite
de ce moty B ajoute : dicens : « Seniores, caveie omnes vos quia
sumus peregrini Dei. Oportet igitur nos esse magis bonos et
humiles quam ante fuimus et nulite depraedare terram islam,
quia Christianorum est, et nemo accipiat plus, nisi quod ei suffi*
ciat ad edendum pro benedictione ». Même interpolation dans
V « Hist. belli sacri p. iTj {avec la variante : suosque con-
fortabat et ammonebat dicens : « Viri prudentes, abstinete vos
a malo. Nos sumus... »). Même discours délayé dans Baudri de
Bourgueily p. 22-23^ tandis qu’ici Tudebode concorde avec A et
C. — /. depredarentur A^, C^.
I. 11 dut abandonner le siège d’Amalh (Chalandon, Histoire de
la domination normande en Italiej t. I, p. 3o2).
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DÉPART DE BOHÉMOND POUR LA CROISADE (1096] 21
Roger resta presque seul. Revenu en Sicile, il se plaignait et
s’affligeait d’avoir perdu toute son armée ^
De retour dans sa terre*, le seigneur Bohémond se pré¬
para avec zèle à prendre le chemin du Saint Sépulcre.
Enfin, il traversa la mer avec son armée. Avec lui se trou¬
vaient Tancrède, fils du marquis*; le prince Richard et
Renoul, son frère-*; Robert d’Anse, Hermann de Cannes,
Robert de Sourdeval; Robert, fils de Tostain; Onfroi, fils
de Raoul; Richard, fils du comte Renoul; le comte de Rus-
signolo et ses frères, Boel de Chartres, Aubré de Cagnano,
Onfroi de Monte-Scabioso*. Tous firent la traversée aux
frais de Bohémond® et abordèrent en Bulgarie^, où ils
trouvèrent en abondance le blé, le vin et tous les aliments
utiles.
Puis ils descendirent dans la vallée d’Andronopolis® et
attendirent que toute leur armée eût accompli le passage.
Alors Bohémond tint conseil avec son armée, encourageant
les siens, les exhortant à la bonté, à l’humilité et à s’abste¬
nir de ravager cette terre qui appartenait à des chrétiens et
2. Bohémond était seigneur de Tarente, Oria, Otrante, Galli-
poli, qu’il avait arrachés à son frère Roger (1086) (voir Chalan-
don, Histoire de la domination normande en Italie^ l. I, p. 288).
3. Voir ci-dessus, p. i5, note 8.
4. Il s’agit de Richard du Principal. Voir ci-dessus, p. i3, n. 8.
5. Tous ces chevaliers sont des Normands qui ont reçu des fiefs
en Italie (Chalandon, op. cit., t. I, p. 3o2). Le Monte-Scabosio est
identifié avec Monte-Scaglioso, château du diocèse de Matera
(Basilicate).
6. Ils font partie de la « maison > de Bohémond, qui, suivant
l’usage féodal, pourvoit à leur entretien.
7. D’après Albert d’Âix (II, 18, p. 3i3), les forces de Bohémond
débarquèrent à Avlona (Valons) et Ourazzo. Le terme de a Bul¬
garie désigne la Macédoine occidentale, qui avait été le centre
de l’empire bulgare des schichmanides, soumis par Basile II en
1018.
8. Vallée d’un affluent de la Voïoussa, probablement le Drino,
au sud d’Argyrocastro, dont la vallée s’appelle encore « Dro-
poli ».
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22
BOAMUNDUS CASTORIAM PERVENIT
Christianorum erat et nemo acciperet, nisi quod ei suf-
ficeret ad edendum’.
Tune exeuntes, inde venerunt per nimiam plenitudi-
nem de villa in villam, de civitate in civitatem, de cas-
tello in castellum, quousque pervenimus- Castoriam®
ibique Nativitatem Domini sollemniter" celebravimus
fuimusque ibi per pluresdieset quesivimus mercatum;
sed ipsi noluerunt nobis assentire, eo quod valde time*
bani nos, non putantes nos esse peregrinos, sed velle
populari terram et occidere.illos*. Quapropter appre-
hendebamus boves, equos et asinos et omnia quæ inve-
niebamus, Egressi de Castoria, intravimus Palago-
niam in qua erat quoddam hereticorum castrum, quod
undique aggressi sumus, moxque nostro succubuit im-
perio; accenso itaque igné, combussimus castrum cum
habitatoribus suis**.
Postea pervenimus ad flumen Bardarum’. Denique
perrexit dominus Boamundus ultra cum sua gente, sed
non tota. Remansit enim cornes de Russignolo cum fra-
tribus suis. Venit exerciius imperatoris et invasit comi-
tem cum fratribus suis et omnes, qui erant cum eis.
a. sollempniter A^. — b. scilicet haereticorum congregatio B;
même leçon dans Tudebode, p. 1 6 {avec la variante congrega-
tione); dans V « Hist. belli sacri », p. 777 {avec la variante con-
gregationem). C’est un exemple caractérisé de glose. Cf. Intro-
duction^ p. xxviii.
1. Témoignage intéressant qui indique chez Bohémond le désir
de ménager l’empereur.
2. Pour la première fois, l’auteur parle à la première personne.
11 se trouvait donc dans l’armée de Bohémond.
3. Castoria, située dans une presqu’île, à l’ouest du lac du même
nom, était une forteresse importante prise par Robert Guiscard
en 1082. Bohémond, qui avait pris part à cette expédition, con¬
naissait admirablement la région et, après son échec devant La¬
rissa, il s’était justement réfugié à Castoria, reprise par Alexis
Comnène en io83 (Anne Comnène, VII, 1, p. i85).
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UNIVERSITY*ep“Wf5CONâlW
BOHÉMOND ARRIVE A CASTORiA (25 décembre 1096) 23
à ne rien prendre en dehors de ce qui était nécessaire à leur
nourriture*.
Alors eut lieu le départ, et on alla au milieu d’une grande
abondance de domaine en domaine, de cité en cité, de châ¬
teau en château. Nous parvînmes* ainsi à Castoria* et nous
y célébrâmes solennellement la Nativité du Seigneur. Nous
y restâmes plusieurs jours et nous cherchâmes à nous ravi¬
tailler, mais la population ne voulut pas y consentir, parce
qu’elle nous redoutait beaucoup. Elle refusait de voir en
nous des pèlerins et croyait que nous voulions dévaster sa
terre et la massacrer^. Aussi nous nous emparions des
bœufs, des chevaux, des ânes et de tout ce que nous trou¬
vions. Ayant quitté Castoria, nous entrâmes en Pèlagonie'*,
où se trouvait une ville d’hérétiques. Nous l’attaquâmes de
tous côtés et elle fut bientôt en notre pouvoir : ayant allu¬
mé du feu, nous brûlâmes la ville avec ses habitants*.
Après quoi nous atteignîmes le fleuve Vardar^. Le sei¬
gneur Bohémond continua avec sa troupe, mais non tout
entière, car le comte de Russignolo resta là avec ses frères.
L'armée impériale survint et attaqua le comte ainsi que ses
frères et tous ceux qui étaient avec eux.
4. Sur la terreur excitée en Macédoine par le passage des croi¬
sés, voir la lettre de Théophylacte, archevêque d’Ochrida (Migne,
Patrologie grecque, t. CXXVl, col. 324-325).
5. Nom antique d’une région de la Haute-Macédoine qui cor¬
respond à la plaine de Monastir et de Prilep.
6. Il s’agit d’une colonie de Manichéens, peut-être de Bogo-
miles, très nombreux sur le territoire de l’ancienne Bulgarie. Sur
l’importance de ce mouvement à cette époque, voir Chalandon,
Alexis Comnène, p. 3i8-32o, et Œconomos, La vie religieuse dans
Vempire byzantin au temps des Comnènes (1918), p. 38-47.
XI* siècle, castrum a pris le sens de « ville forte » (voir Du Gange,
Glossarium mediae et infimae latinitatis, au mot : castrum'j.
7. La Via Egnatia, que les croisés avaient dû rejoindre à Edesse
(Vodena), traversait le Vardar à Topchin, à l’ouest de Thessalo-
nique, mais, comme cette ville n’est pas mentionnée par l’Ano¬
nyme, il est possible que le passage du fleuve ait eu lieu plus au
nord. Sur l’itinéraire de Bohémond, voir Th. Desdevises du De-
zert, Géographie ancienne de la Macédoine (Paris, i863), p. 214.
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24
DE PUGNA AD FLUMEN BARDARUM
Quod audiens Tancredus\ rediit rétro et projectus®
in flumen natando pervenit ad alios; et ii miilia* mise-^
runt se in flumen sequendo^ Tancredum. Tandem inve-
neruntTurcopolos et Pincinacos^ dimicantes cum nos-
tris, quos repente fortiter invaserunt et prudenter eos
superaverunt; et apprehenderunt plures ex illis et duxe-
runt illos ligatos ante domini Boamundi presentiam^
quibus ait ipse : « Quare, miseri, occiditis* gentem
Christi et meam? Ego cum vestro imperatore nullam
altercationem habeo. » Qui responderunt : « Nos nequi-
mus aliud agere; in roga imperatoris locati-^ sumus et
quicquid nobis împerat^ nos oportet implere®. » Quos
• Boamundus impunitos permîsit abire.
Hoc bellum factum est in iv‘* feria, que est caput jeju-
nii^. Per omnia benedictus Deus. Amen'^.
[NARRATIO SECUNDA]
[6.] Mandavit^ infelix imperator simul cum nostris
nunciis^ uni ex suis, quem valde diligebat, quem et
corpalatium® vocant, ut nos secure deduceret per ter-
a. proiciens C; se 0,C*. — b. milia C®. — c. sequentes C.
— d. Pinzinacos — e. occidistis A^, O, C®. — /. locati omis
dans B. — g. imperatur O. — h. Explicit liber I. Incipit liber
secundus AK Pas d'alinéa dans A^, — i. mandavit interfea C.
1. Tancrède, fils d’Eude le Bon, marquis et neveu par sa mère
de Robert Guiscard, parait avoir été le principal lieutenant de
Bohémond : « Obtentum est, ut sub Boamundo ipse, quasi dux
sub rege, secundus ab eo militaret... b (Raoul de Caen, 3, p. 607)..
2. Cfi Raoul de Caen, 3, p. 607-610.
3. Cette réponse de vrais mercenaires n’était sans doute pas-
conforme aux véritables instructions de l’empereur.
4. Le mercredi des Cendres, 18 février 1097.
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25
BATAILLE DU VARDAR (l8 févriCF IO97)
Tancrède‘, l’ayant appris, revint sur ses pas, se jeta dans
le fleuve et parvint en nageant à rejoindre ses compagnons;
deux mille hommes se jetèrent aussi dans le fleuve et sui¬
virent Tancrède. Ils trouvèrent des Turcoples et des Pet-
chénègues qui combattaient contre les nôtres, les attaquèrent
soudain avec courage et en vinrent à bout, puis ils en prirent
un certain nombre et les amenèrent tout liés en présence
du seigneur Bohémond^, qui leur dit : « Pourquoi, malheu¬
reux, massacrez-vous l’armée du Christ, qui est aussi la
mienne? Je n’ai pourtant aucune querelle avec votre empe¬
reur. » A quoi ils répondirent : « Nous ne pouvons pas agir
autrement : nous nous sommes loués à la solde de l’empe¬
reur, et tout ce qu’il nous ordonne il nous faut l’accom-
plir^. » Bohémond leur permit de se retirer impunis.
Cette bataille eut lieu le quatrième jour de la semaine qui
marque le début du carême^. Que Dieu soit béni en toutes
choses! Ainsi-soit-il!
[DEUXIEME RECIT]
[De la bataille du Vardar a la prise de Nicée
(18 FÉVRIER-I9 JUIN 1097)]
[6.] Le misérable empereur envoya en même temps que
nos ambassadeurs^ l’un des siens qu’il avait en grande affec¬
tion et que l’on appelle curopalate®, afin qu’il nous condui-
5. Albert d’Aix (II, 14, p. Sog) parle bien d’une ambassade de
Bohémond, mais dénature les faits en supposant qu’elle avait été
envoyée à Godefroi de Bouillon pour lui proposer de détruire
l’empire.
6. Le mot latin corpalatius est une corruption de « curopa¬
late », une des plus hautes dignités de la hiérarchie impériale.
11 semble que, dans la pensée de l’Anonyme, curopalate est
synonyme du terme occidental palatin et signifie un agent de
l’empereur, sans préciser davantage. Les textes byzantins ne
montrent jamais ce titre appliqué à de simples fonctionnaires,
mais à des princes de la famille impériale ou à des rois vassaux
de l’Empire.
Première croisade. i
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26
D£ ADVENTU AD SERRAM URBEM
ram suam, donec veniremus Constantinopolim. Cum-
que transiremus ante illorum civitates, jubebat habita-
toribus terre ut nobis asportarent" mercatum, sicut
faciebant et illi quos diximus. Certe tantum timebant
fortissimam gentem domini Boamundi ut nullum nos-
trorum sinerent intrare muros civitatum. Volueruntque
nostri quoddam castrum* aggredi et apprehendere^ eo
quod erat plénum omnibus bonis; sed vir prudens Boa-
mundus noluit consentire, tantum pro justicia terre ^
quantum*' pro fiducia imperatoris. Unde valde*^ iratus
est* cum-'^ Tancredo et aliis omnibus^. Hoc factum est
vespere; mane vero facto, exierunt habitatores castri et
cum processione deferentes in manibus cruces, vene-
runt in presenciam Boamundi. Ipse vero gaudens rece-
pit eos et cum leticia abire permisit illos*^.
Deinde venimus ad quamdam urbem que dicitur
Serra*, ubi nostra fiximus tentoria et sat habuimus
mercatum illis diebus conveniens^. Ibi Boamundus
concordatus'* est cum duobus corpalatiis^* et pro ami-
cîcia* eorum ac pro justicia terre jussit reddi omnia
animalia que nostri depredata^ tenebant"*. Deinde per-
venimus" ad Rusam civitatem*. Grecorum autem gens
a. apportarent B, C. — b. castellum A^. — c. tam... quam
C. — d. valde omis dans A^. — e. est propter hoc B et n Hist.
belîi sacri », p. lyü. — /. cum omis dans C. — g. illos omis
dans C* et C*. — h. ibique doctus Boamundus optime concor-
datus B. — I. corpalaciis A^. — k. Sic dans A^ et A^) amicitia
B, C. — l. deperdaia A^. — m. tenebant et corpalatius illi
promiserat mîssos rétro mandare et hominibus illis animalia per
ordinem reddi B et C* {texte altéré et inintelligible); et chorpa-
lasiis illis promiserat rétro missis mandare et ilia omnia animalia
per ordinem reddi dans V « HiSt. belli sacri it^p. lyS, leçon plus
correcte de ce qu'on peut considérer comme une interpolation. Ce
passage ne figure pas dans Tudebode, mais Baudri de Bourgueil
(I^ ig, p. 24/ le résume. — n. pervenimus de castello in castel¬
lum et de villa in villam B et t Hist. belli sacri », p. ijÿ.
I. L’expression terre dont se sert l’Anonyme désigne
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• -
27
ARRIVÉE A SERRES (février 1097)
sît en sûreté par toute sa terre jusqu’à notre arrivée à Cons¬
tantinople. Quand nous passions devant leurs villes, il
donnait l’ordre aux habitants de nous apporter des provi¬
sions, comme faisaient ceux dont nous avons déjà parlé.
D’ailleurs, ils craignaient tellement la courageuse armée du
seigneur Bohémond qu’ils ne permettaient à aucun d’entre
nous de franchir les murailles de leurs cités. Une fois, les
nôtres voulaient assaillir et capturer une place forte, sous
prétexte qu’elle renfermait des provisions abondantes, mais
le sage Bohémond refusa d’y consentir, tant à cause de la
franchise de la terre < que de la foi promise à l’empereur.
Il en fut très irrité contre Tancrède et tous les autres*. Cet
incident eut lieu le soir; le lendemain matin, on vit sortir
en procession les habitants de la ville, la croix à la main, et
ils vinrent en présence de Bohémond, qui les reçut avec
joie et leur permit de se retirer dans l’allégresse.
Puis nous atteignîmes une ville appelée Serres*, où nous
plantâmes nos tentes, et nous y trouvâmes en quantité suffi¬
sante la nourriture convenable à cette saison*. Ce fut là que
Bohémond fit une convention avec deux curopalates* et, par
amitié pour eux, ainsi que pour respecter la franchise de la
terre, il donna l’ordre de restituer tous les animaux dont
les nôtres s’étaient emparés en maraudant. Ensuite nous
parvînmes à la ville de Rousa®; le peuple grec en sortait et
l’immunité qui appartient à toute terre chrétienne. Ce passage
montre clairement la véritable attitude de Bohémond à l’égard
de l’empire et suffit à démentir celle que lui prête Albert d’Aix
(voir plus haut, p. 25, n. 5).
2. Raoul de Caen ignore l’incident, mais fait allusion à la mé¬
sintelligence entre Bohémond et Tancrède qui en résulta (Raoul,
loii, p. 6i2-6i3). Baudri de Bourgueil (I, 19, p. 24) décrit la
discussion violente qui eut lieu entre Bohémond et ses cheva¬
liers.
3. Serrés, principale ville de la Macédoine orientale, étape de
la route qui continuait la Via Egnatia de Salonique à Constanti¬
nople. Il ne semble pas que l’armée de Bohémond ait traversé
Salonique, et c’est justement à Serrés qu’elle a dû rejoindre cette
route importante.
4. C’est-à-dire au carême, où l’on était entré depuis le 18 février.
5. Sur ces négociations, cf. Raoul de Caen, 9-10, p. 611-612.
6. Aujourd’hui Rüskioï, place importante de la Thrace.
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28
BOAMUNDUS CONSTANTINOPOLIM PETIT
exibat et veniebat gaudens in occursum domini Boa-
mundi, nobis deferens maximum mercatum^ ibique
nostros tetendimus papiliones in quarta feria ante Ge-
nam Domini’; ibi etiam Boamundus" totam gentem
suam dimisit perrexitque loqui* cum imperatore^ Cons-
taniinopolim**, ducens® secum paucos milites*. Tancre-
dus-^ remansit caput milicie Christi vidensque peregri-
nos cibos emere, ait intra se quod exiret extra viam et
tune populum conduceret ubi féliciter viveret. Denique
intravit in vallem quamdam plenam omnibus bonis que
corporalibus nutrimentis^ sunt congrua, in qua Pascha
Domini devotissime celebravimus^.
[6.] Cum* imperator audisset honestissimum virum
Boamundum ad se venisse, jussit eum honorabiliter
recipi et caute hospitari extra urbem*. Quo hospitato
imperator* misitpro eo, utveniret loqui*simul secreto
secum. Tune illuc quoque^ venit dux Godefridus eum
fratre suo®, ac deinde cornes Sancti Egidii appropin-
quavit civitati Tune imperator, anxiens et bulliens ira,
cogitabat quemadmodum callide fraudulenterque com-
prehenderet"* hos Christi milites*; sed, divina gratia
a. doctus Boamundus fi, C. — b, loqui omis dans A^, A^. —
c. iniquissimo imperatore fi. — d. Constantinopolim suisque
hominibus imperavit dicens : « Modeste appropinquate civita>
tem, ego autem ibo prius » fi, C* et Tudebode, p. i8; « Hist.
belli sacri », p. iy8; Baudri de Bourgueil, /, 19, p- 24. —
e. ducens tum A^ ; qui et ducit fi. — /. Tancredus ergo C*; vero
O, C*. — g. incrementis .4*, A^^ O, C*. — h. Cum autem C. —
2. malignus imperator fi. — k. loqui om25 dans A^. — l. Tune
omis dans fi; quoque omis dans A^. — m. comprehenderent
^9, fi, CK
1. Douze jours plus tard, l’armée des Provençaux passe au
même endroit, prend la ville d’assaut et la met à sac (Raimond
d’Aguilers, 2, p. 237). Rien ne montre mieux la différence entre
la discipline des deux armées.
2. Le mercredi saint, i** avril 1097.
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BOHÉMOND GAGNE CONSTANTINOPLE (l" avfil IO97) 29
venait tout joyeux à la rencontre du seigneur Bohémond
«n nous apportant d’abondantes provisions^ Nous y dres¬
sâmes nos pavillons le mercredi avant la Cène du Sei-
gneur^. Là, Bohémond laissa toute son armée et pour¬
suivit sa route vers Constantinople afin de s’aboucher avec
l’empereur, emmenant avec lui un petit nombre de cheva¬
liers®. Tancrède demeura à la tête de la milice du Christ.
Voyant les pèlerins acheter des mets, il se promit à part soi
d’abandonner la grand’route et de conduire le peuple dans
un endroit où il pût vivre largement. Il pénétra dans une
vallée pourvue de toute espèce de biens convenables à la
nourriture du corps et nous y célébrâmes la Pâque du Sei¬
gneur en grande dévotion^.
[6.] L’empereur, informé que le très honorable Bohémond
était venu à lui, donna l’ordre de le recevoir avec honneur
et de le loger avec égards hors de la ville*. Après son ins¬
tallation, il lui fit demander de venir conférer avec lui en
secret. A cet entretien prirent part aussi le duc Godefroi et
son frère®, puis le comte de Saint-Gilles approcha de la
cité^. L’empereur, anxieux et bouillant de colère, se deman¬
dait comment il pourrait, par ruse et par fraude, venir à
bout de ces soldats du Christ*; mais, par la grâce divine, ni
3. Ce départ précipité achève de dévoiler le dessein politique de
Bohémond, qui, il ne faut pas Toublier, avait été auparavant un
des ennemis les plus redoutables de l’empire. Au sujet de la sévé¬
rité avec laquelle la démarche de Bohémond est jugée par Tan¬
crède, voir Raoul de Caen, lo-ii, p. 6i2-6i3.
4. Le 5 avril 1097.
5. 11 fut logé comme les autres Latins près du monastère des
• saints Côme et Damien (Cosmidion), non loin des Blachernes
(Anne Comnène, X, 9-1 1, p. 86, 96). Cf. Ebersolt, Sanctuaires de
By\ance (1921), p.
6. En contradiction avec Anne Comnène (X, ii, p. 95-97),
d’après laquelle Alexis voulut voir Bohémond avant qu’il se fût
concerté avec les autres chefs.
7. Raimond de Toulouse avait quitté son armée à Rodosto,
appelé par l’empereur et les chefs croisés (Raimond d’Aguilers,
2, p. 237).
8. Même partialité à l’égard de l’empereur, qui se trouvait en
fait dans une situation très critique.
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3o
IMPERATOR MILITES SACRAMENTO ADIGIT
revalante, neque locus neque nocendi spacium ab eo
vel a suis inventa sunt. Novissime vero congregati om-
nes majores natu“ ' qui Constantinopoli erant, timentes
ne sua privarentur patria, repererunt in suis consiliis
atque ingeniosis schematibus quod nostrorum duces,
comités seu omnes majores imperatori sacramentum
fideliter* facere deberent. Quod^ omnino prohibuerunt
dixeruntque : « Certe indigni sumus atque justum*^ no-
bis videtur nullatenus* ei sacramentum jurare. »
Forsitan adhuc a nostris majoribus sepe delusi eri-
mus^ ; ad ultimum quid facturi erunt? Dicent quoniam,
necessitate compulsi, volentes nolentesque-^ humilia-
verunt se ad nequissimi imperatoris voluntatem*!
Fortissimo autemviro Boamundo, quemvalde time-
bat, quia eum sepe^ cum suo exercitu ejecerat de
campo^, dixit quoniam, si libenter ei juraret, xv dies
eundi terre in extensione ab Antiochia rétro daret et
VIII in latitudine; eique tali modo juravit ut, si illefide-
liter teneret illud sacramentum, iste suum nunquam
preteriret*. — Tarn fortes et tam duri milites, cur hoc
fecerunt? Propterea igiturquia multa* coacti erant ne¬
cessitate.
Imperator quoque omnibus nostris fidem et securita-
a. natu omis dans C*. — b. fidelitatis O, C*. — c. qui A^., B.
— d. injustum B. — e. ullatenus B, C*. — /. nolentes volentesque
A^yB. — g. saepe B, C; saepe omis dans A^ et A^. — h. multi C*.
1. Il s’agit des hauts fonctionnaires (ot ev teXei, les gens en
place) qui formaient le conseil de l’empereur. L’Anonyme est le
seul à parler de ce conseil. Anne Comnène (X, ii, p. 97) men¬
tionne simplement le serment prêté par les chefs croisés.
2. Bongars et l’éditeur des Historiens occidentaux, t. III, p. i25,
comprennent cette phrase dans les paroles des chefs, mettant les
guillemets après « delusi erimus », ce qui n’a aucun sens. U
s’agit d’une réflexion de l'Anonyme. L’emploi du futur montre
que le morceau a été écrit sous l’impression des événements.
3. Réflexions curieuses qui montrent combien l’opinion géné-
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l’empereur exige le serment des chevaliers 3l
lui ni les siens ne trouvèrent moyen de leur nuire. En der¬
nier lieu, tous les hommes de haute naissance qui se trou¬
vaient à Constantinople furent assemblés ^ Dans la crainte
d’être privés de leur patrie, après avoir tenu conseil et
dressé des plans ingénieux, ils imaginèrent que les chefs de
notre armée, les comtes et tous les grands, devraient prêter
à l’empereur un serment de fidélité. Mais ceux-ci refusèrent
en disant : « Ceci n’est pas digne de nous, et il nous semble
juste de ne lui prêter serment en aucune manière. »
Peut-être arrivera-t-il encore que nous soyons déçus par
nos chefs*. Que feront-ils en fin de compte? Ils diront que,
poussés par la nécessité, il leur a fallu, bon gré, mal gré,
s’humilier devant la volonté de l’empereur*!
Au très courageux Bohémond, qu’il redoutait beaucoup,
car jadis il avait dû plus d’une fois décamper devant lui
avec son armée^, l’empereur promit que, s’il prêtait ser¬
ment sans se faire prier, il recevrait de lui, au delà d’An¬
tioche, une terre de quinze journées de marche en longueur
et de huit journées en largeur ; il lui jura que, s’il tenait fidè¬
lement son serment, lui-même n’oublierait jamais le sien*. —
Comment des chevaliers si braves et si rudes ont-ils agi
ainsi? Sans doute étaient-ils contraints par une dure né¬
cessité.
L’empereur, de son côté, promit à tous les nôtres foi et
raie jugeait sévèrement la conduite des chefs. Foucher de
Chartres (I, 9, p. 332) explique, pour justifier le serment, que les
croisés eussent été impuissants s’ils ne s’étalent conciliés l’empe¬
reur. Au contraire, Raoul de Caen (11, p. 6i2-6i3) développe les
mêmes idées que l’Anonyme.
4. Allusion aux victoires de Bohémond sur les armées impé¬
riales pendant la guerre de Robert Guiscard contre l’Empire
(io8i-io85), mais Bohémond lui-même avait fui devant Alexis à
Larissa (Chalandon, Alexis Comnène^ p. 62-94).
5. L’Anonyme, bien informé de ce qui touche Bohémond, est
le seul (avec ses imitateurs) à parler de ce traité secret. D’après
Anne Comnène (X, ii, p. 97-98), Bohémond prêta serment sans
difficulté et reçut de magnifiques présents, puis il demanda la
charge de grand domestique d’Orient; Alexis lui fit une réponse
dilatoire.
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32 COMES SANCTI EGIDII CUM IMPERATORE LITIGAT
tem dédit; juravit etiam quia veniret nobiscum pariter
cum suo exercitu per terram et per mare et nobis mer-
catum terra manque fideliter daret ac omnia nostra per-
dita diligenter restauraret, insuper et neminem nostro-
rum peregrinorum conturbari vel contristari in via
Sancti Sepulcri vellet aut permitteret*.
Cornes autem Sancti Egidii erat hospitatus extra
civitatem" in burgo^ gensque sua remanserat rétro*.
Mandavit itaque imperator comiti ut faceret ei homi*
nium et fiduciam* sicut alii fecerunt^ Et dum impe¬
rator hec mandabat^ cornes meditabatur qualiter vin-
dictam de imperatoris exercitu habere posset*^*. Sed
dux Godefridus et Rotbertus cornes Flandrensis® aliique
principes dixerunt ei injustum fore contra Christianos
pugnare. Vir quoque sapiens Boamundus dixit quia,
si aliquid injustum imperatori faceret et fiduciam ei
facere prohiberet, ipse ex imperatoris parte fieret^.
Igitur cornes, accepto consilio a suis, Alexio vitam
et honorem juravit, quod nec per se nec per alium
ei aufere consentiat*, cumque de hominio appellare-
tur®, non se pro capitis periculo id facturum respon-
dit®. Tune gens domini BoamundiappropinquavitCons-
tantinopolim-^*®.
[7.] Tancredus vero et Richardus de Principatu prop-
a. urbem C*, C-*. — b. fidelitatem C*. — c. mandaret C;
mandasset A^. — d. potuisset C. — e. consentiret C. —
/. Constantinopoli B.
1. Le texte du serment de l’empereur n’est donné que par notre
auteur.
2. Sur l’emploi de ces termes, voir plus haut, p. i5, n. 12.
3. Raimond d’Aguilers, 2, p. 237.
4. D’après Raimond d’Aguilers (2, p. 238), le comte avait eu
déjà avec l’empereur une entrevue et une discussion animée.
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LE COMTE DE ST-GILLES CONTRE l’eMPEREUR (avr. IO97) 33
sécurité et jura même « qu’il nous accompagnerait avec son
armée par terre et par mer, qu’il assurerait avec fidélité
notre ravitaillement sur terre et sur mer, qu’il réparerait
exactement toutes nos pertes et qu’en outre il ne voulait ni
ne permettait que nul de nos pèlerins fût molesté ou con¬
trarié sur la route du saint Sépulcre »
D’autre part, le comte de Saint-Gilles avait son quartier
hors de la cité, dans un faubourg*, et son armée était restée
en arrière*. L’empereur manda au comte qu’il lui fît hom¬
mage et fidélité, comme avaient fait les autresL Mais, au
moment où l’empereur envoyait ce message, le comte réflé¬
chissait à la vengeance qu’il pourrait tirer de l’armée impé¬
riale*. Le duc Godefroi, Robert, comte de Flandre®, et les
autres princes lui représentèrent qu’il serait injuste de com¬
battre contre des chrétiens. Le sage Bohémond ajouta que,
s’il commettait quelque injustice envers l’empereur et s’op¬
posait à ce qu’on lui promît fidélité, lui-méme prendrait le
parti de l’empereur^. Aussi le comte, après avoir pris con¬
seil des siens, jura de respecter la vie et l’honneur d’Alexis
et de ne consentir jamais à ce que, soit de son fait, soit par
l’un des siens, il y fût porté atteinte; mais, quand il fut cité
pour l’hommage®, il répondit qu’il n’en ferait rien, même si
sa tête était en péril®. Ce fut à ce moment que l’armée de
Bohémond approcha de Constantinople^®.
[7.] Pour esquiver le serment impérial, Tancrède et
5. En représailles du sac de Rousa, les troupes impériales
avaient attaqué les Provençaux à Rodosto. Voir, dans Raimond
d’Aguilers (/oc. ci7.), le récit plus complet du conflit et de l’arbi¬
trage auquel l’empereur se soumit.
6. On ignore la date de l’arrivée du comte de Flandre à Cons¬
tantinople.
7. Détails confirmés par Raimond d'Aguilers (/oc. ci/.).
8. Expression juridique pour désigner la cérémonie de l'hom¬
mage féodal auquel tous les princes, sauf Raimond et Tancrède,
avaient accepté de se soumettre.
9. Même récit et mêmes expressions dans Raimond d’Aguilers
(/oc. cit.).
10. Le 26 avril 1097 (Albert d’Aix, II, 16, p. 3i2).
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4
34 CRÜSESIGNATI ANTE NICAEAM CASTRA PONUNT
ter jusjurandum imperatoris Intenter transfretaverunt
Brachium*, et fere ornais gens Boamundi juxta illos.
Et mox exercitus comitîs sanctî Egidii «i^ropinquavit
Constantinopolim®. Cornes vero remansit ibi cum ipsa
sua gente*. Boamundus* itaque remansit cum împera-
tore, ut cum eo consilium acciperet quomodo manda-
rent mercatum gentibus que erani ultra Nicenam® civi-
tatem. Dux itaque Godefridus ivit prius Nicomediam
simul cum Tancredo^ et aliis omnibus fueruntque ibi
per III dies.
Videns vero dux quod nulla via pateret per quam
posset conducere has gentes usque Nicenam civîiatem,
quoniam per illam viam per quam alii* prius transie-
rant, non posset modo tota*^ gens transire, misit ante
se III millia hominum cum securibus et gladiis qui
incidissent et aperuissent*^ hanc viam que patefacta sta-
ret nostris peregrinis usque Nicenam urbem. Que via fuit
aperta per angustam et nimis immensam montanam^®
et faciebant rétro per viam cruces ferreas ac ligneas
quas ponebant super stipites, ut eas nostri peregrini
cognoscerent^. Interea pervenimus ad Nicenam, que est
caput totius Romanie® in iiii® die, pridie-^ nonas maii,
ibique castrametati sumus®.
Priusquam autem dominus Boamundus venisset ad
nos, tanta inopia panis fuit inter^ nos ut unus panis ven-
a. Consiantinopoli A*, B. — b. vir itaque prudens Boamun¬
dus B. — c. tanta B, C. — d. inciderent et aperirent C; incide-
runt et aperuerunt B. — e. montaneam B. — /. ii nonas C*.
— g. apud A^.
1. Cf. Raoul de Caen, i2, p. 6i3.
2. L'évêque du Puy, resté malade, arriva peu après (Raimond
d’Aguilers, loc. cit.).
3. D’après Anne Comnène (X, n, p. 99), ce fut, au contraire, à
Raimond de Saint-Gilles que l’empereur demanda des conseils»
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LES CROISÉS CAMPENT DEVANT NICÉE (6 mai IO97) 3S
Richard du Principal traversèrent secrètement le Bras^ et^
avec eux, presque toute la troupe de Bohémond. Bientôt
l'armée du comte de Saint>Gilles atteignit Constantinople
et le comte y demeura avec les siens Bohémond resta
aussi auprès de l’empereur, ahn de tenir conseil avec lui
sur les moyens de ravitailler les troupes qui se trouvaient
au delà de Nicée^. Le duc Godefroi vint d’abord à Nico-
médie avec Tancrède^ et tous les autres et ils y restèrent
trois jours.
Le duc, s'apercevant qu’il n’existait aucune route par
laquelle il pût conduire ces troupes jusqu'à Nicée, car
la voie que les premiers croisés* avaient d’abord suivie
se trouvait insuffisante pour un peuple aussi nombreux,
envoya en avant-garde trois mille hommes armés de haches
et d’épées qu’il chargea d’élaguer et d’élargir cette voie, afin
qu’elle fût praticable à nos pèlerins jusqu’à Nicée. Ils
ouvrirent un chemin à travers les défilés d’une montagne
immense* et, sur leur passage, ils fabriquaient des croix de
fer et de bois qu’ils plaçaient sur des socles, afin qu’elles
servissent d’indication à nos pèlerins’. Nous parvînmes
ainsi près de Nicée, qui est la capitale de toute la Romanie*,
le quatrième jour avant les nones de mai et nous y éta¬
blîmes un camp®.
Avant l’arrivée du seigneur Bohémond, il y eut une telle
disette de pain parmi nous qu’un seul pain se vendait jus-
4. Confirmé par une lettre d’Anselme de Ribemont {Epistulae
et chartae, p. 144).
5. C’est-à-dire les troupes de la croisade populaire.
6. Entre Nicomédie et Nicée se dresse l’Ouzoun Tchaïr Dagh,
dont le sommet atteint 1,600 mètres.
7. Ce détail ne se trouve que dans l’Anonyme et ses imitateurs.
8. Sur le prestige de Nicée qui rappelait le premier concile
œcuménique, voir Etienne de Blois {Epistulae et chartae, p. 140).
Les ruines des remparts de Nicée, construits au iv* siècle, existent
encore avec leurs deux cent quarante tours. Cf. Schlumberger,
Epopée by:{antiney t. I (1896), p. SSq-SqS.
9. Le 6 mai 1097. Date confirmée par une lettre d’Anselme de
Ribemont {Epistulae et chartae^ p. 144). Ce passage montre que
l’Anonyme avait passé le Bosphore avec Tancrède. Raimond
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36
DE NICAEAE URBtS OBSIDIONE
deretur xx aut xxx denariis*. Postquam venit vir pru-
dens Boamundus, jussit maximum mercatum conduci
per mare; et pariter utrinque veniebant, ille per ter-
ram, ille per mare; et fuit maxima ubertas in tota Christi
milicia.
[8.] In die autem Ascensionis Domini * cepimus urbem
circumquaque® invadere etedificare instrumenta ligno-
rum atque turres ligneas, quo possemus murales turres
sternere*. Tarn fortiter et tam acriter aggredimur* ur-
bem‘' per duos dies, ut etiam foderemus murum urbis.
Turci quippe*' qui erant in urbe miserunt nuntios aliis
qui vénérant adjutorium civitati dare in hune modum,
quo*audacter secureque approximent et per meridia-
nam introeant portam, quoniam ex ilia parte*'' nemo eis
erit obviam nec contristabif*.
Que porta ipsa die a comité Sancti Egidii in die sab-
bati post Ascensionem Domini® et episcopo Podiensi®
hospiiata fuit. Qui cornes, veniens ex alia parte, protec-
tus divina virtute ac terrenis fulgebat armis cum suo
fortissimo exercitu ; hic itaque invenit contra nos venien-
tes Turcos. Qui, undique signo crucis armatus^, vehe-
menter irruit super illos atque superavit dederuntque
fugam et fuit mortua maxima pars illorum^®. Qui rur-
sus venerunt auxilio aliorum gaudentes et exsultantes
a. undequaque B. — b. aggressi sumus C — c. civitatem C>.
— d. quippe, licet gens barbara B. — e. quod A^, 5, C‘, O. —
/. parte omis dans et B. — g-, dederunt... illorum omis dans C.
d’Âguilers confirme d’ailleurs que Bohémond a passé le Bosphore
avant le comte de Toulouse.
t. Le denier, unité monétaire depuis l’époque carolingienne,
était une pièce d’argent du poids de deux grammes et demi
environ.
2. 14 mai 1097.
3. Cf. Anselme de Ribemont, /oc. cit. : « Cum vero per aliquot
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SIÈGE DE NicÈE (mai 1097) 37
qu’à 20 ou 3o deniers ^ Mais, après que le sage Bohémond
fut arrivé, il fit venir par mer un abondant ravitaillement. II
en venait des deux côtés à la fois, par terre et par mer, et
une grande prospérité régna dans l’armée du Christ.
[8.] Le jour de l’Ascension du Seigneur nous commen¬
çâmes à attaquer la ville de tous côtés et à construire des
machines de bois et des tours de bois, afin de pouvoir ren¬
verser les tours de l’enceinte®. Pendant deux jours, nous
abordâmes la ville avec tant de courage et d’ardeur que nous
sapions ses murailles. Les Turcs qui étaient dans la ville
envoyèrent un message à ceux qui arrivaient au secours de
la cité. Il était ainsi conçu : « Approchez-vous hardiment
et en toute sécurité. Entrez par la porte du midi, car, de ce
côté, vous ne trouverez personne devant vous pour vous
molesterL »
Le jour même, le samedi après l’Ascension du Seigneur®,
cette porte fut occupée par le comte de Saint-Gilles et
l’évêque du Puy*. Ce comte, venant d’un autre côté, pro¬
tégé par la vertu divine et tout resplendissant dans son
armure terrestre, à la tête de sa courageuse armée, se heurta
aux Turcs, qui s’avançaient contre nous. Armé de tous
côtés du signe de la croix il les chargea vigoureusement
et les vainquit, et ils prirent la fuite en abandonnant beau¬
coup de morts®. Mais de nouveaux Turcs vinrent au secours
des premiers, pleins d’allégresse et tout joyeux d’une vic-
dies civitatem multis machinis atque variis bellicis instnimentis
adgressi fuimus... » D’après Anne Comnène (XI, 2, p. 104), ces
machines de guerre avaient été fournies par l’empereur.
4. La porte du midi était encore libre, parce qu’elle avait été
réservée aux Provençaux. Ces renseignements sur les agissements
des Turcs furent connus grâce à la capture d’un émissaire de
Soliman par les croisés (Albert d’Aix, 11, 23-26, p. 3i8).
5. 16 mai 1097.
6. L’évéque du Puy commandait l’une des deux divisions de
l’armée du midi.
7. Allusion à la croix portée par les croisés sur leur armure.
Le mot undique (« de tous côtés ») semble indiquer que le comte
portait plusieurs croix.
8. Cf. Raimond d’Aguilers (3, p. 239] et Etienne de Blois {Epis-
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38
DE NICAEAE URBIS OBSIDIONE
ad certum bellum, trahentes secum funes, quibus nos
ligatos ducerent Corosanum. Venientes autem letantes,
ceperunt ex cacumine montis paulatim descendere.
Quotquot descenderunt, illic cesis capitibus a mani-
bus* nostrorum remanserunt; projiciebant autem nos-
tri capita occisorum funda in urbem, ut inde Turci
magis terrerentur^
Denique cornes Sancti Egidii et episcopus Podiensis
consiliati sunt in unum qualiter facerent suffodi quam-
dam turrim que erat ante tentoria eorum; ordinati
sunthomines qui banc suffodiant* et arbaliste^et sagit*
tarii, qui eos undique défendant^'. Foderunt namque
illam usque ad radices mûri, submiseruntque postes et
ligna ac deinde miserunt ignem. Sero autem facto, ceci-
dit turris jam in nocte, sed quia nox erat non potuerunt
preliari cum illis; nocte vero ilia surrexerunt festinan-
ter Turci et restauraverunt murum tam fortiter ut,
veniente die, nemo posset eos ledere ex ilia parte^.
Modo venit Rotbertus‘=' cornes Nortmannie® et cornes
Stephanus^ et alii plures ac deinceps Rogerius de Bar-
navilla®. Boamundus denique obsedit urbem in prima
fronte et juxta eum-^ Tancredus et postea dux Godefri-
dus ac deinde cornes Flandrensis, juxta quem Rotber-
tus Nortmannus*" et juxta eum cornes Sancti Egidii,
juxta quem Podiensis episcopus. Ita vero per terram
fuit obsessa ut nemo auderet exire neque intrare^ fue-
runtque ibi omnes congregati in unum*. Et quis pote-
a. per manus C; in manibus A^. — b. suffoderent C. — c. de-
fenderenl C. — d. Rotbertus omis dans et B. — e. de Norman-
nia A^j B; Normannie C. — f. eum, clipeusfortis C^. — g. Nor-
mannie A^, ^9, C. — h. intrare nec (vel C*) exire C.
iulae et chartae, p. iSg). Anselme de Ribemont parle d’une ruse
-de guerre de la garnison, qui avait fait semblant de se rendre.
1. Cf. Albert d’Aix, 27, p. 3i9-32o.
2. Témoignage intéressant sur l’emploi de l’arbalète, dont
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SIÈGE DE NicÉE (mai-juiiî 1097) 39
toire certaine, traînant avec eux des cordes pour nous ame¬
ner garrottés dans le Ktiorassan. Remplis de joie, ils com¬
mencèrent à descendre progressivement du faîte d’une
hauteur, mais, à mesure qu’ils descendaient, ils restaient
sur place, la tête coupée par la main des nôtres. Et, à l’aide
d’une fronde, les nôtres lançaient dans la ville les têtes des
tués, afin de jeter l’effroi parmi les Turcs^
Puis le comte de Saint-Gilles et l’évêque du Puy tinrent
conseil sur les moyens de miner une tour qui se trouvait
devant leurs tentes. Des hommes furent désignés pour la
miner, avec des arbalétriers 2 et des archers pour les proté¬
ger. Ils creusèrent jusqu’aux fondements de la muraille et
entassèrent des poutres et du bois, puis y mirent le feu. Le
soir venu, la tour s’écroula, alors qu’il faisait déjà nuit, et,
à cause de l’obscurité, on ne put engager le combat. Au
cours de la nuit, les Turcs se levèrent en hâte et restaurèrent
le mur si solidement que, le jour venu, il fut impossible de
leur causer le moindre dommage de ce côté®.
Bientôt arrivèrent Robert, comte de Normandie, le comte
Étienne ‘ et beaucoup d’autres, puis Roger de Barneville*.
Bohémond assiégea la ville sur le premier front; à côté de
lui était Tancrède, puis venaient le duc Godefroi, le comte
de Flandre, appuyé par Robert de Normandie, puis le comte
de Saint-Gilles et, auprès de lui, l’évêque du Puy. Le blocus
par terre fut tel que nul n’osait sortir de la ville ou y entrer ;
et, en cette occasion, tous ne formaient qu’un seul corps®.
l’usage abandonné après les invasions reparaît au ix* siècle. Cf.
V. Gay, Glossaire archéologique y au mot : arbalète.
3. Récit concordant de Raimond d’Aguilers, 3, p. 23g.
4. Etienne, comte de Blois et de Chartres, époux d’Adèle, fille
de Guillaume le Conquérant, avait quitté la France avec son
beau-frère Robert Courte-Heuse, mais avait hiverné en Fouille
et était arrivé l’un des derniers à Constantinople, où il avait reçu
de l’empereur un accueil qui l’avait rempli d’enthousiasme. On
a de lui deux lettres à la comtesse Adèle, datées de Nicée (24 juin
1097), et d’Antioche (29 mars 1098).
5. Roger, seigneur de Barneville-sur-Mer (Manche). Orderic
Vital, IX, 7, éd. Le Prévost, t. III, p. 5o3.
6. Témoignage important, qui montre pour la première fois
une entente entre tous les chefs croisés. Cf. Albert d’Aix, II, 32,
p. 323.
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40 TURCOPOLI SCAPHIS NICAEAM INVADUNT
rat® numerare tantam Christi miliciam? Nullus, ut
puto, tôt prudentissimos milites nec antea vidit nec
ultra videre poterit*.
Erat autem ex una parte urbis immensus lacus*, in
quo Turci suas mittebant naves et exibant et intrabant
et afferebant herbam, ligna et alia plura. Tune nostri
majores, consiliati in unum, miserunt nuntios Constan-
tinopolim, dicturos* imperatori ut faceret naves con-
duci ad Civitot, ubi portus est, atque juberet congre-
gari boves qui eas traherent per monianas et silvas
usque approximent lacui; quod continuo factum est
suosque Turcopolos mandavit cum eis^. Die vero quo
naves fuerunt conducte, noluerunt eas statim mittere in
lacum; sed nocte superveniente, miserunt eas in ipsum
lacum plenas Turcopolis bene ornatis armis^. Summo
autem diluculo stabant naves optime ordinate per lacum
properantes contra urbem. Videntes eas*^ Turci mira-
bantur, ignorantes an esset eorum gens, an imperato-
ris; postquam autem cognoverunt esse gentem impera-
toris*, timuerunt usque ad mortem, plorantes et
lamentantes; Francique-^ gaudebant et dabant gloriam
Deo^.
Videntes autem Turci, quod nullatenus ex suis exer-
citibus adjutorium habere possent, legationem manda-
verunt imperatori quia civiiatem sponte redderent, si
eos omnimodo abire permitteret cum mulieribus et
filiis et omnibus substantiis suis*. Tune imperator, ple-
a. posset C. — b. qui dicerent C. *— c. bene armatis B, armis
omis dans A^. — d. autem A^. — e. postquam autem... impera-
toris omis dans A"^ et A^. — /. Franci vero C.
I. L’Anonyme ne cherche pas à donner un chiffre. Celui des
autres chroniqueurs, comme Foucher de Chartres, I, lo, p. 333
(600,000 combattants, dont 100,000 chevaliers), est simplement
fabuleux.
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LES TURCOPLES ATTAQUENT NICÉE SUR DES BARQUES 4I
Qui pouvait dénombrer cette formidable armée du Christ?
Nul, je pense, n’a jamais vu et ne pourra jamais voir un
pareil nombre de chevaliers' aussi accomplis.
Mais il y avait d’un côté de la ville un lac immense* sur
lequel les Turcs lançaient leurs barques, et ils pouvaient
ainsi sortir et rentrer en amenant du fourrage, du bois et
autres denrées. Nos chefs, après avoir tenu un conseil,
envoyèrent à Constantinople des messagers chargés d’invi¬
ter l’empereur à faire conduire des barques à Civitot, où se
trouve un port, et à donner l’ordre de réunir des boeufs
pour les traîner à travers les montagnes et les forêts jusqu’à
proximité du lac. Ainsi fut fait immédiatement, et l’empe¬
reur envoya en même temps ses Turcoples*. Le jour où les
barques furent ainsi convoyées, on ne voulut pas les mettre
tout de suite à l’eau; mais, la nuit étant survenue, on les
lança dans le lac, montées par des Turcoples bien armés. Au
petit jour on vit la flottille voguer en bon ordre au milieu
du lac et se diriger contre la ville. A cette vue, les Turcs
furent saisis d’étonnement, ignorant s’ils avaient affaire à
leurs gens ou à ceux de l’empereur. Quand ils reconnurent
que c’était bien une troupe impériale, pris d’un effroi mor¬
tel, ils se répandirent en pleurs et en gémissements, tandis
que les Francs exultaient et glorifiaient Dieu^.
Voyant enfin qu’ils ne pourraient recevoir aucun secours
de leurs armées, les Turcs envoyèrent une ambassade à
l’empereur, offrant de rendre spontanément la ville s’il leur
était permis de se retirer avec leurs femmes, leurs enfants
et tous leurs biens*. L’empereur, plein de vanité et de mal-
2. Le lac Ascanius, situé au sud de Nicée. Cf. Raimond d’Agui*
lers, 3, p. 239-240.
3. Anne Comnène (XI, 2, p. io5) donne le nom du commandant
de la flottille, Manuel Boutoumitès.
4. Sur ce combat, cf. Anne Comnène, XI, 2, p. 106.
5. Cf. Raimond d’Aguilers, 3, p. 239; Foucher de Chartres, I,
10, p. 333; Albert d’Aix, II, 37, p. 327-328; Etienne de Blois,
lettre I {Épistulae et chartae, p. 140); Anselme de Ribemont,
lettre 1 {Epistulae et chartae^ p. 144). Ces deux lettres confirment
la date de la capitulation de Nicée, 26 juin. Anne Comnène (XI,
2, p. 106) dit que les pourparlers eurent lieu par l’intermédiaire
Premièrt croisade. 6
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42 TURCI DEDITIONEM PACIUNT IMPERATORI
nus vana et iniqua cogitatione, jussit illos impunités
abire sine ullo timoré ac sibi eos Constantinopolim
cum magna fiducia adduci"; quos studiose servabat ut
illos ad Francorum nocumenta et obstacula paratos ha-
beret^
Fuimusque* in obsidione ilia per vu hebdomadas^
et III dies* et multi ex nostris illic receperunt marti-
rium et letantes gaudentesque reddiderunt felices ani¬
mas Deo et ex pauperrima gente multi mortui sunt
famé pro Christi nomine, qui in celum triumphantes
portaverunt stolam recepti martirii^, una voce dicen-
tes : a Vindica, Domine, sanguinem nostrum, qui pro te
effusus est, qui es benedictus et laudabilis in secula
seculorum. Amen*^^ »
[NARRATIO TERTIA]
[9.] Interea, reddita civitate etTurcis deductis Cons-
tantihopolim, unde imperator magis magisque gavisus
quod civitas reddita sit ejus potestati, jussit maximas
eleemosynas erogari nostris pauperibus*. Denique
a. cum magna fiducia omis dans C®. — b. que omis dans et
A^. — c. ebdoraadas A^. — d. Incipit liber IIIus A^; I (interea),
initiale en rouge A^; liber II explicit. Incipit liber III A^; expli-
cit liber secundus B.
de Manuel Boutoumitès, qui reçut un sauf-conduit pour entrer
dans la ville.
1. Tous les chroniqueurs expriment leur indignation de la
conduite de l’empereur (Raimond d’Aguilers, 3, p. 239-240; Fou-
cher de Chartres, I, 10, p. 333). En réalité, à cette date les chefs
croisés n’étaient pas brouillés avec Alexis et paraissent avoir eu
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CAPITULATION DES TURCS (26 juilî IO97) 43
veillance, ordonna qu*ils s’en iraient impunis et sans rien
craindre et qu’ils seraient amenés devant lui en toute loyauté
à Constantinople. Il les ménageait soigneusement, afin de
les avoir tout prêts pour dresser des embûches et des
obstacles aux Francs^
Ce siège dura sept semaines et trois jours*. Beaucoup des
nôtres y reçurent le martyre et, dans la joie et l’allégresse,
rendirent à Dieu leurs âmes bienheureuses. Parmi les
pauvres, beaucoup moururent de faim pour le nom du
Christ. Montés triomphalement au ciel, ils revêtirent la
robe du martyre^ en disant d’une seule voix : n Venge, Sei¬
gneur, notre sang répandu pour toi, qui es béni et digne de
louanges dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il*! »
[TROISIÈME RÉCITJ
[La marche des croisés en Asie Mineure
(juin-juillet 1097)]
[9.] Sur ces entrefaites, la ville ayant capitulé, les Turcs
furent conduits à Constantinople, où l’empereur, de plus
en plus charmé que cette ville eût été restituée à sa puis¬
sance, fit distribuer d’abondantes aumônes à nos pauvres®.
de tout autres sentiments. Anselme de Ribemont montre les
Grecs et les Latins s'unissant pour louer Dieu. L’entrevue de
Pelekanon entre Alexis et les croisés, que l’Anonyme ne men¬
tionne pas, semble avoir été très cordiale (Anselme de Ribemont
et Etienne de Blois, lettres, dans Epistulae et chartae^ p. 140 et
145). Cf. Anne Comnène, XI, 3, p. 109.
2. Du 6 mai au 26 juin 1097, soit cinquante et un jours.
3. Cf. Apocalypse 6, 9 et ii; 7; 9.
4. Cf. Apocalypse 6, 10.
b. Foucher de Chartres (I, 10, p. 333) et Étienne de Blois
(lettre, dans Epistulae et chartae, p. 143} parlent de magnifiques
présents faits par l’empereur à tous les chevaliers et aux simples
piétons.
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44
PUGNA AD DORYLAEUM
prima die qua recessimus a civitaie*, venimus ad quem-
dam pontem® ibique mansimus per duos dies. Tercia
autem die, priusquam lux cepisset oriri, surrexerunt
nostri et, quia nox erat, non viderunt tenere unam viam,
sed sunt divisi per duo agmina et venerunt divisi per
duos dies*. In uno agmine fuit vir Boamundus et Rot-
bertus Nortmannus et prudens Tancredus et alii plures ;
in alio fuit^ cornes Sancti Egidii et dux Godefridus et
Podiensis episcopus et Hugo Magnus comesque Flan-
drensis* et alii plures.
Tercia vero die irruerunt Turci vehementer super
Boamundum et eos qui cum ipso erant^. Continuo
Turci^ ceperunt stridere et garrire ac clamare excelsa
voce, dicentes diabolicum sonum nescio quomodo in
sua lingua*. Sapiens vir Boamundus videns innumera-
biles Turcos procul stridentes et clamantes demoniaca
voce, protinus jussit omnes milites descendere* et ten-
toria celeriter extendere. Priusquam tentoria fuissent
extensa, rursus dixit omnibus militibus : « Seniores et
fortissimi milites Christi, ecce modo bellum angustum
est undique circa nos. Igitur omnes eant*^ viriliter ob-
viam illis et pedites prudenter et citius extendant ten¬
toria »
a. quandam civitatem O. — h. in alio fuit . et alii plures
omis dans — c. Turci videntes nostros C®. — d. erant A^.
1. Le 28 juin d'après Raimond d’Aguilers (3, p. 240) et Anselme
de Ribemont (lettre 1, dans Epistulae et chartae., p. 145), le 29
d’après Foucher de Chartres (I, n, p. 334). En revanche, tous
les textes placent la bataille de Dorylée le 1*' juillet. Les diver>
gences proviennent de ce que les étapes ne furent pas les mêmes
pour toutes les bandes.
2. Ce détail montre la pénurie des renseignements dont dispo*
saient les croisés. Raimond d’Aguilers (3, p. 240) accuse Bohé-
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45
BATAILLE DE DORYLÉE (l*^ juillet IO97)
Le premier jour de notre départ de la ville nous attei¬
gnîmes un pont et nous y restâmes deux jours. Le troisième
jour, les nôtres se levèrent avant l’aurore et, comme il fai¬
sait encore nuit, ils n’y virent pas assez pour tenir le même
chemin et se partagèrent en deux corps, qui furent séparés
par deux jours de distance 2. Du premier corps firent partie
Bohémond, Robert de Normandie, le sage Tancrède et
beaucoup d’autres; dans le second corps étaient le comte
de Saint-Gilles, le duc Godefroi, l’évêque du Puy, Hugue
le Mainsné, le comte de Flandre et beaucoup d’autres*.
Le troisième jour, les Turcs attaquèrent violemment
Bohémond et ses compagnons^. Aussitôt les Turcs com¬
mencèrent à grincer des dents, à pousser des huées et des
cris retentissants, répétant je ne sais quel mot diabolique
dans leur langue*. Le sage Bohémond, voyant ces innom¬
brables Turcs poussant au loin des clameurs et criant d’une
voix démoniaque, fit aussitôt descendre les chevaliers de
leurs montures® et dresser rapidement les tentes. Avant que
les tentes fussent dressées, il répéta à tous les chevaliers :
« Sires et vaillants chevaliers du Christ, voici que de tous
côtés nous attend une bataille difficile. Que tous les cheva¬
liers aillent donc droit devant eux avec courage et que les
piétons dressent prudemment et rapidement les tentes^. »
mond de s’être écarté avec témérité. Albert d’Aix (p. 328-329)
voit dans cette division une nécessité de ravitaillement.
3. Anselme de Ribemont et Foucher de Chartres placent le
comte de Flandre dans la division de Bohémond.
4. Le nom du champ de bataille, Dorylée, aux environs d’Eski-
Cheïr actuel, n’est donné que par Anne Comnène (XI, 3, p. iii).
Raimond d’Aguilers et la Chronique de Saint-Pierre du Puy
(p. 163-164) l’appellent Campus Floridus, le « Champ-Fleuri ».
5. Probablement le cri de guerre traditionnel : k Allah akbar »
(Dieu est grand!), dont Raoul de Caen (40, p. 636) fait « Alla-
chibar ».
6. Le mot descendere dont se sert ici l’Anonyme est employé
plusieurs fois par lui dans le sens de « descendre de cheval ».
7. Rien ne montre mieux le rôle subordonné dévolu aux pié¬
tons dans les armées de cette époque.
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46
PUGNA AD DORYLAEUM
Postquam vero hoctotum factum est, Turci undique
jam erant circumcingentes nos dimicando et jaculando®
et mirabiliter longe lateque sagittando. Nos itaque,.
quamquam* nequivimus resistere illis neque sufferre
pondus tantorum hostium, tamen pertulimus illuc una*
nimiter gradum. Femine quoque nostre in^illa diefue-
runt nobis in maximo refugio, que afferebant ad biben*
dum aquam nostris preliatoribus et forsitan semper
confortabant illos pugnantes et defendentes^ Vir itaque
sapiens Boamundus protinus mandavit aliis, scilicet
comiti'^ de Sancto Egidio et duci'^Godefrido et Hugoni
Magno atque Podiensi-^ episcopo aliisque omnibus
Christi militibus quod^ festinent et ad bellum citius
approximent, dicens : « Et si hodie luctari volunt, viri-
liter veniant**. » Dux itaque Godefridus audax et for-
tis ac Hugo Magnus simul venerunt prius^' cum suis
exercitibus, episcopus quoque Podiensis prosecutus est
illos una cum sua exercitu et cornes de Sancto Egidio
cum gente magna juxta illos®.
Mirabantur ergo nostri valde unde esset exorta tanta
multitudo Turcorum et Arabum et Saracenorum* et
aliorum quos enumerare ignoro, quia pene omnes mon¬
tes et colles et valles^ et omnia plana loca intus et extra
undique erant cooperta de ilia excommunicata genera-
tione. Facta est itaque sermo secretus inter nos laudan-
a. jaculando ac spiculando B. — b. quamquam omis dans
A®, C*, O. — c. ilia die A^. — d. egregio comiii A^, B, C®.
— e. inclito duci B. — /. honestissimo Podiensi B. — g. quo A^y
B, C. h. A la suite de ce mot, B ajoute : Qui omnino prohi-
bentes, deludentes illos et dicentes : « Verumtamen hoc falla-
cium est totum. b Nam nos credebamus jam illos esse tam pu-
dentes quod amplius auderent se erigere et praeliari nobiscum.
Ce passage se retrouve dans Tudebode, p. 25-20, et dans V « Hist,
belli sacri », p. 182. C'est une interpolation manifeste reposant
sur une tradition suspecte démentie par Raimond d'Aguilers
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BATAILLE DE DORYLÉE (l*^ juillCt IO97) 47
Quand tout ceci fut accompli, les Turcs nous entouraient
déjà de tous côtés, combattant, lançant des javelots et tirant
des flèches à une distance merveilleuse. Et nous, bien
qu'incapables de leur résister et de soutenir le poids d’un si
grand nombre d’ennemis, nous nous portâmes cependant à
leur rencontre d’un cœur unanime. Jusqu’à nos femmes
qui, ce jour-là, nous furent d’un grand secours en appor¬
tant de l’eau à boire à nos combattants et peut-être aussi
en ne cessant de les encourager au combat et à la défense*.
Le sage Bohémond ne tarda pas à mander aux autres, c’est-
à-dire au comte de Saint-Gilles, au duc Godefroi, à Hugue
le Mainsné, à l’évêque du Puyetàtous les autres chevaliers
du Christ, de se hâter et de marcher rapidement au combat,
leur faisant dire : « Si aujourd’hui ils veulent prendre part
à la lutte, qu’ils viennent vaillamment^. » Et le duc Gode¬
froi, connu pour son audace et son courage, puis Hugue le
Mainsné arrivèrent d’abord ensemble avec leurs troupes,
puis l’évêque du Puÿ les suivit bientôt avec sa troupe et,
après lui, le comte de Saint-Gilles avec une armée nom¬
breuse 3.
Les nôtres se demandaient avec étonnement d’où avait pu
sortir une pareille multitude de Turcs, d’Arabes, de Sarra¬
sins et autres, impossibles à énumérer, car toutes les hau¬
teurs et les collines et les vallées et toutes les plaines, à l’in¬
térieur et à l’extérieur, étaient entièrement couvertes de cette
race excommuniée. 11 y eut entre nous un entretien intime,
(f. 240} et Anselme de Ribemont (Epistulae et chariae, p. 145). —
I. venerunt prius omis dans C*. — k. Sarracenorum A^, A^, C*.
— l. et valles omis dans A^ et A^.
1. Mention intéressante des femmes qui suivaient les bandes
de croisés. Cf. Albert d’Aix, II, 34, p. 317 et Sag.
2. Contrairement à l’interpolation (p. 46, note h), acceptée par
Bongars, qui parle d’une hésitation des croisés à venir au secours
des leurs, Anselme de Ribemont {Epistulae et chartaey p. 146) et
Raimond d’Aguilers (4, p. 240) montrent les chefs croisés se hâtant
aussitôt vers le champ de bataille.
3. Cf. Anselme de Ribemont, lettre citée {Epistulae et chartaey
p. 145).
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48
TURCI CLADEM ACCIPIUNT
tes ac consulentes atque dicentes : « Estote omnimodo
unanimes in fide Christi et sancte Crucis Victoria'*, quia
hodie omnes divites, si Deo placet, effecti eritis. »
Continue fuerunt ordinate nostrorum acies. In sinis-
tra parte fuit vir sapiens Boamundus et Rotbertus Nort-
mannus* et prudens Tancredus ac^ Rotbertus de Ansa
et*^ Richardus de Principatu; episcopus vero Podien-
sis venit per alteram montanam, undique circumein-
gens incrédules Turcos in sinistra quoque parte equi-
tavit fortissimus miles Raimundus, cornes de Sancto
Egidio. In dextera vero parte fuit dux' Godefridus et
acerrimus miles Flandrensis cornes et Hugo Magnus et
alii plures quorum nomina ignore.
Statim autem venientibus militibus nostris, Turci et
Arabes et Sarraceni et Angulani-^* et omnes^ barbare^*
nationes dederunt velociter fugam per compendia mon-
tium et per plana loca. Erat autem numerus Turcorum,
Persarum, Publicanorum Sarracenorum, Angulano-
rum aliorumque paganorum ccclx milia, extra Arabes,
quorum numerum nemo scit nisi solus Deus^ Fuge-
runt vero nimis velociter ad sua tentoria, ibique eos
diu morari non licuit. Iterum vero arripuerunt fugam
nosque illos persecuti sumus occidendo' tota una die
a. vexilli Victoria B. — b. comesque Normannie Roberius
C. — c. ac honestissimus miles B. — d, et inclitus B. —
e. honorabilis dux B. — /. Augulani A^. — g. omnesque A®,
O; et omnes omis dans A^ et C*. — h. barbarice A*. — occi-
denies A B.
1. Sur le rôle d’Adémar de Monteil dans cette bataille, voir la
Chronique de Saint-Pierre du Puy, p. 163-164.
2. On ignore s’il s’agit d’un peuple ou d’un corps de troupes
ainsi désigné à cause de son armement. Au ch. xxi, l’Anonyme
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49
DÉFAITE DES TURCS (l«f juillet IO97)
dans lequel, après avoir loué Dieu et pris conseil, nous
disions : « Soyez de toute manière unanimes dans la foi du
Christ et dans la victoire de la sainte croix, car aujourd’hui,
s’il plaît à Dieu, vous deviendrez tous riches. »
Sur-le-champ nos batailles furent ordonnées. A l’aile
gauche étaient le sage Bohémond, Robert de Normandie,
le prudent Tancrède, Robert d’Ansa et Richard du Princi¬
pal ; l’évêque du Puy dut s’avancer par une autre hauteur,
afin de cerner les Turcs incrédules ^ A l’aile gauche aussi
chevauchait le très vaillant chevalier Raimond, comte de
Saint-Gilles. A l’aile droite étaient le duc Godefroi, puis le
vaillant chevalier qu’était le comte de Flandre et Hugue le
Mainsné et plusieurs autres dont j’ignore les noms.
A l’approche de nos chevaliers, les Turcs, les Arabes, les
Sarrasins, les Angulans^ et tous les peuples barbares s’en¬
fuirent aussitôt rapidement à travers les défilés des mon¬
tagnes et les plaines. Le nombre des Turcs, des Persans,
des Pauliciens^, des Sarrasins, des Angulans et autres
païens s’élevait à 36o,ooo, sans compter les Arabes, dont
nul, si ce n’est Dieu, ne connaît le nombre^. Ils s’enfuirent
avec une vitesse extraordinaire jusqu’à leurs tentes, mais ils
ne purent y demeurer longtemps. Ils reprirent leur fuite et
nous les poursuivîmes en les tuant pendant tout un jour; et
les montrera entièrement couverts de fer. De même Guibert de
Nogent, V, 8, p. 189-190.
3. Bien que l’Etat des Pauliciens ait été détruit en 872 par
Basile I", leurs doctrines se sont perpétuées en Europe dans
celles des Bogomiles et, en Asie, dans un certain nombre de sectes,
telles que les Christopolites de Phrygie, mentionnés au xi* siècle
(voir le témoignage d’Euthymios Zigabenos publié par Cumont
dans la B^^antinisclie Zeitschrift^ ann. 1903, p. 582); persécutées
dans l’empire, ces sectes s’étaient réfugiées en territoire musul¬
man. Les Pauliciens (sous le nom de Publicani) sont mentionnés
par Etienne de Blois dans une de ses lettres {Èpisiulae et char-
tae, p. i5o).
4. Chiffre sans valeur, de même que celui d’Anselme de Ribe-
mont (lettre dans le recueil des Epistulae et chartae, p. 145), qui
donne 260,000 Turcs. La formule a dont nul, si ce n’est Dieu, ne
connaît le nombre » est courante dans la langue ecclésiastique.
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5o
DE TURCORUM VIRTUTE
et accepimus spolia multa, aurum, argentum, equos,
asinos, camelos, oves et boves et plurima alia que igno-
ramus et, nisi Dominus fuisset nobiscum in bello et
aliam cito nobis misisset aciem\ nullus nostrorum
evasisset, quia ab hora tercia usque in horam nonam
perduravit hec pugna. Sed omnipotens Deus, pius et
misericors, qui non permisit suos milites perire nec in
manus inimicorum incidere, festine nobis adjutorium
misit. Sed fuerunt illic mortui duo de nostris** milites
honorabiles, scilicet Godefridus de Monte Scabioso* et
Willelmus Marchisi filius, frater Tancredi, aliique mi¬
lites et pedites quorum nomina ignoro.
Quis unquam tam sapiens aut doctus audebit descri-
bere prudenciam, miliciam et fortitudinem Turcorum?
Qui puiabant terrere gentem Francorum minis suarum
sagittarum, sicut terruerunt Arabes, Saracenos et Her-
menios, Suranos* et Grecos. Sed, si Deo placet, nun-
quam valebunt tantum quantum, nostri*. Verum tamen
dicunt se esse de Francorum generatione et quia nullus
homo naturaliter debet esse miles nisi Franci et illi^.
Veritatem dicam quam nemo audebit prohibere : certe,
si in fide Christi et Christianiiate sancta semper firmi
fuissent et unum Dominum in trinitate confiteri voluis-
sent Deique filium natum de virgine^, passum et resur-
rexisse*^ a mortuis* et in celum ascendisse suis cernen-
tibus discipulis-^ consolationemque*’ Sancti Spiritus
perfecte misisse* et eum in celo et in terra regnantem
a. de nostris omis dans A^, C*; ex nostris fi, C*, C®. —
b. Suranios A^; Surianos fi. — c. virgine matre A^y fi, C*, C*.
— d. resurgentem fi; même leçon dans Tudebode, p. 28^ et dans
V « Hist. belli sacri », p. i83. — e. tertia die a mortuis fi; même
leçon dans V « Hist. belli sacri », p. i83. — f. discipulis ascen-*
dentem fi; même leçon dans V « Hist. belli sacri », p. i83. —
g. ac deinde consolationem fi. — h. mittentem fi; même leçon
dans Tudebode, p. 28, et dans V « Hist. belli sacri », p. i83.
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VAILLANCE DES TURCS
5l
nous fîmes un butin considérable, de l’or, de l’argent, des
chevaux, des ânes, des chameaux, des brebis, des bœufs et
beaucoup d’autres choses que nous ignorons. Si le Seigneur
n’eût été avec nous dans cette bataille, s’il ne nous avait pas
envoyé rapidement l’autre armée^, aucun des nôtres n’eût
échappé, car, de la troisième à la neuvième heure, le com¬
bat fût ininterrompu. Mais Dieu tout-puissant, pitoyable et
miséricordieux, ne permit pas que ses chevaliers périssent
ou tombassent entre les mains de leurs ennemis, et il nous
envoya ce secours en toute hâte. Deux chevaliers des nôtres,^
pleins d’honneur, Godefroi de Monte-Scabioso* et Guil¬
laume, fils du Marquis, frère de Tancrède, et d’autres che¬
valiers et piétons dont j’ignore les noms trouvèrent ici la
mort.
Qui sera assez sage, assez savant pour oser décrire la
sagacité, les dons guerriers et la vaillance des Turcs? Ils
croyaient effrayer la nation des Francs par la menace de
leurs flèches, comme ils ont effrayé les Arabes, les Sarra¬
sins, les Arméniens, les Syriens, les Grecs. Mais, s’il plaît à
Dieu, ils ne vaudront jamais les nôtres*. A la vérité, ils se
disent de la race des Francs et prétendent que nul, à part
les Francs et eux, n’a le droit de se dire chevalier^. Je dirai
la vérité, et nul ne la contestera : certainement, s’ils avaient
toujours gardé fermement la foi du Christ et de la sainte
Chrétienté, s'ils avaient voulu confesser un seul Seigneur en
trois personnes, un fils de Dieu né d’une Vierge, qui a souf¬
fert, est ressuscité d’entre les morts, est monté au ciel à la
vue de ses disciples, a envoyé la consolation parfaite de
l’Esprit-Saint, s’ils avaient voulu croire, avec une foi et un
jugement droit, qu’il règne au ciel et sur la terre, on ne
1. Allusion à la deuxième division des croisés mentionnée plus
haut.
2. Onfroi de Monte-Scabioso (voir plus haut, p. 21); on ne sait
si c’est le même.
3. L’emploi du futur indique que ce passage a été rédigé au
cours de l’expédition.
4. Allusion curieuse à la légende qui fait descendre des
Troyens les Francs et les Turcs.
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52
DE SOLIMANI PAVORE
recta mente et fide credidissent, ipsis potentiores vel
fortiores vel bellorum ingeniosissimos nullus invenire
potuisset * ; et tamen gratia Dei victi sunt a nostris. Hoc
bellum factum est primo die julii“.
[NARRATIO QUARTA]
[10.] Postquam vero Turci, inimici Dei et sancte
Christianitatis, omnino fuerunt* devicti, per iv dies et
noctes fugientes^ hue et illuc, contigit ut Solimanus
dux illorum filius SoÜmani veteris, fugeret de Nicena,
qui invenit x milia Arabum, qui dixerunt ei : « O infelix
et infelicior omnibus gentibus, cur tremefactus fugis? »
Quibus Solimanus lacrimabiliter‘=' respondit : « Quo-
niam olim cum habuissem omnes Francos devictos eos-
que putarem jam in captivitate ligatos, dum paulatim
voluissem ligare adinvicem, tune respiciens rétro, vidi
tam innumerabilem gentem eorum, ut, si vos aut aliquis
illic adesset, putaret quod omnes montes et colles val-
lesque et omnia plana loca plena essent illorum multi-
tudine^. Nos igitur, illos cernentes, statim cepimus ca-
pere subitaneum iter, timentes tam mirabiliter, ut vix
evaserimus de illorum manibus, unde adhuc in nimio
terrore sumus ; et si mihi et verbis meis velletis credere,
auferreiis vos hinc, quia, si et ipsi potuerintvos solum-
modo scire, unus ex vobis vix amplius evadet vivus''. »
a. Incipit liber quartus ; Pfostquam], initiale en rouge
Explicit liber III. Incipit IIII A^^ B. — b. fugerunt AK — c. fu-
giendo A^. — d. lacrymans B. — e. vivens A^.
r. Réflexions personnelles d’un grand intérêt. C’est le plus
ancien témoignage, exprimé d'une manière naïve, de l’estime
mutuelle que les Francs et les Turcs ne cessèrent d’acquérir au
cours des croisades.
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EFFROI DE SOLIMAN
53
trouverait personne qui puisse leur être égalé en puissance,
en courage, en science de la guerre*; et pourtant, par la
grâce de Dieu, ils furent vaincus par les nôtres. Cette
bataille eut lieu le premier jour de juillet.
[QUATRIÈME RÉCIT]
[La marche des croisés sur Antioche
(jUlLLET-20 OCTOBRE IO97)]
[10.] Après que les Turcs, ennemis de Dieu et de la sainte
Chrétienté, eurent été entièrement vaincus et se furent
enfuis pendant quatre jours et quatre nuits, il arriva que
Soliman, leur chef^, fils de Soliman l’Ancien, s’étant enfui
de Nicée, rencontra dix mille Arabes, qui lui dirent : « O
infortuné et plus infortuné que tous les peuples! Pourquoi
fuis-tu épouvanté? » Soliman leur répondit : « Parce que
naguère, ayant vaincu tous les Francs, je les croyais déjà
enchaînés en captivité, et, pendant que je voulais les lier
tour à tour les uns aux autres, regardant en arrière, je
vis qu'ils formaient un peuple tellement innombrable que,
si vous ou tout autre eussiez été présent, il vous eût semblé
voir toutes les montagnes, les collines, les vallées, les plaines
couvertes de leur multitude 3. Et nous, à leur vue, nous
poursuivîmes subitement notre chemin, poussés par une
telle frayeur que ce fut à peine que nous parvînmes à nous
tirer de leurs mains; et, si vous voulez croire mes paroles,
vous vous tirerez de là, car, s’ils pouvaient seulement con¬
naître votre présence, pas un de vous n’échapperait vivant. »
2. Soliman II (Kilidsch Ârslan), sultan seldjoucide, avait suc¬
cédé à son père Soliman 1*' en io%. C’était lui qui commandait
les lûrcs à la bataille de Dorylée.
3. Le passage reproduit les termes mêmes qui ont servi à
décrire la puissance de l’armée turque avant la bataille de Dory-
lée. Voir plus haut, p. 46. Sur le caractère et la valeur de ce
morceau, voir l’Introduction, p. vi.
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54 DE CRUCESIGNATORUM PER ANATOLIAM INCOMMODIS
At illi audientes talia, retrorsum verterunt et se expan-
derunt per universam Romaniam*.
Tune veniebamus nos persequentes iniquissimos Tur-
cos cotidie fugientes ante nos*. At illi, venientes ad
cuncta castra sive urbes, fingentes etdeludentes habita-
tores terrarum illarum, dicebani : « Nos devicimus
christianos omnes et superavimus illos ita, ut nullus
eorum jam unquam** erigere se ante* nos; tantum per-
mittite nos intus intrare. » Qui intrantes spoliabant
ecclesias et domos et alia omnia et ducebant equos*^
secum et asinos et mulos, aurum et argentum et ea*'
que reperire poterant. Adhuc quoque filios christiano-
rum secum tollebant et ardebant ac devasiabant omnia
convenienta sive utilia, fugientes et paventes valde ante
faciem nostram. Nos itaque persequebamur eos per
deserta^ et inaquosam et inhabitabilem terram, ex qua
vix vivi evasimus vel exivimus*. Famés vero et sitis
undique coortabant nos, nichilque-^ penitus nobis erat
ad edendum, nisi forte vellentes et fricantes spicas ma-
nibus nostris^, tali cibo quam miserrime vivebamus.
Illic fuit mortua maxima pars nostrorum equorum^, eo
quod multi ex nostris militibus* remanserunt pedites
a. jam unquam omtj dans ^4*. — b. se contra ^4*, C. —
c. equos omis dans C. — d. omnia X*, C. — e. desertam
A*, ®, C. — f. nihilque A^, fi, C. — g. equitum A^y A^y C*, C® et
Tudebode, p. 2g. — h. eorum A, fi, C*, C®. Ce texte paraît cor-
rompu dans la plupart des manuscrits. Seule la leçon de C>, que
nous avons préférée et que reproduit V « Hist. belli sacri », p. iS4y
est claire. Celle de A i4® ; Illic fuit mortua maxima pars equitum
eo quod multi eorum remanserunt pedites, n’a pas de sens. Hagen^
meyery qui a adopté ce texte (p. 2 1 1 )y suppose que, dans la pensée
de V Anonyme, mortua signifie non la mort de la plus grande partie
des chevaliers, ce qui eût arrêté la croisade, mais la disparition
de la cavalerie redevenue infanterie par suite de la mort des che¬
vaux. C’est faire sur mortua un jeu de mots, qui est un simple
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MARCHE PÉNIBLE EN ASIE MINEURE (juÜlet-aOÛt IO97) 55
A ces mots, ils tournèrent bride et se répandirent par toute
la Romanie*.
Et nous, nous ne cessions de poursuivre ces Turcs très
iniques qui fuyaient chaque jour devant nous^. Et quand
ils parvenaient à une place forte ou à une ville, ils se jouaient
des habitants du pays et les trompaient en leur disant :
« Nous avons vaincu tous les chrétiens et notre victoire a
été telle que nul d’entre eux n’osera jamais plus s’élever
devant nous. Laissez-nous seulement entrer. » Une fois
entrés, ils dépouillaient les églises, les demeures et tout le
reste; ils emmenaient avec eux chevaux, ânes, mulets, or
et argent et tout ce qu’ils pouvaient trouver. Ils enlevaient
encore avec eux des fils de chrétiens et incendiaient ou
dévastaient tout ce qui pouvait être utile, en fuyant toujours
et tremblant devant notre face. Et nous les poursuivions à
travers des déserts et une terre dépourvue d’eau et inhabi¬
table, d’où nous eûmes du mal à sortir vivants^. La faim et
la soif nous pressaient de toute part et nous n’avions presque
plus rien à manger, sauf les épines que nous arrachions et
frottions dans nos mains * : voilà de quels mets nous vivions
misérablement. Là mourut la plus grande partie de nos che-
contresens. La lecture de B : lllic fuit mortua maxima pars
nostrorum equorum, eo quod multi eorum remanserunt pedites,
ne peut se soutenir que si Von suppose qu’eoTum désigne les che-
valiers, mais rien ne l'indique.
I. Cest-à-dire en Asie Mineure. Sur le sens du mot Romanie,
voir ch. U, p. 9.
3. Ce fut seulement après un repos de deux jours que les croi¬
sés commencèrent à poursuivre les Turcs (Foucher de Chartres,
I, 12, p. 336).
3. Aucune source n’indique exactement la route suivie par les
croisés entre Dorylée et Iconium, mais il ressort des renseigne¬
ments de notre Anonyme qu’ils ont traversé les plateaux déser¬
tiques de Lycaonie, à l’est de l’Emir Dagh, en plein mois de juil¬
let, dans un pays où la température moyenne de l’été atteint
vingt-six degrés et où il n’y a, en fait d’eaux, que des marécages
et des étangs salés
4. Probablement les cactus, aloès et autres plantes épineuses,
seule végétation des déserts d’Anatolie.
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56 TANCREDUS BALDUINUSQUE AB EXERCITU DISCEDUNT
et pro penuria equorum erant nobis boves loco caballo-
rum et pro nimia necessitate succedebant nobis capri
et multones ac canes ad portandum.
Interea cepiraus intrare in terram optimam plenam
corporalibus alimentis et deliciis omnibusque bonis ac
deinceps appropinquavimus Iconio^ Habitatores vero
terre illius* suadebant et admonebant nos nobiscum
ferre utres plenos aqua, quia illic in itinere diei unius
est maxima penuria aque. Nos vero ita fecimus donec
pervenimus ad quoddam flumen ibique hospitati sumus
per II dies; et ceperunt autem cursores nostri ante ire^
donec pervenerunt ad Erachiam^, in qua eratTurcorum
nimia congregatio exspectans et insidians quomodo
posset Christi militibus® nocere*. Quos Turcos Dei
omnipententis milites invenientes, audacter invaserunt;
superati itaque sunt inimici nostri in die illa^ tamque
celeriter fugiebant quam sagitta fugit emissa ictu valido
corde^'et areu*. Nostri igitur intraverunt statimin civi-
tatem ibique mansimus per iv dies^
Illic divisit se ab aliis Tancredus Marchisi filius et
Balduinus cornes-^, frater ducis Godefridi, simulque
intraverunt vallem de Botrenthrot*. Divisit quoque se
Tancredus etvenit Tarsum^® cum suis militibus. Exie-
runt denique Turci de urbe et venerunt obviam eis at-
a. milites A*, B. — h. nocere et contristare B. — c. supe¬
rati itaque sunt in ilia die inimici nostri A^. — d. chordae A^y.
B; corda A^, C. — e. arcus A^, B. — /. cornes egregius B. —
g. Tharsum A^, C; Tarsum solummodo B.
!. Iconium (Konieh), au centre du plateau d’Anatolie, à
1187 mètres d’altitude, prise par les Turcs en 1084, mais, d’après^
Guillaume de Tyr {Historiens occidentaux, t. I, p. 18), évacuée
par eux devant les croisés.
2. Certainement des chrétiens et probablement des Arméniens.
3. Eregli, l’ancienne Héraclée, sur le versant nord du Taurus
cilicien, est, en effet, séparée d’Iconium par un désert. D’après
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TANCRÈDE ET BAUDOUIN QUITTENT l’aRMÉE (scpt. IO97) 5 J
vaux, si bien que beaucoup de nos chevaliers restèrent à
pied ; par pénurie de montures, nous nous servions de
bœufs en guise de destriers et, dans cette extrême nécessité,
des chèvres, des moutons, des chiens étaient employés à
porter nos bagages.
Puis nous entrâmes dans une terre excellente, remplie
d’aliments corporels, de douceurs et de toute espèce de res¬
sources, et nous approchâmes d’Iconium^ Les habitants de
ce pays^ nous persuadaient et nous avertissaient d’emporter
avec nous des outres pleines d’eau, car, pendant tout un jour
de marche, il y a une grande pénurie d’eau. Nous fîmes
ainsi jusqu’à ce que nous eûmes atteint une rivière où nous
campâmes deux jours. Nos coureurs commencèrent à aller
de l’avant jusqu’à ce qu’ils fussent parvenus à Héraclée®, où
se trouvait une grosse troupe de Turcs, qui attendait et cher¬
chait les moyens de nuire aux soldats du Christ. Les soldats
du Dieu tout-puissant trouvèrent ces Turcs et les attaquèrent
audacieusement. Ce jour-là, ils l’emportèrent sur nos enne¬
mis qui fuyaient aussi rapidement qu’une flèche, lancée d’un
coup sûr, s’enfuit de la corde d’un arc. Les nôtres pénétrèrent
donc aussitôt dans la ville et nous y séjournâmes quatre jours^.
Là, Tancrède, fils du Marquis, se sépara des autres, ainsi
que le comte Baudouin, frère du duc Godefroi, et ils péné¬
trèrent ensemble dans la vallée de Bothrentot^. Tancrède
partit aussi de son côté et arriva à Tarse® avec ses chevaliers.
Les Turcs sortirent de la ville et vinrent à sa rencontre :
massés en un seul corps, ils se préparèrent à combattre les
Foucher de Chartres (I, 14, p. 337), les croisés y observèrent une
comète qui fut vue en Occident au début d’octobre (Sigebert de
Gembloux, dans les Monumenta Germaniae^ Scrip/ores, t. VI,
p. 367).
4. Du 10 au i3 septembre 1097.
5. Tancrède et Baudouin marchent directement au sud, à tra¬
vers le Taurus cilicien, que le reste de l’armée franchira plus
à l’est.
6. Tarse, ville importante de Cilicie, non loin de l’embouchure
du Cydnus, devenue, en 1072, la possession d’un chef arménien
(Laurent, Byzance et les Turcs seldjoucides, p. 86-87). Sur ces
événements, voir le récit plus détaillé de Raoul de Caen (33-47,
p. 629-641) et d’Albert d’Aix (III, 5-17, p. 342-35o).
Première croisade * 7
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58 DE TARSO TANCREDUS BALDUINUSQUE LITIGANT
que, in unum congregati, properaverunt® ad* bellum
contra christianos. Appropinquaniibus itaque nostris
et pugnaniibus*^, dederunt inimici nostri fugam rever-
tentes in urbem celeri gressu. Tancredus vero'^ miles
Christi pervenit laxatis loris et castrametatus est ante
portam urbis.
Exalia igitur parte venit Balduinus* cornes’ cum suo
exercitu postulans-^ Tancredum^ quatinus eum amicis-
sime in societatem civitatis dignaretur suscipere ; cui ait
Tancredus : « Te omnimodo in hac societate denego. »
Nocte itaque superveniente, omnes Turci tremefacti
fugam una arripuerunt. Exierunt denique habitatores
civitatis* sub ilia noctis obscuritate, clamantes excelsa
voce : « Currite, invictissimi Franci, currite, quia Turci
expergefacti vestro timoré omnes pariter recedunt*. »
Orta autem die, venerunt majores civitatis et reddi-
derunt sponte civitatem, dicentes illis qui super hoc
liiigabant adinvicem : « Sinite modo, seniores, sinite,
quia volumus et petimus dominari et regnare super nos
ilium qui heri tam viriliter pugnavit cum Turcis. »
Balduinus itaque, mirificus cornes, altercabatur et liti-
gabat cum Tancredo, dicens : « Intremus simul et spo-
liemus civitatem et qui plus potuerit habere, habeat, et
qui poterit capere, capiat. » Cui ^ fortissimus Tancredus
dixit : « Absit hoc a me. Ego namque christianos nolo
exspoliare*; homines hujus civitatis elegerunt me do-
minum super se meque habere^ desiderant. » Tandem
nequivit vir fortis Tancredus diu luctari cum Balduino
comité "‘quia illi magnus erat exercitus®; tamen volens
a. venerunt A^, A"^; inierunt C. — b. ad omis dans C. — c. repu-
gnantibus A^. — d. vir prudens atque honorabilis miles B,
— e. vir inclitus cornes Balduinus ^ , B. — /. postulans et depre-
cans B. — g. Tancredum acerrimum militem B. — h. recesse-
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TANCRÈDE ET BAUDOUIN SE DISPUTENT TARSE (scpt. IO97) 59
chrétiens. Mais les nôtres s’étant avancés en bataillant, les
ennemis prirent la fuite et revinrent d’un pas rapide dans
la ville, Tancrède, ce chevalier du Christ, y parvint à bride
abattue et installa son camp devant la porte de la ville.
D’autre part arriva le comte Baudouin^ avec son armée,
demandant à Tancrède de daigner l’admettre amicalement
au partage de la ville. « Je refuse tout partage avec toi »,
répondit Tancrède. La nuit survint et tous les Turcs épou¬
vantés prirent la fuite. Alors les habitants de la ville* sor¬
tirent en pleine obscurité, criant à haute voix : « Accourez,
Francs invincibles, accourez : les Turcs, troublés par la
crainte, se retirent tous en même temps. »
Le jour venu, arrivèrent les notables de la ville et ils ren¬
dirent spontanément leur cité en disant à ceux qui se que¬
rellaient à ce sujet : « Cessez, sires, cessez, car nous vou¬
lons et demandons comme seigneur et comme prince celui
qui combattit hier si courageusement contre les Turcs. »
Mais Baudouin, le comte admirable, protestait et disputait
avec Tancrède en disant : « Entrons ensemble et pillons la
ville : que celui qui aura la plus grosse part la garde et que
celui qui pourra prendre prenne. » A quoi le très courageux
Tancrède répartit : « Loin de moi cette conduite ! Je ne veux
pas dépouiller des chrétiens; les hommes de cette cité m’ont
choisi pour seigneur et c’est moi qu’ils veulent avoir. » A la
fin, le courageux Tancrède ne voulut pas lutter plus long¬
temps avec le comte Baudouin, qui avait une forte armée*.
runt A^; recederunt B. — 1. Gui obstans B. — k. ego namque
christianos nolo exspoliare omis dans A*. — /. habere domi-
num i42, A^. — m. doctissimo comité B.
1. Baudouin avait perdu le contact avec Tancrède pendant la
traversée du Taurus. C’est à tort que Foucher de Chartres (I, 14,
p. 337) fait occuper la ville par Tancrède avant l’arrivée de Bau¬
douin. Le témoignage de l’Anonyme est conhrmé par Raoul de
Caen (33, p. 629) et Albert d’Aix (III, 5, p. 342).
2. Tarse était habitée par des Arméniens et des Grecs.
3. D’après Raoul de Caen (33, p. 63o, et Sy, p. 633), Baudouin
avait 5oo chevaliers et 2,000 piétons, Tancrède too chevaliers et
200 piétons.
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60 ARMENIAM MINOREH EXERCITUS TRANSGREDITUR
nolensque dimisit eam et viriliter® recessit cum suo
exercitu ; fueruntque ei statim tradite due optime civi-
tates, videlicet Athéna* et Manustra* et plurima castra.
[11.] Major vero exercitus, scilicet Raimundus, co¬
rnes de Sancto Egidio, et doctissimus Boamundus dux-
que Godefridus et alii plures* in Hermeniorum intra-
verunt terram“, sitientes atque estuantes Turcorum
sanguinem.
Tandem perveneruntad quoddam castrum quod tam
forte erat ut nichil*^ ei possent facere. Erat autem ibi
homo quidam nomine Symeon, qui in ilia ortus fuerai*'
regione quique hanc petiit terram quo eam defenderet
de manibus inimicorum Turcorum, cui sponte illi dede-
runt terram* quique remansit* ibi cum sua gente. Nos
denique, exeuntes inde, pervenimus féliciter usque ad^
Cesaream Gappadocie*; a Cappadocia autem egressi,
venimus ad quamdam civitatem pulcherrimam et nimis
uberrimam, quam paululum ante nostrum adventum
obsederant Turci per iii hebdomadas, sed non supera-
verant®; mox illuc advenientibus nobis, continuo tradi-
dit se in manu nostra cum magna leticia. Hanc igitur
petiit quidam miles, cui nomen Petrus de Alpibus^, ab
omnibus senioribus, quatinus eam defenderet in fideli-
tate Dei et^ Sancti Sepulcri et seniorum atque impera-
toris, cui cum nimio amore gratis concesserunt eam®.
a. viriliter omis dans C. — b. alii principes B et Tudebode^
p. 32. — c. nihil ^4^, B, C. — d. ortus fuit A^, B. —
e. sponte tradiderunt illamque remansit C. — /. ad omis dans
B. — g. Dei et omis dans C.
1. Adana, au pied du Taurus, dans la partie la plus fertile de
la Cilicie.
2. Aujourd’hui Missis (l’antique Mopsueste), sur la rive droite
du Djihoun.
3. La Petite-Arménie (anciennes provinces de Cappadoce et de
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TRAVERSÉE DE LA PETITE-ARMÉNIE (OCtObrC IO97) 6l
Bon gré, mal gré, il abandonna la cité et se retira vaillam¬
ment avec son armée et on lui livra aussitôt deux excellentes
villes* Adana^ et Manustra^, ainsi que plusieurs châteaux.
[11.] Cependant, la grande armée, Raimond, comte de
Saint-Gilles, le très savant Bohémond, le duc Godefroi et
beaucoup d’autres entrèrent dans le pays des Arméniens*,
altérés et avides du sang des Turcs.
A la fin, ils parvinrent devant un château tellement fort
qu’ils ne pouvaient rien contre lui. Il y avait là un homme
appelé Simeon, qui était né dans le pays et qui demanda
cette terre, afin de la défendre contre les entreprises des
Turcs ennemis. Ils lui baillèrent la terre et il y demeura
avec sa gent^. Nous partîmes de là et nous parvînmes heu¬
reusement à Césarée de Cappadoce*. Sortis de Cappadoce,
nous arrivâmes à une cité magnifique et très riche que, peu
avant notre venue, les Turcs avaient assiégée pendant trois
semaines®. Mais ils n’eurent pas le dessus et, à notre arri¬
vée, elle se rendit aussitôt entre nos mains avec une grande
joie. Un chevalier, nommé Pierre d’Aups^, la demanda à
tous les seigneurs, afin de la défendre en toute fidélité de
Dieu et du saint sépulcre, des seigneurs et de l’empereur.
Ils la lui accordèrent de très bonne grâce*. La nuit suivante,
Cilicie) avait été colonisée, depuis le vu* siècle, par les Armé¬
niens fuyant devant l’invasion arabe. Au xi* siècle, après la con¬
quête de la Grande-Arménie par les Turcs, des chefs arméniens
s’y étaient établis. Voir Laurent, L'Arménie entre Byj^ance et
l'Islam {1919), p. 6 et 3oo.
4. Ce qui signifie que Siméon, comme plus loin Pierre d’Aups,
tint cette terre en fief des princes croisés.
5. Kaisariéh actuelle, située au centre du massif montagneux
d’Argée.
6. D’après Baudri de Bourgueil (I, 7, p. 39), cette ville serait
Plastencia, l’ancienne Comana.
7. Identifié avec Pierre d’Aups {localité du département du Var),
seigneur provençal, passé du service de Robert Guiscard à celui
d’Alexis Comnène. Voir Orderic Vital, IX, 8, éd. Le Prévost,
t. III, p. 5i5.
8. Passage intéressant qui résume les conditions juridiques
dans lesquelles les princes croisés accordaient des fiefs et qui les
montrent encore fidèles au serment prêté à l’empereur.
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62
EXERCITUM RAIMUNDI MILITES PRAECEDUNT
Sequenti nocte audivit Boamundus quod Turci qui fue-
rant in obsessione civitatis frequenter précédèrent nos ;
mox preparavit se solummodo cum militibus quatinus
illos undique expugnaret, sed illos invenire non potuit.
Deinde venimus ad quamdam urbem nomine Goxon
in qua erat maxima ubertas omnium bonorum que no-
bis erant necessaria. Christiani igitur, videlicet alumni
urbis illius*, reddiderunt se statim nosque fuimus ibi
optime per ni dies et illic maxime sunt recuperati nos-
tri".
Audiens itaque Raimundus cornes* quod Turci qui
erant in custodia Antiochie discessissent^, in suo inve-
nit consilio quod mitteret illuc aliquos ex suis militi¬
bus qui eam diligenter custodirent; tandem elegit illos
quos legare voluit, videlicet Petrum de Castellione vi-
cecomitem^ Willelmum de Monte Pislerio®, Petrum
de Roasa®, Petrum Raimundum de Pul^ cum d militi¬
bus. Venerunt itaque in vallem prope Antiochiam ad
quoddam castrum Publicanorum® ilÜcque audierunt
Turcos esse in civitate eamque fortiter defendere pre-
parabant*^. Petrus de Roasa divisit se ibi ab aliis et
proxima nocte transivit prope Antiochiam intravitque
vallem de Rugia* et invenit Turcos et Saracenos et pre-
liatus est cum eis et occidit multos ex eis et alios per-
secutus est valde. Videntes hoc Hermenii habitatores
terre illius, ilium scilicet*^ fortiter superasse paganos,
continuo reddiderunt se; ipse vero cepit* Rusam^*®
civitatem et plurima castra.
a. nostrorum multi A^f C^. — b. cornes de Sancto Egidio
A^y B. — c. properabantyC^, A^; préparâtes C. — d. scilicet omis
dans A^ et B. — e. coepit Ay B, C. — f. Rusam omi5 dans B.
I. Peut-être Gueuk-Sou, sur le versant méridional du Taurus.
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ÉCLAIREURS ENVOYÉS PAR R. DE TOULOUSE (oCt. IO97) 63
Bohémond apprit que les Turcs, qui avaient assiégé cette
ville, nous précédaient fréquemment. Aussitôt il se prépara
avec ses seuls chevaliers à les chasser de partout, mais il ne
put les rencontrer.
Nous atteignîmes ensuite une ville appelée Coxon^, qui
possédait les ressources abondantes qui nous étaient néces¬
saires. Les chrétiens, habitants de cette ville, se rendirent
aussitôt^. Nous y fûmes pendant trois jours dans de bonnes
conditions et les nôtres purent s’y refaire entièrement.
Apprenant que les Turcs qui gardaient Antioche s’étaient
retirés^, le comte Raimond décida avec son conseil d’en¬
voyer quelques-uns de ses chevaliers pour l’occuper rapi¬
dement. Il choisit donc ceux qu’il voulait charger de cette
mission, à savoir le vicomte Pierre de Castillon^, Guillaume
de Montpellier*, Pierre de Roaix«, Pierre-Raimond d’Haut-
pouF, avec 5oo chevaliers. Ils parvinrent, dans une vallée
des environs d’Antioche, jusqu’à un château de Publicains®,
où ils apprirent que les Turcs occupaient la cité et se pré¬
paraient à la défendre avec courage. Pierre de Roaix se
sépara des autres et, la nuit suivante, s’étant approché d’An¬
tioche, il entra dans la vallée de Rugia®, y trouva des Turcs
et des Sarrasins, batailla contre eux, en tua un grand nombre
et poursuivit les autres vigoureusement. Aussitôt les Armé¬
niens, habitants de cette terre, voyant qu'il avait vaincu les
païens courageusement, se rendirent. Pierre s’empara de
Rusa^o et de plusieurs châteaux.
2. Probablement des Arméniens.
3. Cette décision prise par Raimond « en son conseil » montre
le manque d’entente entre les chefs et l’on peut y voir déjà une
preuve des visées du comte de Toulouse sur Antioche.
4. Probablement Castillon (Gironde).
5. Guillaume, seigneur de Montpellier.
6. Roaix (Vaucluse).
7. Raimond d’Hautpoul est cité par Raimond d’Aguilers, 5, p. 254.
8. Sur les Publicains ou Pauliciens, voir plus haut, p. 49, n. 3.
9. Vallée située à l’est d’Antioche, sur la route d’Alep, dans les
environs du village actuel de Riha.
10. Sur Rusa (qui est peut-être aujourd’hui Ruweha, au sud-est
de Riha), voir Foucher de Chartres, II, 45, p. 423.
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64 DE EXERCITUS APUD ANTIOCHIAM ADVENTU
Nos autem, qui remansimus, exeuntes inde, intravi-
mus in diabolicam montanam^ que tam erat alta et
angusta ut nullus nostrorum auderet per semitam, que
in monte patebat, ante alium preire; illic precipitabant
se equi et unus® saumarius* precipitabat alium. Milites
ergo stabant undique tristes; feriebant* se manibus pre
nimia tristitia et dolore, dubitantes quid facerent de
semetipsis et de suis armis; vendentes'^ suos clipeos et
loricas optimas cum galeis® solummodo propter ni aut
vdenarios vel prout quisque poterat habere; qui autem
vendere nequibant, gratis a se jactabant et ibant.
Exeuntes igitur de exsecrata^* montana, pervenimus
ad civitatem que vocatur Marasim*. Cultures vero il-
lius civitatis exierunt obviam nobis letantes et déféren¬
tes maximum mercatum illicque habuimus omnem
copiam exspectando* donec veniret dominus Boamun-
dus*. Venerunt itaque nostri milites in vallem in qua
regalis civitas Antiochia sita est®, que est caput tocius
Syrie quamque dominus Jhesus Christus-^ tradidit
beato Petro, apostolorum principi quatinus eam ad
cultum sancte fidei revocaret, qui vivit et régnât cum
Deo Pâtre in unitate Spiritus Sancti Deus^ per omnia
secula seculorum. Amen.
a. unusquisque Ci. — b. feriebantque C. — c. vendebant ergo
A^; autem C. — d. execrata ^1, B; execrabili C. — e. expe¬
ctantes C. — f. Christus omis dans A^, A^^ C*. — g. Deus
omis dans X*, ^4*, C*.
1. Entre Césarëe et Marasch, les croisés durent franchir les
chaînes parallèles de TAntitaurus par des passages très élevés.
2. R Saumarius Hy sommier, cheval chargé de paquets, du grec
odttJia (bât), corrompu en r salma ».
3. Sur le poids extraordinaire de cet armement, broignes,
heaumes, écus, nous avons le témoignage à peu près contempo-
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ARRIVÉE DE l’aRMÉE DEVANT ANTIOCHE (20 OCt. IO97) 65
Nous, qui restâmes à Goxon, nous en sortîmes et péné¬
trâmes dans la montagne diabolique^, si élevée et si étroite
que, dans le sentier situé sur le flanc, nul n’osait précéder
les autres; les chevaux se précipitaient dans les ravins et
chaque sommier* en entraînait un autre. De tous côtés les
chevaliers montraient leur désolation et se frappaient de
leurs propres mains, de douleur et de tristesse, se deman¬
dant que faire d’eux-mêmes et de leurs armes. Ils vendaient
leurs boucliers et leurs bons hauberts avec les heaumes*
pour une somme de trois à cinq deniers ou pour n’importe
quoi. Ceux qui n’avaient pu les vendre les jetaient pour rien
loin d’eux et continuaient leur route.
Sortis de cette exécrable montagne, nous parvînmes à
une ville appelée Marasch-*. Les habitants sortirent à notre
rencontre tout joyeux, en nous apportant un copieux ravi¬
taillement, et nous y fûmes dans l’abondance en attendant
l’arrivée du seigneur Bohémond*. Enfin nos chevaliers attei¬
gnirent la vallée dans laquelle est située la cité royale d’An¬
tioche®, qui est la capitale de toute la Syrie et que le Sei¬
gneur Jésus-Christ a donnée à Pierre, prince des Apôtres,
afin qu’il la rappelât au culte de la sainte foi, lui qui vit et
règne avec Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu
dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il!
rain de la Tapisserie de Bayeux, qui représente les préparatifs de
l’expédition d’Angleterre. On y voit des porteurs chargés des
lourdes broignes qu’ils vont embarquer dans les nefs.
4. Marasch, située au pied du massif de l’Akhir Dagh, au
débouché, dans la plaine, de la haute vallée du Djihoun. Les croi¬
sés y parvinrent vers le i3 octobre.
5. On a vu plus haut que Bohémond s’était lancé à la pour¬
suite des Turcs sans pouvoir tes atteindre. Etienne de Blois fait
allusion à cette poursuite (2* lettre, dans Epistuîae et cliartacy
p. i5o).
6. La vallée de l’Oronte. Antioche, qui était encore une très
grande ville, était bâtie sur la rive gauche de l’Oronte et escala¬
dait au sud les pentes du mont Silpius. Reconquise sur les
Arabes par Nicéphore Phocas en 969, elle avait été prise par les
Turcs en io85.
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66 AD ANTIOCHIAM CASTRA CRUCESIGNATI PONUNT
[NARRATIO QUINTA]
[12.] Cum** cepissemus* appropinquare ad Pontem
Farreum^^ cursores nostri, qui semper solebant nos
precedere, invenerunt Turcos innumerabiles congrega-
tos obviam eis, qui dare adjutorium Antioche festina-
bant; irruentes igitur nostri uno corde et mente super
illos, superaverunt Turcos. Consternati sunt barbari
dederuntque fugam et multi mortui sunt ex eis in cer-
tamine^. Nostri igitur superantes illos, Dei gratia acce-
perunt spolia multa, equos, camelos, mulos, asinos
onustos‘^ frumento et vino.
Venientes denique nostri, castrametati sunt super ri-
pam fluminis; protinus vir sapiens Boamundus cum
nu milibus militum venit ante portam civitatis vigi-
lare, si forte aliquis nocte latenter exiret aut intraret
civitatem*. Crastina vero die pervenerunt usque ad
Antiochiam media die in iv* feria, que est xii kal. no-
vembris® et obsedimus mirabiliter iii portas civitatis,
quoniam in alia parte deerat nobis locus obsidendi,
quia alta et nimis angusta montana nos coortabatV
Tantum autem timebant nos undique inimici nostri
a. Initiale ornée et blanc d'une demi-ligne dans ; cum cœpis-
semus appropinquare en capitales dans avec initiale en rouge;
blanc d’une ligne dans A^. — b. cœpissemus A^, B, C. —
c. Ferreum A^, A^; ferream C'. — d. honustos A^. — e. in civi-
talem A^.
I. Plusieurs manuscrits portent « Ferreum », pont de fer. L’ex¬
plication de cette épithète par Albert d’Aix (III, 23, p. 302), d’après
laquelle à l’entrée du pont se dressaient deux tours inattaquables
par le fer, est enfantine. Guillaume de Tyr {Historiens occiden-
iatiXj t. I. p. 164) explique que l’Oronte était appelé « Far » ou
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LES CROISÉS CAMPENT SOUS ANTIOCHE (20 OCt. IO97) 67
[CINQUIEME RECIT]
[Le début du siège d’Antioche
(20 OCTOBRE-DÉCEMBRE IO97)]
[12.] Comme nous commencions à approcher du pont
du Far*, nos coureurs, qui nous précédaient toujours d’ha¬
bitude, trouvèrent devant eux un fort parti de Turcs qui se
hâtaient d’aller au secours d'Antioche ; ils les chargèrent d’un
seul cœur et d’une seule âme et vainquirent les Turcs. Ces
barbares consternés prirent la fuite et beaucoup d’entre eux
périrent dans ce combat*^. Vainqueurs, les nôtres firent par
la grâce de Dieu un énorme butin de chevaux, de cha¬
meaux, de mulets, d’ânes chargés de blé et de vin.
Enfin les nôtres arrivèrent et installèrent leur camp sur la
rive du fleuve; immédiatement, le sage Bohémond vint se
poster avec 4000 chevaliers devant une porte de la cité, afin
de veiller à ce qu’on n’y entrât ou n’en sortît secrètementpen-
dant la nuit. Le lendemain on parvint jusqu’à Antioche, au
milieu du jour de la quatrième férié, qui est le douzième
jour avant les calendes de novembre®, et nous assiégeâmes
admirablement trois portes de la cité. De l’autre côté, nous
n’avions pas la place nécessaire à conduire un siège, parce
que nous étions resserrés par une montagne haute qui ne
laissait qu’un passage étroit^. Nos ennemis les Turcs, qui
« Fer », d’où le nom de « pons farreus » ou u ferreus ». Il était
situé sur la route d’Alep à Antioche.
2. Sur ce combat, voir la lettre I d’Anselme de Ribemont {EpiS‘
tulae et chartaey p. 145}, qui donne la date du 20 octobre.
3. C’est-à-dire le 21 octobre; la date et l’heure données par l’Ano¬
nyme sont confirmées par Anselme de Ribemont, lettre n® 1 [Epis-
tulae et chartae, p. 14S).
4. L’enceinte d’Antioche (près de six kilomètres d’est en ouest,
quatre kilomètres du nord au sud) avait été reconstruite par Jus¬
tinien en S40. Au sud, elle escaladait les pentes du mont Silpius.
Voir Ch. Diehl, Justinien^ p. 582-583.
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68
ANTIOCHIAM CRUCESIGNATI OBSIDEKT
Turci, qui erant intus in urbe, ut nemo eorum auderet
offendere aliquem ex nostris fere per spatium die-
rum XV. Mox hospitalités nos circa Antiochiam, repe-
rimus illic omnem abundantiam, videlicet vineas un-
dique plenas, foveas plenas frumento, arbores refertas
pomis et alia multa bona corporibus utilia*.
Hermenii et Suriani*, qui erant intus in urbe,
exeuntes et ostendentes® sese fugere, cotidie erant no-
biscum, sed eorum uxores in civitate. Illi vero inge-
niose investigabant nostrum esse nostramque qualita-
tem referebantque omnia his excommunicatis* qui in
urbe inclusi [erant]. Postquam vero Turci fuerunt
edocti de nostra essentia, ceperunt paulatim de urbe
exire nostrosque peregrinos undique coangustare, non
solum ex una parte sed undique erant latentes obviam
nobis ad mare et ad montanam.
Erat autem non longe castrum, cui nomen Aregh^,
ubi erant congregati multi Turci fortissimi, qui fré¬
quenter conturbabant nostros. Audientes itaque nostri
seniores talia, nimis doluerunt miserumtque ex militi-
bus suis, qui diligenter explorarent locum, ubi erant
Turci; reperto igitur loco ubi latebant, nostri milites,
qui querebant illos, obviant eis. At nostris paulatim
retrogredientibus, ubi sciebant Boamundum esse cum
suo exercitu, statim fuerunt illic mortui ii ex nostris.
Hoc audiens Boamundus surrexit cum suis, ut fortissi-
mus Christi athleta, et barbari irruerunt contra illos, eo
a. simulantes C. — b. excommunicatis omis dans A^, C>, C-.
1. Sur cette abondance et sur l’imprévoyance des croisés, qui
gaspillaient les provisions, voir les détails donnés par Raimond
d’Âguilers, 5, p. 342.
2. Les Syriens formaient la population indigène la plus culti-
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SIÈGE d’antioche (21 octobrc 1097) 69
se trouvaient dans la ville, avaient de nous une telle frayeur
que pendant quinze jours nul d’entre eux n’osa attaquer
l’un des nôtres. Bientôt prenant nos quartiers autour d’An¬
tioche, nous trouvâmes en cet endroit une extrême abon¬
dance, vignes bien garnies, cachettes remplies de blé, arbres
couverts de fruits et toutes espèces de ressources utiles à la
nourriture*.
Les Arméniens et les Syriens*, qui étaient à l’intérieur de
la ville, en sortaient comme pour fuir et se trouvaient
chaque jour avec nous, tandis que leurs femmes restaient
dans la cité. Ils s’enquéraient habilement de nous et de
notre situation et rapportaient tout à ces excommuniés qui
étaient enfermés dans la ville. Après que les Turcs furent
suâisamment instruits de ce qui nous concernait, ils com>
mencèrent peu à peu à sortir de la ville et à cerner nos pè¬
lerins. Ce n’était pas d’un seul côté, mais partout qu’on les
trouvait cachés sur notre passage, vers la mer ou la. mon¬
tagne.
Non loin se trouvait un château appelé Harenc*, où
s’étaient postés un grand nombre de Turcs très vaillants,
qui inquiétaient fréquemment les nôtres. L’ayant appris,
nos seigneurs en furent marris et envoyèrent plusieurs de
leurs chevaliers reconnaître au plus tôt l’endroit où se trou¬
vaient les Turcs. Ayant reconnu l’endroit où ils se cachaient,
nos chevaliers, qui les cherchaient, vont à leur rencontre.
Les nôtres battent progressivement en retraite jusqu’à l’en¬
droit où ils savaient que Bohémond se trouvait avec sa
troupe. Deux des nôtres furent tués dans cette affaire. A
cette nouvelle, Bohémond s’élança avec les siens comme un
vaillant athlète du Christ. Les barbares s’acharnèrent contre
vée. Le nombre des Arméniens s’était accru dans la ville vers
1084, lorsqu’un noble arménien, Philarète Brachamios, avait fait
d’Antioche la capitale d’une principauté, détruite par les Turcs
en io85.
3. Âregh (Harenc de Raoul de Caen et Guillaume de Tyr),
situé, d’après Anselme de Ribemont (lettre n® i, dans Epistulae
et chartaCj p. i38), à huit milles d’Antioche, au delà du pont du
Far, autrement dit de l’Oronte (voir plus haut, p. 66, n. i).
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70
INOPIA CRUCESIGNATI OPPRÏMÜNTUR
quod nostri erant pauci"; tamen simul juncti inierunt
bellum. Mortui sunt vero multi ex nostris înimicis et
capti alii ducti sunt ante portant urbis ibique decolla-
bantur, ut magis tristes fièrent qui erant in urbe.
Exibant quidem alii de civitate et ascendebant* in
quamdam portant et sagittabant*^ nos ita ut sagitte eo-
rum caderent in domini Boamundi plateam; et una
mulier occubuit^^ ictu sagiiie®.
[13,] Congregati sunt itaque omnes majores nostri et
ordinaverunt concilium*, dicentes : « Faciamus cas-
trum in vertice montis Maregart-^, quo securi atque
tuti^ possimus esse a* Turcorum formidine*. » Facto
itaque Castro atque munito, omnes ^ majores iliud in-
vicem custodiebant.
Jamjam ceperant frumentum et omnia nutrimenta
corporum nimis esse cara ante Natale Domini®. Foras
penitus non audebamus exire nihilque penitus in terra
Christianorum invenire poteramus ad edendum. In
Saracenorum^ namque terram* nemo inirare audebat,
nisi cum magna gente. Ad ultimum statueront nostri
seniores, concilium ordinando, qualiter regerent tantas
gentes® : invenerunt in concilio ut una pars nostri iret
diligenter attrahere stipendium et ubique custodire
exercitum, alia quoque pars fiducialiter remaneret cus-
a, pauci essent C‘, O. — b. descendebant B. — c. sagitabant
A^. — d. et unam mulierem occiderent A^y A^, — e. sagitae AK
— /. Maregart, qui mons est super hostem Boamundi B; même
leçon dans Tudebode^ p. 3^^ et dans V « Hist. belli sacri »,
p. 1S7. — g. quod securiat ut tuti B. — h. possimus permanere
de B; même leçon dans Tudebode, p. et dans V « Hist. belli
sacri », p. 187. — i. factum est ergo castrum atque munitum
omnesque A^y A^, — k. terra A^y A^, B, O, C®.
I. A partir du siège d’Antioche, l’entente est plus grande entre
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DISETTE AU CAMP DES CROISÉS (décembre 1097) 71
eux d’autant plus que les nôtres étaient en petit nombre.
Cependant une mêlée s’engagea. Beaucoup de nos ennemis
périrent; d’autres faits prisonniers furent conduits devant
la porte de la ville, et ce fut là qu’on les décapita afin d’aug¬
menter la douleur de ceux qui étaient dans la ville.
D’autres sortaient de la cité et montaient sur une porte
d’où ils tiraient sur nous, de telle sorte que leurs flèches
tombaient dans l’enceinte du camp de Bohémond. L’ne
femme fut tuée d’un coup de flèche.
[13.] Aussi nos chefs s’assemblèrent et tinrent conseiP
en disant : « Établissons un château au sommet du mont
Maregart, afin d’être en sécurité et de nous affranchir de
la crainte des Turcs*. » Le château étant construit et forti¬
fié, tous nos chefs le gardaient tour à tour.
Mais déjà, avant Noël, le blé et tous les aliments com¬
mençaient à renchérir*. Nous n’osions presque plus sortir
du camp et dans la terre des chrétiens on ne trouvait
presque plus rien à manger. Et nul n’osait plus pénétrer
dans la terre des Sarrasins^, sinon avec une grosse troupe.
A la fin, nos seigneurs, ayant tenu conseil, prirent les me¬
sures nécessaires au gouvernement d’un peuple si nom¬
breux*. Ils décidèrent en conseil qu’une partie des nôtres
irait au plus tôt rassembler des ressources et assurer la
protection de l’armée sur ses derrières, et que les autres
les chefs de bandes. Les opérations sont dirigées par le conseil
de guerre qui est mentionné à plusieurs reprises et qui était com¬
posé des principaux chefs.
2. Le mont Maregart (Malreguart, Raimond d’Aguilers) a pu
recevoir ce nom des croisés eux-mêmes.
3. Sur ces souffrances, voir Anselme de Ribemont (lettre n® 2,
dans Epistulae et chartae^ p. 1 67) : il ne restait que 700 chevaux
dans toute l’armée.
4. L’auteur oppose la « terre des chrétiens », habitée par les
Arméniens et les Syriens, au nord et à l’ouest d’Antioche, à la
tt terre des Sarrasins », située au sud et à l’est.
5. Eff’ort curieux des chefs croisés pour adopter un plan d'en¬
semble.
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72 DE COMMEATIBUS COLLIGENDIS EXPEDITIO
todire hostem®^ Boamundus denique dixit : « Seniores
et prudentissimi milites, si vultis et bonum* vobis vide-
tur, ego ero cum Flandrensi comité iiurus cum eo*. »
Celebratis itaque gloriosissime sollemnitatibus Nati-
vitatis, in die lune*", ii scilicei feria, egressi sunt illi et
alii plus quam xx milia militum et peditum^ ac sani
et incolumes intraverunt terram Saracenorum. Con-
gregati quippe erant multi Turci et Arabes et Saraceni
ab Jérusalem et Damasco et Aleph et ab aliis regioni-
bus, qui veniebant fortitudinem Antiochie dare; au-
dientes itaque isti Christianorum gentem conductam
esse in illorum terram, illico preparaverunt se ad bel-
lum contra Christianos atque summo diluculo venerunt
in locum ubi gens nostra erat in unum diviseruntque
se barbari et fecerunt duas acies, unam ante et aliam
rétro, cupientes ex omni parte circumcingere nos.
Egregius itaque cornes Flandrensis, undique regimine
fidei signoque crucis, quam fideliter cotidie bajulabat^,
armatus, occurrit illis una cum Boamundo, irrueruntque
nostri unanimiter super illos, qui statim arripuerunt
fugam et festinanter verterunt rétro scapulas, ac mortui
sunt ex illis plurimi nostrique ceperunt equoseorum et
alia spolia, alii vero, qui vivi remanserunt, velociter
fugerunt et in iram'^ perditionis abierunt*; nos autem
revertentes cum magno tripudio, laudavimus et magni-
ticavimus trinum et unum Deum, qui vivit et régnât
nunc et in evum. Amen.
a. hostes C*, C*. — b. et honesium et bonum B. — c. lu-
nae omw dans A^. — d. et viam C^.
1. Hostis (r « ost ») a ici le sens du gros de Tarmée établie dans
le camp.
2. Godefroi de Bouillon étant malade, ce fut le comte de
Toulouse et l’évêque du Puy qui dirigèrent la défense du camp
(Raimond d’Aguilers, 5, p. 243).
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EXPÉDITION DE RAVITAILLEMENT (fiiî décembre 1097) 73
resteraient au camp pour le garder fidèlement ^ Puis Bohé*
mond dit ; « Seigneurs et très prudents chevaliers, si vous
voulez et s'il vous semble bon, c’est moi qui irai avec le
comte de Flandre^. »
Après la célébration en grande pompe des fêtes de la Na¬
tivité, le lundi, deuxième férié, ils partirent donc avec plus
de 20000 chevaliers et piétons ^ et entrèrent sains et saufs
dans la terre des Sarrasins. Il y avait là un rassemblement
de Turcs, d’Arabes, de Sarrasins venus de Jérusalem, de
Damas, d’Alep et d’autres régions pour donner du courage
à la garnison d’Antioche. Apprenant que cette armée chré¬
tienne se dirigeait sur leur terre, ils se préparèrent à com¬
battre les chrétiens. Au petit jour, ils arrivèrent à l’endroit
où était rassemblée notre troupe. Les barbares se divisèrent
et formèrent deux corps, l’un en avant, l’autre en arrière,
avec le désir de nous envelopper de tous côtés. Mais l’il¬
lustre comte de Flandre, armé du secours de sa foi et du
signe de la croix, qu’il portait fidèlement chaque jour^,
s’élance contre eux en même temps que Bohémond. D'un
seul élan, tous les nôtres chargèrent les ennemis, qui prirent
aussitôt la fuite et se hâtèrent de tourner le dos en laissant
beaucoup de morts. Les nôtres s’emparèrent de leurs che¬
vaux et d’autres dépouilles. Ceux qui purent échapper à la
mort s’enfuirent rapidement et se perdirent « dans la colère
de la perdition* ». Et nous, revenant avec allégresse, nous
louâmes et nous exaltâmes Dieu, à la fois triple et un, qui vit
et règne maintenant et toujours. Ainsi soit-il!
3. i5ooo piétons et 2000 chevaliers d’après Albert d’Aix (III,
5o, p. 374), mais, comme, d’après Anselme de Ribemont (lettre
citée, Epistulae et chartae^ p. 167), il n’y avait plus que 700 che¬
vaux dans toute l’armée, on voit combien ces chiffres sont sus¬
pects.
4. Allusion à la croix portée par tous les croisés. Voir plus
haut, p. 37, n, 7.
5. Rom., 9, 22. Sur cette bataille livrée le 3i décembre 1097, voir
Anselme de Ribemont (lettre n” 2, dans Epistulae et chartaty
p. 58) et Raimond d’Aguilers, 6, p. 244-246.
Pr<miirt croisade. 8
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74
SUPER CHRISTIANOS ANTIOCHENI IRRUUNT
[NARRATIO SEXTA]
[14.] Turci* denique, inimici Dei et sancte christia-
nitatis, qui erant intus in cusiodia civitatis Antiochie,
audientesdominum Boamundum et Flandrensem comi-
tem in obsessione non esse, exierunt de civitate et au-
dacter veniebant preliari nobiscum, insidiantes undique
in qua parte obsidio esset languidior, scientes illos*
prudentissimos milites foris esse, inveneruntque quod
in una Martis die^ possent obsistere nobis et ledere.
Venerunt quoque*^ iniquissimi barbari nocte*^ et irrue-
runt vehementer super nos et incautos occiderunt mul¬
tos ex nostris militibus et peditibus^. Episcopus quoque
Podiensis in ilia amara die perdidit suum senescalcum*^
conducentem et regentem suum vexillum^et, nisi esset
flumen quod erat inter nos et iIlos\ sepius invasisseni
nos atque maximam lesionem fecissent in nostram gen-
tem.
Egrediebatur tune vir prudens Boamundus cum suo
exercitu de terra Saracenorum venitque in Tancredi
montanam*, cogitans an forte ibi valeret invenire ali-
quid quod potuisset deferri, nam totam terram in ex-
pendio miserant : alii quippe invenerant, alii vero vacui
a. [T]urci, initiale en rouge dans alinéa dans A^ et en marge^
d'une main postérieure : 6. — b. illos omis dans A^y A^y C. —
c. vero A^y B, C. — d. caute A^y B. — e. senescallum C>; senes-
challum C*.
1. Le mardi 29 décembre 1097.
2. Raimond d’Aguilers (5, p. 244) donne un récit plus complet
de cette sortie des assiégés, dont l’indiscipline des piétons 6t un
désastre pour l’armée chrétienne.
3. Raimond d’Aguilers (5, p. 244) dit que le porte-bannière fut
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SORTIE DE LA GARNISON d’aNTIOCHE (29 déC. IO97) yS
[SIXIÈME RÉGIT]
[Le siège d’Antioche, de décembre 1097 au 9 février 1098]
[14.] Les Turcs, ennemis de Dieu et de la sainte Chrétienté,
qui se trouvaient à la garde d’Antioche, à l’intérieur de la
ville, informés que le sire Bohémond et le comte de Flandre
ne se trouvaient plus au siège, firent une sortie. Et ils ve¬
naient engager avec nous des combats audacieux, attaquant
de préférence les endroits où le siège était moins actif. Sa¬
chant bien que ces très prudents chevaliers étaient au dehors,
ils résolurent un mardi ^ de s’opposer à nous et de nous
nuire.
Ces affreux barbares arrivèrent donc la nuit et se jetèrent
sur nous avec violence. Ils tuèrent un grand nombre de nos
chevaliers et de nos piétons mal protégés^. En ce jour fu¬
neste, l’évêque du Puy perdit même son sénéchal qui con¬
duisait et commandait sa bannière^ et, s’il n’y avait eu le
fleuve entre nous^, c’est encore plus souvent qu’ils nous
auraient attaqués et auraient causé de grands dommages à
notre gent.
Le sage Bohémond sortait alors de la terre des Sarrasins
avec son armée et il arriva à la montagne de Tancrède*,
préoccupé d’y trouver quelque chose qui valût la peine
d’être emporté, car toute la terre avait été mise à sac :
quelques-uns y firent des trouvailles, les autres revinrent
tué et que les Turcs, après avoir pris la bannière sur laquelle
était figurée la Vierge du Puy, l’arborèrent par dérision sur les
remparts.
4. La bataille a lieu devant la ville, les croisés étant sur la rive
droite de l’Oronte. C’est ce qui ressort aussi du récit de Raimond
d’Aguilers.
5. Allusion à un fait postérieur à la rédaction du morceau, car
ce n’est que vers le 5 avril 1098 (voir chap. xix) que Tancrède fut
chargé de garder un château situé à l’ouest de la ville, sur les
dernières pentes du mont Silpius, d’où l’expression : r Tancredi
montanam. »
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76 VICTUM MAXIMO PRETIO CHRISTIANI EMUNT
redierant. Tune vîr sapiens Boamundus increpavit eos
dicens : « O infelix et miserrima gens! O vilissima
omnium Christianorum ! Cur tam celeriter vultis abire?
Sinite modo, sinite usquequo" erimus congregati in
unum et nolite errare sicut oves non habentes pasto-
rem. Si autem inimici nostri invenerint vos errantes,
occident vos, quia die noctuque vigilant ut vos sine duc-
tore segregatos sive solos inveniant vosque cotidie oc-
cidere et in captivitatem ducere laborant. » Cumque
finis esset dictis rediit ad suam hostem^ cumsuis plus
vacuis quam onustis*.
Videntes autem Hermenii et Surani^ quod nostri pe-
nitus vacui rediissent, consiliati in unum abibant per
montanas et prescita loca, subtiliter inquirentes et
ementes frumentum et corporea alimenta que ad hos-
tem deferebant, in qua erat famés immensa, et vende-
bant onus unius asini viii purpuratis, qui appreciaban-
tur exx solidis denariorum*. Ibi quidem sunt mortui
multi ex nostris non habentes pretium unde tam ca-
rum emere potuisseni.
[16.] Willelmus igitur Carpentarius^ et Petrus He-
remita* pro immensa infelicitate ac miseria ipsa laten-
ter recesserunt. Quos Tancredus persequens apprehen-
dit secumque reduxit cum dedecore; qui*^ dextram et
fidem illi dederunt quia* libenter ad hostem redirent et
satisfactionem senioribus facerent. Tota denique nocte
a. quousque C. — b. gentem AK — c. Suriani C*. — d. quia
^1, ^3^ CS. — e. qui ^1, C*, C»,
1. Sur la déception des croisés au retour de cette expédition de
ravitaillement, voir Raimond d’Àguilers, 6, p. 346 : « Regresso
exercitu victore et vacuo », et Albert d’Aix, III, 52, p. SyS.
2. traduction du mot grec» hyperperos », hyperpre.
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SPÉCULATIONS SUR LA NOURRITURE DES CROISÉS 77
les mains vides. Et le sage Bohémond les réprimanda en
ces termes : « O malheureuse et misérable gent! la plus vile
de toute la chrétienté! Pourquoi voulez-vous revenir si
vite? Attendez donc, attendez jusqu’à ce que nous nous
soyons concentrés et n’errez pas comme des brebis sans
pasteur. Si nos ennemis vous trouvent ainsi errants, ils vous
tueront, car ils veillent jour et nuit pour vous surprendre
sans chef, à l’écart ou seuls, et travaillent à vous conduire
en captivité. » Ayant terminé son discours, il revint à son
camp avec les siens, plus légers que chargés de butiné
Les Arméniens et les Syriens, voyant que les nôtres étaient
revenus les mains à peu près vides, se concertèrent pour
parcourir les montagnes et la contrée dont on a parlé, y
rechercher habilement et y acheter du blé et des aliments
et les rapporter au camp où régnait une grande famine. Ils
vendaient la charge d’un âne huit hyperpres, qui valaient
120 sous en deniers*. Alors moururent beaucoup des nôtres
qui n’avaient pas les moyens d’acheter aussi cher.
[16.] Guillaume le Charpentier* et Pierre l’Ermite*, à
cause de cette grande calamité et de cette misère, s’éva¬
dèrent secrètement. Tancrède les poursuivit, les rattrapa et
les ramena avec lui en grande honte. Ils lui donnèrent leur
foi et leur serment qu’ils reviendraient volontiers au camp
et feraient satisfaction aux seigneurs. Pendant toute la nuit,
synonyme du sou d’or, « nomisma », valant 1/73 de livre, soit
une pièce d’or de i5à 16 francs en poids, valant, d'après la légis¬
lation byzantine, 12 deniers ou « miliaresia ». L’Anonyme donne
ici sa valeur en deniers d’Occident, soit i5 deniers pour un
hyperpre au lieu de 12. Voir Andréadès, ‘leropla tîJç èXXTjvixi^
?Tj|AOffia; oixovo(i!ai<; {Histoire de l’économie politique des Grecs),
Athènes, 1918, p. 4o5. Raimond d’Aguilers (6, p. 245) donne ce
détail que, pendant cette période de détresse, la nourriture d’un
cheval coûtait 7 ou 8 sous, soit loô à 120 deniers, par nuit.
3. Guillaume le Charpentier, vicomte de Melun, parent de
Hugue le Mainsné. Il avait fait partie de l’armée de Godefroi de
Bouillon (Albert d’Aix, I, 28, p. 294, et IV, 36, p. 414).
4. C’est la première fois que le nom de Pierre l’Ermite est pro¬
noncé depuis le départ de Constantinople; il n’a donc dans l’ar¬
mée qu’un rôle secondaire.
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yS DE PROFÜGORUM CRUCESIGNATORUM JUDICIO
Willelmus uti mala res in tentorio" Boamundi jacuit,
Crastina vero die, summo diluculo, veniens erubes-
cendo, ante Boamundi presentiam stetit, quem alloquens
Boamundus dixit : « O infelix et infamia totius Francie,
dedecus et scelus Galliarum! O nequissime omnium
quos terra suffert! Cur tam turpiter fugisti? Forsitan
ob hoc quod voluisti tradere hos milites et hostem*
Christi, sicut^ tradidisti alios in Hispania^? » Qui om-
nino tacuit et nullus sermo ex ejus ore processit. Adu-
naverunt sese omnes fere Francigene* rogaveruntque
humîliter dominum Boamundum ne deterius ei fieri
permitteret. Annuit ille sereno vultu et ait : « Hoc pro
vestri amore libenter consentiam, si mihi toto corde et
mente juraverit quod nunquam recedet ab Hierosoli-
mitano itinere, sive bono sive malo, et Tancredus
neque per se neque per suos aliquid contrarii ei consen-
tiet fieri. » Qui auditis his verbis voluntarie concessit^;
ipse* vero protinus dimisit eum. Postmodum vero Car-
pentarius, maxima captus turpitudine non diu morans
furtim recessit-^*.
Hanc paupertatem et miseriam pro nostris delictis
concessit nos habere Deus : in tota namque hoste non
valebat aliquis invenire mille milites qui equos habe-
rent^ opiimos^.
[16.] Interea inimicus Tetigus® audiens quod exerci-
a. in tenda B. — à. gentem A^. — c. sicut olim C^, O. — d. con-
sensit C*, C*. — e. Boamundus C. — /. non diu moratus latenter
aufugit C. — g. habuissent A^^ C.
1. Il avait pris part à une expédition contre les Maures et avait
déserté (Guibert de Nogent, IV, 7, p. 174).
2. Dans la pensée de l’auteur, les Francigenae diffèrent des
Franci. 11 entend par là les Français des provinces du nord, com¬
patriotes de Guillaume le Charpentier et qui, à ce titre, inter¬
cèdent pour lui.
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JUGEMENT DES CROISÉS FUGITIFS 79
Guillaume resta dans la tente de Bohémond, gisant à terre
comme un vil objet. Le lendemain, au point du jour, il
comparut en rougissant en présence de Bohémond qui lui
adressa ces mots : « Misérable! honte de la France! dé¬
shonneur et crime de toutes les Gaules ! O le plus détestable
de ceux que la terre supporte! Pourquoi as-tu fui si igno¬
minieusement? Peut-être voulais-tu livrer ces chevaliers et
l’armée du Christ, comme tu en as livré d’autres en Es¬
pagne*? » Guillaume garda le silence et aucun discours ne
sortit de sa bouche. Les Français* s’assemblèrent presque
tous et supplièrent humblement le sire Bohémond de ne lui
faire souffrir aucune autre peine. Il y consentit sans s’émou¬
voir en disant : « J’y consentirai volontiers pour l’amour de
vous s’il me jure de tout son cœur et de toute son âme que
jamais il n’abandonnera le chemin de Jérusalem, soit dans
la bonne, soit dans la mauvaise fortune, et Tancrède con¬
sentira à ce que, soit de son fait, soit du fait des siens, il
ne lui soit causé la moindre contrariété. » Ayant entendu
ces mots, Tancrède y consentit volontairement et Bohé¬
mond le renvoya aussitôt. Mais dans la suite le Charpen¬
tier, dévoré d’une grande honte, n’attendit pas longtemps
pour fuir en cachette 3.
Telle fut la pauvreté, telle fut la misère que Dieu nous
réserva pour nos péchés : car, dans toute l’armée, on n’eût
pu trouver mille chevaliers qui eussent des chevaux en bon
état^.
[16.] Cependant, Tatikios, notre ennemi*, informé que des
3. Il s’enfuit pendant le siège d’Antioche par Kerbôga. Voir
plus loin, chap. xxiii, où l’Anonyme ne rappelle pas son nom,
mais il est désigné par Albert d’Aix, IV, 39, p. 417. Cette nou¬
velle allusion à un fait postérieur montre que ce chapitre n’a été
rédigé qu^après le mois de juin 1098.
4. Renseignement qui concorde à peu près avec celui d’Anselme
de Ribemont. Voir plus haut, p. 73, n. 2.
5. Tetigus (Tatikios), grand primicier, représentait l’empereur
auprès des croisés. Son départ, attribué par l’Anonyme et par
Raimond d’Aguilers (6, p. 245) à la lâcheté, fut dû, d’après Anne
Comnène (XI, 4, p. ii3), aux intrigues de Bohémond pour s’as¬
surer la possession d’Antioche, malgré les serments prêtés à
l’empereur. Voir Chalandon, Alexis Comnène, p. 199-203.
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8o
DE TETIGI RECESSIONE
tus Turcorum venissent super nos, ait se timuisse ar-
bitransque nos omnes périsse atque in manibus inimi-
corum incidisse, fingens omnia falsa®, dixit : « Seniores
et viri prudentissimi, videte quia nos sumus hic in
maxima necessitate et ex nulla parte nobis adjutorîum
succedit; ecce modo sinite me in Romanie*^ patriam
reverti et ego absque ulla dubitatione faciam hue mul-
tas naves venire per mare, onustas frumento, vino, hor-
deo, carne, farina et caseis omnibusque bonis que sunt
nobis necessaria; faciam et equos conduci ad venden-
dum et mercatum per terram in fidelitate imperatoris
hue advenire*^*. Ecce hec omnia vobis fideliter jurabo
et attendam ; adhuc quoque et domestici^ mei et papilio
meus sunt in campo, unde et firmiter crédité quia quan-
tocius redibo. a
Sic itaque fecit*^ finem dictis. Ivit* ille inimicus et
omnia sua dimisit in campo et in perjurio manet et ma-
nebit. Itaque tali modo inerat nobis maxima nécessi¬
tas, quiaTurci undique perstringebant-^' nos, ita ut nul-
lus nostrorum auderet^ exire* extra tentoria, nam illi
constringebant nos ex una parte et famés cruciabat ex
alia, succursus vero et adjutorium nobis deerat; gens
minuta et pauperrima fugiebat Giprum * ■*, Romaniam et
in montanas; ad mare utique non audebamus ire prop-
ter timorem pessimorum Turcorum; nusquam nobis
erat via patefacta.
a. falsa quae assidue cismare poterat B; ângens et componens
omnia mendacia quae jugiter seminare poterat dans Tudebode^
р. 41; componens omnia fallacia quae assidue fîngere poterat
dans V « Hist. belli sacri », p. 8g. — b. Romaniam A^, O. —
с. advenire faciam j4.‘, B, C. — d. fecerunt B. — e. fugit ; fuit
A^y B. — /. constringebant C; praesiringebant B. — g. jam
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DÉPART DE TATiKios (février 1098) 81
armées de Turcs marchaient contre nous, se déclara rempli
•de crainte, nous voyant déjà tous morts ou tombés aux
mains de nos ennemis et, forgeant toute espèce de men¬
songes, il dit : « Seigneurs et hommes très prudents, voyez
dans quelle grande nécessité nous sommes ; et nous ne voyons
venir de secours d’aucune part. Laissez^moi donc regagner
ma patrie, la Romanie^, et, n’en doutez pas, je ferai venir
ici par mer des navires chargés de blé, de vin, d’orge, de
viande, de farine et de fromages et de tout ce qui nous est
nécessaire; je vous enverrai des chevaux à vendre et le ravi¬
taillement arrivera ici à travers la terre qui est dans la fidé¬
lité de l’empereur^. Et tout ceci je vous le jurerai fidèle¬
ment et j’attendrai. Les gens de ma maison® et ma tente
sont encore au camp et, croyez-le fermement, je reviendrai
le plus tôt possible. »
Il termina ainsi son discours. Cet ennemi s’en alla et
laissa au camp tout ce qui lui appartenait. Il demeure et
demeurera à jamais dans son parjure. Nous étions alors
dans la plus grande nécessité : les Turcs nous pressaient
de tous côtés, si bien que nul n’osait sortir des tentes, car
ceux-ci nous serraient d’une part et de l’autre la famine
nous torturait, et toute aide, tout secours nous faisait défaut.
La menue gent et les pauvres s’enfuyaient à Chypre^, en
Romanie, dans les montagnes, et surtout nous n’osions aller
jusqu’à la mer par crainte des Turcs exécrables ; nous
n’avions plus aucune issue.
auderet A®, C^. — h. contradicere nec exire CK — i. Cy-
prum A^, B, C.
1. La f Romanie » désigne ici tout l’empire, suivant le sens
employé couramment par les Grecs.
2. D’ap/’ès Raimond d’Aguilers (6, p. 245), Tatikios, préoccupé
du ravitaillement des croisés, leur aurait conseillé de bloquer
Antioche en s’établissant dans les châteaux voisins à une certaine
distance.
3. Domestici désigne la « maison » civile et militaire du haut
dignitaire byzantin qu’était Tatikios.
4. L’île de Chypre avait été recouvrée par l’empire byzantin
depuis 963.
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82
ANTIOCHIAE AUXILU TÜRCI MITTUNT
[17.] Itaque audiens dominus. Boamundus innume-
rabilem gentem Turcorum venientem" super nos\
caute venit ad alios dicens* : « Seniores et prudentis-
simi milites, quid facturi erimus*? Nos namque tanti
non sumus ut in duabus partibus pugnare valeamus. Sed
scitis quid faciemus? Faciamus ex nobis duas partes :
pars peditum remaneat jugiter custodire papiliones et
quibit nimis^ obsistere his qui in civitate sunt ; alia vero
pars militum nobiscum veniat obviam inimicis nostris
qui hic hospitati sunt prope nos in castello Areg*', ultra
Pontem Farreum*. »
Sero autem facto exiit e tentoriis vir prudens Boa¬
mundus cum aliis prudentissimis militibus ivitque ja-
cere inter flumen et lacum*. Summo diluculo jussit
protinus exploratores exire et videre quot sunt-^ Turco¬
rum turme et ubi sim aut certe quid agant. Exierunt
illi et ceperunt subtilîter inquirere ubi essent acies Tur¬
corum recondite. Viderunt tandem Turcos innumera-
biles segregatos venire ex parte fluminis divisos per^
duas acies; maxima vero virtus illorum veniebat rétro.
Reversi sunt namque celeriter speculatores dicentes :
« Ecce, ecce veniunt'M Igitur estote parati omnes, quia
jam prope nos sunt » ; dixitquevir sapiens Boamundus
aliis : « Seniores et invictissimi milites, ordinate adin-
vicem bellum »; responderuntque illi : « Tu sapiens et
prudens, tu magnus et magniticus, tu fortis et victor,
tu bellorum arbiter et certaminum judex, hoc totum
a. venire C. — b. sumus C. — c. satis C. — d. Areth A^;
Arech C. — e. Ferreum A'^, A^. — f. sint B. — g. in C. — h. as-
sunt A^, O, C*; adsuni CK
I. lagi-Sian, gouverneur d’Antioche, avait envoyé ses fils auprès
des émirs de Damas, Alep et Jérusalem, pour leur demander des
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SECOURS TURCS ENVOYÉS A ANTIOCHE
85
[17.] Le sire Bohémond, informé qu’une gent innombrable
de Turcs marchait contre nous* vint trouver les autres chefs
avec prudence et leur dit* : « Seigneurs et très sages cheva¬
liers, qu’allons-nous faire? Nous ne sommes pas assez nom¬
breux pour pouvoir combattre en deux corps. Mais savez-
vous ce que nous ferons ? Divisons-nous en deux parties ; que
les piétons restent à garder les pavillons et ils pourront suf¬
fisamment tenir tête à la garnison de la ville ; que les cheva¬
liers viennent avec nous au-devant de nos ennemis qui ont
pris leurs quartiers tout près de nous, au château d’Harenc
et au pont du Far. »
Le soir étant venu, le sage Bohémond sortit de ses tentes
avec les autres chevaliers, très prudents, et il alla passer la
nuit entre le fleuve et le lac*. Au point du jour, il envoya
des éclaireurs, afin de voir le nombre des escadrons turcs,
leurs positions et leurs manœuvres. Ils sortirent et se mirent
à rechercher habilement où étaient postés les corps turcs.
Ils virent enfin des Turcs innombrables qui arrivaient du
côté du fleuve, divisés en deux escadrons; leur force prin¬
cipale venait en arrière. Les éclaireurs, en effet, revinrent
rapidement en disant : « Les voilà 1 Ils viennent! Préparez-
vous tous, car ils approchent » ; et le sage Bohémond dit aux
autres : « Seigneurs et chevaliers invincibles, rangez-vous
en bataille »; et ils répondirent : « Tu es sage, tu es pru¬
dent, lu es grand et magnifique, tu es un vaillant vainqueur,
l’arbitre des batailles, le juge des combats. Fais tout ceci,
secours (Etienne de Blois, lettre n* 2, dans Epistulae et chartae,
p. i5o, d’après qui l’armée turque de secours comprenait
12 000 hommes). Ces renseignements sont confirmés par les
sources arabes {Recueil des historiens des croisades; historiens
orientauXj II, p. 329).
2. D’après Raimond d’Àguilers (7, p. 246), ce conseil de guerre
eut lieu au quartier de l’évêque du Puy, « in domo episcopi ».
3. Le lac d’Antioche, situé à environ trente kilomètres au nord-
est de la ville, reçoit les eaux du Kara-Sou et se déverse dans
rOronte par un émissaire. Étienne de Blois (lettre n* 2, dans
Epistulae et chartae^ p. i5o) et Anselme de Ribemont (lettre n“ 2,
Ibid., p. i58) s’accordent sur le chiffre de 700 chevaliers comme
effectif de l’armée des croisés.
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«4
TURCOS BOAMUNDUS INVADIT
fac, hoc totum super te sit, omne bonum quod tibi vi-
detur, nobis et tibi operare fac^ »
Tune Boamundus jussit ut unusquisque principum
per se dirigeret aciem suam ordinatim ; feceruntque ita ;
et ordinate sunt vi acies. Quinque vero ex eis ierunt
adunatim® invadere illos. Boamundus itaque paulatim
gradiebatur rétro cum sua acie. Junctis igitur prospéré
nostris, unus cominus percutiebat alium; clamor vero
resonabat ad celum, omnes preliabantur insimul,
imbres telorum obnubilabant aerem.
Postquam venit maxima virtus illorum, que erat ré¬
tro, acriter invasit nostros ita ut nostri paulatim* jam
cederent rétro. Quod ut vidit vir doctissimus Boamun¬
dus, ingemuii; tune precepit suo conostabili^*, scilicet
Rotberto, filio Girardi^, dicens : « Vade quam citius
potes, ut vir fortis, et* esto acer in adjutorium Dei
Sanctique Sepulcri, et révéra scias quia hoc bellum non
est carnale, sed spirituale. Esto igitur fortissimus athle-
ta Christi! Vade in pace; Dominus sit tecum ubique® ! »
Fuit itaque ille undique signo crucis munitus, qualiter
leo perpessus famem per iii aut iv dies, qui, exiens a suis
cavernis rugiens ac sitiens sanguinem pecudum, sicut
improvide ruit ille inter agmina gregum, dilanians oves
fugientes hue et illuc, ita agebat iste inter agmina Tur-
corum ; tam vehementer instabat illis ut lingue vexilli-^^
volitarent super Turcorum capita.
a. ordinate C^. — b. paululum B. — c. 5*c, dans tous les
manuscrits. — d. Geraldi ^4^, O. — e. et recordare pruden-
tium antiquorumque nostrorum fortium parentum et esto acer...
B; même leçon dans Tudebode^ p. 144, et dans V « Hist. belli
sacri », p. iqi. — /. honorabilis vexilli B.
1. L’Anonyme met Bohémond au premier plan et lui attribue
tout l’honneur de la victoire. Raimond d’Aguilers (7, p. 247)
reproduit tous les détails donnés par l’Anonyme, division en
six corps de bataille, recul des croisés, rétablissement du combat.
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BOHÉMOND ATTAQUE LES TURCS
83
nous nous en remettons à toi, fais exécuter par toi et par
nous tout ce que tu jugeras bon^ »
Bohémond ordonna alors que chacun des chefs plaçât
son corps avec méthode. On fit ainsi, et six batailles furent
ordonnées : cinq d’entre elles se groupèrent pour attaquer
l’ennemi et Bohémond s’avançait lentement en arrière avec
sa bataille. Les nôtres ayant pris contact heureusement
avec l’ennemi, un corps à corps s’engagea, les cris réson¬
naient jusqu’au ciel, tous combattaient à la fois et des pluies
de flèches obscurcissaient l’air.
Puis, lorsque arriva le gros de leur armée, demeuré en
arrière, les nôtres furent attaqués avec un tel acharnement
qu’ils reculaient déjà peu à peu. A cette vue, le très savant
Bohémond gémit et appela son connétable* Robert, fils de
Girard. Il lui dit : « Va aussi vite que tu peux comme un
vaillant homme. Secours avec énergie la cause de Dieu et
du Saint-Sépulcre et sache que cette guerre n’est pas char¬
nelle, mais spirituelle. Sois donc le très courageux athlète
du Christ! Va en paix et que le Seigneur soit avec toi par¬
tout*! » Et, muni de tous côtés du signe de la croix, tel un
lion qui a souffert de la faim pendant trois ou quatre jours,
sort de son antre en rugissant, altéré du sang des troupeaux,
s’élance comme à l’improviste au milieu du bétail, déchi¬
rant les brebis qui fuient çà et là, ainsi il se comportait au
milieu des rangs des Turcs; et il les poursuivait si ardem¬
ment que les flammes de sa bannière-* volaient par-dessus
leurs têtes.
Le récit d’Etienne de Blois et d’Ânselme de Ribemont (lettres
citées plus haut, p. 83, n. 3) est plus bref.
2. Le connétable, chef des écuries et, par suite, des chevaliers
qui formaient la « maison » de Bohémond, était un des princi¬
paux personnages de sa bande et portait sa bannière.
3. Ce discours, dont la véracité est plus que suspecte, trahit
certainement le langage d’un clerc. Voir l’Introduction, p. vi-vii.
4. La bannière de Bohémond était écarlate (Foucherde Chartres,
I, 17, p. 343; Albert d’Aix, IV, 23, p. 4o5). Sur ces bannières ter¬
minées par plusieurs flammes, voir C. Enlart, Manuel d'archéo¬
logie française, t. III : le Costume (1916), p. 461 et fig. 402-403
(reproductions de la « tapisserie de Bayeux »), et la Revue de
Vart chrétien, ann. 1912, p. 348 (chapiteau de Notre-Dame-du-Port
à Clermont).
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^6 DE TURCORUM STRAGE
Videntes autem alie acies quod vexillum Boamundi
tam hpneste esset ante alios delatum, illico redierunt
retrorsum ; nostrique unanimiter invaserunt Turcos, qui
omnes stupefacti arripuerunt fugam; nostri itaqueper-
secuti sunt illos et detruncaverunt usque ad Pontem
Farreum*^ Reversi sunt autem Turci festinanter in
castrum suum acceperuntque omnia que ibi reperire
potuerunt totumque castrum spoliaverunt miseruntque
ignem et fugerunt. Hermenii et Surani*, scientes Tur-
cos omnino perdidisse bellum, exierunt etexcubaverunt
per arta loca et occiderunt et apprehenderunt*^ multos
ex eis.
Superati sunt itaque Deo annuente in ilia die inimici
nostri. Satis vero recuperatî sunt nostri de equis* et de
aliis multis que erant illis valde necessaria et c capita
mortuorum detulerunt ante portam civitatis, ubi legati
ammirati*^ Babilonie castrametati fuerant, qui miite-
bantur senioribus*. Illi qui remanserant in tentoriis,
tota die preliati sunt cum illis qui erant in civitate ante
III portas civitatis*. Factum est hoc bellum in die Mar-
tis ante caput jejunii, v® idus februarii®, favente* do¬
mino nostro Ihesu Christo qui cum Pâtre et Spiritu
Sancto vivit et régnât Deus-^ per immortalia secula se-
culorum. Amen.
a. ferreum A^, C*. — b. Suriani B, C*. — c. apprehende-
runt omis dans X*, A^. — d. admirati A^y A^; admiralii C. —
e. régnante ^4^, C. — /. Deus omis dans A^.
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DÉROUTE DES TURCS (9 févriCf IO98) 87
Les autres batailles, voyant la bannière de Bohémond pré¬
céder si honorablement les autres, arrêtèrent subitement leur
retraite et tous les nôtres chargèrent d’un seul élan les
Turcs qui, stupéfaits, prirent la fuite. Les nôtres les pour¬
suivirent et les sabrèrent jusqu’au pont du FarL Les Turcs
regagnèrent rapidement leur camp, prirent tout ce qu’ils
purent y trouver, saccagèrent le camp, y mirent le feu
et s’enfuirent. Les Arméniens et les Syriens, informés que
les Turcs avaient perdu la bataille, sortirent de leurs vil¬
lages, se mirent en embuscade dans les défilés et en tuèrent
ou en prirent un grand nombre.
Ainsi ce jour-là, par la volonté de Dieu, nos ennemis
furent vaincus. Les nôtres parvinrent à recouvrer des che-
vaux^ et beaucoup d’autres choses qui leur étaient très
utiles. Ils apportèrent cent têtes de morts devant la porte
de la ville, où les ambassadeurs de l’amiral de Babylone,
envoyés à nos seigneurs, avaient pris leurs quartiers®. Ceux
qui étaient restés au camp avaient combattu pendant toute
la journée avec la garnison d’Antioche devant trois portes de
la cité^. Cette bataille fut livrée le mardi avant le commen¬
cement du carême, cinq jours avant les ides de février®, avec
la protection de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne
avec le Père et le Saint-Esprit, Dieu dans tous les siècles
des siècles. Ainsi soit-il!
1. C’est-à-dire : de l’Oronte. Voir plus haut, p. 66, n. 1.
3. Cf. Anselme de Ribemont (lettre n® 2, dans Èpistulae et char-
tae, p. i58: « lllo proelio nostri non paucis equis recuperatis »).
3. Le calife fatimite du Caire (Babylone) était l’ennemi des
Turcs, qui lui avaient enlevé la Syrie : d’où ces rapports diploma¬
tiques avec les croisés. Cf. Raimond d’Aguilers (7, p. 247) et la
deuxième lettre d’Etienne de Blois {Epistulae et chartae^ p. iSi).
4. Sur ce combat, voir Raimond d'Aguilers (7, p. 247).
5. Le mardi 9 février 1098.
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88
DE CONSILIO III® NONAS MARTIS HABITO
[NARRATIO SEPTIMA]
[18.] Reversi* sunt nostri» Deo agente, triumphanies;
et gaudentes de triumpho quem in die illo habuerunt;
devictis inimicis, qui sunt per omnia superati, semper
fugientes, hue et illuc vagantes et errantes, alii in Cor-^
rozanam, alii vero in Saracenorum introierunt terrant ^
Videntes autem nostri majores quod male tractarent et
constringerent* nos inimici nostri, qui erant in civitate,
die ac nocte invigilantes et insidiantes qua parte nos
ledere possent, congregati in unum^, dixerunt : « Prius-
quam perdamus gentem nostram, faciamus castrum ad
Machumariam^ que est ante portam urbis, ubi pons est,
ibique forsitan poterimus nostros constringere inimi-
cos. »
Consenserunt omnes et laudaverunt quod bonum
esset ad faciendum. Cornes de Sancto Egidio primus
dixit : a Estote mihi in adjutorium ad faciendum cas¬
trum et ego muniam ac servabo. » Respondit Boamun-
dus : « Si vos vultis et alii^, ibo vobiscum ad portum
Sancti Simeonis^ diligenter conducere*' illos qui illic
sunt homines, ut peragant hoc opus*; alii qui sunt re-
mansuri, muniant se undique ad defendendum®. »
Factumque est ita.
a. R[eversi], initiale en rouge dans A"^. Blanc et alinéa dans A^..
— b. et constringerent omis dans A^. — c. alii seniores lau-
dant B et Tudebode^ p. 46; alii omis dans A^. — d. concedere A^,
-<43. — e. ad defendendum, si forte inimici nostri et Dei exierint
de civitate et in illo loco sint omnes congregati in unum, licet
ubi nos demonstraremus B; même leçon dans Tudebode, p. 46y
et dans V « Hist. belli sacri », p, ig2.
I. Sur cette expression, voir p. 71, n. 4. Les Turcs se replièrent
sur Alep.
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CONSEIL DE GUERRE DU 5 MARS IO98
89
[SEPTIÈME RÉCIT]
[Le siège d’Antioche, du 9 février au 8 mars 1098J
[18.] Grâce à Dieu, les nôtres revinrent triomphants et
se réjouirent du triomphe qu’ils eurent en ce jour. Les
ennemis, vaincus, étaient complètement en déroute; ils con¬
tinuaient à fuir, errant et vaguant çà et là, les uns en Kho-
rassan, les autres pénétrant dans la terre des Sarrasins*.
Mais nos chefs, voyant que la garnison de la ville nous har¬
celait et nous serrait de près, veillant nuit et jour et recher¬
chant de quel côté elle pourrait nous nuire, s’assemblèrent
en conseil et dirent : « Avant de perdre notre gent, faisons
un château à la Mahomerie®, qui est devant la porte de la
ville où se trouve le pont, et là nous pourrons peut-être res¬
serrer à notre tour nos ennemis. »
Tous y consentirent et déclarèrent le projet excellent. Le
comte de Saint-Gilles parla le premier : « Donnez-moi
l’aide nécessaire pour établir ce château et je le fortifierai
et le garderai. » Bohémond répondit : « Si vous le voulez,
ainsi que les autres, j’irai avec vous à Port-Saint-Siméon
afin d'en ramener des hommes capables d’achever cet ou-
vrage*; que ceux qui resteront ici se fortifient de tous les
côtés pour se défendre. » Il fut fait ainsi.
2. Ce conseil de guerre eut lieu le 5 mars (lettre du clergé et
du peuple de Lucques, dans les Epistulae et chartaCy p. 166).
3. D’après la description plus précise de Raimond d’Aguilers
(5, p. 242-243), le pont se trouvait à l’angle occidental de la ville
et sur un monticule, en face des croisés, étaient deux mosquées
{MachumariaCy Bafumariae^ « Mahomeries ») et un cimetière
musulman. La porte du pont s’appelait « porte de la Mer »,
comme étant la plus rapprochée de Port-Saint-Siméon.
4. Porl-Saint-Siméon (appelé ainsi en l’honneur de saint Siméon
le Stylite, dont le monastère, Kalaat-Sem’an, était non loin de
là) se trouvait à l’embouchure de l'Oronte, environ à vingt-deux
kilomètres d’Antioche.
3. Des navires occidentaux, chargés de pèlerins et de provisions,
avaient abordé à Port-Saint-Siméon : treize navires génois vers
Prtmiirt croitade. 9
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90
CRUCESIGNATIS TURCI INSIDIANTUR
Cornes igitur® et Boamundus perrexerunt ad Sancti
Simeonis portum*; nos vero, qui remansimus congre-
gati in unum, castrum* incipiebamus*, dum Turci pre-
paraverunt se illico^ et exierunt extra civitatem obviam
nobis ad prelium; sic itaque irruerunt super nos etmi-
serunt nostros in fugam occideruntque plures ex nos-
tris, unde tristes valde fuimus^.
Crastina autem die"*, videntes Turci quod majores
nostri deessent et quod preterita die ivissent ad portum
preparaverunt se et exierunt* obviam illis venientibus
a-^ portu. Tune videntes comitem et Boamundum ve-
nientes et^ conducentes illam gentem, mox ceperunt
stridere et garrire ac clamare vehentissimo clamore,
circumeingendo undique nostros jaculando, sagittando,
vulnerando et crudeliter detruncando. Nam tam acriter
invaserunt nostros, ut illi inirent fugam per maximam
montanam^ et ubi via eundi' patebat : qui potuit celeri
se gressu expedire, evasit vivus, qui vero fugere nequi-
vit, mortem suscepit*. Fueruntque in ilia die martiri-
zati ex nostris militibus seu peditibus plus quam mille®,
qui, ut credimus, in celum ascenderunt^ et candidati
stolam martirii receperunt^
a. igitur Sancti Egidii C*, C^. — b. incepimus C. — c. Turci
autem illico praeparaverunt se C. — d. poriam B. — e. ierunt
B, C; iverunt A^. — /. e A*, B. — g. venientes et omis
dans C. — h. montaneam X*, A^, 5, C^. — i. fugiendi C. —
k. laetantes, ascendebant B. — LA la suite de ce mot, B ajoute :
ascendebant atque candidati ferentes stolam recepti martyrii,
glorificantes et magniâcantes dominum Deum nostrum trinum
et unum, in quo féliciter triumphabant, et dicebant concordabili
voce : (( Quare non défendis sanguinem nostrum qui hodie pro
tuo nomine effusus est? » Même addition dans Tudebode, p, 46^
4.7, et V « Hist. belli sacri », p. iga.
le 17 novembre 1097 (Raimond d’Aguilers, 5, p. 241 ; Cafaro,
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EMBUSCADE DES TURCS (6 mars 1098) 91
Le comte et Bohémond partirent donc pour Port-Saint-
SiméonL Nous, qui restâmes groupés en un seul corps,
nous commencions le château*, quand, les Turcs s’étant
préparés, firent une sortie et vinrent au-devant de nous
pour combattre. Ils s’élancèrent sur nous, mirent les nôtres
en fuite et en tuèrent plusieurs, ce qui nous causa une
grande douleur*.
Le lendemain^ les Turcs, voyant que nos chefs étaient
absents et s’étaient dirigés le jour précédent vers le port, se
préparèrent et sortirent à la rencontre de ceux qui arrivaient
du port. En voyant arriver le comte et Bohémond à la tête
de cette troupe, ils se mirent à grincer des dents, à pousser
des huées et de grands cris, puis enveloppèrent les nôtres,
les criblèrent de javelots et de flèches, les blessèrent et les
sabrèrent cruellement. Ils attaquèrent les nôtres avec une
telle violence que ceux-ci prirent la fuite dans la haute
montagne et partout où s’ouvrait une issue : quiconque put
se dérober par une fuite rapide échappa vivant, quiconque
ne put fuir trouva la mort*. Ce jour-là, plus de mille de nos
chevaliers et de nos piétons® subirent le martyre et, comme
nous le croyons, ils montèrent au ciel où ils reçurent la
robe blanche du martyre.
Liberatio OrientiSj dans les Historiens occidentaux, t. V, p. 5o)
et, le 4 mars 1098, des navires anglais, sur l’un desquels se trou-
vait Bruno de Lucques (lettre du clergé et du peuple de Lucques,
dans les Epistuîae et chartae, p. 166).
1. Ils n’emmenaient que soixante chevaliers (voir lettre n*' 2
d’Étienne de Blois, dans les Epistuîae et chartae, p. 166).
2. C’est-à-dire le château dont la construction était résolue.
3. D’après Raimond d’Âguilers (7, p. 248) et Anselme de Ribe-
mont (lettre n® 2, dans les Epistuîae et chartae, p. i58), la défaite
fut due à l’indiscipline des croisés.
4. Le 6 mars 10^.
5. Récit analogue dans la deuxième lettre d’Etienne de Blois
{Epistuîae et chartae, p. i5i) et dans Raimond d’Àguilers (8,
p. 248-249). ,
6. D’après Etienne de Blois, les croisés ne perdirent dans ce
combat que 5oo piétons et deux chevaliers.
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92
A CASTRORUM PRAESIDIO PELLUNTUR
Itaque Boamundus viam quam tenuerant non tenuit,
sed celerius cum paucis miliiibus ad nos venit, qui era-
mus in unum congregati"^ Tune nos accensi occisione
nostrorum, Christi nomine invocato et Sancti Sepulcri
confidentes itinere, juncti simul pervenimus contra eos
ad bellum eosque invasimus uno corde et animo. Sta-
bant vero inimici nostri et Dei undique jam stupefacti et
vehementer perterriti, putantes nostros se devincere et
occidere, sicui fecerant gentem comitis et Boamundi,
sed Deus omnipotens hoc illis non permisit. Milites
igitur veri Dei undique signo crucis armati irruerunt
acriter super illos et fortiter invaserunt, illi autem cele-
riter fugerunt per medium angusti pontis ad illorum
introitum; illi, qui vivi nequiverunt transire pontem
pre nimia multitudine gentium et caballorum, ibi rece-
perunt sempiternum interitum* cum diabolo et angelis
ejus*^.
Nos itaque illos superavimus, impellentes in flumen
et dejicientes; unda vero rapidi fluminis undique vide-
batur fluere rubea Turcorum sanguine, et si forte ali-
quis eorum voluisset reptare super pontis columnas aut
natando ad terram moliretur exire, vulneratus est a
nostris undique stantibus super ripam fluminis. Rumor
quoque et clamor nostrorum et illorum resonabat ad
celum. Pluvie telorum et sagittarum tegebant polum et
claritatem diei^; mulieres christiane urbis veniebantad
a. in unum annuncians qui illis eveniant O. — à. A la suite de
ce motf B ajoute : receperunt sempiternum interitum et reddide-
runt infelices animas diabolo et Sathanae ministris. 3/éme addi-
tion dans Tudebode, p. 47-4S, et V « Hist. belli sacri », p. ig2.
— c. A la suite de ce mot, B ajoute : altae voces intus et extra.
Même texte dans Tudebode^ p. 48, et V « Hist. belli sacri »,
p. g3.
I. Renseignement particulier à l’Anonyme, qui était resté au
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LES TURCS REPOUSSÉS PAR LA GARNISON DU CAMP gS
Bohémond, de son côté, ne suivit pas le même chemin
qu’eux, mais revint rapidement avec quelques chevaliers
auprès de nous, qui étions groupés en un seul corps ^ En¬
flammés par le massacre des nôtres, après avoir invoqué le
nom du Christ et confiants dans l’espoir d’atteindre le Saint-
Sépulcre, nous étant groupés ensemble, nous parvînmes à
engager le combat avec eux et nous les attaquâmes d’un
seul cœur et d’une seule âme. Les ennemis de Dieu et les
nôtres se montrèrent stupéfaits et atterrés. Ils croyaient nous
vaincre et nous exterminer comme ils l’avaient fait de la
troupe du comte et de Bohémond, mais Dieu tout-puissant
ne le leur permit pas. Les chevaliers du vrai Dieu, armés
du signe de la croix, s’élancèrent sur eux avec violence et
les attaquèrent vaillamment. Eux s’enfuirent rapidement
par le pont étroit jusqu’à l’entrée de la ville; ceux qui ne
purent traverser le pont vivants, par suite de la cohue que
formaient les hommes et les chevaux*, reçurent là une mort
éternelle avec le diable et ses anges*.
Et nous, ayant pris le dessus, nous les poussions et les
précipitions dans le fleuve. Les flots rapides du fleuve
étaient rougis du sang des Turcs et, si l’un d’eux cherchait
à grimper sur les piles du pont ou s’efforçait de gagner la
terre à la nage, il était blessé par les nôtres qui couvraient
la rive du fleuve. La rumeur et les cris des nôtres et des
ennemis résonnaient jusqu’au ciel. Des pluies de traits et de
flèches couvraient le pôle et la clarté du jour; les femmes
camp. Etienne de Blois (lettre citée) dit seulement que les croisés
restés au camp se préparaient à aller au-devant de l’expédition
de Port-Saint-Siméon, quand les Turcs firent une sortie par la
porte du pont et attaquèrent les chrétiens. Ce fut à ce moment
que Bohémond et Raimond de Saint-Gilles revinrent avec leur
troupe. Les deux récits se concilient, mais celui d’Etienne de
Blois est plus complet.
2. Cf. le récit analogue d’Étienne de Blois (/oc. cit.) : « Nam
cum transire per pontem super flumen magnum Moscholo fun-
datum vellent, nos eos comminus insequentes, multos ex ipsis,
antequam accederent ad pontem, interfecimus, multos in flumen
projecimus ».
3. Math., 23, 41.
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94
MORTUOS TURCI CONDUNT
mûri fenestras, spectantes misera fata Turcorum et oc¬
culte plaudebant manibus"; Hermenii et Surani jussu
majorum Turcorum inviti seu spontanei sagittas jacie-
bant foras ad nos. Mortui sunt etiam in anima et cor-
pore XII ammiralii* de Turcorum agmine in prelio illo
et alii prudentissimorum et foriiorum'^ militum qui
melius civitatem pugnando defendebant, numerus quo¬
rum fuit M et Alii qui remanserant vivi, jam am-
plius non audebant clamitare vel garrire nec die nec
nocte*' sicut ante solebant. Omnes itaque nos vel illos
solummodo superavit nox, noxque divisit utrosque® in
preliando, jaculando, spiculando, saggittando. Sic su-
perati sunt inimici nostri virtute Dei et Sancti Sepul-
cri et ulterius non valuerunt talem virtutem habere
neque in voce neque in opéré sicuti prius. Nos itaque
valde fuimus refecti in ilia die de-'" rebus que satis erant
nobis necessarie et de equis^*.
Crastina vero die^, summo diluculo, exierunt alii
Turci de civitate et collegerunt omnia cadavera feien-
tia Turcorum mortuorum que reperire potuerunt super
ripam fluminis* et sepelierunt ad Machumariam que
est ultra pontem^ ante portam urbis simulque illis
consepelierunt pallia, bisanteos^, aureos, arcus, sagittas
et alla plurima instrumenta que nominare nequimus.
Audientes itaque nostri quod humassent mortuos suos
Turci, omnes sese preparaverunt et venerunt festi¬
nantes ad diabolicum atrium et jusserunt desepeliri et
a. A la suite de ce mot, B ajoute : sicut mos erat illarum.
Même texte dans Tudebode, p. 48, et F a Hist. belli sacri », p. 9^.
— b. admiralii A^, A^, C^, O; admirarii C*. — c. fortium A"^, —
d. in die sive in nocte B; die r.octeque C. — e. utraque agmina
C*. — /. die de illonim equis et de aliis multis rebus B: même
texte dans Tudehode, p. 48, et dans V « Hist. belli sacri »,
p. igS. — g. et de equis omis dans B. — h. fluminis, exceptis
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LES TURCS ENTERRENT LEURS MORTS (7 ITiarS IO98) qS
chrétiennes de la ville apparaissaient aux créneaux des mu¬
railles et regardaient le misérable sort des Turcs en y
applaudissant en cachette; par ordre des chefs turcs, des
Arméniens et des Syriens, de gré ou de force, nous lan¬
çaient des flèches. Douze émirs turcs perdirent dans ce
combat leur corps et leur âme, ainsi que d’autres très pru¬
dents et vaillants guerriers qui comptaient parmi les meil¬
leurs défenseurs de la ville, dont le nombre fut de i 5oo^
Les autres, restés vivants, n’osaient plus pousser des cris
ou des huées, soit la nuit, soit le jour, comme ils en avaient
l’habitude. La nuit seule parvint à nous séparer, eux et nous.
Ce fut la nuit qui arrêta les deux partis en train de com¬
battre à coups de lances, d’épées ou de flèches. Nos enne¬
mis furent ainsi vaincus par la puissance de Dieu et du
Saint-Sépulcre et, dans la suite, ils n’eurent plus le même
ressort qu’auparavant, soit pour crier, soit pour agir. Et
nous, ce jour-là, nous nous refîmes bien en ressources
nécessaires et, en particulier, en chevaux 2.
Le lendemain^, au point du jour, d’autres Turcs sortirent
de la ville et rassemblèrent les cadavres fétides de leurs
morts qu’ils purent trouver sur la rive du fleuve, puis ils les
ensevelirent à la Mahomerie située au delà dupont^, devant
la porte de la ville. Avec les corps ils ensevelirent des man¬
teaux, des besants*, des pièces d’or, des arcs, des flèches et
autres objets que nous ne pouvons nommer. Les nôtres,
apprenant que les Turcs avaient ainsi enseveli leurs morts,
tous se préparèrent et vinrent en toute hâte au diabolique
illis que in alveo latebant ejusdem fluminis A*. A^, B et Tude~
bodCy p.
_ g
1. D’après Etienne de Blois (lettre citée, Epistulae et chartae,
p. i5i), il périt 3o émirs, 3oo nobles turcs, en tout i 23o Turcs
ou Sarrasins (i 400 d’après Anselme de Ribemont, 2* lettre, Ibid.,
p. i58).
2. Même renseignement dans Raimond d’Aguilers, 8, p. 25o.
3. Le 7 mars.
4. A l’endroit même où les croisés voulaient construire un châ¬
teau.
5. Le « besant a, ainsi appelé de « Byzance », est la même pièce
que le sou d’or ou l’hyperpre. Voir p. 76, n. i.
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96
CASTRUK CRÜCESIGNATI AEDIFICANT
frangi tumbas® eorum et trahi eos extra sepulcra et
ejecerunt omnia cadavera eorum in quandam foveam*
et deportaverunt cesa capita ad tentoria nostra quatinus
perfecte sciretur eorum numerus, excepto quod onera-
verant un equos de nunciis ammiralii Babilonie et mi-
serant ad mare^*. Quod videntes Turci doluerunt ni-
mis fueruntque tristes usque ad necem, nam cotidie
dolentes nichil aliud agebant nisi flere et ululare.
Tercia vero die* cepimus simul juncti cum gaudio
magno edificare castrum supradictum de lapîdibus sci-
licet quos abstraximus de tumulis Turcorum^. Peracto
igitur'^ Castro, mox cepimus ex omni parte coangus-
tare inimicos nostros quorum superbia ad nichilum
jam erat redacta. Nos autem secure ambulabamus hue
et illuc, ad portum* et ad montaneas, laudantes et glo-
rificantes Deum nostrum, cui est honor et gloria per
omnia secula seculorum. Amen.
[NARRATIO O CT A VA]
[19.] Jamjam-^omnes semite pene prohibiteet incise
undique erant Turcis, nisi ex ilia parte fluminis ubi erat
castrum et quoddam monasterium^. Quod castrum, si
a. tumulos C‘. — b. faucam yl>. — c. equos qui fuerunt ad
mare nuntiis ammiralii de Babylone delata B et Tudebode, p. 4g.
— d. itaque B, O. — e. portam A^, A^, 5, C*; portum dans
Tudebode. La variante portam n'a pas de sens; il s’agit de Port-
Saint’Siméony dont l’accès est désormais libre pour les croisés.
— /. J[amjam], initiale ornée et alinéa dans A^; alinéa dans A^;
initiale en rouge dans A^.
1. Sur cette ambassade égyptienne, voir chap. xvii, p. 87. Cf. le
récit de Raimond d’Âguilers, 8, p. 249.
2. Le 8 mars, date confirmée par la lettre du clergé et du peuple
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LES CROISÉS CONSTRUISENT UN CHATEAU (8 lUafS IO98) 97
édiHce. Ils ordonnèrent d’exhumer les cadavres, de briser
les tombes et de les tramer hors des sépulcres. Tous les
cadavres furent jetés dans une fosse et les têtes coupées
furent apportées au camp, afin qu’on pûl en savoir le
nombre, sauf qu’ils avaient chargé de têtes quatre chevaux
des ambassadeurs de l’amiral de Babylone et les avaient
envoyés vers la mer*. A cette vue, les Turcs furent saisis de
douleur et d’une tristesse mortelle. Chaque jour ils se
lamentaient et ne faisaient pas autre chose que de pleurer
et pousser des cris.
Le troisième jour^, nous nous réunîmes tout joyeux pour
construire le château dont il a été question avec les pierres
que nous enlevions aux tombes des Turcs*. Une fois le châ¬
teau terminé, nous commençâmes à resserrer de tous les
côtés nos ennemis, dont l’orgueil était déjà réduit à néant.
Quant à nous, nous allions en toute sécurité n’importe où,
au port ou dans les montagnes, louant et glorifiant notre
Dieu, à qui reviennent gloire et honneur dans tous les siècles
des siècles. Ainsi soit-il!
[HUITIÈME RÉGIT]
[Fin du siège et prise d’Antioche (8 mars-3 juin 1098)]
[19.] Déjà toutes les issues étaient à peu près interdites
aux Turcs et coupées, sauf dans la partie du fleuve où se
trouvaient un château et un monastère^. Et si nous garnis-
de Lucques {Epistulae et chartae, p. 166) : « Tertia autem die
erecto castello. »
3. Sur cette construction improvisée, voir la deuxième lettre
d'Anselme de Ribemont {Epistulae et chartae, p. i58-i59). L'Ano¬
nyme ne dit rien des incidents à la suite desquels le comte de
Toulouse prit le commandement du château (Raimond d’Agui-
1ers, 8, p. 249-250;.
4. Ce château se trouvait auprès du monastère de Saint-Georges,
sur la rive gauche de l'Oronte, sur les pentes occidentales du
mont Cassius. C’est ce secteur que l’Anonyme a appelé au cha¬
pitre XIV (p. 75) : c La montagne de Tancrède. »
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98 COMMEATIBUS TURCOS TANCREDUS INTERCLUDIT
fuisset a nobis perfecte munitum, jam nullus eorum
auderet extra civitatis portam exire. Conciliaverunt se
denique nostri et una voce concorditer dixerunt : « Eli-
gamus unum ex nobis qui robuste teneat illud castrum
et nostris inimicis prohibeat montaneas et plana et in-
troitum urbis et exitum®*. » Tancredus igîtur primus
protulît se ante alios dicens : « Si scirem quid proficui
mihi attigerit*, ego sedule cum meis solummodo ho-
minibus corroborarem castrum et viam, per quam ini-
mici nostri soient frequentius sevire, viriliter devetabo
illis. » Qui continuo spoponderunt ei cccc marcas ar¬
gentin.
Non adquievit Tancredus**, tamen perrexit cum suis
honestissimis militibus ac servientibus® et extemplo
abstulit undique viam** Turcis, ita ut nulli auderent ex
eis, jam timoré ejus perterriti, extra urbis portam exire
neque propter herbam neque propter ligna neque
propter ulla necessaria. Remansit vero ibi Tancredus
cum suis cepitque vehementer ubique coangustare civi-
tatem.
Ipsa quoque die^ veniebat maxima pars Hermenio-
rum et Suranorum secure de montaneis* qui ferebant
alimenta Turcis in adjutorium civitatis; quibus advenit
obviam Tancredus et apprehendit eos omnia que defe-
rebant, videlicet frumentum, vinum, hordeum, oleum
et alia hujusmodi. Sic itaque robuste et prospéré dedu-
cebat se Tancredus jamque habebai prohibitas et inci¬
sas omnes semitas Turcis, donec Antiochia esset capta.
a. A la suite de ce mot^ B ajoute : plures vero ex illis prohiben-
tes se illud hospitari, nisi forte fuissent multi in unum; même
texte dans Tudebode, p. 53; plures vero ex illis renuebant sin-
gulatim se illud servare non posse, nisi cum magna multitudine
aliorum dans V « Hist. belli sacri », p. jq4. — b. contingeret C.
— c. quamquam solus erat B et Tudebode, p. 53. — d. et semi*
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TANCREDE COUPE LES VIVRES AUX TURCS (avril IO98) 99
sions ce château d^une force suffisante, nul d’entre eux
n’oserait plus franchir une porte de la cité. Aussi les nôtres
tinrent conseil et dirent d’une voix unanime : « Choisissons
l’un d’entre nous pour tenir fortement ce château et inter¬
dire à nos ennemis l’accès de la plaine et de la montagne,
ainsi que toute sortie, toute entrée dans la ville ^ » Tancrède,
le premier, se présenta devant les autres et dit : « Si je savais
quel profit me reviendra, j’occuperais le château avec mes
seuls hommes et, quant à la route par laquelle nos ennemis
ont l’habitude de nous harceler si souvent, je la leur inter¬
dirais vigoureusement. » On lui promit aussitôt 400 marcs
d’argent^.
Sans même souffler, Tancrède partit avec ses valeureux
chevaliers et sergents^ et, immédiatement, il intercepta tout
chemin aux Turcs, si bien qu'aucun d’eux — ils étaient déjà
frappés de terreur — n’osa plus franchir une porte de la
ville pour amasser du fourrage, du bois ou toute autre den¬
rée nécessaire. Tancrède demeura là avec les siens et com¬
mença à bloquer la ville de toute part.
Le même jour^, un fort parti d’Arméniens et de Syriens
s’en venait en toute sécurité des montagnes, portant aux
Turcs des aliments pour ravitailler la ville. Tancrède alla à
leur rencontre et les captura, ainsi que toutes leurs provi¬
sions, blé, vin, orge, huile et autres denrées de ce genre.
Ainsi Tancrède manifestait sa force et faisait merveille :
avant qu’Antioche fût prise, il avait déjà interdit et coupé
aux Turcs toutes les issues.
tam B et TudebodCy p. 53; « Hist. belli sacri », p. jg4. — e. mon-
tanis A3.
1. .\ucun des manuscrits ne donne le récit de la discussion qui
se trouve dans le texte de Bongars et de Tudebode.
2. Cf. les récits analogues de Raimond d’Aguilers (8, p. 23o) et
Raoul de Caen (5o, p. ôqS). Le marc, dérivant de la livre romaine,
était Tunité de poids des métaux précieux, valant au xi* siècle
8 onces, soit 12 deniers d'argent.
3. Le mol sergent est employé ici comme synonyme de piéton.
4. Le jour où Tancrède prit le commandement du château,
c'est-à-dire vers le b avril.
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100
DE BOAUUNOI CUH PIRO PACTO
Omnia que egimus antequam urbs esset capta nequeo
enarrare*, quia nemo est in his pariibus^, sive cleri-
cus sive laicus, qui omnino possit scribere vel narrare
sicut res gesta est : tamen aliquaniulum dicam.
[20.] Erat quidam ammiratus de généré Turcorum»
cui nomen Pirrus®*qui maximam amicitiam receperat
cum Boamundo. Hune saepe Boamundus pulsabat
nuntiis adinvicem missis quo eum infra civitatem ami-
cissime reciperet eique christianitatem liberius promit-
tebat et eum se divitem facturum cum multo honore
mandabat^. Consensit ille dictis et promissionibus,
dicens : « Très turres custodio eique libenter ipsas pro-
promitto et* quacunque hora voluerit in eas eum re-
colligam. »
Erat itaque Boamundus jam securus de introitu civi-
taiis; et gavisus serenaque mente et placido vuliu venit
ad omnes seniores eisque jocunda verba intulit di¬
cens : « Viri prudentissimi milites, videte* quomodo
nos omnes in nimia paupertate et miseria sumus ma¬
jores sive minores et ignoramus penitus qua parte
melius succédât nobis; igitur, si vobis bonum et hones-
tum videtur, eligat se ante alios unus ex nobis*' et si
aliquomodo vel ingenio civitatem acquirere vel inge-
niare® potuerit, per se vel per alios, concordi voce ei
a. Pyrrus C’; Pirus B. — à. quod in A^, A^. — c. videtis
C. — d. ex nobis ut C; ex nobis utnim dans Tudebode, p. 55.
1. Cette rétiexion montre que ce chapitre et les suivants ont
été rédigés par PAnonyme après la prise d’Antioche.
2. Expression intéressante qui prouve que la rédaction de cette
partie a bien eu lieu au cours de la croisade.
3. Firouz, d’après les sources arabes {Recueil des historiens des
croisades; documents arméniens, t. I, p. 40, n. 2). Il était fabri-
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ENTENTE DE BOHÉMOND AVEC FIROÜZ lOI
II m’est impossible de raconter tout ce que nous fîmes
avant la prise de la ville ^ ; nul de ceux qui se trouvent dans
ces régions^, clerc ou laïque, ne pourrait écrire ou narrer
entièrement comment les choses se passèrent. J’en dirai
cependant quelque peu.
[20.] Il y avait un amiral de race turque, nommé Pirrus^,
qui s’était lié d’une grande amitié avec Bohémond. Souvent
Bohémond l’engageait, au cours des messages qu’ils s’en¬
voyaient mutuellement, à le recevoir dans son amitié; il lui
promettait en retour de l’admettre dans la chrétienté et lui
faisait espérer des richesses et de grands honneurs^. Pirrus
acquiesça à ces paroles et à ces promesses en disant : « Je
garde trois tours; je les lui promets volontiers et, à l’heure
où il voudra, je l’y recevrai. »
Assuré ainsi d’entrer dans la ville, Bohémond se réjouit :
tranquillisé, il aborda les autres seigneurs avec un visage
calme et leur dit joyeusement : t Chevaliers très prudents,
considérez dans quelle pauvreté, dans quelle misère nous
sommes tous, grands et petits, et nous ignorons à peu près
de quel côté nos afifaires s’amélioreront. Donc, si cela vous
paraît bon et honorable, que l’un d’entre nous se désigne
devant les autres et si, d’une manière quelconque ou par
son industrie, il parvient à acquérir ou à emporter d’assaut*
cant de cuirasses, et la tour qu’il gardait avait une fenêtre grillée
d’où l’on voyait la vallée où se trouvaient les Francs. Guillaume
de Tyr {Historiens occidentauXy t. I, p- 212) l’appelle Emirfeirus
et dit que sa tour, située près de la porte Saint-Georges, à l’ouest,
s’appelait la tour des Deux-Sœurs.
4. En fait, Firouz se convertit au christianisme, reçut au bap¬
tême le nom de Bohémond, prit part à l’expédition dans les rangs
des croisés jusqu’à la prise de Jérusalem, puis retourna chez les
Musulmans et apostasia (Guibert de Nogent, VI, 17, p. 212, et
Chronique anonyme de Fleury, dans les Historiens occidentaux,
t. V, p. 357).
5. Ingeniare signifie littéralement « prendre la ville au moyen
d’engins », c’est-à-dire de machines de guerre. Comme le récit de
l’Anonyme ne fait aucune mention de l’emploi de machines de
ce genre au siège d’Antioche, il faut prendre ce mot dans un sens
plus général, « prendre d’assaut ».
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102 PRINCIPUM ERGA BOAMUNOUM PROMISSA
urbem concedamus**. » Qui omnino prohibuerunt et
denegaverunt dicentes : « Nemini dimittetur hec civi-
tas, sed omnes equaliter habebimus illam; sicut equa-
lem habuimus laborem, sic inde equalem habeamus
honorem. » Itaque Boamundus auditis his verbis, pau>
lominus subridens protinus recessit.
Non multo post audivimus nuntios de exercitu* hos-
tium nostrorum^ Turcorum, Publicanorum*^, Azimi-
taruîn^'* et aliarum plurimarum nationum* statimque
adunaveruDt se omnes majores simul tenueruntque con-
cilium^, dicentes quoniam : « Si Boamundus potuerit
adquirere civitatem aut per se, aut per alios, nos una
libenti corde ultroei donamus, eo tenoreut, si impera-
tor venerit nobis in adjutorium et omnem conventio-
nem nobis, sicut promisit et juravit, attendere voluerit,
nos ei eam jure reddemus; sin autem, Boamundus eam
in sua habeat potestate-^^. »
Mox itaque Boamundus cepit humiliteramicumsuum
cotidiana deprecari petitione, promittendo humillima,
maxima et dulcia in hune modum : « Ecce vere modo
tempus habemus idoneum in quo possumus operari
a. urbem dono concedamus A^y B. — b, de adventu exercitus
O, C*. — c. Publicanorum, Ângulanorum -4 * ; Agulanorum B
et dans Tudebode, p. 55, et V « Hist. belli sacri », p. ig6. —
d. Anizitarum B; azimatorum A*. — e. gentilium quas numerare
neque nominare nescio A*, B, C*, C*. — /. in suam habeat po-
testatem 4, B.
I. Une armée envoyée par le sultan de Perse (Kharezm) et com¬
mandée par l’émir de Mossoul, Kerb<^ga, marchait au secours
d’Antioche et, sur sa route, avait assiégé inutilement Edesse. La
nouvelle arriva aux croisés peu de jours avant la capitulation de
la ville (Anselme de Ribemont, 2* lettre, dans les Epistulae et
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PROMESSES DES PRINCES A BOHÉMOND (mai IOqS) Io3
la cité, soit par lui-même, soit par d’autres, concédons-lui
sa possession d’une voix unanime. » Mais ceux-ci refusèrent
et s’y opposèrent en disant : « Nul ne recevra la possession
de cette cité, mais nous l’aurons tous à part égale; nous
avons supporté tous les mêmes travaux, nous recevrons tous
le même honneur. * Bohémond, a ces mots, sourit légère¬
ment et se retira aussitôt.
Peu après, nous reçûmes des nouvelles de l’armée de nos
ennemis*, Turcs, Publicains, Azymites* et autres nations.
Aussitôt nos chefs se réunirent et tinrent conseil® en disant :
« Si Bohémond peut acquérir la cité par soi-même ou par
d’autres, nous lui en faisons don bien volontiers, à cette
condition que, si l’empereur vient à notre secours et veut
observer la convention qu’il nous a promise et jurée, nous
lui remettrons la ville de droit, même dans le cas où Bohé-
mond l’aurait en sa possession^. »
Bientôt Bohémond commença à presser son ami humble¬
ment par des demandes quotidiennes, lui promettant toute
espèce d’égards et d’avantages en ces termes : « Voici venir
le moment favorable où nous pourrons accomplir le bien
que nous avons résolu : que mon ami Pirrus m’accorde
chartaey p. i59)et, d’après Albert d’Aix (IV, 14, p. 398-399), sept
jours avant l’arrivée de l’armée turque devant la ville, soit le
28 mai.
2. Les Grecs appelaient « Azymites > tous ceux qui usaient de
pain azyme pour l’Eucharistie, comme les Latins, les Maronites,
les Arméniens. C’est de ces derniers qu’il est question ici.
3. Ce conseil de guerre eut lieu vraisemblablement le 29 mai
1098.
4. L’Anonyme est le seul à donner le texte précis de cette con¬
vention importante, véritable compromis entre les projets ambi¬
tieux de Bohémond, qui ne parait plus se soucier des droits de
l’empereur, et la résistance des autres princes, surtout Raimond de
Toulouse, qui veulent réserver les droits impériaux comme une
barrière aux projets de Bohémond. Albert d’Aix (IV, 16, p. 400)
cite simplement le fait. Raimond d’Aguilers (8, p. 25o) le place
en janvier et dit que Raimond de Toulouse refusa de faire aucune
promesse.
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104 ANTIOCHIAM BOAMUNDO PIRUS TRADIT
quicquid boni volumus; ergo adjuvet me nunc amicus
meus Pirrus. » Qui, salis gavisus, ait se ilium adjuvare
omnino sicut agere deberet. Nocte iiaque veniente pro-
xima*, misit filium suum caute pignus Boamundo, ut
securior fieret de introitu urbis, misitque" ei verba in
hune modum : ut in crasiinum omnem Francorum
gentem summoveri* faciat^et quasi Saracenorum ter-
ram depredari* vadai, dissimulet-^ ac deinde celeriter
revertatur per dextram monianam « Ego vero, ait, ero
intentione erecia prestolans ilia agmina eaque recipiam
in turres quas in mea habeo potestate ac custodia. »
Dein Boamundus jussit celeriter ad se vocari quen-
dam servientem® suum, videlicet Malam Coronam,
eique precepii ut quasi preco commoneret Francorum
maximam gentem quaiinus fideliter prepararet se in
Saracenorum ituram^ terram ; factumque est ita. Credi-
dit itaque Boamundus hoc consilium duci Godefrido
et Flandrensi comiti, comiti quoque de Sancto Egidio
atque Podiensi episcopo"*, dicens quia : « Favente Dei
gratia, hac nocte tradetur nobis Antiochia*. »
Ordinaia sunt denique hec omnia : milites tenuerunt
plana et pedites montaneam; iota nocte ambulaverunt
et equiiaverunt usque prope auroram® ac deinceps ce-
perunt appropinquare ad turres quas ille pervigil* cus-
todiebat. Confestim descendit^ Boamundus et precepit
omnibus dicens : « Ite* securo animo et felici concor-
dia et ascendite per scalam in Antiocham, quam statim
a. misit quoque 5, C. — â. praeconiare atque sum-
movere B; même leçon dans Tudebode, p. 56 ; sub voce praeco-
nia moneri dans V « Hist. belU sacri », p. ig6. Cf. Baudri de
Bourgueily p. 55, et Guibert de Nagent, p. i86; sumoneri A^;
summoneri C*, C®. — c. faciat omis dans A^, A^; faceret C^. —
d. quod in B; même leçon dans Tudebode, p. 56, et V « Hist,
belîi sacri », p. ig6. — e. depraedare B. — /. dissimulans B. —
g. itura A^, B, C, — h. vigil A^, B. — i. ascendit B {le contexte
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KIROUZ LIVRE ANTIOCHE A BOHÉMOND (2-3 juin IO98) I05
maintenant son aide. » Celui-ci, enchanté, déclara qu’il
l’aiderait comme il devait le faire. La nuit suivante il envoya
à Bohémond son propre fils en otage, afin de lui confirmer
qu’il lui livrerait l’entrée de la ville, et lui adressa ce mes¬
sage : « Que demain toute l’armée franque soit convoquée
par lui, comme s’il s’agissait d’aller dévaster la terre des Sar¬
rasins, qu’il dissimule et revienne rapidement par la mon¬
tagne à droite 2. Et moi, observant ces troupes avec atten¬
tion, je les attendrai et les recevrai dans les tours que j’ai
en mon pouvoir et sous ma garde. »
Aussitôt, Bohémond fit venir un de ses sergents 2, appelé
Male Couronne, et lui prescrivit, comme à un héraut, de con¬
voquer la grande armée des Francs, afin qu’elle se préparât
fidèlement à pénétrer dans la terre des Sarrasins : ainsi fut
fait. Bohémond confia ce dessein au duc Godefroi, au comte
de Flandre et aussi au comte de Saint-Gilles et à l’évêque
du Puy^ en disant : « Si la grâce de Dieu nous favorise,
c’est cette nuit que nous sera livrée Antioche*. *
Tout fut donc disposé ainsi : les chevaliers tinrent la
plaine, les piétons la montagne; toute la nuit ils marchèrent
et chevauchèrent jusqu’à l’aurore®, puis ils s’approchèrent
des tours, dont le gardien avait veillé toute la nuit. Aussitôt,
Bohémond mit pied à terre et donna ses instructions à tous
par ces mots : « Allez en toute sécurité et en bon accord;
montez par l’échelle jusqu’à Antioche, que nous aurons
equitaverunt... venerunt illi usque ad scalam montre que cette
lecture doit être écartée). — k. ila A*.
I. La dernière nuit qui précède la reddition d’Antioche, nuit du
2 au 3 juin.
3. La terre des Sarrasins était située à l’est et au sud; la mon¬
tagne à droite (par rapport au camp des croisés) était, au con¬
traire, à l’ouest, où se trouvaient les tours de Firouz.
3. Sur les « sergents », voir p. 99, n. 3.
4. D’après Raoul de Caen (64, p. 653), ce fut l’évêque du Puy
qui fut averti le premier des projets de Bohémond et ce fut seu¬
lement ensuite que les princes furent convoqués.
3. Dans la nuit du 3 au 3 juin.
6. Au méridien d’Antioche, le 3 juin, le soleil se lève à quatre
heures et demie; ce fut donc vers quatre heures que commença
l’escalade.
Première croisade. 10
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I06 SCALIS MURUM ANTIOCHIAE FRANCI SCANDtJNT
habebimus, si Deo placet, in nostra® custodia. m Vene-
runt illi usque ad scalam, que jam erat erecta et fortiter
ligata ad civitatis menia*, et ascenderunt per illam ho-
mines fere lx ex nostris ac divisi sunt per turres quas
ille custodiebat**. Videns hoc Pirrus quod tam pauci
ascendissent ex nostris, cepit pavere, timens sibi et
nostris ne in manus Turcorum inciderent dixitque :
« Micro Francos echome'' (hoc est : paucos Francos
habemus)’. Ubi est acerrimus Boamundus? Ubi est
ille® invictus? » Intérim descendit quidam serviens Lan-
gobardus* deorsum et cucurrit quantocius ad Boamun-
dum, dicens : « Quid hic stas-^, vir prudens? Quamob-
rem hue venisti? Ecce nos jam très turres habemusl »
Motus est ille cum aliis et omnes gaudentes pervene-
runt ad scalam.
Videntes itaque^ qui jam erant in turribus ceperunt
jocunda voce clamare : « Deus le volt* ! » Nos vero idem
clamabamus^. Tunc^ ceperunt illico mirabiliter ascen-
dere; ascenderunt tamen et cucurrerunt festinanter in
alias turres; quos illic inveniebant morti tradebant*,
fratrem quoque Pirri occiderunt. Interea forte rupta
est^ scala per quam noster erat ascensus, unde inter nos
orta est immensa angustia et tristicia. Quamquam au-
tem scala fuisset fracta, tamen quedam porta erat juxta
nos clausa in sinistra parte, que quibusdam manebat
incognita; nox namque erat, sed tamen palpando et
inquirendo invenimus eam omnesque cucurrimus ad
illam et, ipsa fracta, intravimus per eam^
a. vestra B. — à. merulas B et Tudebode^ p. Sj; mergula
« Hist. belli sacri », p. zp6. — c. observabat B. — d. Trans¬
cription du grec : (xtxpoi; ^pàyxou; miles B. —
/. Quid agis A^^ C. — g. illi qui A^, B, C. — h. Deus vult
Ay C; Deus lo vult dans Tudebode, p. Sy, et F Hist. belli
sacri », p. ig6. — i. nunc A^y A^y B. — k. A la suite de ce mot,
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ESCALADE d’aNTIOCHE (3 juilî IO98) IO7
bientôt, s’il plaît à Dieu, sous notre garde. » Ils vinrent
jusqu’à l’échelle qui était dressée et fortement liée aux murs
de la cité; environ soixante hommes des nôtres l’escaladèrent
et furent répartis entre les tours dont il avait la garde. Pir-
rus, voyant que si peu des nôtres étaient montés, commença
à craindre, redoutant pour lui et les nôtres de tomber entre
les mains des Turcs. « Mixpovç «tpàYxouc », s’écria-t-il
(c’est-à-dire : nous avons peu de Francs*). « Où est donc
cet ardent Bohémond? Où est cet invincible? » Au même
moment un sergent longobard^ redescendit et, courant
précipitamment à Bohémond, lui dit : « Que fais-tu là,
homme prudent? Pourquoi es-tu venu ici? Voici que nous
tenons déjà trois tours! * Excité par ces mots, il rejoignit
les autres, et tous parvinrent joyeusement à l’échelle.
A cette vue, ceux qui étaient déjà dans les tours se mirent
à crier d’une voix joyeuse : « Dieu le veut! » Nous-mêmes
poussions le même cri^ Alors commença l’escalade merveil¬
leuse; ils atteignirent enfin le faîte et coururent à la hâte
aux autres tours; ils massacraient tous ceux qu’ils y trou¬
vaient, et le frère de Pirrus périt ainsi. Puis l’échelle par
laquelle avait lieu notre escalade se rompit, ce qui nous
plongea dans une grande angoisse et dans la tristesse.
Cependant, bien que l’échelle fût rompue, il y avait à notre
gauche une porte fermée, ignorée de quelques-uns. 11 faisait
encore nuit, mais, en tâtonnant et en cherchant, nous
finîmes par la trouver : tous nous y courûmes et, après
l’avoir brisée, nous entrâmes grâce à elle^.
B ajoute : inveniebant, mortalem eis continue dabant senten-
tiam. Même texte dans Tudebode, p. 5/, et dans V t Hist. belli
sacri », p. ig6. — l. fracta C.
1. Il n’y a aucune raison pour mettre en doute, comme le veut
Hagenmeyer (édition des Gesta, p. 3o3, n. 43), la véracité de la
réflexion de Firouz. Le grec était resté en Orient une langue inter¬
nationale et beaucoup de Turcs le parlaient.
2. Sur le sens du mot « Longobard », voir p. 6, n. 2.
3. L’auteur se trouvait donc dans la suite de Bohémond.
4. L’emploi de la première personne montre que l’Anonyme
faisait partie lui-même de cette troupe.
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108 TüRCI FUGATI A FRANCIS TRUCIDANTUR
Tune innumerabilis fragor mirabiliter resonabat per
totam urbem. Non adquievit Boamundus his, sed ilico
imperavit honorabile vexillum deferri sursum coram
castello^ in quodam monte; omnes vero pariter stride-
bant in civitate. Summo autem diluculo audientes illi
qui foris erant in tentoriis vehementissimum rumorem
strepere per civitatem, exierunt festinantes et viderunt
vexillum Boamundi sursum in monte celerique cursu
properantes venerunt omnes et per portas intraverunt
in urbem et interfecerunt Turcos et Saracenos quos ibi
reppererunt", extra illos qui fugerant sursum in cas-
trum*; alii vero Turcorum per portas exierunt et fu-
gientes vivi evaserunt*.
Cassianus^ vero, dominus illorum, dédit se omnimodo
fuge cum aliis multis qui erant cum eo et fugiendo per-
venit in Tancredi terram* non longe a civitate. Fatigati
vero erant equi eorum miseruntque se in quoddam ca-
sale® et mersi sunt in unam domum*. Cognoverunt ergo
eum habitatores illius montanee, scilicet Surani et Her-
menii, et confestim apprehenderunt eum truncave-
runtque caput illius et tulerunt ante Boamundi presen-
tiam, ut inde mererentur libertatem accipere^, Balteum
quoque ejus et vaginam appreciaverunt lx bizanteis*.
a. reperierunt C®. — b. Fatigati . unam domum, phrase omise
dans C'.
1. 11 s’agit de la citadelle d’Antioche, située au point le plus
élevé de l’enceinte, sur les pentes du mont Cassius. Les croisés
ne purent s’en emparer.
2. L’Anonyme omet les tentatives que ht Bohémond pours'em>
parer de cette citadelle et au cours desquelles il fut blessé (Fou-
cher de Chartres, I, 17, p. 343, et Raimond d’Aguilers, 9, p. 252).
3. Ce récit de la prise d’Antioche concorde avec les détails don-
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109
MASSACRE DES TURCS (3 juiD IO98)
A ce moment, une immense clameur résonnait dans toute
la ville. Bohémond ne perdit pas de temps, mais il ordonna
que sa glorieuse bannière fût arborée sur une éminence en
face du château^ Au point du jour, ceux qui étaient encore
dans leurs tentes entendirent la rumeur immense qui reten¬
tissait dans la ville. Étant sortis à la hâte, ils virent flotter
la bannière de Bohémond sur une hauteur; aussitôt entraî¬
nés par une course rapide, ils pénétrèrent dans la ville à
travers les portes et massacrèrent les Turcs et les Sarrasins
qu’ils rencontrèrent, à l’exception de ceux qui parvinrent à
fuir dans la citadelle du haut* : d’autres Turcs sortirent par
les portes et durent leur salut à la fuite*.
Cassian^, leur seigneur, se mit aussi à fuir avec beaucoup
d’autres qui étaient à sa suite et, en fuyant, il parvint dans
la terre de Tancrède*, non loin de la cité. Comme leurs
chevaux étaient fatigués, ils pénétrèrent dans un casai* et se
réfugièrent dans une maison. Mais ils furent reconnus par
les habitants, des Syriens et des Arméniens, qui saisirent
aussitôt Cassian et lui coupèrent la tête, qu’ils portèrent à
Bohémond, afin d’obtenir leur liberté^. Le ceinturon et le
fourreau de son cimeterre furent vendus soixante basants*.
nés dans la lettre des princes à Urbain II {Epistulae et chartae^
p. 162) et dans la chronique de Raimond d’Aguilers (9, p. 25i-252).
4. Cassian, transcription de lagi-Sian, Jaghi-Seian, Yâgi-Sian
(Âboulfeda, dans le Recueil des historiens des croisades; histo¬
riens orientaux, t. I, p. 3 et 863). c.mir d’Antioche et beau-père
de Roudwân, prince d’Alep (voir H. Derembourg, Ousâma-ibn-
Mounkidh. Un émir syrien au premier siècle des croisades, 1889,
p. 229).
b. La « terre de Tancrède » désigne certainement la région
située à l’ouest de l'enceinte gardée par Tancrède et non les villes
acquises par Tancrède en Cilicie.
6. Le a casai » est un village habité par des tenanciers et
entouré de terres. Après la conquête franque, le casai devint une
subdivision du fief (voir Rey, Colonies franques de Syrie, p. 24!).
7. Sur la mort de lagi-Sian, mêmes témoignages d’Anselme de
Ribemont, de la lettre des princes à Urbain II et de Raimond
d’Aguilers (voir p. 109, n. 3).
8. Sur la valeur des besants, voir p. 95, n. 3.
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110 CURBARAM EZERCITUM AD ANTIOCHIAM MOVET
Hec omnia gesta sunt iii» die* intrante mense junio,
V* feria, iii* nonas junii. Omnes namque platee civita-
tis jam undique erant plene cadaveribus mortuorum,
ita ut nemo posset* ibi esse pre nimis fetoribus; nullus
vero poterat ire per semîtam civitatis nisi super cada-
vera mortuorum.
[NARRATIO NONA]
[21.] Curbaram*^ princeps* milicie soldani Persie*,
dum adhuc esset Corrozanum, quotiens Cassianus am-
miralius Antioche legationem ei misit*^ quo sibi suceur-
reret in tempore opportune, quoniam gens fonissima
Francorum eum impeditum graviter obsidebat in An-
liochia et, si adjutorium ei impenderet, urbem Antio-
chiam* illi traderet aut eum maximo munere ditaret-^ ;
cumque jam habuisset maximum exercitum Turcorum,
ex longo collectum tempore, et licentiam occidendi
Christianos accepisset a calipha, illorum apostolico®,
ilico inchoavit iter longe vie Antiochie.
Hierosolymitanus ammiralius in adjutorium cum suo
exercitu venit; rex Damasci illuc venit cum maxima
gente; idem vero Curbaram congregavit innumeras
gentes paganorum, videlicet Turcos, Arabes, Saracenos,
Publicanos, Azimitas, Curtos*, Persas, Agulanos^ et
a. tertia die omis dans A^y A^y C. — b. possel sufFerre ^4^ B.
— c. C[urbaram], initiale en rouge dans A^; alinéa dans A^. —
d. quantocius misit ad eum legationem C. — e. Antiochenam
A^y A^y By C. — /• aut eum maximo munere ditaret omis dans
A^. — g. Angulanos C^, C*.
I. Courbaram (appelé Corbaga par Raimond d’Aguilers, Corba-
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KERBOGA ENTRAÎNE SON ARMÉE SUR ANTIOCHE I I I
Ces événements eurent lieu le troisième jour de juin, cin¬
quième férié, trois jours avant les nones de juin. Toutes les
places de la ville étaient encombrées de cadavres, au point
que nul ne pouvait y séjourner à cause de la puanteur. On
ne pouvait circuler dans les rues qu’en marchant sur les
cadavres des morts.
[NEUVIÈME RÉCIT]
[Siège d’Antioche par les Turcs (3-28 juin 1098)]
[21.] Courbaram*, chef de la milice du Soudan de Perse*,
étant encore en Khorassan, avait reçu de Cassian, amiral
d’Antioche, plusieurs messages qui lui demandaient de le
secourir en temps opportun, car, tombé dans le plus grave
embarras, il était assiégé dans Antioche par la courageuse
nation des Francs. Si Courbaram lui fournissait des secours,
il lui livrerait la ville d’Antioche ou, du moins, lui donnerait
une riche récompense. Courbaram avait réuni depuis long¬
temps déjà une grande armée de Turcs. Ayant reçu du
calife, qui est leur apostolique®, licence de tuer les chré¬
tiens, il prit immédiatement la longue route qui mène à
Antioche.
L’amiral de Jérusalem vint à son aide avec son armée; le
roi de Damas vint aussi avec une grosse troupe et Courbaram
rassembla des masses innombrables de païens. Turcs,
Arabes, Sarrasins, Publicains, Azymites, Kurdes^, Persans,
gath par Foucher de Chartres, KovipTcayâv par Anne Comnène,
Kerbôga par les historiens arabes), émir de Mossoul, au service
des sultans seldjoucides de Perse.
2. La Perse désigne l’empire turc seldjoucide, gouverné par le
sultan Barkariok (1092-1104).
3. Le calife abbasside de Bagdad, dont les Turcs reconnais¬
saient l’autorité spirituelle : d’où sa naïve assimilation au pape
des chrétiens.
4. Cwrh, les Kurdes, que l’on trouve déjà établis en grand
nombre hors de leur pays d’origine, en particulier en Syrie.
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II2 ANTIOCHIAE OPPIDUM CURBARAM PRINCIPI TRADITUR
alias multas gentes innumerabiles. Et Agulani^ fuerunt
numéro iii milia, qui neque lanceas neque sagittas neque
ulla arma timebant, quia omnes erant undique cooperti
ferro et equi eorum ipsique nolebant in bellum ferre
arma, nîsi solummodo gladios. Isti omnes venerunt in
obsidionem Antiochie ad dispergendum Francorum
collegium.
Et, cum appropinquassent urbi, venit obviam illis
Sensadolus’, fillus Cassiani, ammiralii Antiochie, et
continuo cucurrit ad Curbaram lacrimabiliter rogans
eum et dicens : « Invictissime princeps, te supplex pre-
cor quatinus modo mihi succurras, quoniam Franci
undique obsident me in Antiocheno oppido* urbemque
tenent in suo imperio nosque alienare a regione Re¬
manie^ sive Syrie", aut eciam* et Corrozani*^ cupiunt.
Omnia patravere que voluerunt, patrem occiderunt
meum; nihil aliud superest, nisi ut me et te et omnes
alios ex genere nostro imerficiant. Ego namque jamdu-
dum tuum exspecto auxilium ut mihi succurras in hoc
periculo. » Cui ait ille : « Si vis ut ex toto corde in tuo
sim proficuo tibique fideliter in hoc succurram pericu¬
lo illud oppidum in meam trade manum et tune vide-
bis qualiter in tuo ero proficuo idque faciam custodire
meis hominibus*. » Ait illi Sensadolus : « Si potes omnes
Francos occidere mihique capita eorum tradere, tibi
dabo oppidum tibique faciam hominium et in tua fide-
litate custodiam illud oppidum. » Cui Curbaram :
« Non ita, inquit, erit, sed continuo in meam manum
commiite castrum. » Tandem volens nolensque com-
misit illi castrum®.
a. Romana sive Siriaca A^, A^. — b. adhuc autem B; ne cum
et O; neenon etiam et C*, C®. — c. Corrozana A^; Corozane C.
— d. tibique fideliter . periculo omis dans C*. — e. meos ho-
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LA CITADELLE D*ANTIOCHE LIVREE A KERBOGA Il3
Angulans et autres peuples innombrables. Les Angulans^
étaient au nombre de trois cent mille et ne craignaient ni
lances, ni flèches, ni aucune autre arme, car eux et leurs
chevaux étaient entièrement couverts de fer et eux-mêmes
ne voulaient porter d’autres armes au combat que des glaives.
Tous vinrent assiéger Antioche, afin de disperser l’armée
des Francs.
Comme ils approchaient de la ville, ils rencontrèrent
Sensadolus*, fils de Cassian, amiral d’Antioche. Il courut
à Courbaram, en l’implorant avec des larmes, en lui
disant : « Prince invincible, je t’en supplie, viens à mon
secours, car les Francs m’assiègent de toute part dans la
citadelle d’Antioche ^ et ils tiennent la ville en leur pouvoir
et désirent nous chasser de la Romanie^, de la Syrie et
même du Khorassan. Ils ont accompli ce qu’ils voulaient et
ont tué mon père; il ne leur manque plus que de m’exter¬
miner, ainsi que toi et tous ceux de notre race. Pour moi,
je n’attends plus que ton aide et ton secours dans ce péril. »
Courbaram répondit : « Si tu veux que je cherche de tout
mon cœur à t’être utile et que je te secoure fidèlement dans
ce péril, remets entre mes mains cette citadelle; alors tu
verras quel service je te rendrai, et je la ferai garder à mes
hommes. » Sensadolus répartit : « Si tu peux tuer tous les
Francs et me livrer leurs têtes, je te donnerai la citadelle,
je te ferai hommage et je garderai cette citadelle dans ta
fidélité. » Mais Courbaram : « Non, dit-il, ce n’est pas cela,
mais c’est tout de suite qu’il faut remettre ton château entre
mes mains. » Bon gré, mal gré, il dut lui livrer la citadelle'^
mines .(4^, B. La leçon de et de C^que nous adoptons^ coïncide
avec TudebodCy p. 6o, et V « Hist. belli sacri », p. igS.
1. Sur les Angulans, voir p. 49. Inutile de faire ressortir Texa*
gération du chiffre de trois cent mille, qui leur est attribué.
2. Sensadolus, transcription de Schems-ed-daoula.
3. On a vu plus haut que les Turcs s'étaient retranchés dans la
citadelle d’Antioche. La démarche de Schems-ed-daoula prouve
qu’elle n’était pas encore étroitement bloquée.
4. La Romanie désigne ici l’Asie Mineure. Voir p. g.
3. Le fond même de ce dialogue est tout à fait vraisemblable
et a pu être connu des croisés par des espions.
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114
URBEM CURBARAM OBSIDET
Tercia vero die postquam intravimus civitatem*,
eorum precursores ante urbem precurrerunt, exercitus
autem illorum ad pontem Farreum^ castrametatus est
et expugnaverunt turrim® et occiderunt omnes quos
illic invenerunt et nemo evasit vîvus, nisi dominus illo¬
rum, quem invenimus ligatum in vinculis ferreis, facto
majore bello^
Grastina vero die®, moto exercitu paganorum, appro-
pinquaverunt urbi et castrametati sunt inter duoflumi-
na*® steteruntque ibi per duos dies^. Recepto itaque
Castro®, Curbaram convocavit unum ammiralium ex
suis, quem sciebat veracem, mitem et pacificum, et ait
illi : a Volo ut intres in fidelitatem meam custodire
hoc castrum, quoniam ex longissimo tempore scio te
fidelissimum, ideoque precor te ut summa cautela hoc
serves oppidum*. » Gui ait ammiralius : « Tibi unquam
de tali nollem obedire officio, sed tamen* hoc faciam
1110 tenore ut, si Franci ejecerint vos de mortali prelio
et vicerint, eis continuo tradam hoc castrum » ; dixitque
1111 Gurbaram : « Tarn honestum et prudentem te co-
gnosco, ut omne quicquid boni vis agere, ego consen-
liam. »
Reversus est itaque Gurbaram ad suum exercitum et
protinusTurci^,deludentes Francorum collegium,detu-
lerunt ante conspectum Gurbaram quendam vilissimum
ensem rubigine tectum et teterrimum arcum ligneum
et lanceam nimis inutilem, que abstulerant nuper pau-
a. A la suite de ce mot, B ajoute : adhuc namque quod scio te
in opéré prudentissimum, nullum magis veracem et fortissi-
mum hic modo reperire possum. Même texte dans Tudebode,
p. 6ij et V a Hist. bellisacri »,p. Jg8. — b. Xdimen omis dans ,
B; après ce mot, B ajoute : priusquam me tuo arguas stimule
{texte qu'on retrouve dans Tudebode, p. 6i, et V « Hist. belli
sacri », p. igS). — c. Turci omis dans A''-, B.
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RERBOGA ASSIÈGE LA VILLE (5 juin IO98) IlS
Le troisième jour après notre entrée dans la ville leurs
éclaireurs parurent sous les murs et leur armée campa au
pont du Far*. Ils prirent d’assaut une tour® et massacrèrent
tous ceux qu’ils y trouvèrent, et personne d’entre eux
n’échappa à la mort, sauf leur chef, que nous trouvâmes
chargé de chaînes après la grande bataille^.
Le lendemain*, l’armée païenne, s’étant ébranlée, appro¬
cha de la ville et vint camper entre les deux fleuves®, où elle
resta deux jours^. Puis, ayant reçu livraison de la citadelle®,
Courbaram appela un amiral de sa suite, qu’il savait sincère,
doux et pacifique, et lui dit : « Je veux que tu entres dans
ma fidélité pour garder cette citadelle, car je connais ta
fidélité de longue date et je t’adjure de garder cette citadelle
avec soin. » L’amiral lui répondit ; « Je préférerais n’obéir
jamais à un pareil ordre; cependant je le ferai, à cette con¬
dition que, si les Francs vous repoussent par un combat
meurtrier, je leur livrerai immédiatement ce château. »
Courbaram lui répondit : « Je connais assez ton honnêteté
et ta prudence pour consentir à tout ce que tu jugeras bon
de faire. »
Courbaram revint à son armée, et les Turcs, voulant se
moquer des Francs, apportèrent en sa présence une épée de
peu de prix, toute couverte de rouille, un arc noirci et une
lance hors d’usage qu’ils venaient d’enlever à de pauvres
1. Le 5 juin. Cf. la lettre des princes à Urbain 11 {Epistulae et
chartae, p. 162) : « Qui iii“ die nos obsederunt. » Anselme de
Ribemont {Ibid. y p. iSg) et Albert d’Aix (IV, 27, p. 407) donnent,
au contraire, le 4 juin.
2. L’Oronte. Voir plus haut, p. 66, n. i.
3. Il s’agit d’une des tours qui défendaient l’entrée du pont du
Far.
4. Après la grande victoire remportée sur Courbaram (ou Ker-
bôga) le 28 juin. Là encore l’auteur anticipe sur les événements.
5. Le 6 juin.
6. Dans la presqu’île formée par l’embouchure du Kara-Sou
dans l'Oronte, à sa sortie du lac d’Antioche.
7. Les 6 et 7 juin.
8. La citadelle d’Antioche, livrée à Courbaram par Schams-ed-
daoula.
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Il6 CURBARAM AD CALIPHAM SCRIBIT
peribus peregrinis dixeruntque : « Ecce arma que aitu-
lerunt Franci obviam nobis ad pugnam. » Tune Cur-
baram cepit subridere, palam dicens omnibus" : « Hec
sunt arma bellica et nitida que attulerunt Christiani su¬
per nos in Asiam, quibus putant nos et confidunt expel-
lere ultra confînia Corrozane et delere omnia* nomina
nostra ultra Amazonia fiumina \ qui propulerunt omnes
parentes nostros a Romania et Antiochia urbe regia, que
est honorabile caput totius Syrie*. »
Mox convocavit suum notarium et ait : « Scribe cîto
plures chartas que in Corrozana sint legende, videli-
cet : Caliphe nostro apostolico* ac nostro régi domino
soldano, militi fortissimo atque omnibus prudentissi-
mis militibus Corrozane salus et immensus honor.
Satis sint leti et gavisi jocunda concordia et satisfaciant
ventribus, impereni et sermocinent per universam re-
gionem illam ut omnino dent sese ad petulantiam et
ad luxuriam multosque filios patrare congaudeant qui
contra Christianos fortiter pugnare prevaleant etliben-
ter suscipiant hec tria arma que olim abstulimus a
Francorum turma et discant modo que arma attulerit
super nos gens Francigena^. Adhuc quoque sciant
omnes quoniam ego cunctos Francos intus in Antiochia
conclusos habeo et castrum in mea libéra teneo volun-
tate, illi vero deorsum sunt in civitate. Habeo etiam
omnes illos jam in mea manu eosque faciam aut capi-
a. A la suite de ce mot, B ajoute : qui in illo aderant collegio.
Même addition dans Tudebode, p. 62, et dans V « Hist. belli
sacri », p. igS (avec la variante contubernio au lieu de colle-
gio*). — b. omnia dans B. — c. A la suite de ce mot, B ajoute :
qualiter optima et perfecta sunt, heu! certare contra nostra
arma, quae bis aut ter sive quater sunt colorata aut purgata,
seu argentum aut aurum purissimum. Même addition dans Tu~
debode, p. 62, et dans V « Hist. belli sacri *, p. igg.
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LETTRE DE KERBOGA AU CALIFE II7
pèlerins, et lui dirent : « Voici les armes que les Francs ont
apportées pour nous combattre. » Courbaram, souriant, dit
en présence de tous : « Telles sont les armes belliqueuses
et brillantes que les chrétiens ont apportées pour nous sur¬
monter en Asie et avec lesquelles ils pensent avec confiance
nous chasser au delà du Khorassan et détruire notre nom
jusque par delà les fleuves des Amazones^, eux qui ont
expulsé nos parents de la Romanie et d’Antioche, cette ville
royale, capitale magnifique de toute la Syrie 2. »
Aussitôt il convoqua son notaire et lui dit : « Écris tout
de suite plusieurs chartes qui seront lues en Khorassan, à
savoir : A notre calife apostolique^ et à notre seigneur-roi
le Soudan, chevalier très courageux, et à tous les sages che¬
valiers du Khorassan, salut et grand honneur ! Puissent-ils
être gais et, dans une joyeuse concorde, donner satisfaction
à leur ventre, commander et pérorer dans toute la région,
s’adonner à leur fougue et à leur luxure et engendrer beau¬
coup de fils capables de combattre vaillamment contre les
chrétiens. Qu’ils veuillent bien accepter ces trois armes que
nous avons enlevées à une troupe de Francs et qu’ils
apprennent quel genre d’armes le peuple franc a apportées
pour nous vaincre. Que tous sachent encore que je tiens les
Francs enfermés dans Antioche, que j’occupe la citadelle à
ma volonté, tandis qu’ils se trouvent en bas dans la ville.
Ils sont déjà tous en mon pouvoir et ils seront ou condam-
1. L’emploi de cette allusion à un souvenir classique montre
le caractère fabuleux du discours de Courbaram (ou Kerbôga). On
plaçait le séjour des Amazones sur les bords du Thermodon et
de l’Iris (lechil Irmak), fleuves du Pont. Cette légende était popu¬
laire en Occident, comme le montre le curieux chapitre sur les
Amazones et leurs rapports avec les Goths, inséré (d’après Jor-
danis et Orose) par Ekkehard d’Aura (mort en ii25) dans sa
Chronique universelle (Migne, Patrologie latine, t. CLIV, col. ySo-
736).
2. Ces réflexions inutiles forment contraste avec la sobriété
habituelle des discours qui se trouvent dans notre texte. Sur le
caractère artificiel de ces passages, voir l’Introduction, p. vi-vii.
3. Ce protocole imité des chartes latines et l’expression d’ « apos¬
tolique » appliquée au calife achèvent de démontrer le caractère
fabuleux et imaginaire du morceau.
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Il8 MATER CURBARAM FILIUM ALLOQUITUR
talem subire sententiam aui deduci in Corrozanum in
captivitatem nimiam, eo quod minantur nos suis armis
propulsare et expellere ab omnibus finibus nostris®,
ceu* ejecerunt omnes parentes nostros a Romania sive
Syria. Amodo juro vobis per Machomet et per omnia
deorum nomina^ quoniam ante vestram non ero redi-
turus presentiam donec regalem urbem Antiochiam et
omnem Syriam sive Romaniam atque Bulgariam usque
in Apuliam acquisiero mea forti dextera, ad deorum
honorem et vestrum et omnium qui sunt ex genere
Turcorum. » Sic fecit finem dictis.
[22.] Mater vero ejusdem Curbaram, que erat in
Aleph civitate, denuo*" venit ad eum dixitque illi lacri-
mabiliter^ : « Fili, suntne vera que audio? » Cui ait ille :
« Que? » Et dixit ilia : « Audivi quia bellum vis com-
mittere cum Francorum gente. » Ait ille : « Verum
omnino scias. » Dixit ilia : « Contestor te, fili, per om¬
nium deorum nomina'^etpertuam magnam bonitatem
ne bellum cum Francis committas quoniam tu es miles
invictus* et te e campo ab aliquo victore fugientem
quisquam minime invenit. Diffamata est tua milicia,
ubique omnesque prudentes milites audito tuo nomine
contremiscunt. Satis namque scimus, fili, quoniam tu
es bellipotens et fortis et bellorum ingeniosus-'" nul-
laque gens christianorum vel paganorum ante tuum
conspectum aliquam virtutem habere potuit, sed fugie-
bant solummodo audito tuo nomine, sicut oves ante
leonis furorem fugiunt; ideoque obsecro te, carissime
a. A la suite de ce mot, B ajoute : aut ejicere ultra superio-
rem Judaeam B. Même addition dans Tudebodey p. 62-63^ et
V « Hist. belli sacri », p. rpp {avec la variante Indiam pour
Judaeam dans ces deux textes). — b. seu B; sicut C*, C*; aut
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DISCOURS DE LA MERE DE KERBOGA A SON FILS II9
nés à mort ou conduits en captivité dans le Khorassan,
parce qu’ils nous menacent de nous repousser par leurs
armes et de nous expulser hors de nos frontières, comme
ils ont expulsé nos parents de Romanie ou de Syrie. Et je
vous fais serment par Mahomet et par les noms de tous
nos dieux* que je ne reparaîtrai pas en votre présence avant
d’avoir acquis de ma forte main la ville royale d’Antioche,
toute la Syrie et la Romanie et la Bulgarie jusqu’à l’Apulie,
en l’honneur de nos dieux, de vous et de tous ceux qui sont
de la race turque. » Telle fut sa conclusion.
[22.] La mère du même Courbaram, qui se trouvait dans la
ville d’Alep, vint le trouver et lui dit tout en larmes^ : « Fils,
est-ce vrai ce que j’apprends? * — « Quoi?» répondit-il. —
« J’ai appris, dit-elle, que tu veux engager la bataille avec
l’armée des Francs. » — «t Sache que c’est vrai. » — « Je
t’adjure, mon fils, par les noms de tous les dieux et par ton
bon naturel, de ne pas engager la bataille avec les Francs.
Chevalier invincible, nul ne t’a jamais vu sur le terrain fuir
devant un vainqueur. Ta chevalerie est renommée, et partout
les meilleurs chevaliers tremblent en entendant ton nom.
Nous savons suffisamment, fils, que tu es un guerrier puis¬
sant, courageux, savant dans l’art de la guerre : aucune
nation chrétienne ou païenne n’a pu manifester sa force de¬
vant ta face, mais on les voyait fuir au seul bruit de ton nom,
comme des brebis fuient devant la fureur d’un lion. Pour
sicui C3. — c. statim B. — d. numina A*, C. — e. A la suite
de ce mol, B ajoute : et nullam imprudentiam ex te aut ex tuo
exercitu unquam penitus audivi. Même leçon dans Tudebode,
p. 6Jf et V « Hist. belli sacri », p. igg (c/. Guibert de Nogenty
p. ig2). — /. et bellorum ingeniosus omis dans A*, A*, C*.
1. Les Occidentaux considéraient les Musulmans comme des
païens adorant des idoles et croyant à l’existence de plusieurs
dieux. Le point de vue de l’Anonyme est le même à cet égard
que celui des chansons de geste.
2. Sur le caractère entièrement romanesque de ce morceau, voir
l’Introduction, p. vi-vii.
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120 CURBARAM NE CHRISTIANOS INVADAT MATER HORTATUR
fili, Ut meis acquiesças consiliis et ne unquam in tuo
hesitet" animo aut in tuo inveniatur consilio ut bellum
velis incipere cum christiana* gente. »
Tune Curbaram, materna audiens monita, feroci
respondit sermone : « Quid est hoc, mater, quod mihi
refers? Puto quod insanis aut furiis es plena. Enimvero
mecum habeo plures ammiralios quam christiani sint,
sive majores, sive minores. » Respondit ei mater sua :
« 0 dulcissime fili, Christiani nequeunt vobiscum bel-
lare : scio namque quod non valent nobis pugnam in-
ferre; sed Deus eorum pro ipsis cotidie pugnat eosque
die noctuque sua protectione défendit et vigilat super
eos sicut pastor vigilat super gregem suum et non per-
mittit eos ledi vel conturbari ab ulla gente et quicumque
volunt eis obsistere idem eorum Deus conturbat illos,
sicut ipse ait per os David prophète : Dissipa gentes
que bella volunt' et alibi : Effunde iram in gentes que
te non noverunt et in régna que nomen tuum non znvo-
caverunî^. Antequam preparaii sint ad incipiendum
bellum, eorum Deus omnipotens*" et bellipotens^ simul
cum sanctis suis omnes inimicos jam habet devictos;
quanto magis faciet circa vos qui ejus estis inimici
et qui preparastis vos obsistere eis tota virtute? Hoc
autem, carissime, in rei veritate scias, quoniam isti
Christiani filii Christi* vocati sunt et, prophetarum
ore, filii adoptionis et promissionis^ et secundum
Apostolum heredes Christi sunt*^ quibus Christus
hereditates repromissas jam donavit dicendo per pro-
phetas : A solis ortu usque ad occasum erunt termini
vestri et nemo stabit contra vo5*. Et quis-^ potest his
a. hesites A^; hereat C. — b. Christianorum A^. — c. Deus
optimus A^f Bj C*. — d. et beUipotens en marge dans A^. —
e. filii Dei C; même leçon dans Tudebode (manuscrits C, Z);,
p. 64y et V « Hist. belli sacri », p. 200. — /. qui A^^ B, C*, O.
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LA MÈRE DE KERBOGA LUI DÉCONSEILLE D^ATTAQUER I2I
ces raisons, je te supplie, très cher fils, d’écouter mes con¬
seils et de ne jamais discuter la possibilité ou caresser le
dessein de commencer la guerre contre la nation chrétienne. »
A ces remontrances maternelles, Courbaram répondit fiè¬
rement : « Qu’est-ce donc, ma mère? Que me racontes-tu là?
Es-tu folle et la proie des furies? J’ai avec moi plus d’émirs
qu’il n’y a de chrétiens, grands ou petits ». — < Très doux
fils, répondit sa mère, les chrétiens ne peuvent soutenir le
combat contre vous; je sais qu’ils sont incapables d’engager
la bataille contre nous, mais leur Dieu combat chaque jour
pour eux ; jour et nuit il les défend par sa protection,
comme un pasteur veille sur son troupeau, et il ne permet
pas qu’ils soient lésés ou troublés par une nation quel¬
conque; et ceux qui veulent leur résister, leur Dieu les
trouble à leur tour, comme il l’a dit par la bouche du pro¬
phète David : Dissipe les nations qui veulent la guerre^, et
ailleurs : Déverse ta colère sur les nations qui ne t'ont pas
connu et sur les royaumes qui n’ont pas invoqué ton nom*.
Avant même qu’ils se soient préparés à commencer une
guerre, leur Dieu tout-puissant et invincible a déjà vaincu
tous leurs ennemis avec ses saints; à plus forte raison, que
fera-t-il de vous qui êtes ses ennemis et qui vous préparez
à leur résister de toute votre force? Sache-le, mon très cher,
en toute vérité : ces chrétiens sont appelés les fils du Christ
et, par la bouche des prophètes, les fils de l’adoption et de la
promesse^ et, suivant l’apôtre, ils sont les héritiers du Christ^.
C’est à eux que le Christ a déjà donné l’héritage qu’il avait
promis, lorsqu’il disait par les prophètes : Du levant au
couchant seront vos frontières et nul ne se dressera contre
voMJ*. Qui pourrait contredire ces paroles ou s’y opposer?
1. Ps. 67, 3i. La mère de Courbaram prononce un véritable ser¬
mon, qui est dû certainement à la même plume que le chapitre i.
2. Ps. 78, 6.
3. Rom., IX, 8; Gai., IV, 5.
4. Rom., VIII, 17 : « Heredes quidem Dei, coheredes autem
Christi. »
5. Deuter, XI, 24-26; Josué, I, 4-6.
Prtmiirt croitadt. 1 1
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122 RENUENTI CURBARAM PESSIMA MATER MINATUR
dictis contradicere vel obstare? Certe si hoc bellum
contra eos® inceperis, maximum tibi erit damnum* ac
dedecus et multos fideles tuos milites perdes et universa
spolia que apud te habes amittes et nimio pavore fu-
giendo everteris. Tu autem in hoc bello non morieris
modo, sed tamen® in hoc anno’, quoniam ipse Deus
non statim judicat*^ offendentem se exerta ira, sed quan-
do vult* punit cum manifesta vindicta-'^ ; ideoque timeo
ne te judicet penali tristicia. Non morieris, inquam,
modo, verumtamen perditurus es in presenti^ habita. »
Curbaram denique valde dolens intimis visceribus,
auditis maternis sermonibus, respondit : « Mater caris-
sima, queso te, quis dixit tibi talia * de genie christiana,
quod Deus eorum tantum eos amet et quod ipse pu-
gnandi virtutem in se retinet maximam et quod illi
Christiani Vincent nos in Antiocheno prelio et quod
ipsi capturi sunt nostra spolia nosque persecuturi ma¬
gna Victoria et quod in hoc anno moriturus sum
morte subitanea? »
Tune respondit ei mater sua dolens : « Fili carissime,
ecce sunt plus quam centum annorum tempora dequi-
bus inventum est in nostra pagina* et in gentilium vo-
luminibus, quoniam gens christiana super nos foret
ventura et nos ubique victura^ac super paganos regna-
tura et nostra gens illis ubique erit subdita, sed ignoro
utrum modo an in futuro sint hec eventura*. Ego
a. illos A^. — b. dampnum A^. — c. tantum A*. — d. vindi-
cat B. — e. offendentem sed exerta ira quem vult A*, A*^ C*.
— /. cum manifesta ira vindicta A^ {sous ira un mot effacé). —
g. presentiarum A"^, A^; praesentiarum B, C {seule la leçon de
A^ est intelligible). — h. ista ^4*, B. — i. et nos ubique victura
omis dans A^.
I. En réalité, Courbaram ne devait mourir qu’en 495 de l’hégire
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KERBOGA MENACÉ PAR SA MERE DES PIRES MALHEURS 123
Certainement, si tu commences la guerre contre eux, tu en
retireras un grand dommage et la honte, tu perdras beau¬
coup de tes fidèles chevaliers, tu abandonneras tout ton
butin et tu t’enfuiras saisi de terreur. D’ailleurs, tu ne mour¬
ras pas dans cette bataille, mais au cours de cette année
car Dieu, dans sa colère, ne juge pas de suite celui qui l’a
offensé, mais, au moment voulu par lui, il en tire une ven¬
geance éclatante, et voilà pourquoi je crains qu’il ne te juge
digne d’un châtiment sévère. Tu ne mourras pas, dis-je,
mais tu vas perdre tout ce que tu possèdes à présent. »
Remué jusqu’au plus profond de ses entrailles, Courbaram,
à ce discours maternel, répondit : « Très chère mère, je t’en
supplie, qui t’a dit tout cela de la race chrétienne, que leur
Dieu les aime tellement, qu’il ait en lui une telle puissance
pour combattre, que ces chrétiens nous vaincront devant
Antioche, qu’ils s’empareront de nos dépouilles, qu’ils nous
poursuivront après une grande victoire et que je dois mou¬
rir dans l’année de mort subite? »
Sa mère lui répondit avec tristesse : « Très cher fils, voilà
plus de cent ans que l’on a découvert dans notre livre * et
dans les écrits des païens que la gent chrétienne nous atta¬
quera et nous vaincra partout, qu’elle régnera sur les païens
et que notre race lui sera soumise, mais j’ignore si tous ces
événements doivent se produire maintenant ou plus tard®.
(octobre 1101-1102) à Khoï, dans TAzerbaïdjan [Recueil des histo-
riens des croisades; documents arméniens^ t. I, p. 39).
2. C’est-à-dire le Coran.
3. Tout ce passage est inspiré des innombrables prophéties ou
oracles attribués au prophète Daniel, aux Sibylles, à l’empereur
Léon le Sage, répandus en Occident aussi bien qu’en Orient. Une
rédaction de ces prophéties, attribuée à un certain Methodios de
Patara, circulait en Occident depuis le viii* siècle (voir Byi^anti-
nische Zeitschrift^ t. IX, 1900, p. 222-228). Au cours de son ambas¬
sade à Constantinople en 964, Liutprand, évéque de Crémone,
avait entendu parler de ces livres prophétiques où les Grecs et
les Sarrasins lisaient l’avenir [Liutprandi legatio^ 37, dans les
Monumentae GermaniaCy ScriptoreSy t. III, p. 355). Sur toute cette
littérature, voir la bibliographie de Krumbacher, Geschichte der
By^antinischen Litteratur (1897), p. 627-630. On peut en rappro-
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124 CONSILIA MATRIS CURBARAM CONTEMNIT
utique* misera sum te secuta ab Aleph urbe pulcherri-
ma, in qua speculando atque ingeniose rimando * respexi
in celorum astra et sagaciter scrutata sum plânetas et
duodecim signa^ sive sortes innumeras. In eis omnibus
reperi quoniam gens christiana nos ubique est devic-
tura ideoque de te timeo valde, nimis mesta, ne ex te
remaneam orbata. »
Dixit illi Curbaram : « Mater carissima, die mihi
omnia que in corde meo sunt incredula. » Que respon-
dens^ ait : « Hoc, carissime, libenter faciam, si sciero
ea que tibi sunt incognita'^^. » Cui ille dixit : « Non
sunt igitur Boamundus et Tancredus Francorum dii et
non eos libérant de inimicis suis et quod* ipsi man-
ducant in uno quoque prandio ii milia vaccas et iv milia
porcos^. n Respondit mater : « Fili carissime-^, Boamun¬
dus et Tancredus mortales sunt sicut alii omnes, sed
Deus eorum valde diligit eos pre omnibus aliis et vir-
tutem preliandi dat eis pre ceteris; nam Deus illorum,
omnipotens est*" nomen ejus, qui fecit celum et terram et
fundavit maria et omnia que in eissunt^^ cujus sedes in
celo* parata in eternum, cujus potestas ubique est me-
tuenda. » Ait filius : « Si ita est causa, cum eis preliari
non desinam. » Itaque audiens mater ejus quod nullo
modo acquiesceret consiliis suis, mestissima recessit re-
trorsum in Aleph, deferens secum cuncta spolia que
conducere poiuit.
[23.] Tercia vero die*armavit se Curbaram et maxi-
a. itaque O, C®. — b. ingenio servando A^, A^j CK —
c. respondens omis dans A'^. — d. incredula A^, A^. — e. non
ipsi A*, A^y C. — /. karissime AK — g. est omnipotens AK —
fl. in celo est A^j B, C*.
cher les prophéties arabes transmises aux croisés devant Damiette
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RERBOGÀ MÉPRISE LES CONSEILS DE SA MERE 125
Remplie de chagrin, je t’ai suivie d’Alep, ville magnifique,
dans laquelle, par des observations et des recherches ingé¬
nieuses, j’ai lu dans les astres et j’ai interrogé les planètes
et les douze signes^ et les innombrables présages. Dans
tous, j’ai trouvé que la gent chrétienne nous vaincra par¬
tout, et je tremble pour toi, dans ma tristesse, redoutant de
rester privée de toi. »
Courbaram lui dit : « Mère chérie, dis-moi tout ce que
mon cœur se refuse à croire. » — « Je le ferai volontiers,
très cher, répondit-elle, si je sais les choses qui te sont in¬
connues. B — « Bohémond et Tancrède, reprit-il, ne sont
pourtant pas les dieux des Francs et ne les délivrent pas de
leurs ennemis parce qu’ils mangent en un seul repas
2 000 vaches et 4000 porcs*! » — « Très cher fils, dit la mère,
Bohémond et Tancrède sont mortels comme tout le monde,
mais leur Dieu les préfère à tous les autres et leur donne la
force de combattre avant tous les autres; car leur Dieu, son
nom est tout-puissant, a fait le ciel et la terre et a créé les
mers et tout ce qu^elles renferment^ ; son trône a été préparé
au ciel éternellement, sa puissance est partout à craindre. »
— « S’il en est ainsi, répartit le fils, je ne cesserai pas de les
combattre, j» La mère, entendant qu’il ne voulait pas céder
à ses objurgations, retourna, pleine de tristesse, à Alep, non
sans emporter avec elle tout le butin qu’elle put y conduire.
[23.] Le troisième jour^, Courbaram s’arma et un gros de
en i2ig (édit. Rdhricht, Quinti belli scriptores^ publication de la
Société de l’Orient latin, série historique, t. II, p. 202-228).
1. Les douze signes du zodiaque. Témoignage intéressant sur
la vogue de l’astrologie à cette époque.
2. Il y a quelque obscurité dans cette réflexion ironique. Bau-
dri de Bourgueil (III, 4, p. 63, variante 26 des manuscrits G) en a
certainement altéré le sens en essayant de l’expliquer. En re¬
vanche, les chiffres donnés comme correspondant aux besoins
des croisés seraient intéressants si l’on pouvait en prouver la
véracité.
3. Exode, XX, II.
4. Le 8 juin. L’Ânonyme reprend son récit au troisième jour
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126
DE NONNULLORUM MILITUM FUGA
ma pars Turcorum cum eo veneruntque ad civitatem
ex ilia parte in qua erat castrum^ Nos autem puiantes
resistere posse illis, paravimas bellum contra eos, sed
tam magna fuit virius" illorum quod nequivimus illis
resistere, sicque coacti intravimus civitatem; quibus*
tam mirabiliter arta et angusta fuit** porta, ut illic fue-
rint multi mortui oppressione aliorum'^.
Interea alli pugnabant extra urbem, alii intus, in
v» feria per totum diem usque ad vesperam*. Inter hec
Willelmus de Grentemaisnil^ et Albericus frater ejus^
et Wido Trussellus** et Lambertus Pauper®, isti omnes
timoré perierrito de hesterno bello quod duraverat ad
vesperam, nocte latenter demissi sunt-^^ per murum
fugientes pedibus contra mare, ita ut neque in pedibus
neque in manibus eorum remaneret aliquid nisi solum-
modo ossa®; multique alii fugerunt cum illis quos nes-
cio®. Venientes igitur ad naves que erant ad Portum
Sancti Symeonis, dixerunt nautis : « Quid hic, miseri,
statis? Omnes nostri mortui sunt et nos mortem vix
evasimus, quia exercitus Turcorum undique obsident
alios in urbe. » At illi, audientes talia, stabant stupefacti
ac, timoré perterriti, cucurrerunt ad naves et miserunt
a. virtus omis dans A^. — b. quibus fuit A^. — c. angusta por¬
ta A^. — d. Grentamenilg ^4', B; Grentemesnil A*. — e. Trus-
sellus et Willelmus de Sichis C*; Trussellus et Guillelmus de
Archis C*, C*. — /. dimissi A*; dimissi sunt fune C; « Hist.
belli sacri 200 ; Baudri de BourgueU, ///, 5, p. 64.
de l’arrivée de Courbaram devant Antioche. La lettre des princes
à Urbain II {Epistulae et chartae^ p. 162) et celle d’Anselme de
Ribemont {Ibid., p. iSq) indiquent la même date.
1. La citadelle, toujours occupée par les Turcs.
2. Cette porte se trouvait au midi, dans la partie la plus élevée
de l’enceinte.
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FUITE DE QUELQUES CHEVALIERS (lO juin IO98) 127
Turcs s’approcha avec lui de la cité, du côté où se trouvait
le château^ Nous, pensant que nous pourrions leur résis¬
ter, nous nous préparâmes à les combattre; mais ils dé¬
ployèrent une telle vigueur que nous ne pûmes leur résister,
et ce fut par force que nous rentrâmes dans la ville, dont la
porte se trouva si resserrée et si étroite que beaucoup y
moururent étouffes par leurs compagnons*.
Les uns combattaient hors de la ville, les autres à l’inté¬
rieur, le jour de la cinquième férié, pendant toute la journée
jusqu’au soir*. Sur ces entrefaites, Guillaume de Grandmes-
nil et son frère Aubri^, Gui Trousseau* et Lambert le
Pauvre®, terrifiés par le combat de la veille, qui avait duré
jusqu’au soir, s’enfuirent secrètement la nuit le long du
mur'^ du côté de la mer, si bien que de leurs pieds et de
leurs mains il ne restait plus que les os®, et beaucoup, qui
me sont inconnus, s’enfuirent avec eux*. Arrivés aux navires
qui se trouvaient à Port-Saint-Siméon, ils dirent aux mate¬
lots : « Que faites-vous là, malheureux? Tous les nôtres sont
tués, et c’est à grand’peine que nous-mêmes avons échappé
à la mort, car l’armée turque nous assiège dans la ville de
tous côtés. » A ces mots, ceux-ci restèrent stupéfaits, puis,
frappés de terreur, ils coururent à leurs navires et se mirent
3. Le 10 juin. D'après la lettre des princes à Urbain 11 (citée,
p. 125, n. 4), cent Turcs avaient réussi à pénétrer dans la citadelle
et essayèrent vainement de franchir la porte qui, dans le bas, la
faisait communiquer avec la ville.
4. Grandmesnil, arrondissement de Lisieux.
5. Guy Trousseau, seigneur de Montlhéry.
6. Lambert le Pauvre, comte de Clermont, près de Liège
7. Les variantes de C, qui introduisent deux autres noms et
parlent de fuite au moyen d’une corde {dimissi sunt fune)^ dé¬
notent une tradition postérieure, mais qui finit par prévaloir, les
fugitifs n’étant plus désignés que sous le nom de « funambules ».
8. C’est-à-dire qu’en descendant le long du mur ils s’étaient
écorchés au point que leurs os étaient à vif.
9. Dans une lettre aux évêques des Gaules datée de janvier 1099,
le pape Pascal II excommuniait les déserteurs d’Ântioche {Epis-
tulae et chartae^ p. 175).
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128
A TURCIS FRANCI OPPRIMÜNTUR
se® in mare^ Deinde* supervenienies Turci quos inve-
nerunt occiderunt et naves que in alveo fluminis reman-
serant combusserunt igné® et apprehenderunt spolia
eorum.
Nos denique, qui remansimus**, nequivimus sufFere
pondus armorum illorum fecimusque murum inter nos
et illos*, quem custodiebamus diu noctuque. Interea
tanta oppressione fuimus oppressi ut equos et asinos
nostros munducaremus®.
[24.] Quodam vero die stantibus nostris majoribus
sursum ante castellum tristibus ac dolentibus, venit
quidam sacerdos^ ante* eos et dixit : « Seniores, si vo-
» bis placei, audite rem quamdam quam in visione vi-
» di : cum nocte una jacerem in ecclesia Sancte Marie,
» matris Domini nostri Jesu Christi, apparuit mihi
» Salvator mundi cum sua genetrice et beato Petro
» apostolorum principe stetitque ante me et dixit
» mihi : « Agnoscis me? » Cui respondi : « Non. » His
» dictis ecce apparuit integra crux in capite ejus®. Ite-
» rum ergo interrogavit me Dominus dicens : « Agnoscis
» me? » Cui dixi : « Te alio modo non agnosco, nisi
» quiacrucem in capite tui-^ cerno sicut Salvatoris nos-
» tri. » Qui dixit : « Ego sum. » Statim cecidi ad pedes
» ejus rogans humiliter ut subveniret nobis in oppres-
» sione ilia que super nos erat. Respondit Domi-
j) nus : « Bene adjuvi vosetamodo adjuvabo; ego permis!
a. Le texte de s'arrête ici (fol. 32 v) pour reprendre au
chapitre 2g (fol. 33 r^). Au bas du fol. 32 v®, une note écrite au
XIV* siècle : Hic quaternio déficit, explique cette lacune^ qui ne
se retrouve pas dans A*, comme l'avaient cru les éditeurs des
Historiens occidentaux (t. III) et Hagenmeyer. Voir sur ce point
l'Introduction^ p. xxiv-xxvi. — b. denique A*. — c. igni A^^ B,
C‘, C*. — d. remanseramus C*; in urbe remanseramus C*.
— e. ad eos B; la leçon de A et de C, que nous adoptons, se
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LES FRANCS SERRÉS DE PRES PAR LES TURCS 129
à la mer*. Puis les Turcs survinrent et tuèrent tous ceux
qu’ils trouvèrent» mirent le feu aux navires embossés dans
le lit du fleuve et s’emparèrent de leurs dépouilles.
Nous qui restâmes, nous ne pouvions plus supporter le
poids de leurs armes et nous établîmes entre eux et nous un
mur 2 que nous gardions jour et nuit. Au même moment,
nous fûmes tellement resserrés par le blocus que nous man¬
gions nos chevaux et nos ânes^.
[24.] Un jour, nos chefs se trouvaient dans la ville haute,
devant le château, pleins de tristesse et de douleur, lorsqu’un
prêtre ^ parut devant eux et leur dit : « Seigneurs, écoutez,
» s’il vous plaît, ce que j’ai vu dans une vision : j’étais
» couché la nuit dans l’église de Sainte-Marie, mère de
» Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsque m’apparut le Sau-
» veur du monde avec sa mère et le bienheureux Pierre,
» prince des Apôtres, et il se tint devant moi et me dit : < Me
» reconnais-tu? » A quoi je répondis : « Non. » Aces mots,
» une croix entière m’apparut sur sa tête*. De nouveau, le
n Seigneur m’interrogea : « Me reconnais-tu? » — « Je ne
» te reconnaîtrais pas, lui dis-je, si je ne voyais sur ta tête
» une croix semblable à < celle de notre Sauveur. » — « Je
n le suis, dit-il. » Aussitôt je tombai à ses pieds en le sup-
» pliant humblement de nous secourir dans les calamités
» qui nous opprimaient. Le Seigneur répondit : < Je vous
trouve dans Tudebode^ p. 68 ^ et V « Hist. beîli sacri », p. 201.
— /. tuo CK C*.
1. Comme l’indique la phrase suivante, ils sortirent du Ut du
fleuve pour gagner le large.
2. Ce mur fut construit à l’intérieur de la ville, dont les Turcs
occupaient les parties hautes.
3. Cf. les lettres des princes à Urbain II {Epistulae et chartae,
p. 162) et du clergé et du peuple de Lucques {Ibid.y p. 166).
4. D’après Raimond d’Aguilers (ii, p. 255, et 18, p. 286}, il s’ap¬
pelait Étienne Valentin, et ce fut le ii juin qu’il révéla sa vision.
5. Cette croix n’est autre chose que celle qui orne toujours le
nimbe réservé au Christ par la tradition de l’art religieux. Le
prêtre voit le Christ comme il est représenté dans l’art.
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l3o VISIO CUJUSDAM SACERDOTIS
» VOS habere Nicenam civitatem et conduxi vos usque®
» et condolui vestre miserie quam passi fuistis in obsi-
» dione Antiochie; ecce in auxilio opportuno misi vos
» sanos et incolumes in civitatem et ecce multam pra-
» vam dilectionem operati estis^ cum christianis et pra-
» vis paganis mulieribus, unde immensus fetor ascendit
» in celum*. » Tune aima Virgo et beatus Petrus ceci-
» derunt ad pedes ejus*, rogantes eum et deprecanies
» ut suum in hac tribulatione adjuvaret populum dixit-
» que beatus Petrus « Domine, per tôt tempora tenuit
» paganorum gens domum meam^, in qua multa et
» ineffabilia mala fecerunt; modo vero expulsis inimi-
» cis inde, Domine, letantur angeli in celis »; dixitque
» mihi Dominus : « Vade ergo et die populo meo ut
» revertatur ad me et ego revertar ad ilium et infra
» V dies mittam ei magnum adjutorium et cotidie de-
» cantet responsorium : Congregati sunt*^^ lotum cum
n versu^. » Seniores, si hoc non creditis esse verum,
» sinite modo me in hanc scandere turrim mittamque
» me deorsum; si vero fuero incolumis, credatis hoc
» esse verum, sin autem ullam lesionem fuero passus,
» decollate me aut in ignem projicite me®. »
Tune Podiensis episcopus jussit ut adferrentur*^
evangelia et crux, quatinus juraret ille hoc esse verum
Consiliati sunt omnes majores nostri in ilia hora ut
jurareni sacramentum-'"® quod illorum nullus^ fugeret
a. usque hue C*, C*. — b. dilectionem opérantes B, C*. —
c. inimici nostri C*. — d. afFerrentur A^. — e. ille si hoc ver
uni esset A^. — f. super sacramentum C*; omnes sacramentum
A^. — g. nullus illorum A^.
1. Sur les désordres des croisés après leur entrée dans Antioche,
voir Raimond d’Aguilers, 9, p. 252, et Foucher de Chartres, I, 19,
p. 345.
2. On retrouve dans cette vision le motif iconographique de la
« Deisis » (supplication) montrant la Vierge et le Précurseur
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VISION d’un prêtre (il juin 1098) i3i
» ai bien aidés et je vais vous aider. J’ai permis que vous
n vous empariez de Nicée et je vous ai conduits jusqu’ici.
» J’ai compati à la misère que vous avez supportée pendant
» le siège d’Antioche ; grâce à mon secours opportun, vous
» êtes entrés dans la ville sains et saufs, et voici que vous
» vous êtes livrés à de criminelles amours avec les mau-
» vaises femmes chrétiennes et païennes, d’où une immense
» puanteur est montée jusqu’au cieP. » Alors, la Vierge
j> vénérable et le bienheureux Pierre tombèrent à ses pieds*
B en le suppliant et le priant pour qu’il aidât son peuple
» dans cette tribulation, et le bienheureux Pierre lui
B dit : « Seigneur, la gent païenne a occupé trop long-
B temps ma maison®, qui a subi de son fait des maux inex-
B primables; et maintenant, Seigneur, les ennemis sont
B expulsés et les anges se réjouissent dans les cîeux b ; et le
B Seigneur me dit : « Va et dis à mon peuple qu’il revienne
B à moi et je reviendrai à lui. D’ici à cinq jours je lui enver-
B rai un grand secours et qu’il chante chaque jour le répons :
« Ils se sont rassernHés, complètement avec le vers^. b Sires,
B si vous ne croyez pas que cela soit vrai, permettez-moi de
B monter sur cette tour et je me jetterai en bas ; si je suis sauf,
B ajoutez foi à ceci, et si je subis quelque mal, décapitez-moi
B ou jetez-moi au feu*, b
Alors l’évéque du Puy ordonna d’apporter les Evangiles
et la croix, afin qu’il jurât la véracité de ces faits. A cette
heure, nos chefs prirent la résolution de jurer par le sacre¬
ment* que nul d’entre eux, tant qu’ils seraient vivants, ne
implorant la miséricorde du Christ. Souvent saint Jean était rem¬
placé par le patron d’une ville, saint Démétrius à Salonique,
saint Marc à Venise. Or, saint Pierre étant le patron d’Antioche,
sa présence ici est toute naturelle.
3. Allusion à la cathédrale d’Antioche, dédiée à saint Pierre et
changée en mosquée par les Arabes.
4. Ps. 47, 4. Responsortum signifie les « répons b du chœur. Le
« vers » est la doxologie : Gloria Patri et Filio...y par laquelle
on termine les psaumes.
5. Exemple caractéristique des « épreuves b ou « jugements de
Dieu B si usités à cette époque, dont Pierre Barthélemy sera vic¬
time plus tard et que l’évéque du Puy remplace par un serment
sur la croix et l’Evangile.
6. Le « sacrement B ne peut désigner ici que l’Eucharistie. C'est
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i32
DE LANGEA DOMINI VISIONES
neque pro morte neque pro vita, quamdiu vivi essent.
Primus dicitur* jurasse Boamundus, deinde cornes
Sancti Egidii et Rotbertus Normannus ac dux Godefri-
dus et cornes Flandrensis. Tancredus vero juravit ac
promisit tali modo quia, quamdiu secum xl milites
haberet, non solum ex illo bello sed etiam ab Hiero-
solymitano itinere non esset recessurus. Nimis autem
exsultavit christiana congregatio, hoc audiens sacra-
mentum"*.
[26.] Erat autem quidam peregrinus de nostro exer-
citu,cui nomen Petrus^, cui antequam civitatem intra-
remus, apparuit sanctus Andréas apostolus^, dicens :
« Quid agis, bone vir? » Gui ille respondit : « Tu, quis
es? » Dixit ei apostolus : « Ego sum Andréas apostolus.
Agnoscas, fili, quia dum villam intraveris, vadens ad
ecclesiam beati Pétri, ibi invenies lanceam Salvatorîs
nostri Ihesu Christi* ex qua in crucis pendens pati-
bulo vulneratus est. » Hec omnia dicens apostolus con-
tinuo recessit.
Ipse autem, timens revelare consilium apostoli, noluit
indicare nostris peregrinis. Estimabat autem se visum
videre*; et dixit ad eum : « Domine, quis hoc credide-
rit*^? » In ilia vero hora accepit eum sanctus Andréas
et portavit eum usque ad locum ubi lancea erat recon-
a. audito sacramento C. — b. vidisse C*, C*. — c. crederet C*.
d'ailleurs, très clairement exprimée, l’interprétation du copiste
du manuscrit de Cambridge (C*) qui a ajouté : super, « sur le
sacrement i>, pour plus de clarté.
1. L’expression dicitur laisse supposer que l’Anonyme n’a pas
assisté à la scène.
2. Cependant, le découragement était tel que, le soir même,
Bohémond et l’évêque du Puy durent arrêter de nouvelles tenta>
tives de fuite (Raimond d’Aguilers, ii, p. 256).
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VISIONS AU SUJET DE LA LANCE DU SEIGNEUR l33
fuirait ni pour échapper à la mort ni pour sauver sa vie. On
dit^ que Bohémond jura le premier, puis ce fut au tour du
comte de Saint-Gilles, de Robert de Normandie, du duc
Godefroi et du comte de Flandre. Tancrède jura en ces
termes que, tant qu’il aurait avec lui quarante chevaliers, il
ne s’écarterait pas non seulement de cette guerre, mais
même de la route du Saint-Sépulcre. A la nouvelle de ce
serment, toute l’armée chrétienne exulta^.
[26.] Il y avait un pèlerin de notre armée, Pierre était son
nom^, à qui, avant notre entrée dans la ville, l’apôtre saint
André apparut^ en lui disant : « Que fais-tu, mon brave? »
— « Toi, qui es-tu? répondit-il. » L’apôtre lui dit : « Je suis
l’apôtre André. Apprends, mon fils, que quand tu entreras
dans la ville, si tu te rends à l’église Saint-Pierre, tu y trou¬
veras la lance de notre Sauveur Jésus-Christ*, par laquelle
il fut blessé lorsqu’il était suspendu au gibet de la croix. »
Après avoir dit ces mots, l’apôtre disparut.
Cet homme, craignant de révéler le conseil de l’apôtre,
s’abstint d’en faire part à nos pèlerins. Il pensait qu’il
n’avait eu qu’une vision et il lui dit : « Seigneur, qui pour¬
rait le croire? » A l’heure même, saint André le prit et le
conduisit à l’endroit où la lance était cachée dans la terre.
3. Cf. la lettre du clergé et du peuple de Lucques {Epistulae et
chartae, p. i66) : « Un très pauvre Provençal méprisé de tous », et
Raimond d’Aguilers, lo, p. 253 : « Un pauvre paysan ». Tude-
bode, p. 70, et VHistoria belli sacri, p. 201, donnent son nom :
Pierre Barthélemi.
4. D’après le récit de Pierre Barthélemi, saint André lui appa¬
rut cinq fois : au moment du tremblement de terre d’Àntioche
(3o décembre 1097), mercredi des cendres (10 février 1098),
puis le dimanche des Rameaux (20 mars 1098), une quatrième
fois lorsqu’il tenta de s’enfuir à Chypre, enfin le 10 juin 1098 (Rai¬
mond d’Âguilers, 10, p. 253-255).
5. Jean, XIX, 34. Il est bon de remarquer que les empereurs
byzantins prétendaient posséder la <( sainte Lance », apportée à
Constantinople après la prise de Jérusalem par les Perses. Au
XI* siècle, elle était conservée dans l’église Sainte-Marie-du-Phare
(Ebersolt, Sanctuaires de By:{ance^ Paris, 1921, p. 9, 24, 116).
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i34 visionem suam petrus denuntiat
dita in terra. Iterum cum essemus ita ut superius dixi-
mus', venit sanctus Andréas rursus, dicens ei : « Quare
non abstulisti lanceam de terra, ut ego tibi praecepi?
Scias révéra quia quicunque hanc lanceam portaverit
in bello nunquam ab hoste superabitur. »
Petrus vero continuo revelavit mysterium apostoli
hominibus nostris*. Populus autem non credebat, sed
prohibebat dicens : « Quomodo possumus hoc cre-
dere? » Omnino enim erant paventes et protinus mori
putabant. Accessit itaque ille et juravit hoc totum vera-
cissimum esse quoniam ei sanctus Andréas bis’ in vi-
sione apparuerat eique dixerat : « Surge, vade et die
populo Dei ne timeat, sed firmiter toto corde credat in
unum verum Deum eruntque ubique victuri et infra v
dies mandabit eis Dominus talem rem unde leti et gavisi
manebunt et, si certare voluerint, mox ut exierint una-
nimiter ad bellum, omnes inimici eorum vincentur et
nemo stabit contra illos. » Audientes itaque quod" ini¬
mici eorum ab eis omnino essent vincendi, protinus
ceperunt sese vivificare et confortabant se adinvicem
dicentes : « Expergiscimini et estote ubique fortes et
prudentes, quoniam in proximo erit nobis Deus in
adjutorium et erit maximum refugium populo suo,
quem respicit in merore manentem. »
[26.] Turci denique, qui erant seorsum in castello,
undique tam mirabiliter coangustabant nos, ut quadam
die incluserint très milites ex nostris in turrim que erat
ante eorum castellum. Exierant namque gentiles et
irruerant super illos tam acriter ut naquirent sufferre
pondus eorum. Duo ex militibus exierunt de turri
vulnerati et tercius per totum diem viriliter defendebat
a. quod inimici eorum ab eis omnino essent vincendi omis dans O.
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PIERRE ANNONCE SA VISION
l35
Au moment où nous nous trouvions dans la situation décrite
plus hauts saint André revint et lui dit : « Pourquoi n’as-tu
pas enlevé la lance de la terre, comme je te l’ai recom¬
mandé? Sache que quiconque portera cette lance dans la
bataille ne sera jamais vaincu. »
Aussitôt Pierre révéla le mystère de l’apôtre à nos
hommes^. Le peuple n’y croyait pas, mais le repoussait en
disant : « Comment croire cela? » Ils étaient en effet dans
l’épouvante et s’attendaient à une mort immédiate. Pierre
vint donc et jura que tout était absolument vrai, que saint
André lui était apparu deux fois^ et lui avait dit : « Lève-
toi, va et dis au peuple de Dieu de ne rien craindre, mais
de croire fermement de tout son cœur en un seul vrai Dieu,
et partout il sera vainqueur; dans les cinq jours, le Seigneur
lui enverra un message qui le comblera de joie et d’allé¬
gresse et, s’il veut combattre, dès qu’il sortira d’un cœur
unanime pour la bataille, tous ses ennemis seront vaincus
et nul ne se lèvera plus contre lui. » A la nouvelle que leurs
ennemis allaient être entièrement vaincus par eux, tous
commencèrent à respirer et ils se réconfortaient les uns les
autres en disant : « Réveillez-vous et soyez en tout lieu
braves et prudents, car bientôt Dieu nous viendra en aide
et il y aura un grand réconfort pour son peuple, qu’il voit
maintenant dans l’affliction. >»
[26.] Les Turcs qui se trouvaient en haut dans la citadelle
nous serraient de si près de toute part qu’un jour ils réus¬
sirent à bloquer trois de nos chevaliers dans une tour située
devant leur citadelle. Les païens, en effet, avaient fait une
sortie et les avaient chargés avec une telle violence qu’ils
n’avaient pu supporter leur choc. Deux chevaliers blessés
sortirent de la tour. Le troisième se défendait bravement de
1. C’est-à-dire au moment où Kerbôga tenait les croisés étroi¬
tement assiégés (lo juin).
2. Avant de révéler sa vision aux princes, Pierre en parla à ses
compagnons. Ce détail est particulier à notre texte. Raimond
d’Aguilers donne la date du ii juin comme celle de la révélation
aux princes : la vision aurait eu lieu la nuit précédente.
3. Cinq fois d’après Raimond d’Aguilers. Voir p. i33, n. 4.
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i36
URBS A BOAMUNDO CREMATUR
se deTurcorum invasione tam prudenter ut in ipsa die
duos Turcos straverit super aditum muri’,cesis hastîs :
nam très haste detruncate sunt illi illa“ die in manibus
suis*; illi vero acceperunt capitalem sentenciam. Erat
nomen illi Hugo Insanus^, de exercitu Gosfredi de
Monte Scabioso^^.
Videns autem vir venerabilis Boamundus quia nulla-
tenus posset conducere gentem sursum in castellum*^
ad bellum — nam qui erant inclusiindomibus timebant,
alii famé, alii timoré Turcorum — iratus est valde jus-
sitque confestim mitti ignem per urbem in ilia parte in
qua erat Cassiani palatium®. Quod videntes illi qui
erant in civitate, dereliquerunt domos et omnia que
habebant fugiebantque, alii in castellum-^^, alii ad por-
tam comitis Sancti Egidii*, alii ad portam ducis Gode-
fridi®, unusquisque ad suam gentem. Tune nimia tem-
pestas venti subito surrexit, ita ut nemo posset se regere
rectum. Boamundus itaque vir sapiens contristatus est
valde, timens pro ecclesia Sancti Pétri et Sancte Marie
aliisque ecclesiis^. Hec ira duravit ab hora tercia
usque in mediam noctem fueruntque cremate fere ii mi¬
lia ecclesiarum et domorum^. Veniente autem media
nocte statim omnis feritas ignis cecidit.
Itaque Turci habitantes in castello intra urbem bella-
bant nobiscum diu noctuque et nichil aliud disseparabat
nos nisi arma. Videntes hoc nostri quod non possent
a. in ilia B. — b. illi in manibus suis illa die C. — c. Hugo li
Forcenez B; Hugo visanus C*; Hugo li Forsenet Tudebode
(manuscrits D). — d. GofFredi de Monte Scaioso A^. — e. castel-
lum sursum A^. — /. castrum C*. — g. Boamundus itaque vir
sapiens . aliisque ecclesiis, phrase omise dans C^, C*.
1. Le mur de la tour dont Hugue défendait Taccès.
2. Geoffroi de Monte-Scabioso avait été tué à la bataille de
Dorylée. Voir p. 5o, n. 2.
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BOHÉMOND INCENDIE ANTIOCHE
l’invasion des Turcs, pendant tout un jour, avec une telle
vaillance que le même jour il abattit deux Turcs aux abords
du mur^, après avoir rompu des lances : car trois lances, ce
jour-là, furent brisées entre ses mains, et ceux-ci subirent
la sentence mortelle. Son nom était Hugue le Forcené, de
la bande de Geoffroi de Monte-Scabioso^.
Puis l’honorable Bohémond, voyant qu’il lui était impos¬
sible de trouver des hommes pour combattre devant la cita¬
delle — car, enfermés dans leurs maisons, ils tremblaient, les
uns à cause de la famine, les autres par crainte des Turcs —
entra dans une grande colère et donna l’ordre de mettre le
feu à la ville, du côté où se trouvait le palais de Gassian^.
A cette vue, ceux qui étaient dans la ville abandonnèrent
leurs maisons et tous leurs biens et s’enfuirent, les uns vers
le château^, les autres à la porte du comte de Saint-Gilles*,
d’autres à celle du duc Godefroi®, chacun vers la bande à
laquelle il appartenait. A ce moment s’éleva une grande
tempête de vent, au point que personne ne pouvait se tenir
droit. Bohémond le Sage en fut très affligé, craignant pour
l’église Saint-Pierre, pour celle de Sainte-Marie et pour les
autres églises. Cette fureur dura de la troisième heure au
milieu de la nuit : deux mille églises et habitations furent
incendiées"^. Puis, vers minuit, toute la violence du feu
tomba.
Les Turcs, enfermés dans la citadelle, à l’intérieur de la
ville, ne cessaient de nous combattre jour et nuit et nous
n’etions séparés d’eux que par nos armes. Les nôtres, voyant
qu’ils ne pouvaient endurer plus longtemps ces souffrances
3. Le palais de lagi-Sian (voir p. 109, n. 4). Raoul de Caen (76,
p. 660-661) attribue cet incendie à l’initiative du comte de Flandre.
4. C’est ainsi qu’il faut traduire in castellum. Le texte de Tude-
bode (p. 72) : « Dans la montagne située devant le château »,
l’interprète ainsi.
5. La porte située en face du pont et du château de la Maho-
merie, qui, avant la prise de la ville, avait été gardée par Rai¬
mond de Saint-Gilles et qu’il occupait toujours.
.6. Elle était située immédiatement à l’est de la porte de Raimond.
7. Ce chiffre ne peut être admis que dans le sens de « beaucoup
de maisons ».
Première croisade.
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i38
FAME FRANCI OBRUUNTL'R
diu hec paii, quoniam qui habebat panem *, non licebat ei
manducare et qui habebat aquam*, non licebat^ bibere,
fecerunt murum inter nos et ipsos petra et calce et
edificaverunt castellum et machinas, ut securi essent^
Pars autem Turcorum remansit in castello agendo no-
biscum bellum, alia vero pars hospitata erat prope
castellum in una valle*.
Nocte quippe superveniente, ignis de celo apparuit^
ab occidente veniens et appropinquans cecidit intra
Turcorum exercitus, unde mirati sunt et nostri et Turci.
Mane autem facto, tremefacti Turci fugerunt omnes
pariter pro ignis timoré ante domini Boamundi por-
tam-* illicque hospitati sunt; pars vero que erat in cas¬
tello, agebat bellum cum nostris die noctuque sagit-
tando, vulnerando occidendo ; alia autem pars undique
obsedit civitatem ita ut nullus nostrorum civitatem
auderet exire aut intrare nisi nocte et occulte. Ita vero
eramus obsessi et oppressi ab illis'^, quorum numerus
fuit innumerabilis®.
Isti autem* profani et inimici Dei ita tenebant nos
inclusos in urbe Aniiochie ut muiti mortui fuerint
famé, quoniam parvus panis vendebatur uno bisantio®;
de vino non loquar; equinas namque carnes aut asini-
nas manducabant etvendebant; vendebant quoque gal-
linam xv solidis, ovum duobus solidis, unam nucem uno
denario. Omnia enim valde erant cara : folia fici, vitis
et cardui omniumque arborum coquebant et manduca¬
bant, tantam famem-^ immensam habebant. Alii coria
a. cibum C. — b. aquam omis dans B. — c. licebat ei C. —
d. ab illis paganis inimicis Dei et Trinitatis B (et sanctae chris-
tianitatis Tudebode, p. 72, c Hist. belli $ac7'i », p. 2o3. —
e. istique profani B, C*, C^. — /. tam immensam famem C.
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LES FRANCS ACCABLÉS PAR LA FAMINE l3g
car il n’était plus permis à qui avait du pain de le manger,
à qui avait de l’eau de la boire, établirent un mur avec de
la pierre et de la chaux entre eux et nous et construisirent
un château garni de machines pour assurer notre sécurité
Une partie des Turcs demeura dans la citadelle à nous com¬
battre; l’autre partie prit quartier dans une vallée, près de la
citadelle^.
La nuit survenant, un feu apparut dans le ciel, venant de
l’ouest^, et, en approchant, il tomba au milieu de l’armée
turque, à la grande stupeur des nôtres et des Turcs. Au
matin, les Turcs, épouvantés, s’enfuirent, par crainte du
météore, jusqu’à la porte de Bohémond^ et y établirent leur
quartier. La garnison de la citadelle continuait à attaquer
les nôtres jour et nuit, en les blessant ou les tuant à coups
de flèches ; le reste des Turcs assiégeait la ville de tous côtés,
si bien que nul des nôtres n’osait en sortir ou y entrer, si ce
n’est la nuit et en cachette. Ainsi nous étions assiégés et
resserrés par ces ennemis, dont le nombre était incommen¬
surable*.
Ces sacrilèges et ennemis de Dieu nous tenaient si étroi¬
tement bloqués dans Antioche que beaucoup moururent de
faim. Un petit pain se vendait un besant®; inutile de parler
du vin. On mangeait et on vendait de la viande de cheval
ou d’âne; une poule valait quinze sous, un œuf deux sous,
une noix un denier. Tout était hors de prix : la famine était
si grande qu’on faisait cuire pour les manger des feuilles de
1. Cf. Raimond d'Aguilers, ii, p. 239. Ce mur devait arrêter
les tentatives de la garnison turque de la citadelle pour pénétrer
dans la ville.
2. Dans une vallée du mont Cassius.
3. Une étoile filante. Cf. Raimond d’Aguilers, 11, p. 257 :
« Signum in coelo mirabile vidimus. »
4. Les armées entrées dans la ville avaient reçu la garde du
secteur qu’elles avaient assiégé.
5. Désespérant de pénétrer dans la ville par la citadelle, Ker-
bôga essaye de la prendre par la famine : d’où la nouvelle dispo¬
sition de ses troupes.
6. Sur la valeur du besant et du sou, voir p. g5, n. b, et p. 76, n. 2.
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140
DE STEPHANI COMITIS SECESSIONE
caballorum et camelorum et asinorum atque boum seu
bufalorum sicca decoquebant et manducabant. Istas et
multas anxietates ac angustias®, quas nominare nequeo,
passi sumus pro Christî nomine et Sancti Sepulcri via
deliberanda^ ; taies quoque tribulationes et famés ac
timorés passi sumus per xxvi dies*.
[27.] Imprudens itaque Stephanus Carnotensis cornes,
quem omnes nostri majores elegerant ut esset ductor
nostrorum^, maxima se finxit deprimi infirmitate
priusquam Antiochia esset capta^ turpiterque recessit
in aliud castrum quod vocatur Alexandreta*. Nos itaque
cotidie prestolabamur eum quatinus subveniret nobis
in adjutorio, qui eramus inclusi in urbe, salutifero
carentes auxilio. At ille, postquam audivit gentem Tur-
corum circumcingentem et obsidentem nos, latenter
ascendit super proximam montaneamque stabat prope
Antiochiam* viditque innumerabilia tentoria, vehemen-
tique captus timoré, recessit fugitque festinanier* cum
suo exercitu. Veniens autem in suum castrum, exspo-
liavit illud et celeri cursu rétro vertit iter^^.
Postquam vero venit obviam imperatori'^ ad Philo-
menam®, seorsum vocavit eum secreio dicens : « Scias
révéra quoniam capta est A.ntiochia, et* castrum minime
a. ac angustias omis dans A^. — b. ut formidolosus ajouté par
et C3. — c. retrovertitur B, C^; vertitur A^. — d. qui cum suo
exercitu in auxilium properabat christianorum addition de C. —
e. sed B, O, O.
1. Deliberanda ne peut avoir d’autre sens ici que « libérer, déli¬
vrer ». C’est une des nombreuses impropriétés d’expression que
renferme ce texte.
2. Cf. la lettre des princes à Urbain II {Epistuîae et chartac,
p. 162), Raimond d’Aguilers, ii, p. 258, et Albert d’Aix, IV, 34,
p. 412.
3. Etienne, comte de Chartres et de Blois (cf. p. 39, n. 4), avait
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DÉSERTION d’Étienne de blois 141
figuier, de vigne, de chardon. D’autres faisaient cuire et
mangeaient des peaux desséchées de chevaux, de chameaux,
de boeufs, de buffles. Cette anxiété et ces angoisses de toute
sorte, qu’il est impossible de rappeler, nous les avons souf¬
fertes pour le nom du Christ et pour rendre libre ^ la route
du Saint-Sépulcre. Telles furent les tribulations, la famine
et les terreurs auxquelles nous fûmes en proie pendant
vingt-six jours
0
|27.] Aussi, Etienne, comte de Chartres, l’insensé, que
nos grands avaient élu comme chef suprême®, feignit, avant
qu’Antioche fût prise*, d’être atteint d’une maladie et se
retira honteusement dans une autre ville forte appelée
Alexandrette®. Et nous, chaque jour, nous attendions qu’il
vînt nous porter secours, enfermés que nous étions dans la
ville sans aucune aide salutaire. Mais lui, ayant appris que
l’armée des Turcs nous entourait et nous assiégeait, il gra¬
vit secrètement une montagne voisine qui se trouvait à
proximité d’Antioche* et il aperçut les tentes innombrables.
Saisi d’une grande terreur, il se retira et s’enfuit à la hâte
avec sa troupe. Revenu dans son camp, il le déménagea et
battit rapidement en retraite’.
Arrivé en présence de l’empereur à Philomelium®, il lui
demanda une audience particulière et secrète. « Sache, lui
dit-il, qu’Antioche a été réellement prise, mais la citadelle
été élu chef suprême le 29 mars 1098. Voir sa deuxième lettre
{Epistulae et chartae; lettres^ p. 149) et Raimond d’Aguilers, u,
p. 258.
4. D’après Foucher de Chartres, 16, p. 342, cette fuite eut lieu
la veille de la prise d’Antioche, le 2 juin 1098.
5. Le port d’Alexandrette, situé à environ soixante kilomètres
au nord d’Antioche.
6. Un des sommets du Djebel-Ahmar (1,600 mètres), qui domine
au nord la plaine d’Antioche.
7. Il semble s’être embarqué avec sa troupe et ce fut au cours
d’une escale qu’il apprit la présence de l’empereur à Philomelium
(Albert d’Aix, IV, 40, p. 416-417).
8. Philomelium, aujourd’hui Akschehr, entre Eski-cheir et
Konieh. .\nne Comnène (XI, 6, p. 119) et Albert d’Aix [loc. cit.)
disent qu’Alexis marchait au secours d’Antioche. Raoul de Caen
(72, p. 638-659) place à tort cette entrevue à Kutayeh.
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142 CUM IMPERATORE STEPHANUS PHILOMELII COLLOQUITUR
capium est nostrique omnes gravi oppressione obsessi
sunt et, ut puto, a Turcis modo interfecti sunt. Rever-
tere ergo rétro quam ciiius potes, ne et ipsi inveniant
te et hanc gentem quam tecum ducis®^ »
Tune imperator*, timoré perterritus, clam vocavit
Guidonem*^, fratrem Boamundi*, et quosdam alios^ et
ait illis : « Seniores, quid faciemus? Ecce omnes nostri
districta obsessîone impediti sunt et forsitan in hac hora
omnes a Turcorum manibus mortui sunt aut in capti-
vitatem ducti, sicut iste infelix cornes turpiter fugiens
narrat. Si vultis, revertamur rétro celeri cursu, ne et
nos moriamur repentina morte, quemadmodum et illi
mortui sunt. »
Cum Guido'^, miles honestissimus talia audisset fal-
lacia, cum omnibus* cepit plorare aique vehementis-
simo ululatu plangere unaque voces omnes dicebant :
<1 O Deus verus, trinus et unus-^, quamobrem hec fieri
permisisti? Cur populum sequentem te in manibus ini-
micorum incidere permisisti et viam tui itineris tuique
Sepulcri liberare voientes tam cito dimisisti? Certe si
verum est hoc verbum quod ab istis nequissimis audi-
a. A la suite de ce mot, C ajoute : Guillelmus denique de Àr-
chis, dudum monachus egregius, tune vero miles acerrimus,
quem superius memoravimus se per murum cum aliis noctu
latenter dimisisse quique se in fuga comiti Stéphane sociaverat,
affirmare cepit sub jurejurando dicens imperatori quia, si Antio-
chiam pergeret, quo ire festinabat, caput sine dubio amitteret.
Sic enim Boamundum jurasse cum sacramento hrmabat. Cette
addition ne se trouve ni dans Tudebode ni dans V « Hist. belli
sacri ». — b. His auditis imperator C. — c. Widonem B, C. —
d. Wido B, C. — e. fallacia cum omnibus omis dans C. —
/. trinus et unus omis dans C.
I. L’addition qui hgure ici dans C peut se traduire ainsi :
« Guillaume d’Arques, naguère moine admirable, alors chevalier
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ENTREVUE d’ÉTIENNE AVEC l’eMPEREUR A PHILOMELIUM I43
n*est pas prise et les nôtres sont assiégés étroitement et pro¬
bablement tous exterminés par les Turcs. Reviens donc
aussi vite que tu pourras, afin de ne pas tomber entre leurs
mains, toi et l’armée que tu conduis^ »
Alors, l’empereur, frappé de terreur, fit venir en secret
Gui, frère de Bohémond^, et quelques autres^. « Seigneurs,
leur dit-il, qu’allons-nous faire? Voici que tous les nôtres
sont arrêtés et assiégés étroitement et peut-être, à cette
heure, ont tous été frappés mortellement de la main des
Turcs ou conduits en captivité, comme ce misérable comte,
qui a fui honteusement, le raconte. Si vous voulez, battons
rapidement en retraite, afin de ne pas être atteints, comme
ils l’ont été, d’une mort subite. »
En entendant ces mensonges, Gui, ce vaillant chevalier,
se mit à pleurer avec tous les autres et à pousser de longs
gémissements, et tous s’écriaient : « O vrai Dieu triple et
un, pourquoi as-tu permis que ces choses s’accomplissent?
Pourquoi as-tu permis que le peuple qui te suivait tombât
aux mains de ses ennemis, pourquoi as-tu abandonné si
vite ceux qui voulaient rendre libre la route de ton sépulcre?
Certes, si la parole que nous avons entendue de la bouche
de ces misérables est vraie, nous et tous les autres chrétiens
très vaillant, que nous avons signalé plus haut comme s’étant
sauvé la nuit avec les autres du haut du mur et qui s’était joint
au comte Étienne dans sa fuite, affirma sous serment à l’empe¬
reur que, s’il poussait jusqu’à Antioche, vers laquelle il se hâtait,
il perdrait certainement sa tête. Il affirmait que Bohémond l’avait
attesté par serment. » Cette interpolation remonte vraisembla¬
blement à l’époque des hostilités entre Bohémond et l’empire
(iio5-iiii).
2. Gui était fils de Robert Guiscard et de sa deuxième femme,
Sykelgaite, tandis que Bohémond était né d’AIberada. Gui avait
trahi son père pendant l’expédition de 1084 et s’était laissé ache¬
ter par Alexis (Chalandon, Histoire de la domination normande
en Italie, t. 1, p. 282-283).
3. D’après Anne Comnène (XI, 6, p. 119), deux fugitifs d'An¬
tioche, Guillaume de Grandmesnil et Pierre d’Aulps, s’efforçaient
aussi de détourner l’empereur de sa route.
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144
DE GUIDONIS MOERORB
vimus, nos et alii christiani derelinquemus te nec te
amplius rememorabimur et unus® ex nobis non aude-
bit ulterius invocare nomen tuum. » Et fuit* hic sermo
mestissimus in tota milicia, ita ut nullus eorum, sive
episcopus, sive abbas, sive clericus, sive laicus, aude-
ret invocare Christi nomen per plures dies*.
Nemo namque poterat consolari Guidonem ploran-
tem et ferientem se manibus suosque frangentem digi-
tos et dicentem : « Heu mihi! domine mi Boamunde^
honor et decus tocius mundi, quem omnis mundus
timebat et amabat! Heu mihi tristis'^! non merui dolens
tuam videre honestissimam speciem, qui nullam rem
magis videre desiderabam. Quis mihi det ut ego moriar
pro te, dulcissime amice et domine? Cur ego ex utero
mairis mee exiens non statim mortuus fui? Cur ad hanc
lugubrem diem perveni ? Cur non demersus fui in mare?
Cur non ex equo cecidi fracto colle*^? Utinam tecum
recepissem felix martirium, ut cernerem te gloriosissi-
mum suscepisse* finem! »
Cumque omnes cucurrissent ad eum, quatinus con-
solareniur eum, ut jam finem daret planctui, in se
reversus ait : « Forsitan creditis huic semicano impru-
denti militi*? Unquam vere non audivi loqui de milicia
aliqua quam idem fecisset, sed turpiter et inhoneste
recedit sicut nequissimus et infelix et quicquid miser
nuntiat, sciatis falsum esse. »
Interea jussit imperator suis hominibus dicens : « Ite
et conducite omnes homines istius terre in Bulgariam
et explorate et devastate universa loca ut, cum venerint
a. nullus C. — b. Et fuit hic sermo... Consiantinopolim, pas¬
sage altéré dans C*. — c. misero C. — d. ut recepissem repenti-
num interitum B, C; recipiens repenlinum interitum Tudebodey
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DOULEUR DE GUI 145
nous t’abandonnerons, nous ne nous souviendrons plus de
toi et pas un de nous n’osera plus jamais invoquer ton nom. »
Ce discours parut amer à toute l’armée, si bien que nul
d’entre eux, évêque, abbé, clerc ou laïque, n’osa plus invo¬
quer le nom du Christ pendant plusieurs jours ^
Personne, en effet, ne pouvait consoler Gui, qui pleurait,
se frappait la poitrine, se tordait les doigts et s’écriait :
« Oh! mon seigneur Bohémond, honneur et ornement du
monde, que le monde craignait et aimait! Hélas! quelle
tristesse est la mienne! Je n’ai pas mérité, dans ma douleur,
de voir ta figure respectable, moi dont c’était le suprême
désir! Qui me donnera la possibilité de mourir pour toi,
très doux ami, mon seigneur? Pourquoi, lorsque je suis
sorti du sein de ma mère, ne suis-je pas mort aussitôt?
Pourquoi suis-je parvenu jusqu’à ce jour néfaste? Pourquoi
n’ai-je pas été englouti dans ta mer? Pourquoi ne suis-je
pas tombé de cheval en me rompant le cou? Plût à Dieu
que j’eusse reçu avec toi un heureux martyre, afin de te voir
périr d’une mort glorieuse! »
Et comme tous accouraient pour le consoler et mettre fin
à sa douleur, revenant à lui, il ajouta : « Vous croyez peut-
être ce chevalier grisonnant et insensé^? Ai-je jamais entendu
dire qu’il ait accompli quelque exploit de chevalier? Non;
il s’est dérobé avec honte et déshonneur, comme un vaurien
et un misérable. Sachez que tout ce que ce malheureux
raconte est entièrement faux. *
Sur ces entrefaites, l’empereur envoya ses ordres à ses
hommes en ces termes : < Allez et conduisez tous les
hommes de cette terre en Bulgarie. Parcourez le pays, dé¬
vastez tous les lieux, afin que, quand les Turcs viendront,
p. j6; recepique repentinum interitum « Hist. belli sacri »,
p. 2o3. — e. récépissé B, C.
1. Tout ce développement sent la rhétorique et les discours
sont imaginés de toute pièce. Le récit des autres sources est plus
bref (Albert d’Aix, IV, 39, p. 417; Raoul de Caen, 72, p. 658-659;
Anne Comnène, XI, 6, p. 1 19-120).
2. C’est Étienne de Blois qui est qualifié ainsi. Sur le caractère
de tout ce passage, voir l'Introduction, p. vu.
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146
DE SANCTAE LANCEAE INVENTIONE
Turci, nihil possint hic reperire‘. » Voluissent noluis-
sent®, nostri reversi sunt retrorsum, dolentes amaris-
sime usque ad mortem; fueruntque mortui multi ex
peregrinis, languentes nec valentes fortiter miliciam
sequi, remanebantque morientes in via. Omnes vero
alii reversi sunt Constantinopolim*.
[28.] Nos* igitur auditis*^ sermonibus illius qui nobis
Christi revelationem'' retulit per verba apostoli®, sta-
tinri festinantes pervenimus ad locum in sancti Pétri cccle-
sia^ quem ille demonstraverat et foderuni ibi xiii* ho-
mines a mane usque ad vesperam sicque homo ille
invenii lanceam sicut indicaverat; et acceperunt illam
cum magno gaudio et timoré fuitque ona immensa le-
ticia in tota urbe*.
Ab ilia hora accepimus inter nos consilium belli®.
Porro statueront omnes majores nostri consilium qua-
tinus nuncium mitterent ad inimicos Christi Turcos
qui per aliquem interpretem interrogaret eos, securo
eloquio dicens quamobrem superbissime in Christia-
norum introissent terram et cur castrametati sint-^ et
quare Christi servos occidant et conquassent. Cumque
jam finis esset dictis, invenerunt quosdam viros, Pe-
trum scilicet Heremitam^ et Herluinum illisque dixe-
a. volentes itaque nolentesque — â. N[osJ initiale ornée
dans AK — c. auditis . diligenter narrata eis, passage altéré
dans O. — d. revelationem lance domini C*, C^. — e. duode-
cim C. — /. castra super ilios metati sunt C‘, C*.
1. D’après Anne Comnène (XI, 6, p. 120-121), Alexis, trompé par
le rapport d’Étienne, aurait craint sérieusement une invasion
turque en Asie Mineure et non en Bulgarie, renseignement abso¬
lument fantaisiste forgé par l’Anonyme.
2. Sur la retraite de l’empereur, voir Anne Comnène, loc. cit.
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INVENTION DE LA SAINTE LANCE (14 juin IO98) I47
ils ne puissent rien y trouver^. * Bon gré, mal gré, les noires
durent rétrograder, plongés dans une douleur amère et mor¬
telle; beaucoup de pèlerins périrent de langueur; incapables
de suivre l’armée, ils s’arrêtaient et mouraient en chemin.
Tous les autres revinrent à Constantinople*.
[28.] Et nous, écoutant les discours de celui qui nous
avait rapporté la révélation du Christ par les paroles de
l’Apôtre*, nous parvînmes en toute hâte à l’endroit de
l’église Saint-Pierre^ qu’il avait désigné. Treize hommes
creusèrent du matin jusqu’au soir et cet homme découvrit
la lance, comme il l’avait indiquée; et on la reçut avec beau¬
coup de joie et de crainte, et une immense allégresse régna
dans toute la ville®.
A partir de ce moment, nous tînmes entre nous un con¬
seil de guerre®. Nos chefs prirent ensuite la résolution de
dépêcher un envoyé aux Turcs, ennemis du Christ, afin de
les interroger d’une manière précise à l’aide d’un interprète
en ces termes : « Pourquoi, dans leur orgueil, sont-ils entrés
dans la terre des chrétiens et pourquoi y ont-ils établi leur
camp et pourquoi font-ils périr et massacrent-ils les servi¬
teurs du Christ? » La délibération terminée, ils trouvèrent
certains hommes, dont Pierre l’Ermite^ et Herlouin, et leur
D’après l’Anonyme, il devait y avoir pas mal d’Occidentaux dans
l’armée impériale et ce détail est confirmé par Albert d’Aix, 40,
p. 417.
3. Pierre Barthélemi. Cf. p. i33.
4. La cathédrale d’Antioche, où était conservée la chaire de
saint Pierre.
5. La date du 14 juin est donnée par Tudebode, p. 73, et Rai¬
mond d’Âguilers, 11, p. 257. Cf. le récit de la lettre des princes
à Urbain II [EpisUdae et chartae; lettres^ p. i63) et de celle d’An¬
selme de Ribemont (/è/d., p. 159).
6. Le conseil de guerre aurait eu lieu le jour même, 14 juin. Il
y a là quelque difficulté. Voir plus loin.
7. Anne Comnène (XI, 6, p. 121-122) donne du rôle joué alors
par Pierre l’Ermite un récit purement romanesque. Elle ne
parle pas, d’ailleurs, de son ambassade à Kerbôga, qui prouve
que, malgré sa tentative de fuite, il avait gardé encore dans l'ar¬
mée un certain prestige.
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I4S DE LEGATIONS AD CURBARAM MISSA
runt hec omnia : « Ite ad exsecratam Turcorum exer-
citumet diligenter narrateeis hec omnia, interrogantes
eos cur audacter et superbissime introierint terram
Chrisiianorum et nostram. »
His dictis’ recesserunt nuncii® veneruntque ad pro-
fanum* collegium, dicentes omnia missa verba Curba-
ram et aliis ita : « Satis multumque mirantur nostri
majores et seniores quamobrem temere ac superbissime
in christianorum introisüs terram et illorum. Putamus
forsitan et credimus quia hue ideo venistis quoniam
per omnia vultis effici christiani aut*" propterea igitur
hue venistis ut per omnia christianos afficiatis? Rogant
vos igitur omnes pariter nostri majores ut velociter re-
cedatis a terra Dei et christianorum quam beatus Pe-
trus apostolus jam dudum predicando ad Christi cultu-
ram convertit. At illi permittunt adhuc vobiscum de-
duci omnia vestra, scilicet equos et mulos et asinos et
camelos, oves*^ et boves et omnia alia ornamenta*,
quodeumque-^ volueritis ferre. »
Tune Curbaram princeps milicie soldani Persidis^
cum omnibus aliis^, pleni superbia, feroci respondere
sermone : « Deum vestrum et vestram christianitatem nec
opiamus nec volumus^* vosque cum illis omnino res-
puimus. Hue usque jam venimus, eo quod valde mira-
mur quamobrem seniores ac majores quos memoratis,
cur terram quam abstulimus efFeminatis gentibus illi
vocant esse suam. Vultis namque scire quid vobis dici-
a. legati O. — b. ad prophanum venerunt C>. — c. aut prop¬
terea... christianos afficiatis omis par C*. — d. oves quoque A^.
— e. ornamenta permittunt vobiscum A^, .4®, B, C®; Tudebode,
p. jS; « Hist. belli sacri », p. 204. — /. quocumque A^. —
g. et omnes alii C®. — h. nec voluntatem ad id habemus O.
1. Le récit de l’Ânonyme laisse croire que l’ambassade a suivi
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ENVOI d’une ambassade A KERBOGA (27 )uin IO98) 149^
donnèrent ces instructions : « Allez trouver l’armée maudite
des Turcs et racontez-leur exactement tout ceci; demandez-
leur pourquoi, dans leur audace et leur orgueil, ils sont en¬
trés dans la terre des chrétiens, qui est aussi la nôtre. »
A ces mots^, les envoyés se retirèrent et se rendirent dans
l’assemblée impie. Là, ils transmirent à Gourbaram et aux
autres leur message en ces termes : « Nos chefs et nos sei¬
gneurs sont extrêmement étonnés que vous ayez pénétré,
pleins de témérité et d’orgueil, dans la terre des chrétiens,
qui est aussi la leur. Peut-être pensons-nous et croyons-
nous que vous êtes venus ici avec le dessein d’embrasser le
christianisme, ou bien le motif de votre venue est-il de
maltraiter les chrétiens de toutes les manières? Tous nos
chefs vous demandent unanimement de vous retirer de la
terre de Dieu et des chrétiens que le bienheureux apôtre
Pierre a convertie autrefois par sa prédication à la doctrine
du Christ. Cependant, ils vous permettent encore d’emme¬
ner tout ce qui est à vous, chevaux, mulets, ânes, chameaux,
brebis, bœufs, tout votre matériel et de le transporter où
vous voudrez. »
Alors, Courbaram, chef de la garde du Soudan de Perse 2,
et tous les autres, remplis d’orgueil, répondirent fièrement :
« Votre Dieu, votre chrétienté, nous ne nous en soucions
pas, nous ne les voulons pas et nous les repoussons com¬
plètement en même temps que vous. Nous sommes venus
jusqu’ici parce que nous sommes très étonnés que les sei¬
gneurs et les chefs que vous mentionnez appellent leur une
terre que nous avons enlevée à des nations efféminées.
immédiatement le conseil de guerre et la découverte de la sainte
Lance. Toutes les autres sources montrent, au contraire, que
cette ambassade eut lieu la veille de la bataille, après les jeûnes
et les processions (2* lettre d’Anselme de Ribemont, dans les
Epistulae et chartae, p. r6o; Raimond d’Aguilers, 11, p. 259; Fou-
cher de Chartres, I, 21, p. 347; Albert d’Aix, IV, 44-46, p. 420-
421). Il y a donc ici une erreur manifeste dans les souvenirs de
l’Anonyme.
2. Sur ces expressions, voir p. iio-iii, n. 1-2.
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l5o DE TURCORUM RESPONSO
mus? Revertimini ergo quantocius et dicite vestris se-
nioribus quia si per omnia cupiunt effici Turci et Deum
vestrum, quem vos inclini* colitis, abnegare volunt et
leges vestras spernere, nos illis banc et satis plus dabi-
mus de terra et civitates et castella, adhuc autem quod
nemo vestrorum remanebit pedes*, sed erunt omnes
milites, sicut et nos sumus, et habebimus semper eos in
summa amicicia; sin autem, sciant se per omnia capi-
talem subire sentenciam aut deducti*^ in vinculis Cor-
rozanam in captivitate perpertua, servient nobis nos-
trisque infantibus per sempiterna tempora. »
Nuncii vero nostri velociter reversi sunt retrorsum
referentes omnia que respondisset eis gens crudelissima.
Fertur* Herluinus utramque scisse linguam fuitque
interpres Petro Heremite. Interea exercitus noster in
utraque tremefactus parte ignorabat quid faceret : ex
una enim parte coangustabat eos cruciabilis famés, in
alia constringebat timor Turcorum.
[29.] Tandem triduanis expletis jejuniis etprocessio-
nibus celebratis ab una ecclesia in aliam, de peccatis
suis confessi sunt et absoluti fideliterque corpori et
sanguini Christi communicaverunt datisque eleemosi-
nis fecerunt celebrari missas*.
Deinde stabilité sunt vi acies^ ex eis intra civitatem.
In prima vero acie, in primo videlicet capite fuit Hugo
Magnus cum Francigenis et Flandrensi comité; in se¬
conda dux Godefridus cum suo exercitu; intercia vero
a. Sic dans tous les manuscrits. — b. pedestris C‘^. — c. de-
duci O.
1. Cette expression montre que le chapitre a été écrit quelque
temps après les événements, et c’est ce qui explique l’erreur de
chronologie signalée plus haut (p. 149, n. i).
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RÉPONSE DES TURCS l5l
Voulez-vous connaître notre réponse? Retournez au plus
vite et dites à vos seigneurs que, s’ils veulent se faire Turcs
et renier votre Dieu que vous adorez à genoux, ainsi que
mépriser vos lois, nous leur donnerons cette terre et plus
encore et des cités et des châteaux, au point que nul des
vôtres ne restera piéton, mais tous seront chevaliers comme
nous le sommes et nous les aurons toujours en grande ami¬
tié; sinon, qu’ils sachent qu’ils subiront la peine de mort
ou seront emmenés enchaînés dans le Khorassan en capti¬
vité perpétuelle et qu’ils seront nos esclaves et ceux de nos
enfants dans tous les siècles. »
Nos envoyés revinrent rapidement et nous rapportèrent
tout ce que leur avait répondu cette gent très cruelle. On
raconte ^ que Herlouin, qui connaissait les deux langues, ser¬
vit d’interprète à Pierre l’Ermite. Pendant ce temps, notre
armée subissait deux épouvantes et ne savait que faire :
d’un côté, en effet, nous étions minés par une famine atroce,
de l’autre la crainte des Turcs nous obsédait.
[29.] Enfin, après avoir, pendant trois jours, accompli des
jeûnes et suivi des processions d’une église à l’autre, tous
confessèrent leurs péchés et, une fois absous, communièrent
fidèlement au corps et au sang du Christ, distribuèrent des
aumônes et firent célébrer des messes^.
Puis, six corps de bataille® furent établis à l’intérieur de
la ville. Dans le premier qui marchait en tête se trouvait
Hugue le Mainsné avec les Français et le comte de Flandre;
dans le second le duc Godefroi avec sa troupe; dans le troi-
2. Tous les textes indiquent que ce triduum précéda immé¬
diatement la bataille. Il eut donc lieu les 26, 27, 28 juin. Voir les
lettres du clergé et du peuple de Lucques {Epistulae et chartae,
p. 167), d’Anselme de Ribemont [Ibid.^ p. 160), Raimond d’Agui-
1ers, II, p. 259, Foucher de Chartres, 20, p. 346. La mention de
la communion sous les deux espèces est un détail intéressant.
3. Les textes ne concordent pas sur le nombre de ces divi¬
sions. Raimond d’Aguilers (12, p. 269) et Foucher de Chartres (I,
23, p. 349) en indiquent quatre; Albert dWix (IV, 47, p. 421-422)
en donne dix.
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ACIEM FRANCI INSTRUUNT
I 52
fuit Rotbertus Nonmannus cum sui militibus"; in
quarta fuit Podiensis episcopus, portans secum lanceam
Salvatoris*, cum sua gente et cum exercitu Raimundi
comitis Sancti Egidii, qui remansit sursum custodire
castellum pro timoré Turcorum, ne descenderent in ci-
vitatem* ; in quinta acie fuit Tancredus, marchisi filius,
cum sua gente; in sexta etenim fuit vir sapiens Boa-
mundus cum sua milicia. Episcopi nostri et presbiteri
et clerici ac monachi, sacris vestibus induti, nobiscum
exierunt cum crucibus, orantes et deprecantes Domi-
num* ut nos salvos faceret et custodiret et ab omnibus
malis eriperet. AHi stabant super murum porte, tenentes
sacras cruces in manibus suis signando et benedicen-
do*^ nos®. Ita nos ordinati** et signo crucis protecti,
exivimus per portam que est ante Machumariam^.
Postquam Curbaram vidit Francorum acies tam
pulchre ordinate exire unam post aliam, dixit : « Sinite
eos exire ut melius eos habeamus in potestate nostra*. »
Postquam vero fuerunt foris de urbe« viditque Curba¬
ram ingentem Francorum gentem, valde timuit®. Mox
mandavit suo amiralio, qui omnia habebat in custodia
ut, si illevideret ignem accensum in capite hostis, pro-
a. electis militibus C>, C^. — b. Deum et Dominum AK —
c. signantes ac benedicentes C*, C^. — d. signati C®. — e. fue¬
runt omnes foras urbem C‘, C-.
1. En fait, la sainte Lance était portée par le chroniqueur Rai¬
mond d’Aguilers, chapelain du comte de Toulouse (Raimond
d’Aguilers, 12, p. 261 : « J’ai vu moi-même ce que je raconte et
j’y portais la lance du Seigneur »). Robert le Moine (VU, 17,
p. 834) nous montre Adémar de Monteil portant le heaume et le
haubert comme l’évêque Eude sur la tapisserie de Bayeux.
2. L’évêque du Puy commandait sa propre bande et celle du
comte de Toulouse, malade depuis quelques jours, et qui se
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ORDRE DE BATAILLE DES FRANCS
l53
sième Robert de Normandie avec ses chevaliers; le qua¬
trième était commandé par l’évêque du Puy, qui portait
avec lui la lance du Sauveur ^ ; il avait avec lui sa gent et la
bande de Raimond, comte de Saint-Gilles, qui demeura en
haut à la garde du château, par crainte des Turcs, pour les
empêcher de descendre dans la ville le cinquième corps
comprenait Tancrède, fils du marquis, avec sa gent; le
sixième le prud’homme Bohémond et sa chevalerie. Nos
évêques, prêtres, clercs et moines, revêtus des ornements
sacrés, sortirent avec nous en portant des croix, priant et
suppliant le Seigneur de nous sauver et de nous garder de
tout mal. D’autres, montés au haut de la porte, la croix
sainte dans leurs mains, faisaient sur nous le signe de la
croix et nous bénissaient^. Disposés ainsi et protégés du
signe de la croix, nous sortîmes par la porte située devant
la Mahomerie**.
Lorsque Courbaram vit les corps de bataille des Francs si
bien ordonnés sortir l’un après l’autre, il dit : « Laissez-les
sortir, nous ne les aurons que mieux en notre pouvoit-*. »
Mais, lorsqu’ils eurent franchi les portes et que Courbaram
vit l’immense armée des Francs, il fut saisi de crainte*». Sur-
le-champ, il manda à son amiral chargé de la surveillance
générale^ que, s’il voyait un feu allumé sur le front de l’ar-
chargea de tenir en respect la garnison turque de la citadelle
(Raimond d’Aguilers, 12, p. 259) avec deux cents hommes.
3. Détail confirmé par Raimond d’Aguilers, 12, p. 260.
4. La porte de la Mahomerie, au nord-ouest de la ville (cf.
p. 89, n. 2).
5. « Nous étions si peu nombreux », lit-on dans la lettre des
princes à Urbain 11, « qu’ils affirmaient que nous ne combattrions
pas et que nous nous enfuirions » {Epistulae et chartae^ p. i63).
6. Détail des plus suspects. D’après le chroniqueur arabe Ibn-
el-Athir, fils d’un gouverneur de Mossoul du début du xni' siècle,
mais bien renseigné, la situation de Kerbôga était affaiblie par
le mécontentement des émirs turcs, qui l’abandonnèrent en pleine
bataille {Recueil des historiens des croisades; historiens orientaux,
t. 1).
7. Il avait le rôle d’un grand prévôt et avait le commandement
du camp turc, comme on peut le voir un peu plus loin.
Première croisade. i3
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i54 adversus curbaram franci pugnant
tinus preconari faceret omnem exercitum redire, sciens
Turcos amisisse bellum.
Continuo Curbaram cepit paulatim redire" rétro
contra montaneam^ nostrique paulatim persequeban-
tur illos. Denique divisi sunt Turci : una pars ivit con¬
tra mare et alii steterunt illic, putantes nostros inclu-
dere inter se®, Videntes hoc nostri, fecerunt similiter.
Illic fuit ordinata acies septena ex acie ducis Godefridi
etcomitis Nortmannie et caput illius fuit Reinaldus*®.
Hanc miserunt obviam Turcis qui veniebant a mari,
Turci autem preliati sunt cum illis et sagiitando mul¬
tos occiderunt ex nostris; ordinate sunt autem alie*^
turme a flumine usque ad montaneam quod distat per
Il milliaria.
Ceperunt vero turme ex utraque parie exire nos-
trosque undique circumcingere jaculando, sagitiando,
vulnerando^. Exibani quoque de montaneis innumera-
biles exercitus, habentes equos albos, quorum vexilla
omnia erant alba. Videntes itaque nostri hune exerci¬
tum, ignorabant peniius quid hoc esset et qui essent,
donec cognoverunt esse adjutorium Christi, cujusduc-
lores fuerunt sancti Georgius, Mercurius et Demetrius,
Haec verba credenda sunt quia plures ex nostris vide-
runt*^.
a. rétro cedere C>, C®. — b. extitit Reinaldus de Belvaco C*.
— c. aliae vero (autem fi, C®) turmae ordinaverunt C (ordinatae
sunt fi, C3).
1. L’armée chrétienne étant sortie par la porte du Pont, les
Turcs battent en retraite vers les montagnes situées au nord
d’Antioche.
2. Cette division turque est chargée d’attaquer les croisés sur
leur tlanc gauche.
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i55
BATAILLE CONTRE KERBOGA (28 juill IO98)
mée, il fît sonner la retraite, car, dans ce cas, les Turcs
auraient perdu la bataille.
Aussitôt, Gourbaram commença à reculer lentement vers
la montagne ^ et les nôtres les poursuivaient du même pas.
Puis les Turcs se divisèrent : une partie se dirigea vers la
mer, tandis que les autres restaient sur place dans Pespoir
de nous cerner entre eux^. Les nôtres s’en aperçurent et
firent de même. Un septième corps de bataille fut ordonné
avec des troupes du duc Godefroi et du comte de Norman¬
die et placé sous le commandement de Rainaud^. On l’en¬
voya à la rencontre des Turcs qui arrivaient de la mer. Les
Turcs engagèrent le combat avec eux et tuèrent beaucoup
des nôtres à coup de flèches. D’autres bataillons furent dis¬
posés depuis le fleuve jusqu’à la montagne sur un espace de
deux milles.
Ces bataillons commencèrent à s’avancer des deux côtés
et enveloppèrent les nôtres en les blessant à coups de jave¬
lots et de flèches^. On voyait aussi sortir de la montagne
des troupes innombrables, montées sur des chevaux blancs,
et blancs aussi étaient leurs étendards. A la vue de cette
armée, les nôtres ne savaient ce qui arrivait ni quels étaient
ces soldats, puis ils reconnurent que c’était un secours du
Christ, dont les chefs étaient les saints Georges, Mercure et
Démétrius. Ce témoignage doit être cru, car plusieurs des
nôtres virent ces choses ^
3. Dans ces dispositions si sages, on devine l’action de Bohé-
mond. Rainaud, d’après Guillaume de Tyr (VI, 17), est un cheva¬
lier lorrain de Toul; le manuscrit {voir p. 154, variante b) le
donne comme originaire de Beauvais.
4. Les deux divisions turques, celle qui était du côté de la mer
et celle qui reculait vers la montagne, attaquent les croisés en
même temps.
5. Ces trois saints, que l’iconographie chrétienne représentait
en costumes de guerre, étaient les patrons des armées byzantines.
Saint Georges devait devenir celui des croisés. L’Anonyme et ses
remanieurs sont les seuls à parler de cette vision céleste. Ni Rai¬
mond d’Aguilers, qui assistait à la bataille, ni Albert d’Aix n’en
parlent. Foucher de Chartres (I, 23, p. 349) dit que les Turcs se
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î56
TURCI TERGA VERTUNT
Turci autem qui stabant in pane maris, videntes
quod non possent sufferre amplius, miseront ignem in
herbam, ut videntes illi qui erant in tentoriis fugerent^
At illi, cognoscentes illud signum, arripuerunt omnia
honorabilia spolia et fugerunt. Nostri vero paulatim
militabant* ubi maxima virtus eorum erat, scilicet ad
tentoria illorum. Dux Godefridus et Flandrensis cornes
et Hugo Magnus equitabant juxta aquam* ubi virtus
illorum erat. Isti primitus, signo crucis muniti, unani-
miter invaserunt illos. Videntes hoc, alie actes simili
modo invaserunt illos; exclamaverunt autem Perse et
Turci; nos itaque, invocantes Deum vivum et verum,
equitavimus contra illos et in nomine Ihesu Christi et
Sancti Sepulchri incepimus bellum et Deo juvante de-
vicimus eos.
Turci vero tremefacti arripuerunt fugam nostrique
illos persequebantur juxta tentoria; itaque milites
Christi magis amabant persequi illos quam ulla spolia
querere et persecuti sunt illos usque ad pontem Far-
reum* ac deinde usque ad castellum Tancredi^. Illi
vero dimiserunt ibi papiliones suos et aurum et argen-
tum et multa ornamenta, oves quoque et boves, equos
et mulos, camelos et asinos, frumentum et vinum,
farinam et alla multa que nobis erant necessaria. Her-
menii et Suriani qui habitabant in illis partibus, au-
dientes nos superasse Turcos, cucurrerunt ad monta¬
it. equitabant paulatim C>; equitabant C*. — b, Ferreum A^.
sauvèrent comme s’ils avaient été effrayés par un signe céleste.
Seule la lettre du clergé et du peuple de Lucques {Epistulae et
chartae, p. 167) parle de l’apparition d’une bannière immense
entourée d’une multitude de guerriers.
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RETRAITE DES TURCS (28 juin IO98) iSj
Les Turcs placés du côté de la mer, voyant qu’ils ne pou¬
vaient tenir plus longtemps, allumèrent un feu d’herbes,
ahn que ceux qui étaient restés dans les tentes le vissent et
prissent la fuite L Ceux-ci, de leur côté, reconnaissant le
signal, s’emparèrent de tous les objets de valeur et s’en¬
fuirent. Les nôtres s’avançaient peu à peu en combattant
vers le gros de leur armée, c’est-à-dire vers leur camp. Le
duc Godefroi, le comte de Flandre, Hugue le Mainsné che¬
vauchaient le long du fleuve où se trouvait le gros de leur
armée 2. Munis d’abord du signe de la croix, ils dirigèrent
contre eux une attaque d’ensemble; à cette vue, les autres
batailles les chargèrent de même. Les Turcs et les Perses
poussaient des cris et nous, invoquant le Dieu vivant et
véritable, nous chargeâmes contre eux et, au nom de Jésus-
Christ et du Saint-Sépulcre, nous engageâmes le combat et,
avec l’aide de Dieu, nous les vainquîmes.
Les Turcs, épouvantés, prirent la fuite et les nôtres les
poursuivirent jusqu’à leurs tentes. Mais les chevaliers du
Christ aimaient mieux les poursuivre que de faire du butin
et ils les poursuivirent jusqu’au pont du Far, puis jusqu’au
château de Tancrède^. L’ennemi abandonna ses pavillons,
de l’or, de l’argent, un mobilier abondant, des brebis, des
bœufs, des chevaux, des mulets, des chameaux, des ânes,
du blé, du vin, de la farine et beaucoup d’autres choses qui
nous étaient nécessaires. Les Arméniens et les Syriens qui
habitaient dans cette région, instruits de notre victoire sur
1. Cf. Raimond d’Aguilers, 12, p. 260.
2. Le long de l’Oronte, en amont et à l’est d’Antioche, où se
trouvait le gros de l'armée turque. Plus loin, on voit que les
Turcs s’enfuient dans la direction du pont du Far.
3. Hagenmeyer (édition des Gesta^ p. 378, n. 42) voit dans ce châ¬
teau de Tancrède le château de Harenc, situé à l’est. Cependant,
l’expression deinde^ « ensuite », indique deux poursuites dis¬
tinctes. L’armée turque paraît avoir été coupée en plusieurs tron¬
çons, dont l’un s’enfuit à l’ouest, vers le château dont Tancrède
avait reçu la garde (cf. p. 97, n. 4).
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i58
DE ANTIOCHENAE ARCIS DEDITIONE
neam obviantes illis et quantos comprehenderunt ex
illis, interfecerunt.
Nos autem revertentes ad civitatem cum magno gau-
dio laudavimus et benediximus Deum qui victoriam
dédit populo suo. Ammiralius itaque, qui castellum*
custodiebat, videns Curbaram et omnes alios fugientes
e campo ante Francorum exercitum, magis timuit :
statim vero cum magna festinatione petebat® Franco¬
rum vexilla*. Cornes igitur Sancti Egidii qui illic asta-
bat ante castellum, jussit ei portari suum vexillum; ille
autem accepit illud et diligenter misit in lurrim. Statim
dixerunt Longobardi* qui ilÜc stabant : « Hoc vexillum
non est Boamundi*. » Interrrogavit ille et dixit : « Cu-
jus est? » Qui dixerunt : « Sancti Egidii comitis. » Ac¬
cessit ille et apprehenso vexillo reddidit comiti. Ipsa
vero hora venit vir venerabilis^ Boamundus deditque
illi suum vexillum*; ille autem illud accepit cum ma¬
gno gaudio et iniit pactum cum domino Boamundo ut
pagani qui vellent christianitatem recipere essent cum
eo et qui vellent abire sanos et absque ulla lesione abire
permitteret. Consentit ille quicquid admiralius postu-
lavit et continue misit suos servientes‘=' in castellum. Non
post multos dies baptizatus est admiralius cum illis qui
Christum recognoscere maluerunt. Illos vero qui suas
voluerunt tenere leges fecit dominus Boamundus con-
duci in Saracenorum terram*.
Hoc bellum factum est iv® kalendas* julii, vigilia-''
a. siatimque cum festinatione magna petere cepit C>, C®. —
b. Fin de la lacune de A'^^fol. 33'. — c. honorabilis .4', J3, C.
— d. misit duos servientes A^; misit homines suos C. —
e. in IV* kalendas A^y B. — /. in vigilia C.
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CAPITULATION DE LA CITADELLE d’aNTIOCHE 1 Sq
les Turcs, coururent vers la montagne pour leur barrer la
route et tuèrent tous ceux qu’ils purent prendre.
Nous regagnâmes la ville avec une grande joie, louant et
bénissant Dieu qui donna la victoire à son peuple. L’amiral
qui avait la garde du château*, voyant Courbaram et tous
les autres s’enfuir du champ de bataille devant l’armée des
Francs, fut saisi de crainte ; immédiatement, en grande
hâte, il demandait des bannières franques*. Le comte de
Saint-Gilles, posté là devant le château, ordonna de lui
porter sa bannière; il la reçut et l’arbora aussitôt sur la tour,
mais les Longobards* qui se trouvaient là dirent : « Cette
bannière n’est pas celle de Bohémond. » — « A qui appar¬
tient-elle, interrogea-t-il? » — « Au comte de Saint-Gilles,
répondirent-ils. w Alors il s’approcha et, prenant la ban¬
nière, il la rendit au comte. A ce moment survint le véné¬
rable Bohémond et il lui donna sa bannière*. Le Turc la
reçut avec joie et conclut un traité avec le seigneur Bohé¬
mond, d’après lequel les païens qui voudraient recevoir le
christianisme resteraient avec lui, tandis qu’il permettrait
à ceux qui le voudraient de se retirer sains et saufs et sans
aucun dommage. Il consentit à toutes les demandes de
l’amiral et plaça aussitôt ses sergents dans la citadelle.
Quelques jours après, l’amiral fut baptisé avec tous ceux
qui préférèrent reconnaître le Christ. Quant à ceux qui
voulurent garder leurs lois, le sire Bohémond les fit con¬
duire dans la terre des Sarrasins 5.
Cette bataille fut livrée le quatrième jour avant les calendes
1 . L’émir qui avait reçu de Courbaram le commandement de la
citadelle d’Antioche. Voir p. îi2-ii3.
2. Comme sauvegarde.
3. C’est-à-dire les soldats de Bohémond. Sur la signification
du mot, voir p. 6, n. 2. Ces détails, qui ne se trouvent que dans
l’Anonyme et ses remanieurs, attestent la rivalité latente entre
les deux chefs. Les autres textes se contentent de mentionner la
reddition de la citadelle.
4. Sur la bannière de Bohémond, voir p. 85 et 109.
5. Ce détail montre bien l’esprit politique de Bohémond, véri¬
table précurseur des rois normands des Deux-Siciles.
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l60 DE HUGONIS MAGNI AD IMPERATOREM LEGATIONE
apostolorum Pétri et Pauli^ régnante Domino* Ihesu
Christo, cui est honor et gloria in sempiterna secula.
Amen.
[NARRATIO DECIMA]
[30.] Cum* jam essent omnes inimici nostri — Deo
trino et uno summoque dignas referimus grates — per
omnia devicti, hue illucque fugere ceperunt^. Alii se-
mivivi, alii vulnerati in vallibus et in nemoribus et in
arviset in viis deficiebant^'mortui. Populus vero Christi,
victores scilicet peregrini, reversi sunt gaudentes felici
triumpho, devictis hostibus, in civitatem^.
Statim omnes nostri seniores, videlicet dux Godefri-
dus, cornes Sancti Egidii Raimundus, Boamundus,
cornes Nortmannie, dominus Rotbertus comesque
Flandrensis et alii omnes miseront nobilissimum comi-
tem ^ Hugonem Magnum imperatori Constantinopolim,
ut ad recipiendam civitaiem veniret et conventiones,
quas erga illos habebat, expleret. Ivit nec postea re-
diit^
Postquam vero hec omnia gesta^ sunt, congregati
nostri majores ordinaverunt consilium ^ quemadmodum
huncfeliciter valerent conducere et regere populum, do-
nec peragerent iter Sancti Sepulcri pro quo hue usque
multa* erant perpessi^" pericula. Inventum est in consi-
a. Domino nosiro X*, 5, C. — b. Et cum B; C[um] iwt-
tiale en rouge dans A"^ avec les premiers mots en capitales jus¬
qu'à Deo; alinéa dans A^. — c. hue illucque fugientes -<4*, 5, C.
— d. deprehendebantur A^, A*. — e. militem A^, B, C. —
f. facta A^, A*, B. — g. concilium A^, B, C. — h. hactenus
tanta C. — i. passi X*, B.
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AMBASSADE DE HUGUE LE MAINSNÉ A l’eMPEREUR l6l
de juillet, vigile des apôtres Pierre et PauH, sous le règne
du Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent honneur et
gloire dans tous les siècles. Ainsi soit-il!
[DIXIÈME RÉGIT]
[De la délivrance d’Antioche a la victoire d’Ascalon
(29 JUIN 1098-12 AOUT 1099)]
[30.] Tous nos ennemis ayant été complètement vaincus
— et nous en rendîmes dignement grâces au souverain Dieu
triple et un — ils commencèrent à s’enfuir de tous côtés. Les
uns à moitié vivants, d’autres couverts de blessures, tom¬
baient morts dans les vallées, dans les bois, dans les champs,
sur les chemins. Le peuple du Christ, les pèlerins victo¬
rieux revinrent dans la ville tout joyeux de leur heureux
triomphe, après avoir vaincu l’ennemi^.
Aussitôt nos seigneurs, le duc Godefroi, le comte Rai¬
mond de Saint-Gilles, Bohémond, le sire Robert, comte de
Normandie, le comte de Flandre et beaucoup d’autres, en¬
voyèrent le très noble comte Hugue le Mainsné trouver
l’empereur à Constantinople pour qu’il vînt recevoir la ville
et exécuter les conventions conclues avec eux. II partit,
mais ne revint pas 3.
Après que tout ceci eut été accompli, nos chefs, s’étant
réunis, convoquèrent un conseil pour trouver les moyens
de conduire et de gouverner le peuple jusqu’à ce qu’il eût
accompli le voyage du Saint-Sépulcre, pour lequel on avait
1. Le 28 juin 1098.
2. Cf. les détails donnés par la deuxième lettre d’Anselme de
Ribemont {Epistulae et chartacy p. 160).
3. Cf. Foucher de Chartres, I, 33, p. 35o; Albert d’Aix, V, 3,
p. 434. L’Anonyme omet les violences de Bohémond à l’égard des
comtes de Toulouse et de Flandre, dont il fit expulser les
hommes de la citadelle (Raimond d’Aguilers, i3, p. 262}. L’am¬
bassade envoyée à l’empereur semble bien une manœuvre diri¬
gée contre Bohémond.
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102
TERRAM SARRACENORUM FRANCl INVADUNT
lio® quia nondum auderent intrare in paganorum ter-
ram V eo quod valde in estivo tempore est* arida et ina-
quosa^; ideoque acceperunt terminum attendendum ad
kalendas novembris^. Denique divisi sunt seniores et
unusquisque profectus est in terram suam"*, donec es-
set terminus eundi*^, feceruntque principes preconari
per universam urbem ut si forte aliquis egens illic ades-
set et auro et argento careret, conventione facta cum illis
remanere si vellet, ab eis cum gaudio retentus esset^.
Erat autem ibi quidam miles de exercitu comitis
Sancti Egidii^cui nomen Raimundus Piletus®;hic plu-
rimos retinuit homines, milites et pedites. Egressus est
ille cum collecto exercitu et viriliter introiit in Sara-
cenorum terram et profectus est ultra duas civitates et
pervenit ad quoddam castrum cui nomen Talamannia^.
Habitatorescastri, scilicet Suriani, confestim sua sponte
se tradiderunt^ ei cumque omnes essent ibi fere per
VIII dies, nuncii venerunt ad eum* dicentes : « Quoniam
hic prope nos est castrum Saracenorum multitudine
plénum. » Ad hoc castrum ilico ierunt-^ Christi milites
peregrini et undique invaserunt illud^ quod continuo
ab illis captum est Christi adjutorio^. Apprehenderunt
a. concilie A, B, C, C®. — if. nimis sit C^, C^,- fumis sit C'.
— c. donec proficiscendi terminus C*. — d. reddidenini C‘. —
e. ad eum omi5 dans C. — /. perrexerunt C. — illud omis dans
C. — h. statimque captum est ab illis adjuiorio Christi C.
1. C’est-à-dire dans la terre des Sarrasins, en Syrie.
2. En Syrie, la saison des pluies va du milieu de l’automne au
début du printemps. L’été est particulièrement chaud dans la
zone de l’intérieur, où le thermomètre marque des températures
tropicales; quand le vent d’est souffle, le thermomètre marque
trente-trois degrés à Beyrouth et trente-six degrés dans la mon¬
tagne. Les eaux sont rares. Le débit des torrents, très abondant
en hiver, est réduit à rien en été; seuls l’Oronte, le Jourdain et
le Barada ont alors un débit appréciable. Cf. Achard, Etudes sur
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LES FRANCS ENVAHISSENT LA TERRE DES SARRASINS l63
surmonté tant de périls. Il fut décidé en conseil qu’on ne
pouvait encore pénétrer dans la terre des païens car, en
été, elle est trop aride et dépourvue d’eau 2; on accepta donc
de fixer le terme de cet arrêt aux calendes de novembre 3.
Les seigneurs se dispersèrent et chacun partit pour sa terre
afin d’y attendre le terme convenu. Les princes firent pro¬
clamer par toute la ville que ceux qui se trouveraient dans
la gêne et manqueraient d’or et d’argent pourraient, s’ils le
désiraient, demeurer avec eux moyennant contrat et seraient
retenus par eux avec plaisir*.
Il y avait un chevalier de la bande du comte de Saint-Gilles,
appelé Raimond Pilet®, qui retint à son service pas mal
d’hommes, chevaliers et piétons. Il partit avec la troupe qu’il
avait rassemblée et entra bravement dans la terre des Sarra¬
sins. Ayant dépassé deux cités, il parvint à une forteresse
nommée Talamannia^. Les habitants de la forteresse, des
Syriens, se rendirent tout de suite à lui spontanément. Ils
y séjournaient depuis environ huit jours, lorsque des messa¬
gers vinrent lui annoncer qu’il y avait tout près un château
de Sarrasins pourvu d’une nombreuse garnison. Les pèle¬
rins, chevaliers du Christ, marchèrent immédiatement sur
la Syrie et la Ciliciej publication du haut commissariat de la Ré¬
publique française en Syrie, 1922, p. 74-79 (annexe au c Congrès
français de la Syrie à Marseille »). Voir aussi dans les Actes de
ce congrès la communication du docteur Nègre, fascicule IV
(climatologie), p. 17-22.
3. En réalité, avant de continuer la marche sur Jérusalem, cha¬
cun des chefs songeait à quelque entreprise particulière, mais la
mesure prise par le conseil était très mal vue de certains croisés.
Cf. Raimond d’Aguilers, i3, p. 302.
4. Dans les châteaux et villes de Cilicie qu’ils avaient occupés
avant la prise d’Antioche. D’après Raimond d’Aguilers (i3,
p. 262), Bohémond retourne en^ Romanie (Asie Mineure), Gode-
froi de Bouillon va à Rohez (Édesse), dont son frère Baudouin
avait acquis la souveraineté. L’Anonyme a omis cet événement.
5. Exemple intéressant de troupes soldées jusqu’à un terme fixé.
6. Sur Raimond Pilet, voir Arbellot, Les chevaliers limousins
aux croisadeSy p. 29. Cf. Henri de Huntingdon, dans les Histo¬
riens occidentaux, t. V, p. 378.
7. Ce serait le village de Tell-Mannas, non loin de Marra.
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164
CLADEM FRANCI ACCIPIUNT
igilur omnes illius loci colonos** et qui christianitatem
recipere noluerunt, occiderunt, qui vero Chrisium re-
cognoscere maluerunt, vivos conservarunt*.
Reversi sunt itaque hoc peracto^ nostri Franci cum
niagno gaudio ad prius castrum^ Tercia vero die* exie-
runt et venerunt ad quamdam urbem, cui nomen Mar¬
ra*, que illic erat prope illos. Erant autem ibi multi
Turci congregati et Saraceni ab Aleph civitate et ab
omnibus urbibus et castris que circa illam sunt. Exie-
runt ergo barbari*' contra illos ad bellum nostrique
estimantes luctari cum illis preliando, coegerunt^ eos
in fugam, et tamen reversi per totum diem invadebant
nostros adinvicem ; et usque ad vesperam perduravit ilia
invasio. Aestus namque erat immensus ; nequibant jam
nostri sufferre tantam si'tim, quoniam nullatenus ad bi-
bendum invenire-' aquam poterant. Voluerunt*’^ tamen
ad illorum castrum secure redire^. Pro illorum enim
peccatis Suriani et minuta* gens® nimio pavore cor-
repti mox ceperunt viam carpere^ retrorsum. Ut autem
Turci viderunt illos retrocedentes, statim ceperunt illos
persequi et Victoria illis ministrabat vires, multi namque
ex nostris reddiderunt animas Deo, cujus amore illic
congregati fuerant. Hec occisio facta est vo die * in mense
julio*. Reversi sunt autem Franci illi, qui remanserant,
in suum castrum et fuit ibi Raimundus* cum sua gente
per plures dies.
a. incolas C. — b. conservaverunt B, C*, O. — c. his peractis
C. — d. ergo barbari omis dans C. — e. miserunt C. — /. inve-
nire ibi B. — g. nolueruntque secure redire ad castrum suum
C. — h. inimica C*. — 1. capere A*, C*. — k. quinta feria C.
1. C’est-à-dire à Tell-Mannas.
2. Le troisième jour après la prise du château turc, vers le
27 juillet.
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i65
DÉSASTRE DES FRANCS (27 juillet IO98)
ce château, l’entourèrent de tous côtés et s’en emparèrent
aussitôt avec l’aide du Christ. Ils saisirent tous les paysans
de l’endroit et mirent à mort tous ceux qui ne voulaient pas
recevoir le christianisme; quant à ceux qui préférèrent re¬
connaître le Christ, ils les laissèrent vivants.
Ceci accompli, nos Francs revinrent tout joyeux à la pre¬
mière forteresse'. Ils en sortirent le troisième jour* et
vinrent à Marra^, qui se trouvait non loin d’eux. Il y avait
là rassemblés un grand nombre de Turcs et de Sarrasins
venus d’Alep et de toutes les villes, de tous les châteaux
qui sont dans ses environs. Les barbares sortirent pour les
attaquer; les nôtres, résolus à lutter contre eux dans un
combat, les mirent en fuite. Ils revinrent cependant, et
pendant tout le jour ils attaquaient les nôtres tour à tour.
Cette attaque dura jusqu’au soir. La chaleur était acca¬
blante; les nôtres ne pouvaient plus supporter la soif, car
ils n’avaient trouvé aucune eau à boire. Alors ils voulurent
revenir en toute sécurité à leur château^; mais, pour leurs
péchés, les Syriens et les petites gens*, saisis d’épouvante,
commencèrent à rétrograder. En les voyant battre en re¬
traite, les Turcs se mirent à les poursuivre, et la victoire leur
donnait des forces. Beaucoup des nôtres rendirent leur âme
à Dieu pour l’amour duquel ils s’étaient rassemblés là. Ce
massacre eut lieu le cinquième jour du mois de juillet®. Les
Francs qui y avaient échappé revinrent à leur forteresse et
Raimond^ y séjourna avec sa troupe quelque temps.
3. Maarat-en-Nouman, an sud-est d’Antioche, sur la route de
Hamah à Âlep, aux confins du désert de Syrie.
4. A Tell-Mannas.
3. C’est-à-dire les piétons, qui changèrent la retraite en déroute.
6. Comme l’a montré [Chronologie de la première
croisade^ n® 307), on ne peut admettre cette date du 5 juillet, Rai¬
mond Filet n’ayant pu quitter Antioche que le 29 ou 3o juin au
plus tAt, ayant passé huit jours à Tell-Mannas et n’ayant marché
sur Marra que trois jours après la prise du château turc. La date
du 27 juillet donnée par VHistoria belli sacri, p. 207, et par le
manuscrit G de Baudri de Bourgueil (III, 21, p. 81-82) paraît plus
vraisemblable.
7. Raimond Filet.
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i66
DE PODIENSIS EPISCOPI MORTE
Alii vero, qui in Antiochia remanserant^ steterunt
in ea cum gaudio et leticia magna, quorum rector et
pastor^ exstitit Podiensis episcopus, qui nutu Dei gravi
egritudine captus est et, ut Dei voluntas fuit, migravit
ab hoc sæculo et, in pace requiescens, obdormivit in
Domino, in solemnitate® scilicet sancti Pétri que dicitur
ad Vincula^ : unde magna angustia et tribulatio immen-
susque dolor fuit in tota Christi milîcia, quia ille erat
sustentamenium pauperum, consilium divitum ipseque
ordinabat clericos, predicabat et summonebat milites
dicens : « Quia nemo ex vobis salvari potest nisi hono-
rificet pauperes et reficiat vosque non potestis salvari
sine illis ipsique vivere nequeunt sine vobis. Oportet
igitur ut ipsi cotidiana supplicatione pro vestris orent
delictis Deum, quem in multis cotidie* offenditis, unde
vos rogo ut, pro Dei amore, eos diligatis et in quan¬
tum potestis eos sustentetis. »
[31.] Non post multum vero temporisé venit vir vene-
rabilis Raimundus, cornes de Sancto Egidio, et intravit
in Saracenorum terram et pervenitad quamdam urbem
quae vocatur Albara®, quam invasit una cum suo exer-
citu eamque continuo cepit et occidit omnes Saracenos*^
et Saracenas, majores et minores quos ibi reperit. Quam
postquam suo continuit imperio®, ad Christi revocavit
a. solempnilate .<4»; solennitate O. b. quotidie .4*, A^, B.
— c. Saracenos masculos et feminas tam majores quam mino¬
res C.
I. Ces termes indiquent certainement que l’auteur a pris part
à l’expédition de Raimond Pilet.
3. C’est la seule allusion aux pouvoirs spirituels d'Adémar de
Monteil en tant que légat du pape. Voir aussi les détails d’Albert
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MORT DE l’évêque DU PUY (l«‘‘aOÛt IO98) 167
Les autres, demeurés à Antioche’, s’y trouvaient dans la
joie et dans une grande allégresse, lorsque leur directeur et
pasteur^, l’évêque du Puy, tomba par la volonté de Dieu
gravement malade et, par cette même volonté, émigra de ce
siècle et, reposant en paix, s’endormit dans le Seigneur le
jour de la fête dite de saint Pierre ès liens^. Il en résulta
une grande angoisse, une tristesse, une immense douleur
dans toute l’armée du Christ, car il était le soutien des
pauvres et le conseiller des riches. Il ordonnait des clercs,
prêchait et, dans ses allocutions adressées aux chevaliers, il
leur disait : « Nul de vous ne peut être sauvé s’il n’honore
et ne réconforte les pauvres; sans eux vous ne pouvez être
sauvés, sans vous ils ne peuvent vivre. Il faut donc que, par
une supplication quotidienne, ils prient pour vos péchés
Dieu que vous offensez si souvent, je vous supplie donc de
les aimer pour l’amour de Dieu et de les secourir autant
que vous le pourrez. »
[31.] Peu de temps après^ partit le vénérable Raimond,
comte de Saint-Gilles. Il pénétra dans la terre des Sarrasins
et parvint jusqu’à une ville appelée Albara*. Il l’attaqua
avec sa troupe, s’en empara aussitôt et massacra tous les
Sarrasins et Sarrasines, grands et petits, qu’il y trouva.
Après en avoir pris possession®, il la rappela à la foi du
d’Aix, V, 1, p. 433, sur la « réconciliation » de l’église Saint-Pierre
par l’évêque du Puy.
3. Le I*' août 10^. Ces détails sur l’impression produite par
cette mort sont confirmés par les autres textes (lettre des princes
à Urbain II, dans les Epistuîae et chartacy p. 164; Raimond
d’Aguilers, i3, p. 262; Foucher de Chartres, I, 23, p. 35o; Albert
d’Aix, V, 4, p. 435; Chronique de Saint-Pierre du Puy y p. 164).
4. Entre la mort d’Adémar de Monieil et cette expédition contre
Albara eut lieu une autre expédition infructueuse du comte de
Toulouse contre Hazar (Raimond d’Aguilers, i3, p. 263). L’ex¬
pression « peu de temps après » est donc inexacte. L’expédition
contre Albara eut lieu au moins après le ii septembre, date de
la lettre expédiée à Urbain II par les princes.
5. El-bâra, à l’est de l’Oronte, à deux jours de marche d’An¬
tioche.
6. D’après les idées du temps, la nomination d’un évêque est
un signe de souveraineté.
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i68
DE ANTIOCHIA PRINCIPES DISSENTIUNT
fidem quesivitque consilium a suis sapientissimis viris
ut episcopum in hac urbe devotissime preordinari
facerei, qui illam ad fidem® Christi cultumque fideliter
revocaret et de domo diabolica templum Deo vivo et
vero etoracula^ sanctorum consecraret. Novissime ele-
gerunt quemdam honorabilem ac sapientissimum vi-
rum * et duxere ilium in Antiochiam ad consecrandum ^ ;
factumque est ita. Alii autem qui in Antiochia reman-
serant fuerunt ibidem cum gaudio et leticia-*.
Appropinquante vero termino, videlicet festo Om¬
nium Sanctorum, regressi sunt omnes majores nostri*
in unum in Antiochiam omnesque ceperunt querere
qualiter iter Sancti Sepulcri valereni peragere, dicen-
tes : « Quoniam appropinquaverat eundi terminus,
nulla erat hora conturbandi amplius. »
Boamundus autem querebat cotidie conveniionem
quam omnes seniores olim habuerant ei^ in reddendam
civitatem*'®; sed cornes Sancti Egidii ad nullam con-
ventionem volebat se emollire erga Boamundum, eo
quod timebat se pejerare erga imperatorem®. Tamen
sepe fuerunt congregati in ecclesia Sancti Pétri ad
faciendum quod justum erat. Boamundus recitavit
suam conventionem suumque ostendit compotum^.
Cornes Sancti Egidii similiter sua patefecit verba et jus-
jurandum quod fecerat imperaiori per consilium Boa-
mundi®. Episcopi et dux Godefridus Flandrensisque
a. ad Christi cullum B. — b. nostri et convenerunt C. —
c. olim erga ilium habuerant C. — d, reddenda civitate C.
1. Ce qui signifie que la grande mosquée sera changée en
église.
2. Pierre de Narbonne (Raimond d’Aguilers, 14, p 266}.
3. C’est la première tentative faite pour établir une hiérarchie
latine en Syrie. Cependant, les croisés paraissent avoir maintenu
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DISCORDES DES PRINCES (novembre 1098) 169
Christ et prit conseil de ses prud’hommes, afin de faire or¬
donner dans cette ville en grande dévotion un évêque qui
la ramenât à la foi et au culte du Christ et, de la demeure
diabolique, fît un temple consacré au Dieu vivant et véri¬
table, ainsi que des oratoires en l’honneur des saints ^ Ils
élurent aussitôt un homme sage et honorable^ et le condui¬
sirent à Antioche pour le faire sacrer. Il fut fait ainsi 3. Les
autres, restés à Antioche, y vécurent dans la joie et l’allé¬
gresse^.
Lorsque approcha le terme fixé, c’est-à-dire la fête de la
Toussaint, nos chefs revinrent tous à Antioche et commen¬
cèrent à s’inquiéter des moyens d’accomplir le voyage du
Saint-Sépulcre. « Puisque, disaient-ils, approche le terme
fixé pour le départ, ce n’est plus le moment de contester
davantage. »
Bohémond, de son côté, cherchait tous les jours à faire
reconnaître la convention que tous les seigneurs avaient
conclue avec lui pour obtenir la reddition de la ville^, mais
le comte de Saint-Gilles ne se laissait attendrir par aucune
convention avec Bohémond, parce qu’il craignait de se par¬
jurer vis-à-vis de l’empereur®. De nombreuses assemblées
furent tenues dans l’église Saint-Pierre pour rechercher ce
qui était juste. Bohémond récita le texte de la convention
et montra son compte’. De même, le comte de Saint-Gilles
communiqua les termes du serment qu’il avait prêté à l’em¬
pereur, suivant le conseil de Bohémond®. Les évêques, le
sur le siège d’Antioche jusqu’en 1100 le patriarche grec Jean IV,
dont relevait, par conséquent, le nouvel évêché latin.
4. Répétition littérale de la formule employée au chap. xxx,
p. 166-167, ligï^® 2.
5. Sur cette convention conclue avant la prise d’Antioche, voir
chap. XX, p. 102.
6. Sur le conseil des princes, voir Raimond d’Aguilers, 14,
p. 267-268. Le comte de Toulouse était justement celui qui avait
le moins d’engagements vis-à-vis de l’empereur (voir p. 32-33),
mais il était devenu a impérialiste » pour empêcher Bohémond
de garder Antioche.
7. Sans doute le compte des dépenses qu’il avait faites pour se
faire livrer Antioche.
8. Voir chap. vi, p. 32-33.
Première croisade. 14
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170 DE BOAMUNDI RAIMUNDIQUE PACTIONE
cornes et cornes de Nortmannia aliique seniores divisi
sunt ab aliis et intraverunt ubi est cathedra sancti Pétri ^
ut ibi judicium inter utrumque discernèrent. Postea
vero timentes ne Sancti Sepulcri via perturbaretur,
noluerunt aperte judicium dîcere^. Ait denique cornes
de Sancti Egidii : « Priusquam viam Sancti Sepulcri
remaneat, si Boamundus nobiscum venire voluerit,
quicquid nostri pares, videlicet dux Godefridus et Flan-
drensis cornes et Rotbertus Nortmannus aliique seniores
laudaverint, ego fideliter consentiam, salva fideliiate
imperatoris^. »
Hoc totum laudavit Boamundus et promiserunt ambo
in manibus episcoporum quod nullo modo per se via
Sancti Sepulcri deturbaretur. Tune accepit Boamundus
consilium cum suis hominîbus quomodo munîret cas-
trum de alta montanea hominîbus et victu^ Similiter
cornes Sancti Egidii accepit consilium cum suis quo¬
modo muniret® palatium Cassiani ammiralii* et turrim
que est super portam pontis qui est ex parte portus
Sancti Simeonis®, — muniret, inquam, hominîbus et
victu qui non deficerent longo tempore.
[32.] — Cf. Appendix^ p. 220^.
a. muniret omis dans C. — b. Situs Antiochiae en marge dans
B. Bien que ce chapitre figure à cette place dans tous les manu¬
scrits, son caractère d'interpolation est tellement marqué que
nous le renvoyons en appendice. Le début même du chapitre 33 :
quibus expletis, indique bien que dans le texte primitif il n'y
avait aucune interruption entre la fin du chapitre 3i et le début
du chapitre 33. Comme, d’autre part, la division en chapitres
n’existe pas dans les manuscrits, l’interpolation est manifeste.
La fin de ce morceau montre d’ailleurs, par les éléments chrono-
logiques qu’il renferme, qu’il a été écrit longtemps après le départ
des croisés d'Antioche. Il faut noter aussi que dans A^ (fol. 5 1 r”),
après les mots qui terminent le chapitre 3i (non deficere longo
tempore), se trouvent un blanc et un nouvel alinéa, ce qui ferait
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ACCORD ENTRE BOIIÉMOND ET RAIMOND I7I
duc Godefroi, le comte de Flandre, le comte de Norman¬
die et les autres seigneurs se séparèrent de l’assemblée et
se retirèrent à l’endroit où est la chaire de saint Pierre*, afin
de prononcer un arbitrage entre les deux. Puis, craignant
que la marche vers le Saint-Sépulcre ne fût troublée, ils re¬
fusèrent de proclamer ouvertement leur décision 3. A la fin,
le comte de Saint-Gilles déclara : « Avant que la route du
Saint-Sépulcre soit abandonnée, si Bohémond consent à
venir avec nous, tout ce qu’auront approuvé nos pairs,
c’est-à-dire le duc Godefroi, le comte de Flandre, Robert
de Normandie et les autres seigneurs, j’y consens fidèle¬
ment, sauf en ce qui concerne ma fidélité à l’empereur®. »
Bohémond approuva entièrement ces paroles et tous deux
jurèrent entre les mains des évêques que la marche vers le
Saint-Sépulcre ne serait jamais troublée par eux d’aucune
manière. Alors Bohémond tint conseil avec ses hommes,
afin de garnir le château de la haute montagne en hommes
et en vivres*. De même, le comte de Saint-Gilles tint con¬
seil avec les siens pour garnir le palais de Gassian l’amiral®
et la tour élevée sur la porte du pont du côté du port de
Saint-Siméon®, — pour les garnir, dis-je, en hommes et en
vivres qui pussent durer longtemps.
[38.] — Cf. y Appendice, p. 221.
une on:{ième partie. Sous n avons pas tenu compte de cette subdi¬
vision que rien ne justifie et qui ne figure pas dans A*.
1. Dans le chœur de la cathédrale où était conservée la chaire
de saint Pierre.
2. Afin d’éviter une guerre entre Bohémond et Raimond.
D’après Raimond d’Aguilers (14, p. 267-268), ils faillirent en venir
aux armes, à la grande indignation des croisés qui menaçaient
de détruire Antioche.
3. La conférence aboutit donc à un compromis provisoire qui
laisse la question en l’état, ce qui en fait un succès pour Bohé¬
mond.
4. La citadelle d’Antioche où ses hommes tenaient seuls gar¬
nison.
5. L’ancien palais de lagi-Sian, situé en pleine ville.
6. La porte de la Mahomerie, toujours occupée par les Proven¬
çaux.
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172 MARRAM OBSIDENT CRUCESIGNATI
[33.] Quibus expletis, mense novembrio^ discessit
Raimundus cornes Sancti Egidii cum suo exercitu ab
Antiochia venitque per unam civitatem que vocatur
Rugia^ et per aliam que dicitur Albara®. Quarto vero
die, exeunte novembrio, pervenit ad Marram civitatem,
in qua maxima multitudo Saracenorum etTurcorum et
Arabum et aliorum paganorum erat congregata, ipseque
cornes in crastinum" invasit eam"*. Non post multum
vero temporis Boamundus cum suo exercitu secutus
est comités*® et applicatus est cum eis in die dominica.
Secunda vero feria® nimis fortiter invaserunt undique
civitatem et tam acriter tamque fortiter ut scale starent
erecte ad murum; sed tam maxima erat virtus pagano¬
rum quod ilia die nihil eos offendere aut nocere potue-
runt.
Videntes autem seniores quia nihil agere poterant et
frustra laborabant, fecit Raimundus cornes de Sancto *
Egidio^ fieri quoddam ligneum castrum forte et al-
tum"^; quod castrum ingeniatum et edificatum erat
super IV rotas; super quod stabant plures milites et
Evrardus Venator, tubam fortiter sonans; subter vero
erant armati milites, qui deduxerunt castrum usque
prope urbis murum, juxta turrim quamdam. Quod vi-
a. in crastinum omis dans A^. — b. secutus est Raimun-
dum Tudebode, p. go; secutus est comitem « Hist. belli sacri »,
p. 208. — c. Sancti Egidii A^^ A^.
1. La date du 23 novembre est donnée par Tudebode, p. 90.
2. Identifiée avec le bourg actuel de Riha, au sud-est d’An¬
tioche.
3. Prise précédemment par le comte de Toulouse (voir
p. 166-167).
4. C’est la ville dont Raimond Pilet n’avait pu s’emparer. Voir
p. 164-165.
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UNIVERSITY ÔF WTSCONSIN .
SIÈGE DE MARRA (novembre 1098) 173
[33.] Ces mesures prises, au mois de novembre ^ Rai¬
mond, comte de Saint-Gilles, quitta Antioche avec son ar¬
mée et arriva à une ville appelée Rugia*, puis à une autre
nommée Albara^. Quatre jours avant la fin de novembre, il
parvint à la cité de Marra, où une grande multitude de Sar¬
rasins, de Turcs et d’Arabes et autres païens se trouvait
rassemblée et, dès le lendemain, le comte Tattaqua^. Peu
de temps après, Bohémond suivit les comtes* avec son ar¬
mée et fit sa jonction avec eux le dimanche. Le lundi*, ils
attaquèrent vivement la ville de toute part et avec une telle
ardeur et une telle vigueur que les échelles étaient appli¬
quées aux murs; mais la force des païens était si grande
que ce jour-là ils ne purent leur causer aucun dommage.
Nos seigneurs voyant qu’il n’y avait rien à faire et qu’ils
se donnaient du mal en vain, Raimond, comte de Saint-
Gilles, fit construire un château de bois fort et élevé^; ce
château était disposé et construit sur quatre roues. A l’étage
supérieur se trouvaient plusieurs chevaliers et Évrard le
Veneur, qui sonnait très fort de la trompette; au-dessous
étaient des chevaliers revêtus de leur armure, qui poussèrent
le château près de la muraille, contre une tour. Ce que
5. 11 y a là une obscurité. La lecture comités (« les comtes »)
figure danstous les manuscrits, alors que Raimond de Saint-Gilles
est seul cité comme ayant quitté Antioche avant Bohémond. Cepen¬
dant Raimond d’Aguilers (14, p. 268) mentionne Robert de Flandre
au siège de Marra, Albert d’Aix (V, 26, p. 448) y fait assister la
plupart des chefs, mais dit qu’après cinq jours de siège ils rega¬
gnèrent Antioche. D’autre part, Foucher de Chartres (I, 34,
p. 352) affirme que seuls Raimond et Bohémond assiégèrent
Marra. Ce qui est certain, c’est que, d’après la suite du récit de
l’Anonyme, ils sont seuls présents à la prise de Marra, et, au cha¬
pitre suivant, on voit nettement que les autres chefs sont bien à
Antioche (voir p. 178-179). Il y a donc une lacune dans le récit
de l’Anonyme; il est probable que d’autres chefs, comme le
comte de Flandre, ont paru au siège de Marra et sont retournés
à Antioche sans attendre la prise de la ville.
6. Le 29 novembre 1098.
7. Il s’agit d’une tour roulante plus haute que les remparts de
Marra.
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174 MUROS ASCENDERE MILITES CONANTUR
dens gens pagana, statim fecerunt instrumentum quo
jactabant maximos lapides super castrum\ ita ut pene
nostros milites occiderent. Jaciebant quoque grecos
ignés® super castrum, putantes illud ardere et devas-
lare; sed Deus omnipotens noluit ut castrum arderet
hac vice®; supereminebat enim omnes muros* civitatis.
Milites igitur nostri, qui erant in superiori solario,
videlicet Willelmus de Monte Pislerio® et alii multi,
jactabant immenses lapides super illos qui stabant in
muro urbis et ita percutiebant eos super clipeos, ut cli-
peus*^ et inimicus caderent deorsum in civiiatem in
mortem. Ita faciebant isti; alii vero tenebant in hastis
honorabilia signa** et cum lanceis et hamis ferreis puta-
bant eos trahere ad se; et sic preliati suntusque ad ves-
peram.
Rétro castrum stabant presbiteri, clerici sacris vesti-
bus induti, orantes et obsecrantes Deum ut suum defen-
deret populum et christianitatem exaltaret ac paganis-
mum deponeret. In alia vero parte certabant nostri
milites cotidie cum illis, erigentes scalas ad murum
urbis, sed virtus paganorum erat tanta ut nihil profi-
cere nostri possent. Tamen Gulferus de Daturre* pri-
mus ascendit per scalam in murum; sed statim fuit
fracta scala pro multitudine aliorum ; tamen ascendit
ipse cum aliquantis* supra murum. Alii quoque inve-
nerunt aliam scalam erexeruntque eam festinanter ad
a. ut illud hac vice combureretur C*, C*. — b. omnibus mûris
O, C®. — c. clypeos ut clypeus A^. — d. statimque A^^ A^. —
e. ascenderunt tamen aliquanti cum eo C.
1. Une baliste destinée à lancer des pierres. Sur ces machines,
voir Viollet-le-Duc, Dictionnaire d’architecture y t. V, p. 221,
2. Les Arabes et les Turcs avaient fini par trouver le secret du
feu grégeois, resté longtemps le monopole de l’empire byzantin.
C’était un liquide enflammé, probablement à base d’huile de
naphte, qu’on lançait au moyen de tubes ou « siphons ».
3. Il a été déjà cité au ch. xi, p. 63.
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X
TENTATIVES d’eSCALADE DES MURS lyS
voyant, la gent païenne fit aussitôt une machine qui jetait
de grosses pierres sur le château*, si bien que presque tous
nos chevaliers furent tués. Ils jetaient aussi du feu grégeois ^
sur le château dans Fespoir de l’incendier et de le détruire,
mais Dieu tout-puissant ne voulut pas que le château brû¬
lât cette fois, car il surpassait en hauteur les murs de la cité.
Nos chevaliers placés à l’étage supérieur, parmi lesquels
Guillaume de Montpellier^ et beaucoup d’autres, lançaient
d’énormes pierres sur les défenseurs de la muraille. Ils ta¬
paient si raide sur leurs boucliers que le bouclier et l’homme
tombaient, celui-ci mortellement frappé, à l’intérieur de la
ville. Ainsi combattaient ceux-ci; d’autres tenaient des
lances garnies de pennons* et, à l’aide de leurs lances et
d’hameçons de fer, ils cherchaient à attirer à eux les enne¬
mis. On combattit ainsi jusqu’au soir.
Derrière le château étaient les prêtres, les clercs revêtus
de leurs ornements sacrés, qui priaient et adjuraient Dieu
de défendre son peuple, d’exalter la chrétienté et d’abattre
le paganisme. D’un autre côté, nos chevaliers combattaient
chaque jour l’ennemi, dressant des échelles contre le mur
de la ville.; mais la résistance des païens était telle que les
nôtres ne pouvaient faire aucun progrès. Cependant, Gou-
fier de Lastours* monta le premier sur le mur par une
échelle, mais aussitôt l’échelle se rompit sous le poids de
ses trop nombreux compagnons. Il parvint cependant sur
le mur avec quelques-uns. D’autres ayant trouvé une
4. Mot à mot : « garnis de signes honorables ». Il s’agit des pen-
nons et des gonfanons que les chevaliers fixaient à leur lance.
5. « Goufier de Lastours, vicomte, originaire du Limousin »
suivant le De praedicatione crucis in Aquitania {Historiens occi~
dentaux, t. V, p. 35i). Voir dans ce morceau l’exploit fantastique
qui lui est attribué et l’histoire de son lion apprivoisé. Il était
seigneur de Lastours, près de Nexon (Haute-Vienne), et frère de
Grégoire Bechada, auteur d’une première Chanson d'Antioche,
que la plupart des critiques considèrent aujourd’hui comme
entièrement perdue, malgré l’avis de Gaston Paris {Mélanges de
littérature française du moyen âge, p. 221), qui croyait en recon¬
naître un fragment important dans un manuscrit de Madrid
publié par Paul Meyer dans les Archives de VOrient latin, t. II,
p. 473-494. Sur Goufier, cf. Arbellot, Les chevaliers limousins
aux croisades, 1881, p. 70.
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176 QUO MODO MARRA EXPUGNATA SIT
murum et ascenderunt peream multi milites et pediies
siatimque ascenderunt super murum. Saraceni igitur
tam robuste invaserunt illos et“ per murum et per ter-
ram, sagittando et spiculando comminus* cum suis
lanceis, ut multi ex nostris, timoré perterriti, demitte-
rent se per murum.
Tamdiu vero illi prudentissimi viri qui remanserant
in muro sufferebant illorum persecutionem quamdiu^
alii, qui subter castrum erant, foderunt murum urbis^.
Videntes vero Saraceni quod nostri fodissent murum,
statim timoré perterriti inierunt fugam in civitatem.
Hoc totum factum est in die sabbati, ad horam vesperi,
occidente sole, xi® die intrante decembri. Boamundus
igitur fecit per interpretem loqui Saracenis majoribus
ut ipsi cum suis mulieribus et infaniibus aliisque subs-
tantiis mitterent se in unum palacium quod est supra
portam ipseque defenderet eos de mortali sentencia^.
Intraveruntvero omnes nostri in civitatem et quicquid
boni invenerunt in domibus et in foveis^, hoc unus-
quisque ad suum continebat proprium*^. Facto autem
die, ubicunque reperiebant quemquam illorum, sive
masculum sive feminam, occidebant. Nullus angulus
civitatis deerat vacuus Saracenorum cadaveribus vixque
poterat aliquis per vias ire civitatis nisi calcando su¬
per Saracenorum® cadavera. Boamundus denique illos
quos jusserat in palacium inirare apprehendit illisque
abstulit omnia que habebant, videlicet aurum, argen-
tum aliaque ornamenta; alios vero fecit occidi, alios
autem jussit conduci ad vendendum Antiochie-^'^.
Mora autem Francorum fuit in ilia urbe per unum
a. et omïs dans A^y B, C. — b. cominus A^y A^y B, C. — c. quous-
que C. — d. retinebat ad suum opus C. — e. mortuorum C. —
f, in Antiochiam Ay C*.
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MARRA PRISE d’assaut (ii décembre 1098) 177
autre échelle, la dressèrent rapidement contre la muraille :
beaucoup de chevaliers et de piétons y montèrent aussitôt
et escaladèrent le mur. Mais les Sarrasins les attaquèrent
avec une telle vigueur, sur le mur et sur le sol, en lançant
des flèches et en pointant contre eux de tout près avec leurs
lances, que beaucoup des nôtres, frappés de terreur, se je¬
tèrent du haut du mur.
Pendant le temps que ces vaillants hommes, restés au
faîte de la muraille, supportaient les attaques, ceux qui
étaient sous le château sapèrent le mur de la ville ^ Les
Sarrasins, voyant que les nôtres avaient sapé leur muraille,
furent saisis de terreur et s’enfuirent dans la cité. Tout ceci
eut lieu le samedi, à l’heure de vêpres, au coucher du soleil,
le II décembre. Bohémond fit dire par un interprète aux
chefs sarrasins de se réfugier, eux, leurs femmes et leurs
enfants, avec leur bagage, dans un palais situé au-dessus de
la porte et s’engagea à les préserver de la mort^.
Puis les nôtres pénétrèrent tous dans la ville, et tout ce
qu’ils trouvèrent de quelque valeur dans les maisons ou les
cachettes 3, chacun d’eux se l’appropriait. Le jour venu, par¬
tout où ils découvraient un ennemi, homme ou femme, ils
le massacraient. Pas un coin de la cité qui fût vide de ca¬
davres sarrasins, et à peine pouvait-on circuler dans les rues
de la ville sans marcher sur ces cadavres. Bohémond saisit
ceux à qui il avait donné l’ordre d’entrer dans un palais,
leur enleva tout ce qu’ils possédaient, or, argent et autres
parures, fit tuer les uns et conduire les autres à Antioche
pour y être vendus^.
Les Francs s’arrêtèrent dans cette ville pendant un mois
1. Le château de bois ayant été approché des murailles, pen¬
dant que les chevaliers restés sur le mur tenaient les Sarrasins
en haleine, les sapeurs, protégés par le château, ouvraient une
brèche au bas de la muraille.
2. L’Anonyme paraît avoir résumé les termes de la capitula¬
tion.
3. On y a vu des citernes souterraines.
4. Rien ne montre mieux que ce trait la cupidité qui règne
parmi les chefs.
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178 COMITES INTER SE LITIGANT
mensem et iv dies^, in qua fuit mortuus Oriensis epis-
copus^. Fuerunt ibi ex nostris qui illic non invenerunt
sicuti opus eis erat, tantum ex longa mora quantum ex
districtione famis, quia foris nequiverant aliquid inve-
nire ad capiendum ; sed scindebant corpora mortuorum,
eo quod in ventribus eorum inveniebant bisanteos^ re-
conditos; alii vero cedebant carnes eorum perfrusta et
coquebant ad manducandum*.
[34.] Boamundus autem non potuit apud comitem
SanctiEgidii concordari super id quod petebat’ iratus-
que reversus est Antiochiam. Cornes igitur Raimundus,
non diu moratus, mandavit per suos legatos Antiochie
duci Godefrido® et Flandrensi comiti ac Rotberto Nort-
manno et Boamundo ut ipsi venirent ad Rugiam® civi-
tatem loqui cum eo; veneruntque illuc omnes seniores
et fecerunt concilium quomodo honeste possent tenere
viam Sancti Sepulchri pro qua moti sunt et usque hue
perventum sit. Nequiverunt concordare cum Raimundo
Boamundum, nisi Raimundus cornes redderet Antio¬
chiam ei^. Noluit cornes ad hoc assentire*, pro fiducia
quam fecerat imperatori. Comités denique et dux revers!
sunt in Antiochiam cum Boamundo; cornes vero Rai¬
mundus reversus est ad Marram, ubi peregrini erant,
mandavit quoque suis militibus honestare palacium et
castellum quod erat supra portam pontis civitatis®.
a. Les mots duci Godefrido et tout le passage qui suity jus¬
qu'aux mois omnem abundantiam frumenti {p. 182^ ligne 23)
inclusivement, ont été omis dans C*. — b. assentiri C^.
1. Du II décembre 1098 au i5 janvier 1099.
2. Guillaume, évêque d’Orange, se trouvait dans l’armée des
Provençaux (Raimond d’Aguilers, 20, p. 3oi).
3. Sur les besants, voir p. 96, n. 5. A l’entrée des Francs dans
la ville, des Sarrasins avaient avalé leurs pièces d’or pour mieux
les dissimuler.
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DISCORDES DES COMTES (janvier 1099) 179
et quatre jours et ce fut alors que mourut l’éveque
d’Orange^. Il y en eut parmi les nôtres qui ne trouvèrent
pas là ce dont ils avaient besoin, tant par suite de la lon¬
gueur de cet arrêt que par la difficulté de se nourrir, car,
hors de la ville, ils ne pouvaient rien trouver à saisir. Alors
ils sciaient les cadavres, parce qu’on découvrait des besants^
cachés dans leur ventre; d’autres découpaient leurs chairs
en morceaux et les faisaient cuire pour les manger^.
[34.] Bohémond ne put s’accorder avec le comte de Saint-
Gilles sur ce qu’il demandait*; irrité, il retourna à Antioche.
Sans retard, le comte Raimond manda à Antioche par des
envoyés au duc Godefroi, au comte de Flandre, à Robert
de Normandie et à Bohémond de venir jusqu’à Rugia® pour
y conférer avec lui. Tous les seigneurs y vinrent et tinrent
conseil, afin de trouver un moyen de se maintenir honora¬
blement sur la route du Saint-Sépulcre pour laquelle ils
s’étaient croisés et étaient parvenus jusque-là. Ils ne purent
accorder Bohémond avec Raimond que si le comte Raimond
lui remettait Antioche^. Le comte refusa d'y consentir à
cause de la foi qu’il avait jurée à l’empereur. A la fin, les
comtes et le duc revinrent à Antioche avec Bohémond, et le
comte Raimond retourna à Marra où se trouvaient les pèle¬
rins et manda à ses chevaliers de mettre en état le palais et
le château qui se trouvait au-dessus de la porte du pont®.
4. Détails confirmés par Raimond d’Aguilers, 14, p. 271; Fou-
cher de Chartres, p. 352; Raoul de Caen, 97, p. 675; Albert
d’Aix, V, 3o, p. 461, et une lettre de Daimbert, archevêque de
Pise {Epistuiae et chartae, p. 170).
5. Les détails du conflit sont donnés par Raimond d’Aguilers,
14, p. 270. Bohémond proposait de différer le départ de Marra
jusqu’à Pâques. Les croisés supplièrent alors Raimond de les
conduire à Jérusalem : après quelques hésitations, le comte fixa
le départ à quinze jours. Bohémond, indigné, se retira à
Antioche.
6. Aujourd’hui Riha; la réunion eut lieu au début de janvier
1099.
7. Bohémond exige que Raimond lui livre les parties d’Antioche
que ses troupes occupent toujours.
8. 11 s’agit des postes occupés toujours à Antioche par les
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l80 AD HIERUSALEM PERGIT RAIMUNDUS
Videns autem Raimundus quod nullus seniorum vo-
luisset causa ejus ire in viam Sancti Sepulcri, exivit
nudis pedibus^ de Marra xiii® die intrante januario et
pervenit usque Capharda^ fuitque ibi per iii dies^. Illic
adjunxit se cornes Nortmannie® comiti Raimundo. Rex
autem Cesaree** multotiens mandaverat per suos nun-
cios comiti Marre et Capharde quod cum eo pacem vel-
let habere et de suo precium ei daret et christianos
peregrinos diligeret fiduciamque faceret, quia quantum
continet ejus imperium peregrinis non esset offendicu-
lum et mercatum de equis et de corporalibus alimentis
daret gaudenter.
Exîerunt autem nostri et venerunt hospitari juxta
Cesaream* super fluvium Farfar® ; cumque vidisset rex
Cesaree contubernium Francorum tam^rope civitatem
hospitatum esse, doluit animo et jussit illis devetari
mercatum, nisi discederent a civitatis confinio. Cras-
tina vero die misit cum illis duos Turcos, suos videlicet
nuncios, qui eis monstrarent fluminis vadum eosque
conducerent ubi invenire possent ad capiendum®. De-
nique venerunt in vallem quamdam subter quoddam
castrum ibique depredati sunt plus quam quinque ani-
malium milia et satis frumenti atque alia bona, unde
valde fuit refecta tota Christi milicia. Tamen illud cas¬
trum reddidit se comiti eique dédit equos et aurum
purissimum et juraverunt sua lege^ quod peregrinis nil
exinde fieret mali*^; fuimusque ibi per vdies®. Egressi
a. nobilissimus cornes Normanniae Roberlus A^, A^, C^, C*.
— b. Caesaream A^, A^y C^, C^. — c. nihil deinceps facerent
mali C», a.
troupes de Raimond, le palais de lagi-Sian et le château de la
Mahomerie, desquels Bohémond ne tarda pas à les expulser.
L’Anonyme omet ici l’épisode si dramatique de la destruction
des murs de Marra par le bas peuple, indigné des discordes des
chefs (Raimond d’Aguilers, 14, p. 271).
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MARCHE DE RAIMOND SUR JÉRUSALEM (l3 janvier lOQQj l8l
Puis Raimond, voyant que nul des seigneurs ne voulait,
à cause de lui, prendre la route du Saint*Sépulcre, sortit de
Marra nu-pieds’ le i3 janvier et parvint à Capharda^, où il
demeura trois jours Là, le comte de Normandie vint se
joindre au comte Raimond. Le roi de Césarée^ avait mandé
souvent au comte par ses envoyés à Marra et à Capharda
qu*il voulait vivre en paix avec lui, qu’il lui donnerait de
son avoir, qu’il honorerait les pèlerins et leur jurerait sa foi,
que dans les limites de sa domination ils ne recevraient au¬
cune offense et qu’il assurerait volontiers le ravitaillement
des chevaux et la nourriture corporelle.
Les nôtres partirent et vinrent prendre leurs quartiers
près de Césarée sur le fleuve Farfar*. Le roi de Césarée,
voyant le camp des Francs établi si près de la cité, fut mé¬
content et ordonna de leur refuser le ravitaillement s’ils ne
s’éloignaient de l’enceinte de la ville. Le lendemain, il
envoya avec evBc deux Turcs, qui lui servaient de mes¬
sagers, pour leur montrer le gué du fleuve et les conduire
où ils trouveraient bonne prise®. Ils arrivèrent dans une
vallée dominée par un château et ils razzièrent plus de
cinq mille bêtes, pas mal de blé et d’autres denrées,
ce qui permit de refaire les forces de toute Larmée chré¬
tienne. La garnison du château se rendit au comte et
lui donna des chevaux et de l’or fin, puis jura par sa loi^
qu’il n’adviendrait aucun mal aux pèlerins; et nous fûmes là
pendant cinq jours^. Nous en partîmes pour aller tout
1. Afin de montrer qu’il reprend le pèlerinage interrompu. Cf.
Raimond d’Âguilers, 14, p. 272.
2. Kafartab, à quatre lieues de Marra.
3. Du i3 au 16 janvier 1099.
4. Aujourd’hui Schaizar, sur l’Oronte. Par * roi », il faut
entendre l’émir de Césarée, d’ailleurs à peu près indépendant.
5. Nom donné à l’Oronte.
6. L’émir de Césarée ne trouve rien de mieux pour se débar¬
rasser des croisés que de les envoyer piller une forteresse voi¬
sine.
7. Probablement en jurant sur le Coran. On remarquera com¬
bien le ton de l’Anonyme vis-à-vis des Musulmans est devenu
moins agressif.
8. Du 17 au 22 janvier 1099.
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i82
SARRACENORUM OPPIDA FRANCI OBTINENT
etenim inde pervenimus gaudentes hospitari ad quod-
dam Arabum castrum. Exivit igitur dominus castri et
concordatus est cum comité.
Exeuntes vero inde, pervenimus ad quamdam civita-
tem pulcherrimam et omnibus bonis refertam, in qua-
dam valle sitam, nomine Kephaliam^ Habitatores vero
illius, audientes Francos venisse, dimiserunt urbem et
hortos plenos oleribus et domos plenas alimentis cor-
poralibus et fugerunt. Tercia die^, egressi ab ilia urbe,
transivimus per altam et immensam montaneam et in-
travimus invallem deSem^^^in qua erat maxima uber-
tas omnium bonorum* fuimusque ibi per dies fere
quindecim^.
Hic prope nos erat quoddam castrum in quo erat
congregata maxima paganorum multitudo*. Quod cas¬
trum aggressi sunt nostri idque fortiter superassent
nisî Saraceni jactassent foras immensas turmas ani-
malium; reversi sunt nostri deferentes omnia bona
ad sua tentoria. Summo autem diluculo collegerunt
nostri suos papiliones et venerunt obsidere idem cas¬
trum; ibique putabant extendere tentoria®; sed gens pa-
gana omnino dédit se fuge ac dimiserunt castrum
vacuum. Intrantes autem nostri invenerunt ibi omnem
abundantiam frumenti, vini*^, farine, olei et quicquid
eis opus erat. Illic devotissime celebravimus festivitatem
Purificationis sancte Marie® veneruntque illic nuncii
de Camela civitate^. Rex namque illius mandavit comiti
equos, aurum et pactus est cum eo quod christianos
nullo modo offenderet, sed eos diligeret et honoraret.
a. Desem X*, C^; de Lem B; densam A^. — b. omnibus bonis
A^, B, C*. — c. putabantque ibi figere tentoria C*, C*. — d. Ici
prend fin la lacune de C® signalée p. 178, note a.
1. L’ancienne Raphania, sur !a route de Césarée à Tripoli.
2. Le 25 janvier 1099.
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OCCUPATION DE CHATEAUX SARRASINS (janv.-févr. 1099) l83
joyeux prendre nos quartiers près d’un château d’Arabes.
Le seigneur du château sortit et conclut un accord avec le
comte.
Après notre départ, nous parvînmes à une ville magni¬
fique et remplie de ressources, située dans une vallée; elle
s’appelait Kephalia^ Ses habitants, à la nouvelle de l’arri¬
vée des Francs, abandonnèrent la ville, ses jardins remplis
de légumes, ses maisons pleines de provisions de bouche et
s’enfuirent. Trois jours après 2, nous quittâmes cette ville et,
après avoir franchi une immense et haute montagne, nous
pénétrâmes dans la vallée de Sem®, où se trouvaient des res¬
sources abondantes; et notre étape y fut de quinze jours^.
Près de nous était un château où se trouvait rassemblée une
multitude de païens®. Nous attaquâmes ce château et notre
victoire eût été certaine, si les Sarrasins n’avaient fait sor¬
tir des portes un immense troupeau de bêtes. Les nôtres
revinrent dans leurs tentes chargés de toute espèce de biens.
Puis, au petit jour, les nôtres plièrent leurs pavillons et
vinrent assiéger le château avec le dessein d’y établir leurs
tentes ; mais toute la gent païenne prit la fuite et laissa le
château désert. Les nôtres y pénétrèrent et y trouvèrent en
abondance du blé, du vin, de la farine, de l’huile et tout ce
qui leur était nécessaire. Là, nous célébrâmes dévotement
la fête de la Purification de sainte Marie® et nous reçûmes
des messagers de la cité de la ChamelleL Son roi envoya
au comte des chevaux, de l’or et conclut avec lui un traité
par lequel il s’engageait à ne pas molester les chrétiens,
3. La vallée de Sem est identifiée avec la plaine d’El Boukeia,
entre le Djebel Akkar et le Djebel Ansarieh, traversée par la
route d’Hamah à Tripoli.
4. Du 25 janvier au 14 février 1099.
5. Cf. Raimond d’Aguilers, 14, p. 274. Ce château, habité par
des Kurdes, serait, d’après Hagenmeyer (dans son édition de ce
texte), le Krak (Kalaat-el-Hosn), qui commande le défilé par
lequel passent les routes de Homs et de Hama à Tripoli et à
Tortose.
6. Le 2 février 1099.
7. L’ancienne Emèse, dite « la Chamelle » (Guillaume de Tyr,
dans les Historiens occidentaux^ t. I, p. 295).
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TORTOSAM FRANC! INVADUNT
184
Rex autem Tripolis^ mandavit comiti quoniam cum eo
fideliter pactum iniret et amiciciam haberet, si ei pla-
ceret, misitque illi equos x et iv mulas et aurum; sed
cornes ait nullo modo cum eo pacem se recipere®, nisi
ille christianus efficeretur.
Exeuntes autem de optima valle, pervenimus ad quod-
dam casirum, quod dicitur Arche^, in die lune, scilicet
II» feria mediantc februario^; circa quod tentoria teten-
dimus, quod* plénum erat innumerabili gente pagano-
rum^; et*^ mirabiliter munierunt castrum illud et defen-
debant se fortiter. Tune exeuntes xiv ex nostris militi-
bus, ierunt contra Tripolim urbem, que erat secus nos.
Isti XIV invenerunt circa lx Turcos et alios quosdam
qui habebant ante se collectos homines et animalia plus
quam md. Qui, signo crucis muniti, invaserunt eos* et
occiderunt vi ex illis apprehenderuntque vi equos-^.
De exercitu vero Raimundi comitis exierunt Raimun-
dus Piletus* et Raimundus vicecomes de Tentoria^ ^
veneruntque ante Tortosam civitatem ® ; et fortiter aggre-
diuntur* illam, que nimis erat munita multiiudine paga-
norum. Sero autem jam facto secesserunt in quemdam
angulum ibique hospitati sunt feceruntque innumera-
biles ignés, quasi^ tota hostis esset ibi. Pagani vero,
timoré perterriii, nocte latenter fugerunt et dimiserunt
civitatem plenam omnibus bonis, que etiam valde opti-
a. cum eo nullo modo pacem se recipere A^; nullatenus se pa>
cem cum illo facere C. — b. quod castrum A^, B, C. — c. pa-
ganorum, videlicet Turcorum, Saracenorum, Arabum, Publica-
norum A^, -4*, 5, C. — d. qui Ai, B, C. — e. eos et Deo juvante
mirabiliter superaverunt illos A*, B, O, O. — f. superaverunt
et apprehenderunt vi ex illis et occiderunt vi equos quos ceperunt
C*. — g. Tentoriis A*, A^, C*, O. — h. aggressi sunt C. — i. ita
ut Al.
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i85
PRISE DE TORTOSE (février 1099)
mais à les honorer et les aimer. Le roi de Tripoli % de son
côté, adressa un message au comte pour conclure avec lui
un accord et, s’il le désirait, se lier d’amitié avec lui; il lui
envoya dix chevaux, quatre mules et de l’or; mais le comte
déclara qu’il ne ferait la paix avec lui que s’il consentait à
devenir chrétien.
Après avoir quitté cette belle vallée, nous arrivâmes
à une place forte appelée Archas^ un lundi, au milieu de
février^, et nous y fixâmes nos tentes. Elle était occu¬
pée par une innombrable gent païenne qui avait fortifié
admirablement la place et se défendait vigoureusement.
Quatorze de nos chevaliers partirent pour marcher contre
Tripoli, située près de nous. Ces quatorze trouvèrent envi¬
ron soixante Turcs et quelques autres qui avaient rassemblé
devant eux des hommes et des animaux, au nombre de
quinze cents et plus. Munis du signe de la croix, ils les at¬
taquèrent, en tuèrent six et s’emparèrent de six chevaux.
De l’armée du comte Raimond partirent Raimond Pilet^
et Raimond, vicomte de Turenne^*. Ils arrivèrent devant la
ville de Tortose®, défendue par une multitude de païens, et
l’attaquèrent vigoureusement. Le soir venu, ils se retirèrent
dans un coin et y établirent leur quartier en allumant de
grands feux, comme si toute l’armée se trouvait là. Les
païens, saisis de terreur, s’enfuirent secrètement la nuit et
abandonnèrent la ville avec ses nombreuses ressources; elle
1. Tripoli (Taraboulan), au pied du Liban, un des ports de
Syrie les plus importants. Sur la terreur inspirée par les croisés
et les offres de soumission des émirs de Syrie, voir une lettre de
Daimbert, archevêque de Pise {Epistulae et chartacj p. 170).
2. Archas, place très forte dépendant de l’émir de Tripoli.
3. Le 14 février 1099.
4. Sur Raimond Pilet, voir p. i63.
5. Raimond de Torena (Tudebode, p. 98), de Torenna {De prae-
dicatione crucis in Aquitania, dans les Historiens occidentaux j
t. V, p. 35r), identifié avec Raimond, vicomte de Turenne en
Limousin (Arbellot, Les chevaliers limousins aux croisades, p. 43).
6. Tortose, ancienne Antarad, port situé au nord de Tripoli, en
face de l’ile de Rouad (ancienne Arad).
Première croisade. i5
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l86 COMITES RAIMUNDUSQUE IN UNUM CONVENIUNT
mum portum secus mare in se retinet^ Crastina autem
die venerunt nostri ut undique invaderent illam invene-
runtque vacuam** et intrantes hospitati sunt* in ea
usque dum obsessio esset ante urbem Archae. Est
prope istam alia urbs que dicitur Maraclea^; ammira-
lius qui eam regebat pactus est cum nostris et misit
nostros in civitatem*^ nostraque vexilla.
[35.] Dux quoque Godefridus et Boamundus Flan-
drensisque cornes venerunt usque ad Lichiam civita-
tem^; disseparavit enim se Boamundus ab illis et rever-
sus est Antiochiam-*.
Illi vero venerunt et obsederunt quandam urbem cui
nomen Gibellum®. Audiens itaque Raimundus cornes
de Sancto Egidio quod innumerabilis gens paganorum
rueret super nos ad certum bellum, illico consilium
habuit cum suis ut mandaret^ senioribus qui erant* in
obsidione Gibelli quatinus eis subvenirent-^. Quod illi
audientes^ statim pacti sunt cum ammiralio, facientes
pacem cum eo, et acceperunt equos et aurum dimîse-
runtque urbem, venientes ad nos* in adjutorium; sed
illi^ non venerunt ad bellum contra nos; itaque comi¬
tés predicti hospitati sunt ultra flumen ibique obsede¬
runt castrum illud®.
Non mulio post equitaverunt nostri contra Tripolim ^
a. illam vacuam A^^B. — b. habitaveruni A^, B. — c. et rece-
pit nostros in civiiate C. — d. mandet A^y B. — e. sunt A y B. —
f. obviam venirent O. — g. quo audiio illi C. — h. dimittentes-
que urbem, venerunt ad nos C. — i. illi vero de quibus audiera-
mus C.
1. L’Anonyme, suivi par ses remanieurs, est le seul à donner
des détails sur la prise de Tortose, que Raimond d’Aguilers (i5,
p. 276) et Albert d’Aix {V, 3i, p. 451) ne font que mentionner.
2. Marakia, sur la mer, au nord de Tortose.
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JONCTION DES COMTES AVEC RAIMOND 187
possède, en outre, un port excellent près de la mer<. Le
lendemain, les nôtres se préparèrent à attaquer, mais ils
trouvèrent la cité vide. Ils y entrèrent et y prirent leurs
quartiers jusqu’au moment où Ton assiégea Archas. Tout
près est une autre ville appelée Marakia* : l’amiral, qui la
gouvernait, traita avec les nôtres et les introduisit dans la
ville avec leurs bannières.
[36.] Le duc Godefroi, Bohémond et le comte de Flandre
vinrent jusqu’à la ville de La Liche^. Bohémond se sépara
des autres et retourna à Antioche^.
Eux continuèrent leur marche et assiégèrent une ville
appelée GibeP. Le comte Raimond de Saint-Gilles, appre¬
nant qu’une innombrable troupe de païens marchait contre
nous pour nous livrer bataille, tint immédiatement un con¬
seil avec les siens pour mander aux seigneurs qui se trou¬
vaient au siège de Gibel de venir lui porter secours. A cette
nouvelle, ceux-ci conclurent un traité avec l’amiral, firent
la paix avec lui, reçurent des chevaux et de l’or et abandon¬
nèrent la ville pour venir à notre secours ; mais les païens
annoncés ne vinrent pas nous combattre ; et ces comtes, ayant
pris leurs quartiers au delà du fleuve, prirent part au siège
de cette place®.
Peu après, les nôtres chevauchèrent contre Tripoli^ et
3. L’ancienne Laodicée (aujourd’hui Latakieh), appelée La Liche,
dans la toponymie de l’Orient latin.
4. Parce que, d’après Albert d’Aix (V, 33, p. 453), il craignait
d’en être frustré par une trahison pendant son absence. Après
avoir hésité plus de deux mois, les autres chefs se décident enfin
à suivre l’exemple de Raimond de Saint-Gilles et à marcher sur
Jérusalem.
5. Gibel, l’ancienne Gabala, aujourd’hui Djibleh, petit port
entre Latakieh et Tortose, ne doit pas être confondue avec Gibe-
let (Djebeïl), l’ancienne Byblos.
6. La place d’Archas. Le bruit avait couru que le calife en per¬
sonne marchait contre les croisés (Raimond d’Aguilers, 16, p. 277;
Albert d’Aix, V, 33, p. 453).
7. Diversion destinée à empêcher les Turcs de venir au secours
d’Archas.
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i88
ARCHAM FRAKCI OBSIDENT
inveneruntque extra civitatem Turcos, Arabes et Sara-
cenos, quos invaserunt® nostri et miserunt eos in fugam
et occiderunt maximam partem nobilium^ urbis. Tanta
fuit paganorum occisio et sanguinis effusio, ut eciam
aqua, que in civhate fluebat, videretur rubere et fluere in
cisternas eorum*; unde valde fuerunt tristes^ dolentes-
que, jam vero*' tanto timoré perterriti ut nullus eorum
auderet exire extra dvitatis portam.
Alia vero die equitaverunt nostri ultra de Sem^ et in-
venerunt boves et oves et asinos multaque animalia;
camelos quoque depredati sunt fere iii milia. Obsedi-
mus vero castrum supradictum^ per iii menses minus
una die ibique Pascha Domini celebravimus iv^ idus
aprilis'*. Naves quippe nostre venerunt prope nos in
quendam portum quamdiu fuimus in ilia obsidione’*^
deferentes maximum mercatum, scilicet frumentum,
vinum et carnem et caséum et hordeum et oleum, unde
maxima ubertas fuit in tota expedicione. In ilia denique
obsidione féliciter acceperunt mariirium plures ex nos-
tris, videlicet Anselmus de Ribomont**, Willelmus
Picardus et aliiplures, quos ignoro.
Rex quoque Tripolis sepe nuntios mittebat seniori-
bus ut dimitterent castrum et cum eo concordarentur.
Audientes itaque nostri hoc, scilicet-'" et dux Godefridus
et Raimundus cornes S[ancti] Egidii#" ac Rotbertus
Nortmannus* Flandrensisque cornes, videntesque no-
a. invadentes C; terruerunt A^. — b. civium C. — c. tristes
alii B, C. — d. jam vero erant A^^ By C. — e. Ansellus de
Ribodimonte A^, O, C^. — /. porro rex Tripolis sepe mittebat
legatos ad seniores, rogans ut castrum dimitterent et cum eo
concordiam facerent. Quod audientes nostri, scilicet dux C. —
g. Sancti Egidii omis dans A^. — h. inclytusque cornes (miles C)
Rotbertus Normannie A^j C.
I. « Nobles B doit être pris dans le sens général de « notables n.
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SIÈGE dVrchas (14 février-i3 mai 1099] 189
trouvèrent hors de la ville des Turcs, Arabes et Sarrasins.
Les nôtres les attaquèrent, les mirent en fuite et tuèrent
une grande partie des nobles^ de la ville. Le massacre des
païens et Teffusion de sang furent tels que Teau qui cou¬
lait dans la ville et alimentait les citernes semblait rouge,
ce qui les remplit de douleur et de chagrin. Ils étaient
épouvantés au point que nul d’entre eux n’osait franchir les
portes de la ville.
Un autre jour, les nôtres chevauchèrent au delà de Sem*
«t trouvèrent des bœufs, des brebis, des ânes et beau¬
coup de bestiaux, ainsi que des chameaux; ils en raflèrent
prés de trois mille. Nous assiégeâmes la place mentionnée ^
pendant trois mois et un jour, et nous y célébrâmes la
Pâque du Seigneur quatre jours avant les ides d’avriH. Nos
navires vinrent à proximité de nous dans un port pendant
tout le temps que dura ce siège* et ils nous apportèrent un
abondant ravitaillement en blé, vin, viande, fromage, orge
et huile, ce qui procura une grande abondance au cours de
l’expédition. Pendant ce siège, plusieurs des nôtres reçurent
un heureux martyre, entre autres Anselme de Ribemont®,
Guillaume le Picard et plusieurs autres, que j’ignore.
Le roi de Tripoli envoyait souvent des messagers aux sei¬
gneurs pour les engager à abandonner cette place et à s’ac¬
corder avec lui. En étant informés et voyant les nouvelles
récoltes s’annoncer (car, au milieu de mars, nous mangions
2. Il s’agit ici d’une razzia dans la plaine d’El Boukeia, afin de
ravitailler l’armée.
3. La place d’Ârchas. Le siège dura du 14 février au i3 mai
1099.
4. Le 10 avril.
5. Probablement à Tortose. Il s’agit de la flotte génoise qui a
croisé sur les côtes de Syrie pendant toute l’expédition. On se
souvient qu’elle avait abordé à Port-Saint-Siméon. Voir p. 89
et 129.
6. Seigneur de Ribemont, dans la vallée de l’Oise, non loin de
Saint-Quentin (Aisne), auteur des deux lettres à Manassès, arche¬
vêque de Reims, que nous avons citées plusieurs fois (entre
autres, p. 35, n. 9; p. 67, n. i; p. 96, n. i, etc.). Sur cette mort,
voir Raimond d’Aguilers, 16, 27Ô-377; Foucher de Chartres, I, 25,
p. 353; Albert d’Aix, V, 3i, p. 432; Raoul de Caen, 106, p. 680-^1.
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190 DE FACTO CUM TRIPOLIS REGE COMPOSITO
VOS fructus properasse®, quia in medio martio comede-
bamus novellas fabas, medio quoque aprili frumen-
tum\ consiliati sunt nostri dicentes bonum valde esse
Hierosolimitanum iter explere cum novis fructibus^.
[36.] Discessimus igitur a Castro et pervenimus Tri-
polim in vi« feria, xiiio die intrante maio ibique fuimus
per iii dies^. Tandem concordatus est rex Tripolis cum
senioribus illisque continuo dissolvit plus quam ccc pe-
regrinos qui illic capti erant* deditque xv milia bisan-
teorum^ et xv equos magni precii*^; dédit eciam nobis
magnum mercatum equorum, asinorum omniumque
bonorum, unde nimis ditata est omnis Christi milicia.
Pacms est vero cum illis quia, si bellum quod eis ammi-
ralius Babylonie** parabat possent devincere et Hieru-
Salem apprehendere, ille christianus efficeretur terram-
que ab eis recognosceret atque tali modo factum est
placitum.
Nos autem discessimus ab urbe in ii« feria mensis
maii* transivimusque per viam artam et arduam tota
die ac nocte*' et pervenimus ad castrum cui nomen,
Bethelon®, deinde ad urbem que dicitur Zebar-/^^ secus
a, propinquasse C. — b. in vinculum tenebantur, insuper et
quindecim C* (necnon et quindecim C*). — c. bizancios A^;
bizanteos B, C. — d. precii dédit eis. Donavit vero nobis (do-
navit etiam C*, C*). — e. quotidie et tota nocte A^. —
/, Zebari B, C.
1. Sur l’exactitude de ce renseignement (la culture du blé et des
légumes occupe toujours la première place dans l’agronomie
syrienne), voir l’étude de P. Huvelin, Que vaut la Syrie? [Con¬
grès français de Syrie, Marseille, 1919, fasc. 1, p. i5-i8).
2. Ce qui doit faciliter le ravitaillement.
3. II ressort de ce récit, confirmé par les autres sources, que
les croisés ont levé le siège d’Archas sans avoir pu prendre la
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TRAITÉ AVEC LE ROI DE TRIPOLI (l6 mai IOQQ) IQI
des fèves nouvelles et, au milieu d’avril, nous avions du
bléM, les nôtres — je veux dire : le duc Godefroî, Rai¬
mond, comte de Saint-Gilles, Robert de Normandie, le
comte de Flandre* — tinrent un conseil et décidèrent qu’il y
avait intérêt à accomplir le voyage de Jérusalem avec les
fruits nouveaux^.
[36.] Nous quittâmes donc cette place et atteignîmes
Tripoli le vendredi, i3 mai, et nous y demeurâmes trois
jours^. Le roi de Tripoli conclut enfin un accord avec
les seigneurs et il leur livra immédiatement plus de trois
cents pèlerins, qui étaient là en captivité; il leur donna
quinze mille basants et quinze destriers de grand prix; il
nous fournit aussi un abondant ravitaillement en chevaux,
ânes et denrées de toute sorte, ce qui enrichit toute l’armée
du Christ. Il stipula avec les chefs que, s’ils pouvaient ga¬
gner la guerre que leur préparait l’amiral de Babylone^ et
prendre Jérusalem, il se ferait chrétien et tiendrait d’eux sa
terre. Ainsi fut-il fait et conclu.
Nous quittâmes la ville un lundi du mois de mai* et
nous suivîmes toute la nuit une route étroite et escar¬
pée. Nous parvînmes à un château appelé Béthelon*, puis
à une ville située près de la mer, qu’on nomme Zebar^.
ville. Dans toute cette partie le récit de l’Anonyme est d’ailleurs
manifestement incomplet. Il omet l’arrivée au camp d’une am¬
bassade de l’empereur (Raimond d’Âguilers, i8, p. 286), la nou¬
velle vision de Pierre Barthélemy et l’épreuve du feu subie par
lui devant Ârchas, enfin sa mort à la suite de ses blessures (Rai¬
mond d’Aguilers, 17, p. 280-288; Foucher de Chartres, ^I, 18,
p. 344-345), l’arrivée à Archas d’une ambassade du calife d’Égypte
qui offre que trois cents croisés aillent à Jérusalem sans armes
(Raimond d’Aguilers, 16, p.^ 277).
4. Le calife fatimite d’Égypte, dont les troupes occupaient
Jérusalem, s’inquiétait des progrès des croisés.
5. Tudebode (p. loi) précise : le lundi du milieu de mai, c’est-
à-dire le 16 mai.
6. Aujourd’hui Bâtroun, à vingt-cinq kilomètres au sud de Tri¬
poli.
7. D’après Tudebode, p. loi, Gibelon, l’ancienne Byblos, aujour¬
d’hui Djebaïl.
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192 PALAESTINAM FRANCI TRANSEUNT
mare, in qua passi sumus nimiam sitim, et sic defessi
pervenimus ad flumencui nomen Braym^ ; deinde tran-
sivimus nocte ac die Ascensionis Domini^ per montem
in quo est via nimis angusta^ et illic putavimus inimi-
cos nobis® insidiantes invenire, sed Deo annuente nul-
lus eorum audebat properare ante nos; nostri denique
milites, precedentes nos, liberaverunt ante nos viam il-
lam et applicuimus ad civitatem juxta mare, que dici-
tur Baruth* et inde venimus ad aliam urbem que voca-
tur Sagitta^, dehinc ad aliam que dicitur Sur^ et de
Sur ad Acram civitatem^; de Acra vero venimus ad cas-
trum cui nomen Cayphas ac deinceps hospitati sumus
juxta Cesaream ibique celebravimus Pentecosten iii* die
exeunte maio®.
Deinde venimus ad urbem Ramola®, quam Sara-
ceni dimiserant vacuam propter metum Francorum,
juxta quam erat honorabilis ecclesia in qua requie-
vit preciosissimum* sancti Georgü corpus, quia illic
a perfidis paganis pro Christi nomine féliciter marti-
rium suscepit*®, ibique consiliati sunt nostri majores
ut eligerent episcopum qui hanc custodiret et rege-
ret^ ecclesiam, cui suas dederunt décimas et auro
argentoque ditaverunt et equis ac animalibus aliis, quo
devote et honeste viveret cum illis qui cum eo essent;
remansit ipse illic cum gaudio^'.
a. nobis omis dans A*, B, C*, C*. —6. pretiosissimum
B, C*, C*. — c. erigeret B.
1. Le Nahr Ibrahim, ancien fleuve d* Adonis, au sud de
Byblos.
2. Le 19 mai 1099.
3. Il s’agit de la route très difficile, située à flanc de rocher,
qui va de Djebaïl à Beyrouth.
4. La grande ville de Beyrouth.
5. L’ancienne Sidon, aujourd’hui Saïda, Sagette dans la topo¬
nymie médiévale.
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TRAVERSÉE DE LA PALESTINE (mai-juin IO99) I93
Nous y souffrîmes d’une grande soif et, ainsi épuisés, nous
atteignîmes un fleuve qu’on nomme le Brahim', puis, pen¬
dant la nuit et le jour de l’Ascension du Seigneur^, nous
franchîmes une montagne par un chemin très resserré^.
Nous pensions y trouver des ennemis en embuscade, mais,
par la permission de Dieu, nul d’entre eux n^osait approcher
de nous. Nos chevaliers nous précédèrent et ouvrirent la
route devant nous. Puis nous atteignîmes une cité mari¬
time appelée Beyrouth^; de là nous arrivâmes à une autre
ville du nom de Sagette*, puis à une autre appelée Sour®et
de Sour à la cité d’Acre"^. D’Acre, nous parvînmes à une
place forte appelée Caïffa, puis nous prîmes nos quartiers
près de Césarée, où nous célébrâmes la Pentecôte le 29 mai®.
Ensuite, nous vînmes à la ville de Ramleh®, que les Sarra¬
sins évacuèrent par crainte des Francs. Tout près se trouvait
une église vénérable dans laquelle repose le corps très pré¬
cieux de saint Georges car c’est là que les païens perfides
lui ont fait subir un heureux martyre pour le nom du
Christ; nos chefs décidèrent en conseil d’élire un évêque
pour garder et régir cette église; ils lui accordèrent des
dîmes et l’enrichirent en or, en argent, en chevaux et autres
animaux, afin qu’il pût vivre là dévotement et honorable¬
ment avec ses hommes; il y demeura avec joie^^
6. L’ancienne Tyr, où, le 23 mai, l’armée fut rejointe par des che¬
valiers venus d’Antioche et d’Édesse (lettre de Daimbert, dans les
Epislulae et chartae, p. 170).
7. Saint-Jean d’Acre.
8. Le passage à Césarée eut lieu le 29 mai 1099. Depuis Tri¬
poli les croisés n’ont cessé de suivre la côte.
9. Ramleh, au sud-est de Jaffa, sur la route de cette ville à Jéru¬
salem.
10. D’après la tradition, saint Georges, originaire de Lydda, fut
martyrisé à Nicomédie sous Dioclétien. Cependant, une église,
celle dont il est question ici, avait été élevée non loin de Ramleh
par Justinien (Guillaume de Tyr, VII, 22, dans les Historiens
occidentaux^ t. I, p. 3i3).
11. Ce fut un Normand, Robert, originaire du diocèse de Rouen,
qui fut élu évêque (Guillaume de Tyr, VII, 22, dans les Histo¬
riens occidentaux^ t. I, p. 3i3). Le séjour à Ramleh dura du 3 au
6 juin.
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194 HIERUSALEM FRANCI ADVENIUNT
[37.] Nos autem, letantes et exultantes, usque ad civi«
tatem Hierusalem® pervenimus feria tercia, viii» idus
junii^ eamque mirabiliter obsedimus^. Rotbertus nam-
que Nortmannus* eam obsedit a septentrione juxta
sanctî Stephani protomartiris® ecclesiam ubi*^ lapida-
tus est pro Christi nomine®; juxta eum Rotbertus Flan-
drensis cornes. Ab occidente vero obsedit eam dux Go-
defridus et Tancredus^. A meridie obsedit eam cornes
Sancti Egidii, scilicet in monte Sion, circa ecclesiam
Sancte Marie, matris Domini, ubi Dominus cum suis
cenavit discipulis®.
Tercia vero die ex nostris, scilicet* Raimundus Pile-
tus et Raimundus deTaurina* et alii plures causa pre-
liandi-^ sequestraverunt se ab exercitu inveneruntque^
bis centum Arabes et preliati sunt Christi milites contra
illos incredulos et Deo adjuvante fortiter illos supera-
verunt et occiderunt multos ex eis et apprehenderunt
XXX equos.
Secunda vero veniente feria^ aggredimur fortissime
civitatem tam mirabiliter ut, si scale fuissent parate, in
nostra fuissetcivitas manu.Tamen minorem stravimus
a. lerusalem A^. — b. piissimus etectusque miles (miles omis
dans .4^) Robertus, vir nobilissimus, Normannie (Normannorum
A^,A^) cornes, cum suo preclaro exercitu A^jA^, C.(Le change¬
ment d'orthographe^ Robertus Normannus, apparaît à cet endroit
dans tous les manuscrits ; nous avons cependant conservé l’ortho¬
graphe que nous regardons comme celle de Varchétype.) — c. pro-
ihomartiris A^. — d. ubi gaudenter B. — e. ex nostris scilicet
omis dans C. — /. praedandi Tudebode, p. io3. — g. causa pre-
liandi invenerunt A^^ A^y B.
t. Foucher de Chartres (I, 25, p. 354) Albert d’Aix (V, 43,
p. 461) mentionnent le passage par Emmaüs et la pointe poussée
par Tancrède jusqu’à Bethléem. Le huitième jour avant les ides
correspondrait au lundi 6 juin; le jour indiqué (le mardi) cor-
\
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ARRIVÉE DEVANT JÉRUSALEM ('] )Uin IO99) I9S
[37.] Et nous, exultant d’allégresse, nous parvînmes jus-
qu’à la cité de Jérusalem, le mardi, huit jours avant
les ides de juin*, et nous l’assiégeâmes admirablement^»
Robert de Normandie l’assiégea du côté nord, près de
l’église du premier martyr saint Étienne, à l’endroit où il
fut lapidé pour le nom du Christ^; à sa suite, était Robert,
comte de Flandre. A l’ouest, ce furent le duc Godefroi et
Tancrède^ qui l’assiégèrent. Le comte de Saint-Gilles l’as¬
siégea au midi, sur la montagne de Sion, vers l’église de
sainte Marie, mère de Dieu, où le Seigneur célébra la Cène
avec ses disciples*.
Le troisième jour, Raimond Filet et Raimond de Turenne*
et plusieurs autres, désireux de combattre, se détachèrent
de l’armée. Ils rencontrèrent deux cents Arabes, et ces che¬
valiers du Christ bataillèrent contre ces incrédules : Dieu
aidant, ils eurent le dessus, en tuèrent un grand nombre et
saisirent trente chevaux.
Le lundis, nous attaquâmes vigoureusement la ville,
avec un tel élan que, si les échelles avaient été prêtes, la
ville tombait en notre puissance. Cependant, nous détrui-
respond au 7 juin, et c’est la véritable date de l’arrivée devant
Jérusalem; elle est donnée par Tudebode (p. 102}.
2. Sur la topographie de Jérusalem, voir la description du
R. P. Hugue Vincent, Jérusalem^ t. I : Jérusalem antique (Paris,
1912), et l’excellente carte topographique qui y est annexée.
3. L’église Saint-Étienne était située en dehors de l’enceinte au
nord, devant la porte du même nom.
4. En face de la porte et de la Tour de David.
5. Raimond de Saint-Gilles avait d’abord été placé à l’ouest, à
côté de Godefroi, mais entre son camp et la muraille se trou¬
vait une vallée qui rendait l’attaque difficile. 11 se transporta au
sud, sur la montagne de Sion (Raimond d’Âguilers, 20, p. 293).
Sur le Cénacle et l’église Sainte-Marie, voir les PP. Vincent et
Abel, Jérusalem nouvelle, t. II (1922), p. 421-481. La partie orien¬
tale de l’enceinte dominait la vallée de Cédron. De ce côté,
aucune attaque n’était possible.
6. Le 9 juin. Sur Raimond Pilet, voir p. i63 et 184. « Raimun-
dus de Taurina » est le même que « Raimundus de Tentoria »
cité p. 184.
7. Le lundi i3 juin.
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196 HIERUSALEM FRANCI OPPUGNANT
murum^ et unam scalam ereiimus ad majorem mu-
rum“, super quam ascendebant nostri milites et comi¬
nus percucîebant* Saracenos suis ensibus et lanceis et
defensores civitatis; fueruntque mortui multi ex nostris,
sed plures ex illis. In iila autem obsidione panes ad
emendum invenire non poteramus fere per spacium
dierum x, donec venit nuncius nostrarura navium^, et
in nimia pressura sitis detenti fuimus, îta ut per nimium
terrorem et pavorem per vi milia nostros potaremus
equos et alla animalia^. Siloa namque fons, qui est ad
radicem montis Sion*^* sustinebat nos, sed tamen cara
vendebatur aqua inter nos.
Postquam enim venit nuncius nostrarum navium,
acceperunt inter se nostri seniores consilium quemad-
modum milites mitterent, qui fideliter cusiodirent ho-
mines et navesin portuJaphie. Summo autem diluculo
exîerunt c milites de exercitu Raimundi , comitis
S[ancti] Egidii, Raimundus Piletus et Achardus de
Mommellou*^* et Willelmus de Sabra®, et ibant cum
fiducia ad portum. Diviseront se denique xxx milites
ex nostris ab aliis et invenerunt ncc Arabes et Turcos
ac Saracenos de exercitu admiralii®’, quos invaserunt
fortiter Christi milites; sed tam magna fuit virtus illo-
rum super nostros, ut undique circumcingerent illos et
a. unam scalam ereximus ad majorem murum omis dans A^. —
b. percutiebant fi, C. — c, Syon A^,C. — d. Montemerlo
O. — e. amiravisi fi, ammiralü C*, A^.
1. Cet avant-mur protégeait l’enceinte septentrionale. Sur ce
premier assaut, voir Raimond d’Aguilers, 20, p. 293.
2. C’est le 17 juin qu’un messager apporte la nouvelle de l’ar¬
rivée de la flotte génoise à Jaffa (Raimond d’Aguilers, 20, p. 294;
Cafaro, Liberatio civitatum OrientiSy dans les Historiens occi-
dentaux^ t. V, p. 56-57).
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197
ATTAQUE DE JÉRUSALEM (l3 juin IO99)
sîmes le petit mur^ et nous appliquâmes une échelle au
mur principal; nos chevaliers y montaient et frappaient
de près les Sarrasins et les défenseurs de la ville à coups
d^épées et de lances. Beaucoup des nôtres, mais encore
plus des leurs, y rencontrèrent la mort. Pendant ce siège,
nous ne pûmes trouver de pain à acheter pendant Tes-
pace de dix jours, jusqu’à la venue d’un messager de nos
navires^, et nous fûmes en proie à une soif si ardente, qu’en
éprouvant les plus grandes frayeurs, nous faisions jusqu’à
six milles pour abreuver nos chevaux et nos autres bêtes^.
La fontaine de Siloé, située au pied de la montagne de
Sion, nous réconfortait^, mais l’eau était vendue parmi
nous beaucoup trop cher.
Après l’arrivée du messager de nos navires, nos seigneurs
tinrent conseil et décidèrent d’envoyer des chevaliers pour
garder fidèlement les hommes et les navires au port de
Jaffa. Au point du jour, cent chevaliers se détachèrent de
l’armée de Raimond, comte de Saint-Gilles, dont Raimond
Pilet, Achard de Montmerle*, Guillaume de Sabran*, et
allèrent en toute confiance vers le port. Puis trente de nos
chevaliers se séparèrent des autres et rencontrèrent sept
cents Arabes, Turcs, Sarrasins de l’armée de l'amiraF. Les
chevaliers du Christ les attaquèrent avec vigueur, mais la
supériorité des ennemis sur les nôtres fut telle qu’ils les
3. Cette traduction se justifie par l’interprétation que Baudri
de Bourgueil (IV, 10, p. 98) donne de ce passage obscur : c Equos
potum ducebant, non sine pavore nimio, per vi miliaria » (« Ils
conduisaient leurs chevaux à l’abreuvoir, non sans une grande
terreur, l’espace de six milles »). Cf. Guillaume de Tyr, VIII, 7,
dans les Historiens occidentaux^ t. I, p. 333-334.
4. Sur la fontaine de Siloé, voir le P. Hugue Vincent, Jérusa¬
lem antique, p. 63. Sur la cherté de l’eau, témoignages concor¬
dants de Raimond d’Âguilers (20, p. 294) et de la lettre de Daim-
bert {Epistuïae et chartae, p. 170).
5. Mentionné déjà p. i5.
6. Guillaume, seigneur de Sabran (Gard).
7. L’émir de Babylone (Le Caire) qui prépare une expédition,
contre les croisés et a envoyé des troupes en reconnaissance.
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198 DE AQUAE VICTUUMQUE INOPIA
occiderunt Achardum de Mommellou* et pauperes ho-
mines pedites.
Cum autem tenerent nostros jam incluses, qui omnes
putabant mori, venit alius* quidam nuncius, dicens
Raimundo Pileto : « Quid hic astas*^ cum his militi-
bus? Ecce omnes nostri in nimia*' districtione Arabum
et Turcorum et Saracenorum sunt et forsiian in hac
hora omnes mortui sunt : succurrite ergo illis, succur-
rite! » Audientes nostri hec, statim cucurrerunt celeri
cursu et festinanter j>ervenerunt usque ad illos preliando.
Paganorum vero gens®, videns Christi milites, divisit
se-^ et fecerunt duo agmina. Nostri autem, invocato
Christi nomine, tam acriterinvaserunt illos incrédules^
ut quisque miles prosterneret suum. Videntes vero illi
quod non possent stare ante Francorum fortitudinem,
timoré nimio perterriti, verterunt scapulas rétro; quos
nostri persequentes fere per spacia iv milium, occide¬
runt multos ex eis unumque retinuerunt vivum, qui
nova eis per ordinem diceret; retinuerunt quoque
cm equos^
In eadem obsidione tanta oppressione sitis fuimus
gravati, ut sueremus coria boum et bufalorum in quibus
deferebamus aquas* fere perspacium vi miliariorum^ ;
ex illis quippe vasculis fetida utebamur aqua et quan¬
tum ex olida aqua et hordeaceo^ pane in nimia distric-
tione et afflictione eramus cotidie. Saraceni namque in
cunctis fontibus et aquis latentes* insidiabantur nostris
eosque ubique occidebant et dilaniabant; animalia quo-
que secum in suas cavernas et speluncas deducebant®.
a. Montemerlo O. — 6. aliis A^. — c. stas A^, A^, C. — d. ma¬
gna A^y .43. — e. pagani vero C. — /. diviserunt se C. — g. incré¬
dules omis dans C. — h. aquam C*, O. — i. hordacio C^;
ordeacio A^; hordeicio A^, Ô; ordeicio C*. — k. latenter A^.
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DISETTE d’eau ET d’aLIMENTS I99
entourèrent de tous côtés et tuèrent Achard de Montmerle,
ainsi que de pauvres piétons.
Les nôtres étaient déjà cernés et s’attendaient à la mort,
lorsqu’un autre messager vint dire à Raimond Pilet : « Que
fais-tu là avec ces chevaliers? Voici que les nôtres sont aux
prises avec des Arabes, des Turcs et des Sarrasins ; peut-
être à cette heure sont-ils tous tués; secourez-les, secourez-
les donc! j> A cette nouvelle, les nôtres s’empressèrent
d’accourir et parvinrent à la hâte jusqu’à eux, tout en
combattant. Apercevant les chevaliers du Christ, la gent
païenne se divisa et forma deux colonnes. Mais les nôtres,
après avoir invoqué le nom du Christ, chargèrent sur ces
incrédules avec un tel élan que chaque chevalier abattit son
ennemi. Comprenant alors qu’ils ne pourraient tenir devant
la valeur des Francs, frappés d’une grande terreur, ils tour¬
nèrent le dos; les nôtres les poursuivirent pendant quatre
milles environ, en tuèrent un grand nombre, en prirent un
vivant, afin d’avoir par lui des renseignements, et s’empa¬
rèrent de cent trois chevauxL
Pendant ce siège, nous endurâmes le tourment de la soif
à un point tel que nous cousions des peaux de bœufs et de
buffles dans lesquelles nous apportions de l’eau pendant
l’espace de six milles*. L’eau que nous fournissaient de
pareils récipients était infecte et, autant que cette eau fétide,
le pain d’orge était pour nous un sujet quotidien de gêne et
d’affliction. Les Sarrasins, en effet, tendaient secrètement
des pièges aux nôtres en infectant les fontaines et les sources ;
ils tuaient et mettaient en pièces tous ceux qu’ils trouvaient
et cachaient leurs bestiaux dans des cavernes et des grottes*.
1. Ce combat eut lieu le lendemain de l’arrivée du message de
la flotte, le 18 juin. Voir Raimond d’Aguilers, 20, p. 294-295, et
Albert d’Aix, VI, 4, p. 468.
2. Foucher de Chartres (I, 27, p. 358) reproduit le même détail,
mais en termes plus clairs : « Ils allaient chercher de l’eau au
loin, à quatre ou cinq milles, et la rapportaient chaque jour dans
leurs outres. »
3. Cf. Raimond d’Aguilers, 20, p. 294; Albert d’Aix, VI, 6,
p. 469-470. L’Anonyme omet le combat malheureux livré à la
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MACHINAMENTA FRANCI CONSTRUÜNT
[38.] Tune seniores nostri ordinaverunt quomodo
ingeniare possent civitatem, ut ad adorandum nostri
Salvatoris intrarent Sepulcrum, feceruntque duo lignea
castra et alia plura machinamenta^ Dux Godefridus
suum fecit castrum cum machinis et Raimundus® co¬
rnes* similiter, quibus^ de longinquis terris attrahe-
bant** ligna*. Saraceni igitur*, videntes nostros facien-
tes bas machinas, mirabiliter muniebant-^ civitatem et
turres nocte accrescebant.
Videntes autem nostri seniores ex qua parte esset ci-
vitas magis languida, illuc in quadam nocte sabbati^*
deportaverunt nostram machinam et ligneum castrum
in orientalem partem^. Summo autem diluculo erexe-
runt ea* et aptaverunt et ornaverunt castrum in et
II* et III* feria®. Cornes^ namque S[ancti] Egidii a me-
ridiana plaga reficiebat suam machinam. Interea in
tanta pressura sitis fuimus districti*, ut unus homo non
posset pro uno denario® ad sufficenciam habere aquam
aut exstinguere sitim suam.
Nocte vero ac die, in iv* et v* feria"^, mirabiliter^ ag-
gredimur civitatem"* ex omni parte"; sed, antequam
invaderemus eam, ordinaverunt episcopi et sacerdotes,
predicando et commonendo omnes, ut processionem
a. Raimundus omis dans C. — b. cornes S. Egidii C. — c. ad
quorum opus C. — d. attrahebantur C. — e. porro Saraceni
videntes C. — /. munire ceperunt C*, O; ceperunt munire C’.
— g. sabati A*. — h. eam — i. cornes namque . suam ma¬
chinam omis dans C^. — k. district! omis dans C. — l. mirabi¬
liter omis dans — m. urbem C. — n. ex omni parte omis
dans C.
Hotte égyptienne par les Génois qui durent abandonner leurs
navires et partirent pour Jérusalem le 19 juin (Raimond d’Âgui-
1ers, 20, p. 295).
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CONSTRUCTION DE MACHINES DE GUERRE 201
[38.] Nos seigneurs étudièrent alors les moyens d’attaquer
la ville à l’aide de machines, afin de pouvoir y pénétrer pour
adorer le sépulcre de notre Sauveur. On construisit deux
châteaux de bois et pas mal d’autres engins. Le duc Gode-
froi établit un château garni de machines et le comte Rai¬
mond fit de mêmeL Ils se faisaient apporter du bois des
terres lointaines Les Sarrasins, voyant les nôtres cons¬
truire ces machines, fortifiaient admirablement la ville et
renforçaient les défenses des tours pendant la nuit.
Puis nos seigneurs, ayant reconnu le côté le plus faible
de la cité, y firent transporter dans la nuit du samedi® notre
machine et un château de bois : c’était à l’est^. Ils les dres¬
sèrent au point du jour, puis ils préparèrent et garnirent le
château le dimanche, le lundi et le mardi*. Dans le secteur
sud, le comte de Saint-Gilles faisait réparer sa machine. A
ce moment, nous souffrîmes tellement de la soif qu’un
homme ne pouvait, contre un denier®, avoir de l’eau en quan¬
tité suffisante pour éteindre sa soif.
Le mercredi et le jeudis, nous attaquâmes fortement la
ville de tous les côtés, mais avant que nous ne la prissions
d’assaut, les évêques et les prêtres firent décider par leurs
prédications et leurs exhortations que l’on ferait en l’hon¬
neur de Dieu une procession autour des remparts de Jéru-
I. Raimond d’Âguilers (20, p. 297) donne les noms des ingé¬
nieurs choisis par les princes. Ces châteaux de bois étaient figu¬
rés sur les vitraux de Suger à Saint-Denis (Montfaucon, Monu¬
ments de la monarchie françoise, t. I, pl. LII).
2. 11 n’y avait pas de bois dans les environs immédiats de Jéru¬
salem. Voir les détails donnés par Albert d’Aix, VI, 2, p. 469-470.
3. Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 juillet.
4. Le mur oriental n’avait pas été assiégé jusque-là. La tour
roulante fut transportée entre l’église Saint-Etienne et la vallée
du Cédron.
5. Du 10 au 12 juillet.
6. Sur la valeur du denier, voir p. 76, n. 2.
7. Le mercredi i3 et le jeudi 14 juillet 1099.
Première croisade. |6
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202
HIERUSALEM CRUCESIGNATI EXPUGNANT
Deo in circuitu Hierusalem celebrarent et orationes
atque elemosinas* et jejunia fideliter facerent^
Sexta vero feria^, summo mane, undique aggredimur
urbem et nichil ei nocere potuimus; eramusque omnes
stupefacii ac in nimio pavore, Appropinquante autem
hora, scilicet in qua Dominus noster Ihesus Christus
dignaïus est pro nobis sufferre patibulum crucis^, nos-
tri milites fortiter pugnabant in castello-*, videlicet dux
Godefridus et cornes Eustachius, frater ejus. Tune as-
cendit quidam miles ex nostris, Letholdus** nomine,
super murum urbis. Mox vero, ut ascendit, omnes de-
fensores civitatis fugerunt per muros et per civitatem
nostrique subsecuti persequebantur eos occidendo et
detruncando usque ad templum Salomonis® ibique taiis
occisio fuit, ut nostri in sanguine illorum pedes usque
ad cavillas mitterent"^.
At Raimundus cornes a meridie conduxit suum exer-
citum et castellum*^ usque prope murum. Sed inter cas-
tellum et murum erat quedam fovea ^ ; feceruntque pre-
a. eleemosynas A^, B, C. — b. Letoldus ,<4*, A^, C. — c. ad
castellum A^, A^y C^. — d. fovea nimis profunda. Tune consiliaii
sunt nostri ut implerent foveam feceruntque preconari A^,B, C.
1. La chronologie de l’Anonyme est ici en défaut. Ce fut le
6 juillet que la procession fut ordonnée par le conseil des princes,
et elle eut lieu le vendredi 8 juillet (Raimond d’Aguilers, 20,
p. 296-297; lettre de Daimbert dans les Epistulae et chartae,
p. 170).
2. Le i5 juillet 1099.
3. D’après les Évangiles, le Christ fut crucifié à la troisième
heure (Marc, i5, 26) : soit, vers neuf heures du matin. Les ténèbres
commencèrent à couvrir la terre à la sixième heure (midi) et il
expira à la neuvième heure, vers trois heures du soir (Mathieu,
27, 45-46; Marc, i5, 33-34). Le texte de l’Anonyme ne précise pas.
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PRISE DE JÉRUSALEM (l5 juillet IO99] 2o3
Salem et qu’elle serait accompagnée de prières, d’aumônes
et de jeûnes ^
Le vendredi*, de grand matin, nous donnâmes un assaut
général à la ville sans pouvoir lui nuire; et nous étions dans
la stupéfaction et dans une grande crainte. Puis, à l’ap¬
proche de l’heure à laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ
consentit à souffrir pour nous le supplice de la croix*, nos
chevaliers postés sur le château^ se battaient avec ardeur,
entre autres le duc Godefroi et le comte Eustache son
frère. A ce moment, l’un de nos chevaliers, du nom de
Liétaud*, escalada le mur de la ville. Bientôt, dès qu’il fut
monté, tous les défenseurs de la ville s’enfuirent des murs à
travers la cité et les nôtres les suivirent et les pourchassèrent
en les tuant et les sabrant jusqu’au temple de Salomon*, où
il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans leur
sang jusqu’aux chevilles L
De son côté, le comte Raimond, placé au midi, conduisit
son armée et le château de bois jusqu’auprès du mur. Mais
entre le château et le mur s’étendait un fossé, et l’on fit crier
Michaud et Sybel adoptent l’heure de la mort de Jésus (trois
heures du soir); Hagenmeyer, s’appuyant sur le témoignage de
Raimond d’Aguilers (20, p. 299), d’après lequel les Provençaux
combattaient encore à midi, alors que les croisés étaient déjà
dans la ville, en conclut que leur entrée a eu lieu dès neuf heures
du matin; cependant, si l’on examine ce texte, on voit que c’est
vers cette heure de midi que Raimond place l’entrée des premiers
croisés à Jérusalem, et il se trouve d’accord avec Foucher de
Chartres, I, 27, p. SSq : « Bientôt, à l’heure de midi, les Francs
pénétraient dans la ville. » Ce témoignage décisif ne contredit en
rien celui de l’Anonyme, qui se contente de dire : « À l’approche
de l’heure à laquelle, etc... »
4. C’est-à-dire dans la tour roulante.
5. Originaire de Tournai. Voir Albert d’Aix, VI, 11, p. 47a :
« Liétaud et Engilbert, originaires de la cité de Tournai. »
6. C’est-à-dire la mosquée d’Omar, bâtie sur son emplacement,
à l’angle sud-est de la ville, en face du Saint-Sépulcre.
7. Détail confirmé parla lettre de Daimbert {Epistulae et char-
tae^ p. 171}, qui dit que, dans le temple de Salomon, les chevaux
avaient du sang « jusqu’aux genoux ».
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204 SARRACENORUM TRUCIDATIONE
conari ut, si quis® in illam foveam ponasset iii petras^*
unum haberet denarium. Perduravit hec impletio per
III dies et noctes^; tandem, plena fovea, conduxerunt
castellum juxta murum. Illi autem qui intus erant
mirabiliter preliabantur cum nostris igne^ et lapidibus.
Audiens itaque cornes quod Franci essent in urbe^’,
^is dixit hominibus : « Quid tardatis? Ecce omnes
Francigene sunt jam in urbe®. »
Ammiralius itaque qui erat in Turri David-* reddidit
se comiti eique aperuit portam ubi peregrini persolvere
solebant tributa®. Intrantes autem civitatem, nostri pere¬
grini persequebantur et occidebant Saracenos usque ad
templum Salomonis,in quo congregati dederunt nostris
maximum bellum per totum diem, ita ut sanguis illo-
rum^ per totum templum flueret®. Tandem, superaiis
paganis, apprehenderunt nostri masculos et feminas sat
in templo et occiderunt quos voluerunt et quos volue-
runt retinuerunt vives. Super vero templum® Salomo-
nis’ erat maxima paganorum congregatio utriusque
sexus quibus Tancredus et Gaston de Beert-^® dederunt
sua vexilla®. Mox cucurrerunt per universam urbem,
capîentes aurum et argentum, equos et mulos domos-
que plenas omnibus bonis.
a. aliquis A'^, B, C*. — b. très portas (j/c) deportaret A^;
très deportaret petras C. — c. civitate A^, A^. — d. occisorum
flueret per totum diem C. — e. templum vero A^. — f. Beert
A^; Ber O.
1. C’est le 12 juillet que les Provençaux avaient commencé à
combler le fossé.
2. Du feu grégeois. Voir plus haut, p. 173, n. 2.
3. Raimond d’Aguilers (20, p. 3oo) confirme que les croisés
étaient déjà dans la ville quand les Sarrasins, situés en face des
Provençaux, combattaient toujours.
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MASSACRE DES SARRASINS
205
que quiconque porterait trois pierres dans le fossé aurait un
denier. Il fallut pour le combler trois jours et trois nuits ^
Enfin, le fossé rempli, on amena le château contre la mu¬
raille. A l’intérieur, les défenseurs se battaient avec vigueur
contre les nôtres en usant du feu* et des pierres. Le comte,
apprenant que les Francs étaient dans la ville, dit à ses
hommes : « Que tardez- vous? Voici que tous les Français
sont déjà dans la ville*. >
L’amiral qui commandait la Tour de David^ se rendit au
comte et lui ouvrit la porte à laquelle les pèlerins avaient
coutume de payer tribut*. Entrés dans la ville, nos pèlerins
poursuivaient et massacraient les Sarrasins jusqu’au temple
de Salomon, où ils s’étaient rassemblés et où ils livrèrent
aux nôtres le plus furieux combat pendant toute la journée,
au point que le temple tout entier ruisselait de leur sang*.
Enfin, après avoir enfoncé les païens, les nôtres saisirent
dans le temple un grand nombre d’hommes et de femmes,
et ils tuèrent ou laissèrent vivant qui bon leur semblait.
Au-dessus du temple de Salomon^ s’était réfugié un groupe
nombreux de païens des deux sexes, auxquels Tancrède et
Gaston de Béarn* avaient donné leurs bannières*. Les croi¬
sés coururent bientôt par toute la ville, raflant l’or, l’argent,
les chevaux, les mulets et pillant les maisons, qui regor¬
geaient de richesses.
4. La Tour de David était située dans la partie ouest de l’en¬
ceinte. Albert d’Âix (VI, 28, p. 482-483) accuse le comte de s’étre
laissé corrompre par les Sarrasins.
5. La porte de Jaffa, par laquelle les pèlerins entraient à Jéru¬
salem après avoir payé le tribut exigé par les Turcs.
6. Répétition du même détail que précédemment.
7. Le toit de la mosquée d'Omar (ou mosquée El Aksa) a la
forme d’une terrasse octogonale d’où émerge la coupole.
8. Albert d’Aix (II, 23, p, 3i6) l’appelle Gaston de Bederz (Bé¬
ziers), mais Tudebode (p. iio) donne son nom : Gaston de
Béarn.
9. Comme sauvegarde. Cf. p. xSg (capitulation de la citadelle
d’Antioche).
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206
DUX GODEFRIDUS PRINCEPS ELIGITUR
Venerunt autem nostri gaudentes® et pre nimio gau-
dio plorantes ad nostri Salvatoris Ihesu sepulchrum
adorandum^ et reddiderunt ei capitale debitum**. Mane
autem facto®, ascendenint nostri caute supra tectum
templi et invaserunt Saracenos masculos et feminas,
décollantes eos nudis ensibus; alii vero dabant se pré¬
cipités e templo^. Hoc videns Tancredus iratus est
nimis.
[39.] Tune nostri tenuerunt consilium"**^ ut unus-
quisque faceret elemosinas cum orationibus, quatinus
sibi Deus eligeret quem vellet regnare super alios et
regere civitatem**. Jusserunt quoque Saracenos mor-
tuos omnes ejici foras pre nimio fetore, quia omnis
urbs fere-^ plena erat illorum cadaveribus et vivi Sara-
ceni trahebant moriuos ante portarum exitus et facie-
bant^ montes* ex eis, quasi essent domus. Taies occi-
siones de paganorum gente nullus unquam audivit nec
vidit, quoniam pire erant ordinale ex eis sicut mete et
nemo scit numerum eorum' nisi solus Deus®. Fecit
vero cornes Raimundus conduci admiralium* et alios
qui cum eo erant^ usque Scalonam^ sanos et illesos.
Octavo autem die quo civitas fuit capta®, elegerunt
ducem Godefridum principem"*® civitatis, qui debella-
a. deinde venerunt gaudentes C. — b. tributum A^, C. —
c. in templo B. — d. his (itaque O) gestis tenuerunt seniores
consilium C. — e. super . civitatem omis dans A^. — /. fere
omis dans B et C^. — g. ordinabant A^y B. — h. inde aggeres C.
— I. quorum numerum nemo scit C. — k. ammiralium B, C*,
C®. — /. Ascalonam A^, A^; Ascaloniam Ci. — m. in principem
A^y A^.
1. Sur l’état du Saint-Sépulcre en 1099, voir la restitution des
PP. Abel et Hugue Vincent, Jérusalem nouvelle (Paris, 1914).
2. C’est-à-dire du vœu qu’ils avaient fait en prenant la croix.
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ÉLECTION DU DUC GODEFROI (22 Juillet IO99) 20']
Puis, tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent
adorer le Sépulcre de notre Sauveur Jésus* et s’acquittèrent
de leur dette envers lui*. Le matin suivant*, les nôtres
escaladèrent le toit du temple, attaquèrent les Sarrasins,
hommes et femmes, et, ayant tiré l’épée, les décapitèrent.
Quelques-uns se jetèrent du haut du temple. A cette vue,
Tancrède fut rempli d’indignation.
[39.] Alors, les nôtres décidèrent en conseil^ que chacun
ferait des aumônes et des prières, afin que Dieu élût celui
qu’il voudrait pour régner sur les autres et gouverner la cité ®.
On ordonna aussi de jeter hors de la ville tous les Sarrasins
morts, à cause de l’extrcme puanteur, car toute la ville était
presque entièrement remplie de leurs cadavres. Les Sarra¬
sins vivants traînaient les morts hors de la ville, devant les
portes et en faisaient des monceaux aussi hauts que des
maisons. Nul n’a jamais ouï, nul n’a jamais vu un pareil
carnage de la gent païenne : des bûchers étaient disposés
comme des bornes et nul, si ce n’est Dieu, ne sait leur
nombre®. Le comte Raimond fit conduire l’amiral et ses com¬
pagnons^ jusqu’à Ascalon, où ils arrivèrent sains et saufs.
Le huitième jour après la prise de la ville®, on élut le duc
Godefroi prince de la cité®, afin de combattre les païens et
3. Le 16 juillet. Cf. Albert d’Aix, VI, 28, p. 482-483.
4. D’après Tudebode (p. iio), « un autre jour », probablement
le 17 juillet.
5. Texte important qui montre comment a été préparée l’élec¬
tion de Godefroi de Bouillon. Il s’agit de choisir un chef qui
défende la ville. Sur l’opposition des clers à ce qu’il portât le
titre de roi, voir Tudebode, p. iio.
6. Formule courante. Cf. Foucher de Chartres, I, 27, p. SSg, et
Albert d’Aix, VI, 3o, p. 483-484.
7. L’émir égyptien de Jérusalem et la garnison de la Tour de
David, le soir même de la prise de la ville d’après Albert d’Aix,
VI, 28, p. <^3.
8. Le 22 juillet 1099.
9. Sur cette élection, voir Foucher de Chartres, I, 3o, p. 36i.
D’après Raimond d’Aguilers (p. 3oo-3oi) et Albert d’Aix (VI, 33,
p. 485-486), la couronne fut d’abord offerte à Raimond de Saint-
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2o8 francos sarraceni aggrediuntur
ret paganos et custodiret christianos. Similiter elege-
runt patriarcham sapientissimum et honorabilem virum
nomine Arnulfum in die sancti Pétri ad Vincula^ Hec
civitas fuit capta a christianisé Dei xv« die julii, in
VI® feria*.
Interea*^ nuncius venit Tancredo et comiti Eustachio^
ut préparent se et pergerent ad recipiendam Neopolita-
nam'^ urbem®. Exierunt illi et duxerunt secum multos
milites et pedones et pervenerunt ad urbem; habitato-
res vero illius reddiderunt se ilico.
Denuo mandavit illis dux® ut* cito venirent ad bel-
lum quod-^ admiralius Babilonie* preparabat urbi Sca-
lonie^. Illi autem festinando intraverunt montaneam
querentes Saracenorum bella et venerunt Cesaream.
Itaque venientes illijuxta mare ad urbem Ramole*, illic
invenerunt multos Arabes, qui precursores erant belli;
quos nostri persequentes, apprehenderunt plures ex
eis, qui dixeruni omnia belli nova, ubi essent et quot
essent aut ubi bellare disponerent contra christianos.
Quod audiens, Tancredus statim misit nuncium Hieru-
salem duci Godefrido et patriarche omnibusque princi-
pibus, dicens : « Sciatis quod nobis paratum est bellum
Scalone^; venite ergo festinanter cum omni virtute
quam habere poteritis®! »
a. a chrîstianis et servis Dei capta C. — 6. feria anno ab
incarnatione Domini millesimo XC“* indictione vu* (vin* C*)
pontificante (pontifice O) sedem apostolicam papa Urbano
secundo C. — c. Début du fragment ajouté à certains manuscrits
de Raimond d’AguilerSj dont les variantes sont désignées par R.
— d. urbem Neapolim R. — e. dux Godefridus, qui et rex Iheru-
salem R. — f. quod nobis — g. apud Ascaloniam C, R
(Ascalonam O, iî). — h. Les manuscrits portent Ramore, que
nous corrigeons en Ramole, comme plus hauty p. ig3. — i. apud
Ascalonam C', C*; Ascaloniam C®.
Gilles, qui la refusa. Le texte de Raimond d’Âguilers montre que
le clergé essaya de faire élire le patriarche avant le chef laïque.
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ATTAQUE DES SARRASINS CONTRE LES FRANCS 2O9
de défendre les chrétiens. De même, on élut patriarche le
jour de saint Pierre ès-Liens un homme sage et honorable
appelé ArnouP. Cette cité fut prise par les chrétiens de
Dieu le vendredi quinze juillet.
Pendant ce temps, un messager vint trouver Tancrède et
le comte Eustache* pour les inviter à se préparer et à venir
recevoir la ville de Naplouse^. Ils partirent en emmenant
beaucoup de chevaliers et de piétons et parvinrent à la ville,
dont les habitants se rendirent immédiatement.
Puis le duc^ leur manda de marcher rapidement pour
arrêter l’attaque que l’amiral de Babylone® préparait à Asca-
lon. Ils pénétrèrent en hâte dans la montagne, cherchant
des Sarrasins à combattre, et arrivèrent à Césarée. Puis,
suivant la mer jusqu’à Ramleh, ils y trouvèrent de nom¬
breux Arabes venus en éclaireurs, les poursuivirent et en
prirent plusieurs qui leur donnèrent des renseignements sur
leurs positions, leur nombre et l’endroit où ils se prépa¬
raient à combattre les chrétiens. Ainsi informé, Tancrède
envoya aussitôt un messager à Jérusalem au duc Godefroi,
au patriarche et à tous les princes pour leur dire : t Sachez
Qu’une attaque est préparée contre nous à Ascalon; hâtez-
vous de venir avec toutes les forces dont vous pourrez dis¬
poser* ! »
1. Le août 109g. D’après les expressions de l’Anonyme, ce
furent les mêmes électeurs qui choisirent le roi et le patriarche.
Le patriarche grec de Jérusalem, Simeon, réfugié en Chypre,
venait de mourir (Albert d’Aix, VI, 39, p. 489). Arnoul était cha¬
pelain de Robert Courte-Heuse.
2. Eustache de Boulogne, frère de Godefroi de Bouillon.
3. Ancienne Sichem, puis Flavia Neapolis. D’après un manu¬
scrit de Baudri de Bourgueil (IV, i3, p. 100), Tancrède et Eus¬
tache avaient fait une première expédition contre Naplouse
pendant le siège de Jérusalem, et c’est ce qui explique leur inter¬
vention.
4. Godefroi de Bouillon.
5. Al-Afdhal, émir du calife fatimite d’Egypte, préparait une
attaque destinée à chasser les croisés de Palestine. Cf. la lettre
de Daimbert {Epistulae et chartae, p. 171).
6. Renseignements intéressants, particuliers à l’Anonyme et à
ses remanieurs.
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210
AD ASCALONEM FRANCI TENDUNT
Tune jussit dux submoneri* omnes, ut fideliter irent
preparati* Scalonam obviam inimicis nostris. Ipse vero
cum patriarcha et Rotberto Flandrensi comité exivit
de urbe in feria et Marturanensis episcopus cum
eis^.
Cornes vero Sancti Egidii ac Roibertus Nortman-
nus^ dixerunt se non exituros nisi certum bellum sci-
rent^. Jusserunt ergo militibus suis ut pergerent videre
si bellum vere esset et reverterentur quantocius, quia
ipsi mox essent paraii venire*. lerunt illi videruntque
bellum-'' et cito renuntiaverunt se vidisse oculis suis.
Continuo dux, apprehenso Marturanensi episcopo,
mandavit Hierusalem quo milites qui ibi erant prepa-
rarent se et venirent ad bellum.
Quarta vero feria** illi principes exierunt et militave*
runt ad bellum^. Episcopus vero Marturanensis rediit*
reportans verba missa patriarche et duci exieruntque
Saraceni obviam ei et apprehensum secum duxerunt®.
Petrus vero Heremita remansit Hierusalem ordinando
et precipiendo Grecis et Latinis atque clericis ut fideli¬
ter Deo processionem celebrarent et orationes elemosi-
nasque facerent ut Deus populo suo victoriam daret®.
Clerici*' et presbiteri, induti sacris vestibus, ad templum
Domini'* conduxere processionem, missas et orationes
décantantes, ut suum defenderet populum.
a. submoveri A^, C^, C^; commoneri R. — b. perge-
remus parati C. — c. in ini* feria C. — d. Normannorum prin-
ceps A^j A^y C; Normannus princeps A^. — e. ire B. —
/. hostes A^f C; bellum paratum R. — g. quarta vero... ad
bellum omis dans A^, C, R. — h. Marturanensis veniebat ferens
ducis mandata militibus qui erant Hierosolimis, cui obviam fue-
runt Sarraceni et apprehensum (apprehenderunt C*) ilium duxe-
runt (duxeruntque C*) secum. Quarta autem feria exierunt supra-
dicti principes et equitaverunt ad bellum. Porro Petrus Eremita
C (Ici s’arrête le manuscrit C^). — i. Clerici namque B, C.
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LES FRANCS MARCHENT SUR ASCALON (9 aOÛt IO99) 21 I
4
Le duc donna alors l’ordre de convoquer tous les hommes^
afin qu^après s’etre équipés ils allassent en toute fidélité à
Ascalon au-devant de nos ennemis. Lui-même, avec le pa¬
triarche et Robert, comte de Flandre, sortit de la ville
le mardi Tévêque de Martirano* les accompagnait, mais
le comte de Saint-Gilles et Robert de Normandie décla¬
rèrent qu’ils ne marcheraient que si l’attaque leur était con¬
firmée Ils donnèrent l’ordre à leurs chevaliers de pousser
en avant pour voir si une attaque se préparait réellement et
de revenir au plus vite, car ils étaient tout prêts à marcher.
Ceux-ci allèrent, constatèrent la marche de l’ennemi et se
hâtèrent de venir annoncer qu’ils l’avaient vue de leurs
yeux. Aussitôt le duc, ayant choisi l’évêque de Martirano,
l’envoya à Jérusalem, afin que les chevaliers qui y étaient
s’équipassent et marchassent au combat.
Le mercredi^, ces princes partirent et marchèrent au
combat. L’évêque de Martirano revint rapporter ses mes¬
sages au patriarche et au duc. Les Sarrasins partirent à sa
rencontre, le capturèrent et l’emmenèrent*. Pierre l’Ermite
resta à Jérusalem, afin de prendre des mesures et de prescrire
aux Grecs, aux Latins, aux clercs de célébrer en l’honneur
de Dieu une procession et de faire des prières et des au¬
mônes, afin que Dieu donnât la victoire à son peuple®. Les
clercs et les prêtres, revêtus de leurs ornements sacrés, con¬
duisirent la procession au temple du Seigneur^ et chan¬
tèrent des messes et des oraisons, afin que Dieu défendît
son peuple.
1. Le 9 août 1099.
2. Arnoul, évêque de Martirano (Italie méridionale, province
de Catanzaro).
3. Ce simple détail montre combien était précaire l’autorité
dévolue à Godefroi.
4. Le 10 août 1099.
5. D’après le texte de C (p. 210, note /i), l’évêque de Martirano
aurait été pris avant de pouvoir atteindre Jérusalem; mais les
autres manuscrits et les remanieurs sont d’accord avec Raimond
d’Aguilers (21, p. 3o3) pour affirmer qu’il a d’abord exécuté sa
mission.
6. Ce rôle curieux dévolu à Pierre l’Ermite en l’absence des
chefs n’est connu que par les Gesta.
7. C’est-à-dire au Saint-Sépulcre.
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212
ACIES A DUCIBUS ORDINANTUR
Denique patriarcha et episcopi aliique seniores con-
gregati sunt ad flumen quod est ex hac parte Scalone®^
Illic multa animalia boum, camelorum, ovium atque
omnium bonorum depredati sunt. Venerunt autem
Arabes fere ccc irrueruntque nostri super illos et ap-
prehenderunt duos ex eis, persequentes alios usque ad
oorum exercitum. Sero autem facto, patriarcha fecit pre-
conari per omnem hostem* ut in summo mane cras'^
essent omnes parati ad bellum, excommunicans ne*^ ul-
lus homo intenderet ad ulla spolia donec bellum esset
factum, sed eo facto reverterentur cum felici gaudio ad
capiendum* quicquid eis predestinatum esset a Do¬
mino*.
Summo vero diluculo intraverunt in vallem nimis
pulchram secus litus maris, in qua suas ordinaverunt
acies*. Dux instruxit suam aciem et cornes Nortmannie
suam, cornes Sancti Egidii suam, cornes Flandrensis
suam, cornes Eustachius suam, Tancredus et Gaston
suam^; ordinaverunt quoque-'' pedites et sagittarios qui
précédèrent milites* et sic ordinaverunt omnia statim-
que militare ceperunt^ in nomine Domini Ihesu Christi.
In sinistra vero parte fuit dux Godefridus cum sua
acie comesque Sancti Egidii equitavit juxta mare* in
dextra parte; cornes^ Nortmannie comesque Flandren¬
sis et Tancredus omnesque alii equitabant in medio.
Tune nostri sic ceperunt paulatim ambulare. Pagani
vero stabant parati ad bellum. Unusquisque suum ha-
a. Ascalonae A*, .<4*, O, C*; Aschaloniae R. — b. exercitum C,
R. — c. crastino summo C*, C®. — d. si O, O. — e. accipien-
dum B. — /. quippe A^. — g. ceperunt militare B; militari
cœperunt ®; praeliari ceperunt R. — h, sinistra A®, A^. —
i. mitissimus cornes Rotbertus A^.
I. C’est-à-dire entre Ascalon et Jérusalem : le Nahr-es-Safiyé.
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LES CHEFS ORDONNENT LEURS BATAILLES
2i3
Enfin, le patriarche, les évêques et les autres seigneurs se
rassemblèrent au bord du fleuve qui est de ce côté d’Asca-
lon^ Là, ils raflèrent un grand nombre de bêtes, bœufs, cha¬
meaux, brebis et toute espèce de butin. Les Arabes arrivèrent
au nombre d’environ trois cents; les nôtres s’élancèrent
sur eux, en prirent deux et poursuivirent les autres jusqu’à
leur armée. Le soir venu, le patriarche fit crier par toute
l’armée que le lendemain, de grand matin, tous eussent à
être équipés pour la bataille, excommuniant tout homme
qui songerait à faire du butin avant que la bataille fût ter¬
minée; mais, ceci accompli, ils pourraient revenir dans la
joie pour s’emparer de tout ce qui leur avait été prédestiné
par le Seigneur 2.
Au point du jour, ils pénétrèrent dans une vallée magni¬
fique, près du rivage de la mer, où ils ordonnèrent leurs
batailles 3. Le duc rangea sa troupe en bataille, le comte de
Normandie la sienne, le comte de Saint-Gilles la sienne, le
comte de Flandre la sienne, le comte Eustache la sienne,
Tancrède et Gaston la leur^. Ils disposèrent, en outre, des
piétons et des archers pour précéder les chevaliers®. Tout
fut ordonné ainsi, et ils commencèrent à combattre au nom
du Seigneur Jésus-Christ.
A l’aile gauche était le duc Godefroi avec sa troupe et le
comte de Saint-Gilles chevaucha près de la mer, à l’aile
droite; le comte de Normandie, le comte de Flandre, Tan¬
crède et tous les autres chevauchaient au centre. Les nôtres
avancèrent ainsi progressivement. Les païens, de leur côté,
étaient prêts au combat. Chacun d’eux avait sa gourde pen-
D’après Guillaume de Tyr (XV, 25, dans les Historiens occiden-
tauXj t. 1], la concentration des croisés eut lieu à Yebna (Ibelin).
Cf. Raimond d’Aguilers, 21, p. 3o3; Foucher de Chartres, I, 3i,
p. 362; Albert d’Aix, VI, 42, p. 491-492.
2. Intervention intéressante du patriarche connue aussi par
Albert d’Aix, VI, 43, p. 492.
3. Sur cette expression qui désigne les unités tactiques, voir
p. i5i.
4. Gaston de Béarn. Cf. p. 203-204.
5. Pour engager le combat avant la charge des chevaliers, tac¬
tique courante du xi* au xv* siècle.
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214
PUGNA AD ASCALONEM
bebat vasculum pendens collo ex quibus potarent per-
sequentes nos^ sed illis non licuit gratia Dei.
Cornes autem de Nortmannia® cernens admiralii*
standarum habentem^' quoddam pomum aureum in
summitate haste, que erat cooperta argento» vehemen-
ter ruit super ilium qui hune ferebat*^ eumque vulne*
ravit usque ad mortem**. Ex alia parte cornes Flan-
drensis nimis acriter invasit illos^. Tancredus vero-^
împetum fecit per medium tentorium eorum; quod
vidantes pagani, continuo inierunt fugam, quorum^
multitudo erat innumerabilis numerumque eorum nemo
scit nisi solus Deus; bella vero erant immensa, sed vir-
tus divina comitabatur nobiscum tam magna, tam for*
tis, quod statim superavimus illos.
Stabant autem inimici Dei excecati et stupefacti ac
videntes Christi milites apertis oculis nil videbant et
contra christianos erigere se non audebant, vinute Dei
tremefacti, Pre nimio timoré ascendebant in arbores in
quibus putabant se abscondere*, sed nostri sagiitando
et cum lanceis et ensibus occidendo eos ad terram pre-
cipitabanf*; alii autem jactabant^ se in terram non au-
dentes se erigere contra nos. Nostri igitur illos detrun-
cabant sicut aliquis detruncat animalia ad macellum.
Cornes Sancti Egidii juxta mare occidit ex eis sine nu¬
méro; alii vero se precipitabant in mare, alii fugiebani
hue illucque.
Venions itaque admiralius^ ante civitatem*, dolens et
a. incomparabilis itaque miles scilicet domnus Rotbertus co¬
rnes Normannie CS C*. — b. ammiravisi B. — c. stan-
tarum habere A^y B; siantartum R. — d. qui hune ferebat omis
dans A^j 5, C. — e. quem viriliter prosternens vulneravit A^;
prosternens cum eodem standaro letaliter vulneravit CS C*. —
/. igitur ^S — §■' paganorum multitudo A^y B. — h. pu-
tantes ibi se posse later C*. — i. precipitabant illos ad terram
CS C‘^. — k. civitatem Ascalonam A®, O, C®; ante Âscalon R.
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BATAILLE d’aSCALON {l2aOÛt IO99) 21 5
due au cou, ce qui leur permettait de boire tout en nous
poursuivant^, mais ils n’en eurent pas le temps, grâce à
Dieu.
Le comte de Normandie, apercevant l’étendard de l’ami¬
ral orné d’une pomme d’or au sommet d’une lance ar¬
gentée, s’élança violemment sur son porteur et le blessa
mortellement^. D’autre part, le comte de Flandre les atta¬
qua vigoureusement^. Tancrède, de son côté, fit irruption
dans leur camp, ce que voyant les païens prirent aussitôt la
fuite. Leur multitude était innombrable, et nul n’en sait le
nombre, excepté Dieu. La bataille était acharnée, mais une
force divine nous accompagnait, si grande, si puissante
que, en un rien de temps, nous les vainquîmes.
Les ennemis de Dieu étaient aveuglés et stupéfaits : ils
voyaient bien, les yeux ouverts, les chevaliers du Christ, mais
c’était comme s’ils ne voyaient rien et ils n’osaient plus s’éle¬
ver contre les chrétiens, car la puissance divine les terrifiait.
Dans leur épouvante, ils grimpaient aux arbres pour s’y ca¬
cher, mais les nôtres, à coups de flèches, de lances et d’épées,
les massacraient en les précipitant à terre*. D’autres se cou¬
chaient sur le sol, n’osant plus se dresser contre nous, et les
nôtres les décapitaient comme on découpe des animaux au
marché. Près de la mer, le comte de Saint-Gilles en tua un
nombre incalculable; quelques-uns se jetaient à la mer,
d’autres fuyaient çà et là.
L’amiral*, arrivé devant la cité dans l’affliction et la dou-
1. Détail précis et pittoresque particulier à l'Anonyme et à ses
remanieurs.
2. Cet exploit de Robert Courie-Heuse est mentionné aussi par
Albert d’Aix, VI, 5o, p. 497. La scène fut représentée par ordre
de Suger sur le vitrail de la croisade, à Saint-Denis (1142) avec
l’inscription : « R[otbertu8] dux Normannorum Partum proster-
nit » (reproduit dans Montfaucon, Monuments de la monarchie
françoise^ t. I, pl. LUI, p. 384).
3. Un autre compartiment du vitrail mentionné à la note pré¬
cédente représentait ce combat sous le titre : « Duellum Parti et
Roberti Flandrensis comitis » (Montfaucon, op. cïf., pl. LIV).
4. Mêmes détails dans la lettre de Daimbert {Episîulae et char-
tae^ p. 171), dans Foucher de Chartres (I, 3i, p. 363), Albert d’Aix
(VI, 47, p. 495).
5. L’émir égyptien qui s’enfuit à Âscalon.
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2i6
DE AUIRAUl MŒRORE
merens, lacrymando : « O deorum" spiritus ! Quis
unquam vidit vel audivit talia! Tanta potestas, tanta
virtus, tanta milicia que nunquam ab ulla gente fuit
superata, modo a tantilla gente christianorum* est dé¬
viera! Heu mihi tristis ac dolens! Quid amplius dicam?
Superatus sum a gente mendica, inermi et pauperrima
que non habet nisi saccum et peram. Ipsa modo per-
sequitur gentem Egipiiacam, que illi plerumque suas
largita est elemosinas dum olim per omnem nostram
patriam mendicarent^^. Hue eonduxi'^ ad conventio-
nem cc milia miliium® et video ipsos Iaxis frenis fugien-
tes per viam Babilonicam et non audent reverti adver-
sus gentem Franeigenam. Juro per Maehumet* et per
omnia deorum numina"* quod ulterius non retinebo
milites conventione aliqua, quia expulsus sum a gente
advena-^. Conduxi omnia armorum généra et omnia
maehinamenta, ut eos obsiderem in Hierusalem et ipsi
prevenerunt me ad bellum itinere dierum duarum^.
Heu mihi! Quid amplius dieam? Inhonoratus ero sem-
per in terra Babilonica. »
Nosiri autem acceperunt ejus stantarum^ quod com-
paravit® eomes de Nortmannia xx marehas argent!® et^
dédit patriarche in Dei honorent sanctique Sepulchri;
ensem vero émit quidam lx bisanteis^.
a. Christianorum, quod in pugillo poiest claudi
B (cf. Tudebode, p. i Si, manuscrit C). — c. mendicaret A‘^, C*. —
d. conduxi gentem^*. — e. Mohamel C*; Machometh O; Mahu-
met R. — /. aliéna et advena A^, C*, O, R. — g. duorum.
Vech! quid mihi esset si illius gentem conduxissem meam B (cj,
Tudebode, p. 1 1 6). L'interpolation ne figure pas dans R. — h. itaque
standarum ejusdem ammiralii acceperunt quem inclitus et ab
omnibus honorandus miles Robertus Normannorum cornes (cornes
omis dans C) nobilissimus perempto hujus signifero prosirave-
rat, quem ipse redemit xx marcis argenti deditque patriarchae
C2; nostri itaque admiralii ejusdem acceperunt standarum
quod honorandus miles Rotbertus Normannorum nobilissimus
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DOULEUR DE l’ÉMIR DE BABYLONE 21 7
leur, s’écria tout en larmes* : « O esprits des dieux! Qui a
jamais vu, qui a jamais ouï de telles choses! Une pareille
puissance, une pareille force, une pareille chevalerie qui n’a
jamais été vaincue par aucune nation et qui s’est fait battre
par ce peuple minuscule des chrétiens! Quelle tristesse!
Quelle douleur! Qu’ajouterai-je de plus? Me voilà battu par
un peuple de mendiants, de lâches, de gueux qui n’a rien
que le sac et la besace! C’est lui qui poursuit ce peuple
égyptien, qui lui a si souvent distribué ses aumônes, quand
il allait mendiant à travers notre patrie^. J’ai conduit là, après
les avoir enrôlés, deux cent mille chevaliers ^ et je les vois,
lâchant les rênes, fuir sur la route de Babylone, et ils n’osent
se retourner contre la gent française. Je jure, par Mahomet
et par la puissance de tous nos dieux^, que jamais plus je
n’enrôlerai des chevaliers par engagement, puisque me voilà
chassé par une gent étrangère. J’ai amené toutes les espèces
d’armes et de machines pour les assiéger dans Jérusalem,
et ce sont eux qui m’ont attaqué en me prévenant de deux
jours. Hélas! que dire de plus? Me voilà déshonoré pour
jamais dans la terre de Babylone. »
Les nôtres recueillirent son étendard et le comte de Nor¬
mandie l’acheta* vingt marcs d’argent* et le donna au pa¬
triarche en l’honneur de Dieu et du Saint-Sépulcre. Quel¬
qu’un acheta son épée soixante besants^.
perempto hujus signifero prostraverat, illud redimens x marcas
argenti A^, — t. et omis dans A^^ A^.
1. Véritable morceau de rhétorique dont le ton déclamatoire
fait contraste avec le récit de l’Anonyme. Voir l’Introduction,
p. VI.
2. Allusion aux pèlerinages qui ont précédé la croisade.
3. Il s’agit de chevaliers soldés « d’après un traité ». Le chiffre
donné ici est évidemment sans valeur.
4. Ce détail suffit à révéler le caractère apocryphe du morceau.
5. Robert Courie-Heuse avait tué le porte-étendard, mais il
dut racheter l’étendard lui-même au soldat qui l’avait ramassé.
6. Le marc d’argent équivaut à une livre d’argent. Cf. p. 76, n. 2.
7. Sur la valeur du besant, voir p. qS, n. 5. Tous ces détails
sont particuliers à l’Anonyme et à ses remanieurs. 11 s’agit de
l’épée de l’émir de Babylone qui devait être richement ornée.
Première croisade. 17
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2i8
HIERUSALEM CRUCESIGNATI REPETUNT
Superati sunt itaque inimici nostri, Deo annuenie.
Omnes naves terrarum paganorum® ibi aderant^; ho-
minesvero qui intus erant, videntes admiralium fugien.-
tem cum suo exercitu, statim^ suspenderunt vêla et
impulerunt se in alta maria.
Reversi sunt nostri ad tentoria eorum*^ acceperunt-
que innumera spolia auri, argenti omniumque bono-
rum cumula*^ ac omnium animalium généra omnium¬
que armorum instrumenta*; que voluerunt asportave-
runt, reliqua igné consumpserunt-^.
Redieruntque*' nostri* Hîerusalem deferentes secum
omnia bona' que illis necessaria* erant. Hoc bellum
actum* est pridie idus augusti^, largiente'® Domino
nostro Ihesu Christo®, cui est honor et gloria nunc et
semper et in secula seculorum®. Dicat omnis spiritus :
Amenai
a. paganorum omis dans — b. statim omis dans — c. ad
illorum tentoria A^. — d. cumula omis dans A^; cumula, equos
et mulos, asinos et camelos, innumerabiles oves et boves et ins>
trumenta B et TudebodCyp. i rj. — e. instrumenta. Omnes nam-
que montes et colles et omnia plana stabant {sic) cooperta de mul*
titudine illorum animalium et invenerunt armorum cumula;
quae voluerunt B et Tudebode, p. 117- — /. combusserunt
C>, O. — g. reversi sunt /!*, B, C. — h. nostri cum gaudio X*.
— i. omnia bona, scilicet camelos et asinos honustos pane, bis-
cocto et farina et frumento et caseo et pane et oleo et omnibus
bonis quae illis B et Tudebode^ p. 117. -- k. necesse erant B.
— l. factum B. — m. largiente hoc B. — n. Christo fidelibus suis
victoriam, qui cum pâtre et spiritu sancto vivit et régnât Deus
per intinita saecula saeculorum. Amen R. — 0. per infinita secu-
iorum secula ^4*, C*. — p. Explicit via bona, dans le manus¬
crit Camden cité par Bongars i Introduction, fol. I b).
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RETOUR DES CROISÉS A JÉRUSALEM (l3 aOÛt IO99) 219
Tous nos ennemis furent ainsi vaincus avec la permission
de Dieu. Tous les navires des terres païennes se trouvaient
là'. Les hommes qui les montaient, voyant Tamiral fuir
avec son armée, hissèrent aussitôt leurs voiles et gagnèrent
la haute mer.
Revenus au camp ennemi, les autres recueillirent un im¬
mense butin d*or et d’argent, des monceaux de richesses,
des animaux de tout genre, des armes de toute espèce. Ils
emportèrent ce qu’ils voulurent et brûlèrent le reste.
Les nôtres rentrèrent à Jérusalem, rapportant avec eux
toute espèce de ressources qui leur étaient nécessaires.
Cette bataille se livra la veille des ides d’août^, par la
grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui reviennent
honneur et gloire maintenant et toujours et dans les siècles
des siècles. Que toute âme dise : Ainsi soit-ill
1. Une flotte égyptienne croisait devant Ascalon.
2. Le vendredi 12 août 1099. Le retour à Jérusalem eut lieu le
lendemain. Sur ce retour, voir Foucher de Chartres, I, 32, p. 363,
et Albert d’Aix, VI, 5o, p. 496*497.
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APPENDIX*
SiTUS URBIS AnTIOCHIE**.
Hec urbs Antiochia scilicet valde est pulchra et ho-
norabilis, quia infra muros ejus sunt iv montanee*
maxime et nimis alte^. In altiori quoque^ est castellum
edificatum, mirabile et nimis forte®. Deorsum est civi-
tas honorabilis et conveniens omnibusque ornata hono-
ribus, quoniam multe ecclesie sunt in ea edificate, ccc et
Lx monasteria in se continet. Sub suo jugo continet
patriarcha cliii episcopos-*.
Clauditur civitas duobus muris^ major quoque valde
est altus et mirabîliter latus magnisque lapidibus corn-
positus, in quo sunt ordinate ccccl turres® modisque
omnibus est civitas formosa; ab oriente clauditur
IV magnis montaneis; ab occîdente secus muros urbis
fluit quoddam flumen, cui nomen Farfar*'®. Que civi-
a. Titre en marge dans B, omis dans A et C*; de situ civitatis
Antiochie O, C*. — b. montane A^, A^, B. — c. quoque monta-
nea C. — d. A la suite de ce mot, B et Tudebode,p. Sg, ajoutent :
et ita noluerunt stulte neque inane dimittere regalem civitatem
Antiochiam, quae tantae auctoritatis fuit quod eam prius.
1. Nous rappelons que nous avons renvoyé en appendice ce
passage interpolé dans les manuscrits entre les chapitres xxxi et
xxxiii. Voir plus haut, p. 170.
2. Ce sont les quatre éperons formés par le mont Cassius, le
Silpius, rOrocassias et le Phrynimus au sud de la ville.
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APPENDICE^
Description de la ville d’Antioche.
Cette ville d’Antioche est magnifique et grandiose, car, à
l’intérieur de ses remparts, sont quatre montagnes énormes
et très élevées 3. Sur la plus haute est un château bien cons¬
truit, remarquable et fort 3. En bas s’étend la cité magni¬
fique et agréable, ornée de toute espèce de beautés, car elle
possède de nombreuses églises, au nombre de trois cents,
et elle contient soixante monastères. Le patriarche tient
sous sa domination cent cinquante-trois évêques^.
La cité est close de deux murailles : la plus grande est très
haute, merveilleusement large et construite en bel appareil :
quatre cent cinquante tours y sont disposées * et à tout point
de vue la cité est belle. A l’est, elle est bornée par quatre
grandes montagnes ; à l’ouest, près des murs, coule un fleuve
appelé Farfar®. Cette cité a une grande renommée, car elle fut
3. La citadelle d'Ântioche, située à l’endroit le plus élevé de
l'enceinte.
4. Ce chiffre correspond à celui de la Notice du patriarche
Anastase, composée dans la deuxième moitié du vi* siècle, époque
de la prospérité du patriarcat. Au x* siècle, le nombre des évê¬
chés melkites suffragants est évalué à soixante-dix environ, et il
devait être encore moindre en 1098. Voir S. Vailhé, dans les
Échos d’Orient, t. X (1907), et dans le Dictionnaire d’histoire et
de géographie ecclésiastiques, publ. par Baudrillart, Vogt et Rou-
ziès, t. I, col. 581-612, article : Antioche (1922).
5. Cette enceinte avait été reconstruite par Justinien après la
prise de la ville par Chosroès en 640 (Diehl, Justinien et la civi¬
lisation byzantine, 1901, p. 58i-583).
6. Nom donné à l’Oronte à cette époque.
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222
SITÜS URBIS ANTIOCHIAE
tas magne auctoritatis fuit, nam eam prius lxxv* reges
constituerunt*, quorum fuit caput Antiochus rex, a
quo dicitur Antiochia*. Istam civitatem tenuerunt
Franci obsessam per viii menses et unum diem®, pos-
tea fuerunt intus inclusi* per iii hebdomadas a Turcis"*
et ab aliis paganis, quorum numéro nunquam fuit ma¬
jor congregatio hominum vel christianorum vel paga-
norum; tamen adjutorio Dei et Sancti Sepulcri, devic-
tis illis a christianis, requievimus cum gaudio et leticia
magna per v menses et viii dies®.
a. Lxxxv CK — 6. in qua et ipsi postea fuerunt obsessi C.
I. La liste entièrement fabuleuse de ces rois est donnée par
Tudebode, p. 89.
3. En fait, la ville fut fondée en 3oo av. J.-C. par Séleucus
Nicator, qui l’appela Antioche en l’honneur de son père Antio-
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DESCRIPTION d’aNTIOCHE
223
constituée d’abord par soixante-quinze rois*, dont le pre¬
mier fut Antiochus, d’où vient son nom d’Antioche*. Les
Francs tinrent cette cité assiégée pendant huit mois et un
jour*, puis ils y furent, à leur tour, assiégés pendant trois
semaines par les Turcs ^ et autres païens, dont le nombre
était tel qu’il n’y eut jamais une si grande réunion d’hommes,
chrétiens ou païens. Cependant, avec l’aide de Dieu et du
Saint-Sépulcre, ils furent vaincus par les chrétiens, et nous
nous reposâmes dans la joie et l’allégresse pendant cinq
mois et huit jours*.
chus. Le fils de Séleucus, Antiochus I*', qui lui succéda en 280, en
fit sa capitale.
3. Du 21 octobre 1097 au 3 juin 1098, ce qui fait sept mois et
quinze jours.
4. Du 5 au 28 juin 1098, soit vingt-trois jours.
5. Du 28 juin au 23 novembre 10^ (date à laquelle Raimond de
Saint-Gilles quitte Antioche) (cinq mois moins cinq jours). Ces
détails chronologiques prouvent que ce morceau a été écrit bien
après le départ des croisés d’Antioche. Voir p. 170, n. b.
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INDEX*
A
abmration. — Exigée par les
Turcs de leurs prisonniers, à
Exerogorgo (octobre 1096), ii.
— Voir : conversion.
Âchard de Montmerle {Achar-
dus de Montemerloi ou de
Mommellou). — Traverse
ritalie avec Hugue de France,
i5. — Au siège de Jérusalem,
va en expédition à Jaffa pour
protéger les navires occiden¬
taux (juin 1099), 197. — Il est
tué dans une escarmouche,
199*
acies. — Voir : bataille.
Acre, ou Saint-Jean-d’Acre
Mcr<z), aujourd’hui Akka, en
Palestine. — Atteinte par les
croisés (fin mai 1099), 193.
Adana {Athena)f port de Gili-
cie, aujourd’hui chef-lieu de
la orovince d’Adana. — Cédé
à Tancrède (sept. 1097),
[Adémar de Monteilj, évêque
du Puy {Podiensis episcopus),
représentant et légat du pape.
— Commande une division
de l’armée des Provençaux,
avec laquelle il traverse l’Es-
clavonie, i3. — Devant Nicée,
prend part à la bataille contre
l’armée turque de secours
(16 mai 10Q7), 37-30. — Sape
une tour de la ville, 39. —
Dans la seconde armée après
le départ de Nicée (28 juin
1097), 45. — Prend part a la
bataille de Dorylée (i*' juillet
1097) , 47, 49. — Défend le
camp devant Antioche contre
une sortie de la garnison,
perd son sénéchal et sa ban¬
nière (2g déc. 1097), 75. —
Reçoit de Bohémond la con¬
fidence de ses négociations
avec Firouz, io5. — E^ige le
serment sur l’Evangile du
prêtre auquel le Christ est
^paru (il juin 1098), i3i. —
Commande le quatrième
corps de bataille devant An¬
tioche et porte la sainte
Lance (28 juin 1098), i53. —
Meurt à Antioche (1" août
1098) ; son éloge, 167.
Ak-Cheïr. — Voir : Philome-
lium.
Akka. — Voir ; Acre.
[Al-Afdhal], émir de Babylone
d’Egypte, 87, 97. — Prépare
une expédition contre les croi¬
sés (mai 1099), 191. — Con¬
centre ses troupes à Ascalon
(août 1099), 209. — Sa dou¬
leur après la bataille (12 août),
215-217.
Alamam. — Voir : Allemands.
Albara. — Voir : El-bâra.
A Iberedus de Cagnano. — Voir :
Aubré de Cagnano.
Alep {Aleph\ grande ville de
Syrie, sur la route d’Antioche
1. Les renvois sont faits aux pages de la traduction française.
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INDEX
225
à l’Euphrate. — Les prison¬
niers chrétiens y sont con¬
duits, II. — Secours envoyés
d’Alep à Antioche (fin cféc.
1097)1 73. — Habitée par la
mère ae Kerbôga, 119, 125.
— Turcs venus d’Alep, i65.
Alexandrette ( Alexanareta ),
port de la Syrie septentrio¬
nale, sur le golfe du même
nom, 141.
Alexis [Comnène] {Alexius)^
empereur de Byzance (1081-
iri8). — Ses rapports avec la
croisade populaire, 7. — Se
réjouit de la défaite des croi¬
sés à Civitot, i3. — Hugue de
France et Guillaume, nis du
marquis, lui sont envoyés,
i5. — Son conflit avec Gode-
froi de Bouillon à Constan¬
tinople, 17. — Conclut un ac-
cora avec Godefroi et ravi¬
taille son armée, 19. — En¬
voie un curopalate à Bohé-
mond pour ravitailler l’armée
normande (janvier 1007), 25.
— Négocie avec les chefs de
la croisade pour obtenir
d’eux le serment de fidélité,
29, 3i. — Ses mauvais des¬
seins contre les chefs croisés^
29. — Il réunit un conseil qui
décide d’exiger le serment
des princes; ses négociations
avec Bohémond pour l’obte¬
nir, 3i. — Sollicité par les
croisés, envoie devant Nicée
une flottille montée par des
Turcoples, 41. — Accorde
une capitulation aux Turcs
de Nicee (26 juin 109^,41-43.
— Son représentant Tatikios
abandonne le siège d’Antio¬
che (février 1098), 79-81. —
Les croisés, en promettant
Antioche à Bohémond, ré¬
servent les droits de l’empe¬
reur (29 mai 1098), io3. —
L’empereur s’avance jusqu’à
Philomelium pour porter se¬
cours aux croisés (juin 1098),
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141. — Son entrevue avec
Etienne de Blois, qui le dé¬
tourne d’aller plus loin et lui
fait croire qu’Antioche a été
reprise par Kerbôga, 141, 143.
— Il donne à son armée l’or¬
dre de battre en retraite, 145-
147. — Invité par les croisés
à venir prenare possession
d’Antioche (juillet 1098), 161.
— Raimond de Toulouse ré¬
serve les droits d’Alexis sur
Antioche (nov. 1098 et janv.
1099), 169, 17Q.
Allemands (Alamanni). — Ar¬
rivent à Constantinople avec
Pierre l’Ermite (3o juillet
1096), 7. — Se séparent des
Francs et élisent un chef, 7-0.
— Trahison du chef des Al¬
lemands à Exerogorgo (oc¬
tobre 10^), II.
Alpes. — Voir ; Aups.
Amalfi {Malji Scajardi Pows),
port de l’Italie méridionale,
arrond. et province de Sa-
lerne. — Assiégé en 1096 par
Roger, duc de Pouille, et Bo¬
hémond, 19.
Amazones (fleuve Ama\o-
nia Jlumina, 117.
ambassadeurs {nuncii) de Bo¬
hémond à l’empereur (jan¬
vier 1097), 25; — du calife
d’Egypte aux croisés (février
loqâ), 87,97; — croisés à
Kerbôga (27 juin 10^), 147,
149, iDi. — Hugue le Mainsné
envoyé à l’empereur après la
victoire sur Kerbôga^ 161. —
Ambassadeurs du roi de Cé-
sarée au comte de Toulouse
(janvier 1099), 181.
amiral. — Voir : émir.
André (sain^^ Andréas. — Ap¬
paraît à Pierre Barthélémi,
i33-i35.
Andronopolis (vallée d’) [valîis
de Andronopoli), en Macé¬
doine occidentale. — Traver¬
sée par les Normands d’Ita¬
lie, 21.
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220
INDEX
Ângulans {Angulani)^ corps de
troupes de l’armée turque,
49, ii3.
Ansa, ville de l’Italie méridio¬
nale, peut-être Anzi, province
et arrond. de Potenza. —
Voir : Robert de Ânsa.
Anselme dé Ribemont {Ansel^
mus de Ribomont)^ chevalier.
— Meurt pendant le siège
d’Archas (fevr.-mai looq),
Antioche {Antiochia), ville prin*
cipale de la ^rie,sur l’Oronte.
— Les captifs chrétiens y sont
conduits, ii. — L’empereur
offre à Bohémond un terri¬
toire dans les environs, 3i.
— Faux bruit de son évacua¬
tion par les Turcs (oct. 1097),
63. — Une avant-garde en¬
voyée par Raimond de Saint-
Gilles cherche inutilement à
surprendre la ville, 63. — Ar¬
rivée des croisés devant la
ville {20 oct. 1097), 65. — Ils
installent leur camp (21 oct.),
67. — Premières escarmou-
cnes avec les Turcs et début
du siège (oct.-nov. 1097), 71.
— Disette au camp des croi¬
sés et expédition de ravitail¬
lement (déc. ic^7), 71. — Sor¬
tie de la garnison turque et
combat violent (29 déc. 1097),
75. — Famine au camp des
croisés et tentatives de déser¬
tion (janv. 1098), 77-79. —
L'envoyé impérial abandonne
le siège (févr. 1098), 81. — Bo¬
hémond arrête une armée
turque de secours et remporte
une grande victoire (9 févr.
1098), 83-85. — Pendant ce
temps, la garnison d’Antioche
tente une sortie, repoussée
par les croisés, 87. — Les
croisés décident la construc¬
tion du château de la Maho-
merie et envoient une expé¬
dition à Port-Saint-Simeon
(5 mars 1098;, 89-91. — Pen¬
dant ce temps, sortie de la
garnison d’Antioche, qui in-
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dige de lourdes pertes aux
croisés, 91. — Le lendemain
(6 mars), elle attaque avec
succès les croisés revenant
de Saint-Siméon, 91. — Les
Turcs sont ramenés dans la
ville après un violent combat
(7 mars 1098), 93-95. — Ils
ensevelissent leurs morts,
dont les sépultures sont vio¬
lées par les croisés, 97. —
Construction par les croisés
du château de la Mahomerie
(8 mars 1098), 97. — Ils ar¬
rivent à bloquer entièrement
la ville, 99. — Firouz, com¬
mandant de trois tours, né¬
gocie avec Bohémond, loi.
— Bohémond se fait pro¬
mettre par les princes la
possession d’Antioche, s’il
peut s’en emparer (29 mai
1098). io3. — Etienne de Blois,
élu cnef suprême, abandonne
le siège, 141. — Bohémond
arrête avec Firouz le plan de
l’entrée des Francs dans la
ville et le communique aux
chefs (2 juin 1098), îo5. —
Escalade d’Antioche par les
croisés (nuit du 2 juin 1098),
107. — Entrée des croises
dans la ville et massacre des
Turcs (3 juin 1098); 109. —
Les Turcs se réfugient dans
la citadelle, 109. — Le fils de
lagi-Sian livre la citadelle à
Kerbôga, ii3. — Début du
siège d’Antioche par Kerbôga
(5 )uin 1098), ii5. — Il confie
la garde cfe la citadelle à l’un
de ses émirs les plus sûrs,
ii5. — Il attaque la ville
(10 juin 1098) et tue de nom-
breuxcroisés, 127. — Plusieurs
chevaliers désertent la ville
et sont massacrés à Port-
Saint-Siméon (10 juin 1098),
129. — Le Christ apparaît à
un clerc; récit de sa vision,
129-131. — Vision de Pierre
Barthélémi et révélation de
la sainte Lance, i33-i35. —
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INDEX
227
Combats violents devant la
citadelle, i35-i37. — Bohé-
mond incendie Antioche, 137.
— Les croisés serrés de près
par les Turcs, 139. — Inven-
tiondelasainte Lance(i4)uin
1098) , 147. — Ambassade des
chefs croisés à Kerbôga
(27 juin 1098), 147-151. —
Processions et jeûnes des
croisés avant la bataille, i5i.
— Sortie de l’armée des croi*
sés par la porte de la Maho-
mene; leur ordre de bataille,
i5i-i53. — Leur victoire sur
les Turcs de Kerbûga (28 juin
1008), i55, 157, iSg. — Capi¬
tulation de la citadelle, 159.
— Les croisés séjournent dans
la ville après leur victoire,
167. — Adémar de Monteil y
meurt (i*' août 1098), 167. —
L’évêque d’Albara y est sacré
(sept. 1098), 169. — Conseil
des princes au sujet de la
contestation entre Bohémond
et Raimond de Toulouse
(nov. 1098), 169-171. — Départ
d’Antiocne de Raimond de
Saint-Gilles, 173. — Sarrasins
de Marra conduits à Antioche
(déc. 1098), 177. — Retour de
Bohémond à Antioche (janv.
1099) , 179. — Nouveau retour
du même (7 mars 1099), 187.
— Durée des deux sièges
d’Antioche et du séjour des
croisés dans la ville, 223. —
Patriarche, 221. — Topogra¬
phie de la ville : citadelle
occupée par les Turcs, 109,
ii3, ii5, i35, 137, 139, 141,
i53, 169; — occupée par Bo¬
hémond, 221-223; — palais
de lagi-Sian, 137, 171, 179^ —
église-cathédrale Saint-Pier¬
re, i3i, i33, 137^ 147, 169,
171; — église Sainte-Marie,
129, 137. — Description d’An¬
tioche, 221-223. — Voir : Ma-
homerie.
Antiochus, fondateur d’An¬
tioche, 223.
Anzi. — Voir : Ansa.
apostolique (apostolicus), terme
employé pour désigner le
pape, 5, 5; — le calife de Bag-
dadj III, 117.
apparitions — du Christ à un
prêtre pendant le siège d’An¬
tioche par Kerbûga(juin 10^],
i29-i3i; — de saint Bartne-
lémi à Pierre Barthélémi au
sujet de la sainte Lance, i33-
i35; — > des saints Georges,
Mercure et Démétrius pen¬
dant la bataille devant An¬
tioche (28 juin 10^), i55.
Apulie ou Pouille (Apulia)^ ré¬
gion d’Italie^ 119.
Arabes. — Voir : Sarrasins,
arbalétriers (ari>altstae), 3q.
Archas (Archas), ville de Syrie
dépendant de l’émir de Tri¬
poli. — L’armée du comte
de Toulouse arrive devant la
lace (14 févr. 1099), i85. —
ertes des croisés pendant ce
siège, 189. — Levee du siège
(i3 mai 1099), 1^.
archers {sagittarii\ 39, 21 3.
Areg^ Aregh. — Voir : Harenc.
armement des croisés (énumé¬
ration des pièces de 1’), 65.
Arméniens {Hermenii). — Sou¬
mis par les Turcs, M. — Ar¬
rivée des croisés sur leurs
terres (sept. 1097L 61. — Ceux
des environs a Antioche se
rendent à Pierre de Roaix,
63. — Ils espionnent les croi¬
sés devant Antioche ( oct.
1097), 60. — Spéculent sur le
ravitaillement des croisés
janv. 1098), 77. — Achèvent
es Turcs vaincus par les
croisés (9 févr. 1098), 87. —
Forcés de combattre dans les
rangs turcs (7 mars 1098), 95.
— Surpris par Tancrède, oui
les empêche de ravitailler les
Turcs d’Antioche (avril ic^),
99. — Massacrent lagi-Si’an,
gouverneur d’Antioche , et
ffortent sa tête à Bohémond
3 juin 1098), 109. — Achèvent
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■228
INDEX
les Turcs après la victoire
des croisés sur KerbAga
(28 juin 1098J, 157.
Arnoul [Arnulfus)^ élu patriar¬
che de Jérusalem ([•' août
1099), 209. — Reçoit, avec
Godefroi de Bouillon, les ren¬
seignements envoyés par Tan-
crède, 209. — Accompagne
le duc etl’armée qui marchent
sur Ascalon, 21t. — Publie
un ordre du jour la veille de
la bataille fii août 1099),
— Reçoit, ae Robert Courte-
Heuse, l’étendard de l’émir
de Babylone, 217.
fArnoul], évêque de Martirano
{Marturanensis ^iscopus). —
Accompagne Godefroi de
Bouillon lors de la marche
sur Ascalon (9 août 1099), 2 1 1 .
— Envoyé à Jérusalem pour
y demander du renfort, il est
tait prisonnier par les Turcs,
211.
Ascalon {Ascaîona^ Ascaloniay
Scalona, Scalonia)^ ville de
Palestine occupée par les
Egyptiens, 207. — Ils y pré¬
parent une attaque contre
Jérusalem, 209. — Marche
des croisés sur Ascalon et
bataille d’Ascalon (12 août
1099), 2i3-2i5.
Asie 117.
Asie Mineure. — Voir : Re¬
manie.
astrologie , pratiquée par la
mère de KerbAga, 123.
Athéna. — Voir : Adana.
Aubré de Cagnano \Alberedus
de Cagnano)y seigneur nor¬
mand de l’armée de Bohé-
mond, 21.
Aubri de Grandmesnil {Alberi-
eus de Grentemaisnii), frère
de Guillaume. — S’enfuit
d'Antioche, assiégée (10 juin
1098), 127.
aumônes. — Envoyées par 1 em¬
pereur aux croisés pauvres
après la capitulation de Ni-
cée, 43. — Ordonnées aux
croisésavant la bataille contre
Kerbôga ^26-28 juin 1098), i3i ;
— avant l’assaut contre Jéru¬
salem f6 juin. 1099), —
avant rélection crun chef à
Jérusalem ^17 juill. 1090), 207.
Aups (Alpes), canton de Sa-
lernes, arrond.de Draguignan
(Var). — Voir : Pierre d’Aups.
Azymites (A:^imitae), dans l’ar¬
mée turque, io3, ni.
B
Babylone d’Egypte (JBabilonia),
aujourd’hui le Caire. — Route
y menant, 217. — Emir : voir
Al-Afdhal.
Balduinus. — Voir : Baudouin.
baliste. — Employée par la
garnison de Marra contre les
croisés, 175.
bandes formées par les croisés,
b, i3, i5.
bannière (vexiîlum) de l’évêque
du Puy prise par les Turcs
(29 déc. 1097), 75; — de Bo-
nemond pendant la bataille
du 9 févr. 1098,85; — de Bo-
hémond, arborée sur les murs
d’Antioche (3 juin 1098), 109;
— de Raimond de Toulouse
et de Bohémond , donnée
comme sauf-conduit à la gar¬
nison de la citadelle d’An¬
tioche (28 juin 1098), 159. —
Les croisés entrent dans Ma-
raclée avec leurs bannières
(févr. 1099), 187. — Bannière
donnée comme sauf-conduit
à des musulmans après la
prise de Jérasalem (i5 juillet
1099), 2o5. — Bannière de
l’émir de Babylone, dont le
porteur est blessé par le
comte de Normandie à la
bataille d’Ascalon (12 août
1099), 2i5. — Le comte de
Normandie l’achète vingt
marcs d’argent, 217. — Voir :
pennon.
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INDEX
baptême (des Turcs). — Voir :
conversion.
Bardarus. — Voir : Vardar.
Bari {Bari)y port d’Italie, chef-
lieu de la province du même
nom. — Les croisés s’y em¬
barquent, i5.
Barneville-sur-Mer (Barna^
villa), chef-lieu de canton de
l’arrond. de Valogne (Man¬
che). — Voir : Roger de Bar-
neville.
[Barthélémi] (Pierre). — Voir :
Pierre Barthélémi.
Baf'uth. — Voir : Beyrouth.
bataille {acies)j unité de com¬
bat, corps de troupes disposé
en lignes. — A Dorylée, 49.
— Dans les combats devant
Antioche, 73, 85. — Dans la
bataille contre Kerbôga
(28 juin 1098), i5i, i53, i55.
— A la bataille d’Ascalon
(12 août 1000)^ 2i3.
Bâtroun. — Voir : Béthelon.
Baudouin {Balduinus), frère de
Godefroi de Bouillon, chef
d’une bande de croisés, 5. —
Défend les croisés contre l’ar¬
mée impériale à Constanti¬
nople, 17. — Participe à la
conférence secrète entre l’em¬
pereur et les princes croisés
(avril 1097), 29. — En Asie
Mineure, vers le 14 septembre
1097, se sépare de l’armée
des croisés, 57. — Dispute
Tarse à Tancrède, qui finit
par la lui céder, 5^6i.
Baudouin, comte de Mons, en
Hainaut {Balduinus, cornes
de Monte), 5.
Béarn {Beert\. — Voir : Gaston
de Béarn.
Beauvais {Belvacus), chef-lieu
du départ, de l’Oise. — Voir :
Rainaud.
besant {bi:(anteus) ou hyperpre,
monnaie d’or byzantine, 77,
95j 109, 139, 179, iQi, 217.
bestiaux, dans rarmée des croi¬
sés. — Remplacent les che¬
vaux, 57 (voir : sommiers).
— Pris sur les Turcs, 67, 181,
189, 2i3. — Livrés par l’émir
de Tripoli, 191. — Pris après
la bataille d’Ascalon, 218.
Béthelon {Bethelon), aujour¬
d’hui Bâtroun, à vingt-cinq
kil. au sud de Tripoli de Sy¬
rie. — Les croisés y passent
(mai 109^, 191.
Beyrouth (Éaruth), ville de Sy¬
rie. — Les croisés y arrivent
(fin mai 10^), iû3.
[Blois], chef-lieu ou départ, de
Loir-et-Cher. — Comte : voir
Etienne.
Boamundus. — Voir : Bohé-
mond.
Boel de Chartres [Boello Car--
notensis). — Croisé de l’ar¬
mée de Bohémond, 21.
[BogomilesJ. — Probablement
les hérétiques dont la ville
fut brûlée par les Normands
(fin déc. loÿ), 23.
Bohémond (Èoamundus), fils
de Robert Guiscard, prince
de Tarente. — Commande la
troisième armée des croisés,
i3. — Prend la croix au siège*
d’Amalfi (début de 1096) et
organise sa croisade, 19, 21.
— Aborde en Macédoine oc¬
cidentale, 21. — Interdit le
pillage à son armée, 21-23. —
Reçoit les prisonniers faits
sur les troupes impériales
f)ar Tancrède et leur rend la
iberté (18 février 1097), 25.
— Empêche son armee de
piller une ville de Macédoine,
— Laisse son armée à
Rousa et gagne Constanti¬
nople , où il négocie avec
l’empereur et les autres chefs
(!•' avril 1097), 29. — Reçoit
des propositions avantageuses
de la part de l’empereur, 3i.
— Ses menaces contre Rai¬
mond de Saint-Gilles pour
l’empêcher d’attaquer rem-
pereur, 33. — Arrivée de son
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23o
INDEX
armée à Constantinople
(26 avr. 1097J, 33. — Tient
conseil avec ^empereur pour
le ravitaillement des armées
passées en Asie, 35. — Ravi¬
taille l’armée devant Nicée
^mai 1097), — Commande
le premier front devant Ni¬
cée, 39. — Commande la
première armée au départ de
Nicée (28 juin 1097), 45. —
Attaqué brusquement par les
Turcs, fait dresser les tentes,
45. — Envoie un message à
la première armée pour hâ¬
ter son arrivée, 47. — Com¬
mande l’aile gaucne à la ba¬
taille de Dorylée (i*' juillet
1097), 49. — Entre avec la
grande armée en Petite-Ar¬
ménie, 61. — Pendant la
marche sur Antioche, se lance
à la poursuite des Turcs (oct.
1097) , 63. — Les croisés at¬
tendent son retour à Marasch,
65. — Occupe une porte d’An¬
tioche (20 oct. 1097), 67. —
Protège l’attaque du château
de Harenc, 69. — Son camp
devant Antioche, 71. — Com¬
mande une expédition de ra¬
vitaillement (hn déc. 1097),
73-77. — Dirige une charge
contre les Turcs, 73. — Ses
reproches à son armée après
l’expédition de ravitaillement,
77. — Juge le déserteur Guil¬
laume le Charpentier (janv.
1098) , 79. — Provoque un
conseil de guerre et com¬
mande l’expédition contre
l’armée de secours envoyée
par les Turcs à Antioche, 83.
— Il bat les Turcs et dégage
le camp des croisés (9 tevr.
1098), 85-85. — 11 propose une
expédition à Port-Saint-Si¬
meon (5 mars 1098), 89. — Il
la commande avec le comte
de Toulouse, 91. — Il re¬
pousse dans la ville la gar¬
nison turque qui avait pris
l’offensive (6 mars 1008), gS.
— Il négocie avec Firouz,
émir d’Antioche, pour se faire
livrer la ville (avril 1098), loi.
— Après des résistances, les
croisés lui promettent la pos¬
session d’Antioche, s’il peut
s’en emparer {29 mai 1098),
I0I-103. — Sa correspondance
avec Firouz, io3-io5. — Con¬
fie aux principaux chefs le
f)lan arrêté entre Firouz et
ui pour pénétrer dans An¬
tioche (2 juin 1098), io5. — A
la tête de son armée, s’ap¬
proche des murs d’Antioche
et en commence l’escalade
(nuit du 2 au 3 juin 1098),
105-107. — Reçoit la tête de
lagi-Sian, 109. — Mentionné
par KerbAga, 123. — Jure de
ne pas abandonner Antioche
(il juin 1098), i33. — Incendie
Antioche, 137. — Son quar-
Antiocne, 137. — aon quar¬
tier à Antioche, iJg. — Com¬
mande le sixième corps de
bataille devant Antioche
{28 juin 1098), i53. — Reçoit
la capitulation de la garnison
turque de la citadelle et y place
ses sergents, 159. — Décide
l’envoi de Hugue le Mainsné
à l’empereur (juillet 1098), 161.
— Réclame aux princes sa
mise en possession d’Antio¬
che, 169. — Conclut un accord
provisoire avec Bohémond,
mais place une forte garni¬
son dans la citadelle (nov.
1098), 171. — Fait sa jonction
avec Raimond de Saint-Gilles
devant Marra et assiège la
ville (nov. 1098), 173. — Ac¬
corde une capitulation aux
Sarrasins de Marra et la viole
(il déc. 1808), 177. — Sa rup¬
ture avec le comte de Tou¬
louse et son retour à Antio¬
che (janv. 1099), 179. — Ac¬
compagne les comtes jusqu’à
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INDEX
23i
la Liche et retourne défini¬
tivement à Antioche (mars
logq), 187.
Bosphore (le). — Voir : Bras
de saint Georges.
Botrenthrot, vallée du Taurus
cilicien où Baudouin et Tan-
crède se séparent de l’armée,
57-
[Bouillon] (Godefroi de). —
Voir : Godefroi.
Brachium, — Voir : Bras de
saint Georges.
Brahim [Braym)^ aujourd’hui
Nahr-Ibrahim, fleuve syrien,
au sud de Djeball. — Atteint
par les croisés (avant le 19 mai
1099), 193.
Bras de saint Georges (flra-
chium Sancti Georgii^ Bra~
chium)^ ancien nom du Bos<
phore. — Traversé par la
croisade populaire ( juill.
'096)^7. 9:- par.,*, de
Godefroi de Bouillon (janv.
1097), 19; — par les Normands
d’Italie sous la conduite de
Tancrède (fin avr. 1097), 35.
Braym, — Voir : Brahim.
Brindisi {Brandosis), port d’ita*
talie, prov. de Fouille. — Les
croisés sV embarquent, i5.
Bulgarie {Bulgaria)y nom em¬
ployé pour désigner la Ma¬
cédoine occidentale. — Tra¬
versée par l’armée de Bohé-
mond, ai. — Mentionnée,
119, 145.
butin — fait par les croisés à
Dorylée, 5i ; — devant An¬
tioche (20 oct. 1097), 67; —
pendant l’e^édition de ravi¬
taillement (fin déc. 1097), 73;
— après la victoire sur les
Turcs (9 févr. 1098), 87; —
après la victoire sur Kerbô^a
(28 juin 1098), 157; — apres
la prise de Marra (ii déc.
1090), 177; — dans un château
près de Gésarée d’Oronte
(janv. 1099), 181; — sur des
troupes de Turcs devant Tri¬
poli (tévr. et avril 1099), i85,
— après la prise de Jé¬
rusalem (i5 juillet 1099), 2o5.
— Défense de songer au bu¬
tin avant que la bataille soit
terminée, par ordre du pa¬
triarche, avant la bataille
d’Ascalon (11 août 1099), 2i3.
— Butin pris par les croisés
dans le camp égyptien après
la bataille d’Ascalon, 219.
Byblos. — Voir : Djebaïl.
G
Cagnano Varano {Cagnanus),
ville d’Italie, prov. de Fog-
gia, arrond. de San Severo.
— Voir : Aubré.
Caïfia {Cayphas)t aujourd’hui
Haïfa, ville de Syrie, à une
dizaine de kilomètres au sud
de Saini-Jean-d’Acre. — At¬
teinte par les croisés (fin mai
1099). 193.
Caire (le). — Voir : Babylone.
calife (calipha)^ abbasside de
Bagdad, 111, 117.
Camela. — Voir : Chamelle
(la).
Cannes {Canni)y ville d’Italie,
prov. de Bari^ arrond. de
Barletta. — Seigneur : Her¬
mann.
cannibalisme (traits de^ après
la prise de Marra (janvier
1009^ 179.
C^harda {Capharda), ville de
Syrie, aujourd’hui Kafartab,
au sud de Maarat-en-Nou-
man. — Raimond de Saint-
Gilles y séjourne (i3-i6 janv.
1099), 181.
capitulation — de la garnison
turque de Nicée (26 juin 1097),
41-45; — proposée par les
croisés à kerbôga (27 juin
1098), 149; — des Turcs occu¬
pant la citadelle d’Antioche
(28 juin 1098), iSg; — des Sy-
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232
INDEX
riens de Talamannia juillet
1098), i63; — accordée par
Bohémond à des Sarrasins de
Marra, puis violée par lui
(il déc. 1098), 177; — deman¬
dée par le roi de Césarée au
comte de Toulouse (janv.
1099}, 181; — de la garnison
d'un château voisin de Césa¬
rée, 181; — d’un autre châ¬
teau arabe, i83; — demandée
f>ar l’émir de la Chamelle
Emèse) au comte de Tou¬
louse (février 1099), i83; —
proposée par l’émir de Tri¬
poli au comte de Toulouse,
i85 ; — de l’émir de Maraclée
(février 1099), 187; — de l’émir
de Gibel (mars 1099), 187: —
de l’émir de Tripoli (16 mai
1099), 191 ; — accordée à des
musulmans réfugiés sur le
toit du Temple après la prise
de Jérusalem (i5 juillet 1009)
et violée le lendemain par les
croisés, 2o5-20t; — accordée
par Raimond ae Saint-Gilles
a l’émir cmi commandait la
tour de David et exécutée
par lui, 207; — de Naplouse,
reçue par Tancrède et Eus-
tache de Boulogne, 209.
Cappadoce(Ciippi:docia), région
de l’Asie Mineure, 61.
Carnotensis. — Voir : Chartres,
carême (abstinence du), 21.
Carpentarius {WHlelmus). —
Voir : Guillaume le Charpen¬
tier.
casai (casale)^ nom donné à des
villages syriens habités par
des tenanciers, 109.
Cassian (Ca5j(Vinz<5). — Voir :
lagi-Sian.
Casiillon-sur-Dordogne ( Cas-
tellio)j arrond. de Libourne
(Gironde). — Voir : Pierre de
Castillon.
Castoria {Castoria) ou Kasto-
ria, ville de Macédoine occi¬
dentale, aujourd’hui en Grèce.
— Traversée par les Nor¬
mands d'Italie (25 déc. 1096),
23.
castrum ligneum, — Voir : châ¬
teaux de bois.
Cayphas. — Voir : Caïifa.
Césarée de Cappadoce [Cesarea
Cappadocie\ aujourd'hui Kaï-
saneh, en Turquie d’Asie. —
Traversée par les croisés (fin
sept. i<W), 6i*
Césarée iJCesarea)^ ville de Sy¬
rie, aujourd’hui Schaizar, sur
rOronte. — Rapportsdu «roi»
de cette ville avec Raimond
de Toulouse (janvier 1099),
181.
Césarée {Cesarea)^ ville de Pa¬
lestine, aujourd’hui Kaïza-
rieh. — Les croisés célèbrent
la Pentecôte près de cette
ville (29 mai 1099), 193. —
Tancrède et Eustache de Bou¬
logne y arrivent (août 1099),
209.
Chamelle (la) {Camela)^ l’an¬
cienne Emèse, aujourd’hui
Homs, en Syrie. — Traité de
son chef avec le comte de
Toulouse (février 1099), i83.
change de la monnaie "byzan¬
tine en monnaie franque au
camp devant Antioche, 77.
Charlemagne ( Karolus Ma-
^us). — Légende de la route
de Constantinople qu’il aurait
fait construire, 5.
Charpentier (Guillaume le). —
Voir: Guillaume le Charpen¬
tier.
Chartres (Eure-et-Loir). —
Comte : voir Etienne (Car-
notensis cornes). — Seigneur :
voir Boel de Chartres {Car¬
notensis Boeïlo).
châteaux de bois mobiles (cj£-
tra lignea) pour approcher
des murs d’une place. — De¬
vant Nicée, 37. — Devant
Marra (nov. 1098), 173-175. —
Devant Jérusalem ( juillet
1099), 201, 2o3, 2o5.
chevaux des croisés. — Meurent
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INDEX
233
pendant la traversée de l’Asie
Mineure, SS-Sy. — Tombent
dans les précipices du Tau-
rus, 65. — Chevaux pris aux
Turcs, 73. — Mortalité des
chevaux par suite de disette
devant Antioche ( janvier
1098), 79. — Chevaux pris
aux Turcs (9 févr. 1098), 87.
— Chevaux pris au combat
du 7 mars 10^ contre la gar¬
nison d’Antioche, 95. — Les
croisés assiégés dans Antioche
mangent leurs chevaux, 139,
189. — Chevaux turcs captu¬
rés après la victoire sur ker-
bôga (38 juin 1098J, 157; —
livrés par la garnison d’un
château près de Césarée
d’Oronte (janv. 1090), 181. —
Chevaux pris sur des Turcs
devant Tripoli (févr. 1099),
i85; — livrés par l’émir de
Gibel, 187; — par l’émir de
Tripoli, 191 ; — capturés sur
des Arabes devant Jérusalem
(juin 1099), 195, 199.
chiffres de combattants. —
Voir : nombre.
Chypre {Ciprus), île de la Mé¬
diterranée. — Province de
l’empire byzantin, 81.
Civitot (Cyv//o), aujourd’hui
Ghemlek ou Gemlik, au fond
du golfe de cè nom, sur la
mer de Marmara. — La croi¬
sade populaire y est assiégée
par les Turcs, i3. — L’empe¬
reur y envoie des barques
destinées à être transportées
devant Nicée (mai 1097), di.
clergé dans l’armée des croises,
9, i3. loi. — Vision d’un prê¬
tre aans Antioche assiégée,
139. — Clergé dans l’armée
impériale, 145. — Attitude du
clergé pendant la bataille
contre Kerbôga (28 juin 1098),
i53. — Participation des évê¬
ques au conseil des princes
(nov. 1098}, 171 ; — ils reçoi¬
vent les serments de Bohé-
Première croisadê.
mond et de Raimond de
Toulouse, 171. — Rôle du
clergé pendant le siège de
Marra (nov. 1098), 175. —
Devant Jérusalem, fait déci¬
der une procession autour
des murs (6 juillet 1099), 201.
— Les clergés grec et latin
célèbrent des processions
pendant que se livre la ba¬
taille d’Ascaion(ioaoût 1099),
21 1. — Voir : évêque, pa¬
triarche.
[Clermont-sur- Meuse], ville de
Belgique, près de Liège. —
Comte : voir Lambert le
Pauvre.
connétable (conostabilis) de Bo-
hémond, 85.
conseil des princes croisés de¬
vant Nicée, 41 ; — devant An¬
tioche (déc. 1097). 71; — le
5 mars 1098, 89; — en avril
1098, 09, loi. — Il promet
Antiociieà Bohémond (29 mai
1098), io3. — Il décide l’envoi
d’une ambassade à Kerbôga
(avant le 37 juin 1098L 147.
— A Antioche, après la vic¬
toire sur Kerbôga (28 juin
loÿ), il décide 'de différer
jusqu’à la Toussaint la mar¬
che sur Jérusalem, r6i. — A
Antioche, il prononce un ar¬
bitrage entre Raimond de
Toulouse et Bohémond (nov.
1098) , 169. — A Rugia, il ne
peut accorder Bohémond avec
Raimond de Toulouse (janv.
1099) , 179. — Devant Archas,
il décide de reprendre la
marche sur Jérusalem (16 mai
1099), 189-iqi. — Devant Jé¬
rusalem , n décide l’envoi
d’une expédition pour garder
les navires arrivés à Jaffa
(juin icw), 197. — Après l’en¬
trée à Jérusalem, il ordonne
des prières avant l’élection
d’un chef (17 juillet 1099), 207.
Constantinople {Constantinopo-
lis), regardée comme la nou-
18
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INDEX
234
velle Rome , résidence de
l’empereur, point de concen¬
tration des armées de croisés,
5, i5, 21. — Légende de la
route qu'aurait fait construire
Charlemagne, 5. — Séjour
qu’y fait l^rmée de Godefroi
ae Bouillon, i5, 17, 19. — Bo-
hémond y arrive (avril 1097)
et prend ses quartiers hors
de la ville, 29. — Conférences
qui y sont tenues au sujet du
serment des princes croisés,
3i. — L’armée de Bohémond
L arrive (26 avril 1097), 33. —
'armée de Raimond de
Saint-Gilles y arrive (27 avril
1097), 35. — La garnison tur¬
que de Nicée y est amenée,
45. — L’armée impériale et
les croisés fugitifs sV replient
fjuin 1008), 147. — Hugue le
Mainsne y est envoyé en am¬
bassade, 161.
conversion à l’islam, proposée
par Kerbôga aux croisés, i3i.
conversion au christianisme,
p^roposée par Bohémond à
Firouz, émir d’Antioche, loi;
— à Kerbôga par les croisés,
149. — Conversion de l’émir
commandant la citadelle
d’Antioche avec plusieurs
Turcs (juillet 1098), iSq. —
Conversion imposée aux ha¬
bitants d’une forteresse de
Syrie (juillet 1098), i65; —
exigée de l’émir de Tripoli
par le comte de Toulouse,
i85; — promise par l’émir
de Tripoli en cas de victoire
des croisés (mai 1099), 191.
[Coran] {nostra pagina], 123.
— Serment des musulmans
sur le Coran, 181.
Corosanus. — Voir : Khorassan.
corpalatius. — Voir : curopa-
late.
Courbaram ( Curbaram ). —
Voir : Kerbôga.
Coxon, peut-être Gueuk-Sou,
en Asie Mineure, province
de Konieh, sur le versant
méridional du Taurus. —
Traversée par les croisés
(5 oct. 1097), 63. — Ils y sé¬
journent, 65.
cri de guerre des croisés. —
Voir : b Dieu le veut! »
cri de guerre des Turcs, 45.
croix. — Prise de la croix, 5.
— Croix portée par les pèle¬
rins, 19. — Prise de la croix
par Bohémond, 19. — Croix
destinées à indiquer une
route, 35. — SauveMrde dans
la bataille, 37, 73, w, x53, i85.
Curbaram. — Voir : Kerbôga.
curopalate (corpalatius), officier
impérial. — Envoyé par l’em¬
pereur Alexis à Bohémond
pour assurer le ravitaillement
de l’armée normande (févr.
1097), 25. — Bohémond traite
à Serrés avec deux curopa-
laies, 27.
Curti. — Voir : Kurdes.
Cyvito. — Voir : Civitot.
Damas (Damascus), ville de
Syrie. — Des secours en sont
envoyés à Antioche (déc. 1007),
73. — Secours amenés à lier-
DÔga par le « roi » de Damas
(mai tooS), iii.
Daturre (Gulferus de). — Voir :
Lastours.
décapitation des ennemis morts,
87» 97; *09-
Démétnus (saint). -- Apparaît
aux croisés pendant la ba¬
taille devant Antioche (28 juin
r<^), i55.
denier, pièce d’argent pesant
près ae deux grammes et
demi, 5, 37, 65, 77, 139.
déserteurs (croisés). — Devant
Antioche (janv. 1098^ 77. —
En févr. low, 81. — Pendant
le siège d’Antioche par Ker¬
bôga (10 juin 1098), 127. —
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INDEX
235
Désertion d’Etienne, comte
de Chartres, 141.
« Dieu le veut! » {Deus le voltf)f
cri de guerre des croisés, 19,
107.
disette. — Voir : famine.
Djebaïl. — Voir : Zebar.
Djibleh. — Voir : Gibel.
[Dorylée] (bataille de) livrée
par les croisés aux environs
de l’actuel Eski-Cheïr (Asie
Mineure, province de Brousse)
(i" juillet 1097), 45-5i.
Durazzo {puracnium). port sur
l’Adriatique, en Aloanie.
Hugue ae France et Guil¬
laume, 61s du Marquis, y
débarquent et y sont arrêtés
par le gouverneur, i5.
Dyrrachium. — Voir : Durazzo.
eau. — Manque au château
d’Exerogorgo (oct. 1096), 0;
— pendant la traversée de
l’Asie Mineure (juillet 1097),
55. — Provisions d’eau pour
la traversée du désert au sud
de Konieh, 5?. — Manque
d’eau devant Marra (juillet
1098}, i65| — après le départ
de Tripoli (mai i<W), 193; —
devant Jérusalem (juin 10^),
107, igo, 201. — Provision
d^eau des soldats égyptiens
Sendant la bataille, 2i3-2i5.
elles. — Voir : escalade,
éclaireurs {exploratores'i. —
Employés par les croises, 63,
85, 193, 209, 21 1; — par les
Turcs, 200;
Egyptiens (Égiptiaca gens), 217.
El-Bâra {Albara), ville de Sy¬
rie, à l’est d’Antioche. —
Prise d’assaut par le comte
de Toulouse, qui y établit un
évêque (sept. 1090), 167, 169,
171. — Traversée par le comte
de Toulouse. i73. — Evêque :
voir Pierre de Narbonne.
Emèse. — Voir : Chamelle (la).
émirs (ammiralii), gouverneurs
turcs. — Emir de Babylone
(le Caire), 87, 97, 107. — Émirs
d Antioche tués dans la ba¬
taille (7 mars 1098), 95. —
Emirs sous les ordres de
Kerbôga, ii5, i53, i5^. —
Emir ou « roi > de Césarée
d’Oronte, 181; — de la Cha¬
melle, i83; — de Tripoli,
i85, 191 ) — de Maraclée, 187;
— de Gibel, 187; — de Jéru¬
salem, commandant la tour
de David, 2o3, 2o5, 207. —
Douleur de l’émir de Baby¬
lone après la bataille d’Asca-
Ion (12 août 1099), 215-217; —
sa fuite, 219.
empereur {imperator). — Voir :
Alexis Comnène.
épreuve judiciaire, i3i.
Èrachia. — Voir : Héraclée.
Eregli. — Voir : Héraclée.
Ermite (Pierre T). — Voir :
Pierre l’Ermite.
escalade — des remparts d’An¬
tioche (3 juin 1090), 105-107;
— des remparts de Marra
(nov. 1098), 175-177; — des
remparts de Jérusalem (juin
1009), *97; —(*5 juillet 1099),
203.
Esclavonie iSclavinia)^ terri¬
toire des Croates et des Ser¬
bes. — Traversé par l’armée
des Provençaux, i3.
Eski-Cheïr, ville d’Asie Mi-
neurej province de Brousse.
— Voir : Dorylée.
Espagne (/fi^panid). — Allusion
aux expéditions chrétiennes
en Espagne, 79.
étendard. — Voir : bannière.
Etienne {Siephanus), comte de
Chartres [et de Blois]. —
Prend part au siège de Nicée,
39. — Élu chef suprême pen¬
dant le siège d’Antioche
(29 mars 1098), 141. — Se re¬
tire à Alexandrette avant la
prise d’Antioche, 141. - S’en-
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236
INDEX
fuit avec son armée pendant
le siège d’Ântioche par Ker>
bôga, 141. — Son entrevue
avec l’empereur à Philome-
lium. 141, 143,
Eustacne {Eustacnius), comte
[de Boulogne], frère de Go-
defroi de Bouillon. — Parti¬
cipe à l’assaut final contre
Jérusalem (i5 juillet 1099),
3o3. — Reçoit la capitulation
de Naplouse et est envoyé au-
devant des troupes égyptien¬
nes d’Ascalon (août 1009), 209.
— Participe à la bataille d’As¬
calon (12 août 1009), 2i3.
évêque — institue a El-bâra
f)ar le comte de Toulouse
sept. 1098) : voir Pierre de
Narbonne; — à Ramleh par
les chefs croisés (juin 1099) :
voir Robert. — Evêque de
Martirano : voir Martirano.
— Evêque d’Orai^e : voir
Guillaume !•'. — Évêque du
Puy : voir Adémar de Mon-
teil.
Evrard le Veneur {Evrardus
Venator), trompette de l’ar-
méede Raimonade Toulouse,
173.
Evrard (Evrardus), seigneur du
Puiset. — Traverse l’Italie
avec Hugue de France, i5.
Exerogorgo (Xerigordo d’après
Anne Gomnène). — Château
d’Asie Mineure occupé par la
croisade populaire, 9. — As¬
siégé par les Turcs (20 sept.-
6 oct. 10^), 9.
F
famines et disettes supportées
par les croisés — devant Ni-
cée (mai 1097), 35; — pendant
la traversée de l’Asie Mineure
juillet 10971,55-57; — devant
Antioche (aéc. 1097), 71, 77;
— en janvier-février 1008, 01 ;
— pendant le siège d’Antio¬
che par Kerbôga (juin 1098),
129, 139, 141, i5i; — après la
prise de Marra (janvier 1099),
179; — devant Jérusalem (juin
vAXfFarreus pons.
— Voir : pont du Far.
Farfar, nom donné à l’Oronte,
rivière de la Syrie septentrio¬
nale, 181, 221.
femmes dans l’armée chrétien¬
ne. — Leur rôle à la bataille
de Dorylée, 47. — Au camp
devant Anttocne, 71. — Fem¬
mes chrétiennes d’Antioche,
95. — Mauvaises femmes
d’Antioche, i3i.
feu grégeois (graeci ignés). —
Lance par la garnison turque
de Marra sur les croisés, 175;
— par les défenseurs de Jé¬
rusalem, 204.
fidélité (fidelitas). — Serment
de fidelité prêté à l’empereur
Îiar Hugue de France et Guil-
aume, fils du Marquis, i5.
— Négociations de l’empereur
avec les chefs croisés pour
l’obtenir, 29-31. — Tancrède
et Richard du Principat es¬
quivent le serment de fidélité
en passant directement en
Asie (fin avril 1097), 33-35. —
Pierre d’Aups reçoit des croi¬
sés une terre moyennant le
serment de fidélité, 61. —
Terre dans la fidélité de l’em¬
pereur, 81. — L’émir de Tri¬
poli promet de tenir sa terre
en fief des croisés (mai 1099),
191.
fiels constitués par les croisés
en Asie Mineure (oct. 1097),
61.
Firouz (Pirrus), émir turc d’An¬
tioche, commandant de trois
tours. — Négocie avec Bohé-
mond pour les lui livrer (avril
1098), loi. — Son entente
avec Bohémond pour la tra¬
dition de la ville, io5. — Livre
à Bohémond les tours qu’il
commande et fait entrer les
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INDEX
croisés dans la ville (nuit du
2 juin 109g, 107.
Flandre. — Comte {Flandrensis
cornes) : voir Robert.
flottes. — Flottille impériale,
transportée par terre de Ci-
vitot à Nicée (juin 1097), 41.
— Flottes occidentales à
Port - Saint - Simeon { mars
1098) , 89, 129. — Les flottes
occidentales ravitaillent les
croisés pendant le siège d’Ar-
chas (fevrier-mai 1099),
— Flottes occidentales à Jaffa
pendant le siège de Jérusalem
(juin 1099), 197. — Flotte
égyptienne a Ascalon; sa fuite
après la bataille ( 12 août
1099) , 219.
Français [Francigene). habi¬
tants du royaume de France,
79, i5i, 2o5.
France {Francia). — Le royau¬
me de France, 79.
Francs {Franci)^ c’est-à-dire les
peuples d’Occident, 19, 41,48,
5i, io5, n3, 117, 119, i65, 198,
199, 2o5, 228. — Prennent la
croix et se divisent en plu¬
sieurs armées, 5. — Se que¬
rellent avec les Longobards
et les Allemands, 7.
fronde {funda)^ machine de jet.
— Sert à envoyer dans Nicée
les têtes des Turcs décapités,
89.
G
Galliae, Galliarum patriae. —
Voir : Gaules.
Gaston IV, vicomte de Béarn
[Gaston de Beert). — Après
la prise de Jérusalem, donne
sa bannière aux musulmans
réfugiés sur le toit du Tem¬
ple (i5 juillet 1099), 2o5. —
Participe à la bataille d’As-
calon (12 août 109QJ, 218.
Gaules {Galliae^ Galliarum pa¬
triae), les régions de Gaule,
8, 5, 79.
237
Gautier sans Avoir {Gualierius
sine habere), chef de la croi¬
sade populaire. — Commande
les croisés à Civitot (oct. 1096),
II.
Gemlik. — Voir : Civitot.
Geoffroi ou Godefroi de Mon-
tescaglioso (Gosfredus, Gode-
fridus de Monte Scabioso),
chef d’une bande de croisés,
187. — Tué à la bataille de
Dorylée, 5i.
Georges (saint), Georgius. —
Monastère qui lui est dédié
près d’Antioche, 97. — Appa¬
raît aux croisés pendant la
bataille devant Antioche
(28 juin 1098), i55. — Ses re-
lioues dans (^église de Ram-
len, iq8.
Ghemlea. — Voir : Civitot.
Gibel (Gibellum'S, l’ancienne
Gabaia, port cle Syrie, au¬
jourd'hui Djibleh, entre La-
takieh et Tortose. — Assiégé
f>ar Godefroi de Bouillon et
e comte de Flandre (mars
1099), 187.
Godefroi [de Bouillon] {Gode-
fridus), duc de Basse-Lor¬
raine. — Commande une ar¬
mée de croisés, 5. — Arrive à
Constantinople (23 déc. 1096)
et est logé dans un faubourg,
i5. — Son conflit avec l’em¬
pereur, suivi d’un accord,
17-19. — entretien secret
avec l’empereur et Bohémond
à Constantinople (avril 1097),
29. — Empêche Raimond de
Saint-Gilles d’attaquer l’em¬
pereur, 88. — Arrive à Nico-
médie (début de mai 1097),
85. — Fait ouvrir une route
de Nicomédie à Nicée, 85. —
Commande un secteur devant
Nicée, 89. — Marche au se¬
cours de Bohémond et prend
part à la bataille de Dorylée
(i*' juillet 1097), 47. — Se
trouve à l’aile droite pendant
cette bataille, 49. — Entre
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238
INDEX
l
avec la grande armée en Pe-
tite-Ârménie (sept, lo^), 6i.
— Bohémond lui confie son
plan pour pénétrer à Antio¬
che, io5. — Jure de ne pas
abandonner Antioche assié¬
gée (il juin 1098), i33. — Son
quartier à Antioche, 137. —
Commande le second corps
de bataille devant Antiocne
(28 juin 1098), i5t. — Détache
une panie de ses troupes
our former une nouvelle
ataille, i55. — Dirige une
charge contre les Turcs, iSy.
— Décide l’envoi de Hugue
le Mainsné à l’empereur (juil¬
let 1098), x6i, — Arbitre entre
Raimond de Toulouse et Bo¬
hémond (nov. 1008), 171. —
Assiste aux conférences de
Rugia et revient à Antioche
(janv. 10^), 179. — Va assié¬
ger Gibel et reioint le comte
de Toulouse devant Archas
(mars 1099), 187. — Fait dé¬
cider la marche sur Jérusalem
(mai 1099). 189-191. — Ausiège
de Jérusalem, commande le
secteur ouest avec Tancrède,
iû5. — Fait construire un
château de bois pour appro¬
cher des murs (juillet 1099),
201. — Participe activement
à l’assaut général (i5 juillet
1099), 2o3. — Est élu prince
de la cité de Jérusalem
(22 juillet 1099), 207. — Re¬
çoit des renseignements sur
l’attaque préparée par les
Egyptiens à Ascalon (août
1099), 209. — Convoque tous
ses nommes et marche avec
eux sur Ascalon, 211. —
Range son armée en bataille
et commande l’aile gauche à
la bataille d’Ascalon (12 août
1099), 2i3.
Godefroi de Montescaglioso
{Godefridus de Monte Sca~
oioso), — Voir : GeofFroi.
Goufier de Lastours {Gulferus
de Daturre)y chevalier limou¬
sin. — Escalade lepremier les
murs de Marra (nov. 1098)*
175.
Grandmesnil {Grentemaisniî),
cant. de Saint -Pierre -sur-
Dives, arrond. de Lisieux
fCalvados). — Voir : Guil¬
laume et Aubri.
Grecs (Greci), c’est-à-dire les
sujets de l’empire byzantin,
7. — Leurs rapports avec les
Normands d’Italie, 23, 27, 29.
— Soumis par les Turcs, 5i.
— Clergé grec de Jérusalem,
participe aux processions pen¬
dant la bataille d’Ascalon
(août 1099), 21 1.
Grentemaisnil. — Voir : Grand¬
mesnil.
Gualterius sine habere. — Voir :
Gautier sans Avoir.
Gueuk-Sou. — Voir : Coxon.
Gui {Guido)t frère utérin de
Bohémond. — Se trouve dans
l’armée de l’empereur^ 143.
Gui Trousseau {wido TrusseU
lus), seigneur de Montlhéry.
— S’échappe d’Antioche as¬
siégée (10 juin 1098), 127.
Guillaume le Charpentier ( WiU
lelmus Carpenfnrmj), vicomte
de Melun. — Déserte devant
Antioche (janvier 1098), est
arrêté par Tancrède, 77. —
A trahi ses compagnons en
Espagne, est juge par Bohé¬
mond et acquitte, 79. — S’en¬
fuit malgré ses serments, 79.
Guillaume de Grandmesnil
(Willelmus de Gientemais-
ni7), frère d’ Aubri. — S’enfuit
d’Antioche assiégée (10 juin
1098), 127.
Guillaume, « hls du Marquis »
iWillelmuSt Marchisi films).
frère de Tancrède. — Arrêté
par le gouverneur de Durazzo
et conduit à Constantinople,
i5. — Tué à la bataille de
Dorylée, 5i.
Guillaume, seigneur de Mont-
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INDEX
239
pellier CWillelmus de Monte
Fisleri^. — Envoyé en avant*
garde sur Ântiocne par Rai¬
mond de Toulouse, 63. —
Prend part à Passant de
Marra (nov. iop8], 175.
[Guillaume !•'], éveque d’Oran-
ge. — Meurt à Marra (janv.
19^), 179.
Guillaume le Picard ( Willelmus
Picardus)^ chevalier tué pen¬
dant le siège d’Ârchas (fé¬
vrier-mai iom), 189.
Guillaume de Sabran {WilleU
mus de Sabra)y chevalier de
l’armée du comte de Tou¬
louse. — Lors du siège de
Jérusalem, va en expédition
à Jaffa pour protéger les na¬
vires occidentaux (juin 1099),
IQ7.
Guiferus. — Voir : Goufier.
H
Harenc {Aregh)^ château, près
d’Antioche. — Attaqué par
les croisés, 69. — Occupé par
les Turcs (février 1098), 8§.
Hautpoul [Put)^ commune de
Mazamet, arrond. de Castres.
— Voir : Pierre Raimond.
Héraclée [Erachia], aujourd’hui
Eregli, en Turquie d’Asie,
province de Konieh. —
L’avant-garde des croisés y
bat un corps de Turcs (début
de septemore 1097), 57.
Heremita jPetrus). — Voir :
Pierre l’Ermite.
Herlouin [Herluinus), ambas¬
sadeur des chefs croisés à
Kerbôga (27 juin 1098), 1.17.
— Connaît la langue arabe
et sert d’interprète à Pierre
l’Ermite, i5i.
Hermann de Cannes {Herman-
nus de Cannï)^ seigneur nor¬
mand d’Italie. — Prend la
croix avec Bohémond, 21.
Hermenii. — Voir : Arméniens.
Hierusalem. — Voir: Jérusalem.
»
e
Hispania. — Voir : Espagne.
hommage féodal {hominium).
— Exigé par l’empereur des
chefs croisés, 33. — Voir :
fidélité.
Homs. — Voir : Chamelle (la).
Hongrie {Hungaria). — Tra¬
versée par les croisés, 5.
Hugue le Forcené {Hugo Insa-
nus ) ^ chevalier normand
d’Italie. — Ses exploits à An¬
tioche (juin 1098)^ 137.
Hugue de France, ait « le Mains-
ne » [Hugo Magnus)^ comte
de Vermandois, frère du roi
Philippe 1". — Traverse l’Ita¬
lie, i5. — Ayant abordé à
Durazzo, est conduit, par
ordre du gouverneur, à Cons¬
tantinople, i3. — Dans la
seconde armée après le dé¬
part de Nicée (28 juin 1097)
â5. — Prend part à la batailh
e Dorylée (i*' juillet 1097),
47. — Se trouve à l’aile droite
p^endant cette bataille, 49. —
Commande le premier corps
de bataille devant Antiocne
(28 juin 1098), i5i. — Dirige
une charge contre les Turcs,
157. — Après la victoire, est
envoyé en ambassade à l’em¬
pereur par les chefs croisés
et ne revient pas ( juillet
1098), 161.
Hunfredus. — Voir : Onfroi.
Hungaria. — Voir : Hongrie,
hyperpre {purpuratus^ nomis^
ma), sou d’or ou besant. —
Voir : besant.
I
lagi-Sian {Cassianus), gouver¬
neur turc d’Antioche. — S’en¬
fuit après la prise de la ville;
est massacré par des Armé¬
niens et des Syriens, 109. —
Avait sollicité les secours de
Kerbôga, émir de Mossoul,
Il I. — Son palais à Antioche,
137. — Ce palais est occupé
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240
INDEX
par Raimond de Toulouse,
*71» *79-
Iconium, aujourd’hui Koniah
ou Konieh , au centre du
plateau d’Ànatolie. — Tra¬
versée par les croisés (sept.
1097)» 5?-
idolâtrie prétendue des musul¬
mans. — Voir : paganisme.
Imverator. — Voir : Alexis
Comnène.
interprète. — Interprète de
Pierre l’Ermite devant Ker-
bôga (27 juin 1098), 147 (voir :
Herlouin). — Interprète en¬
voyé parBohémond aux Sar¬
rasins de Marra (ii déc. 1098),
177.
Ismid. — Voir : Nicomédie.
Isnik. — Voir : Nicée.
Isoard de Mouzon {Isuardus
de Musone). — Traverse l’Ita¬
lie avec Hugue de France, i5.
J
Jaffa {Japhia\ port de Pales¬
tine le plus voisin de Jérusa¬
lem. — Des navires occiden¬
taux y arrivent pendant le
siège de Jérusalem (juin 1099),
197. — Cent chevaliers sont
envoyés pour les garder et
doivent combattre des Sarra¬
sins, 197-1W.
Jérusalem [Hierusalem). — Se¬
cours envoyés de cette ville
à Antioche (fin déc. 1097), 7^*
— Le chemin de Jérusalem,
79. — Secours amenés à Ker-
DÔga par l’émir de Jérusalem
(mai 1098), III. — Marche
sur Jérusalem décidée au
conseil devant Archas (mai
1099)^ *9*' — Arrivée des
croises devant la ville et dé¬
but du siège (7 juin 1099),
195. — Assaut général (i3 juin
1099), 195-197. — Construc¬
tion de machines pour ap¬
procher des murs et nouvelles
attaques (9-14 juillet 1099),
201. — Procession des croisés
autour des murs (8 juillet
1099), 2o3. — Assaut général
et entrée des croisés dans la
ville (i5 juillet 1090), 2o3. —
Massacre général des habi¬
tants, 2o3. — Entrée du comte
de Toulouse, 2o5. — Massacre
dans le temple de Salomon;
musulmans réfugiés sur le
toit du temple admis à capi¬
tuler, 2o5. — Pèlerinage des
croisés au Saint-Sépulcre et
violation de la sauvegarde
donnée aux réfugiés musul¬
mans (i5-i6 juillet 1099), 207.
— Evacuation et incinération
des cadavres sarrasins (17 juil¬
let), 207. — Election de Go-
defroi de Bouillon comme
prince de la cité {22 juillet),
207. — Election d’un patriar¬
che (i*' août), 209. — Départ
de Godefroi de Bouillon et
des chefs pour Ascalon (9 août
1099), 211. — Prières publiques
prescrites aux Grecs et aux
Latins par Pierre l’Ermite
pendant la bataille, 211. —
Retour des vainqueurs d’As-
calon à Jérusalem, 2iq. —
Topographie de la vnle :
église Saint-Etienne, 195; —
montagne de Sion, église du
Cénacle, 196: — fontaine de
Siloé au pied de la montagne
de Sion, 197; — temple de
Salomon (mosquée d’Omar),
2o3, 2o5, 21 1 ; — tour de Da¬
vid et porte des Pèlerins, 2o5.
K
Kafartab. — Voir : Capharda.
Kaisariéh. — Voir : Césarée.
Karolus Magnus. — Voir :
Charlemagne.
Kastoria. — voir : Castoria.
K^halia (Kephalia)^ l’ancienne
Raphania ville de Syrie, au
nord-ouest d’Homs. — Aban¬
donnée par ses habitants à
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INDEX
241
l’arrivée des croisés (janv.
1099), i83.
Kerbôga ou Courbaram (Cur-
baram), émir de Mossoul,
chef de la garde du sultan
turc. — Sollicité par lagi-
Sian, réunit une grande ar¬
mée pour secourir Antioche,
lit. — Marche sur Antioche
et force le hls de lagi-Sian à
lui livrer la citadelle où les
Turcs se sont réfugiés après
la prise de la ville ()uin 1098),
ii3. — Ses troupes paraissent
devant Antioche (5 }uin 1098),
ii5. — Il confie la garde de
la citadelle à un de ses
émirs, ii5. — Sa jactance au
sujet des Francs et sa lettre
au calife, 117-119. — Son en¬
tretien avec sa mère qui cher¬
che à le détourner d’attaquer
les chrétiens, iiq-i25. — Il
donne l’assaut a Antioche
(lo juin 1098), 127, — Il reçoit
une ambassade des chefs
croisés (27 juin 1098), 149-151.
— Ses dispositions et ses or¬
dres aux émirs avant la ba¬
taille contre les croisés (28 juin
1098), i53. — Sa défaite et sa
fuite, i55-i57.
Khorassan {Corosanus). —
Terme désignant tous les
territoires d’Asie occupés par
les Turcs, ii, i3, 39, 09, ii3,
117, 119, i5i.
Koniah ou Konieh. — Voir :
Iconium.
Kurdes (C«r/i), peuple d’Asie.
— Font partie de l’armée de
Kerbôga, iii.
L
Lambert le Pauvre {Lambertus
Pauper), comte de Clermont-
sur-Meuse. — S’échappe d’An¬
tioche assiégée (10 juin 1098),
127.
Lance Ha sainte). — L’endroit
où elle se trouve est révélé à
Pierre Barthélémi, i33. —
Son invention dans l’église
Saint-Pierre (14 juin 1098),
147. — Portée par l’évêque
du Puy dans la bataille con¬
tre Kerbôga, i53.
Langobardi. — Voir : Longo-
bards.
Lastours, commune de Rilhac-
Lastours, canton de Nexon,
arrond. de Saint-Yrieii (Hau¬
te-Vienne). — Voir : Goufier
de Lastours {Gulferus deDa^
turre).
Latakieh. — Voir : Liche (la).
Letholdus. — Voir : Liétaud.
Liche (la) (Ltc/iia), ancienne
Laodicée, aujourd’hui Lata¬
kieh, sur la côte s^tentrio-
nale de Syrie. — Traversée
par les croisés (mars 1099),
187.
Liétaud {Letholdus)^ chevalier
de l’armée du duc de Lor¬
raine. — Escalade le premier
les remparts de Jérusalem
(i5 juillet i(W), 2o3.
Longobards {Langobardi)., ha¬
bitants de l’Italie méridio¬
nale. — Se trouvent à Cons¬
tantinople avant Pierre l’Er¬
mite ii096), 7. — Se séparent
des Francs à Nicomédie et
élisent un chef, 7. — Sergent
longobard de Bohémond,
107, lôg.
M
Maarat-en-Nouman. — Voir :
Marra.
machines de guerre. — Voir :
tours de bois, fronde, baliste.
Machumaria. — Voir : Maho-
merie.
Machumet. — Voir : Mahomet.
Mahomerie {Machumaria),
mosquée, entourée d’un cime¬
tière, située devant une porte
d’Antioche. — Les croisés
décident d’y construire un
château, 89. — Les Turcs y
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INDEX
ensevelissent leurs morts, g3.
— Les croisés violent les sé¬
pultures et construisent un
château (8 mars 1098), 97. —
Porte de la Mahomerie, i53.
— Occupée par Raimond de
Toulouse, 171. 179.
Mahomet {Macnumet). — Ser¬
ment « par Mahomet » prêté
par Kerbôga, 119; — par
l’émir de Babylone, 217.
Male Couronne Corona)j
sergent de Bohémond.
Chargé de convoquer l’armée
(2 juin 1098), io5.
Malji Scafardi pons. — Voir :
Amalh.
Manustray l’ancienne Mop-
sueste, aujourd’hui Missis,
sur le Djihoun, dans la pro¬
vince d’Adana (Turquie
d’Asie). — Cédée à Tancrède
(sept. 1007). 61.
Maraclée [Maraclea), aujour¬
d’hui Marakia, dans la Syrie
septentrionale, non loin de
Tortose. — Capitule à l’ar¬
rivée des croises (févr. 1099),
187.
Marach {Marasim)f ville d’Asie
Mineure, dans la haute val¬
lée du Djihoun. — Les croi¬
sés y parviennent (vers le
i3 oct. 1097), 65.
marc, unité"^ ae poids des mé¬
taux précieux, valant 12 de¬
niers d’argent, 99.
Maregariy colline près d’An-
tiocne. — Les croisés y cons¬
truisent un château^ 71.
Marra {Marra) y aujourd’hui
Maarat-en-Nouman, ville de
Syrie, à mi-chemin entre
Alep et Hamah. — Attaquée
par les croisés (juillet 1098).
i65. — Assiéeée par Raimond
de Saint-Gilles et Bohémond
(28 oct. 1098), 173. — Com¬
bats violents pendant le siège
(nov.), 175-177. — Prise d’as¬
saut (Il déc. 1098), 177. — Les
Francs y séjournent un mois
(il déc. 1098-15 janv. 1099),
177- 179.
Martirano, ville de l’Italie mé¬
ridionale, province de Caian-
zaro, arrond. de Nicastro. —
Evêque {Marturanensis epis-
copus) : voir Arnoul.
martyrs. — Les croisés tués
dans un combat considérés
comme martyrs, ii, i3, 48,
91, 189.
massacres — des prisonniers
chrétiens par les Turcs, 11;
— des hérétiaues de Macé¬
doine par les Normands d’Ita¬
lie, i3; — des Turcs par les
croisés devant Antioche, 71;
— des Turcs après la prise
d’Antioche (3 juin ioq8). 109,
1 1 1 ; — des habitants d’Albara
par le comte de Toulouse
(sept. loÿ), 167; — des habi¬
tants deMarra (ii déc. 1098),
177; — des défenseurs de Jé¬
rusalem (i5 juillet 1099), 2o3;
— des musulmans réfugiés
sur le toit du Temple, mal¬
gré la sauvegarde qui leur
avait été donnée (ib juillet
1099), 207-
[Melurj, chef- lieu du départ,
de Seine-et-Marne. — Vi¬
comte : voir Guillaume le
Charpentier.
mercatus. — Voir : ravitaille¬
ment.
Mercure (saint) {Mercurtusy —
Apparaît aux croisés pendant
la bataille devant Antioche
(28 juin 1098), i55.
météore (apparition d’un) pen¬
dant le siège d’Antioche par
Kerbôga (juin 1098), iSg.
Michel (saint) [Michael). — Sa
fête (29 sept.), 9.
mines. — Voir : sape.
miracles. — Voir : apparitions.
Missis. — Voir : Manustra.
Mommellou. — Voir : Mont-
merle.
monnaies. — Voir : deniers,
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INDEX
243
SOUS, hyperpres, marc, be-
sant.
Mons [Morts), ville de Belgique,
en Hainaut. — Comte : voir
Baudouin.
Mons Merlus, Mons Merloi. —
Voir : Montmerle.
Mons Pislerius. — Voir : Mont¬
pellier.
Montescaglioso (3/ons Scabio^
sus), ville de Tltalie méridio¬
nale, province de Potenza,
arrona. de Matera. — Sei¬
gneurs : voir Onfroi. Geoffroi,
[Montlhéryl, canton a’Arpajon-
arrond. de Corbeil (Seine-et-
Oise). — Seigneur : voir Gui
Trousseau.
Montmerle (Mons Merlus ou
Merloi, Mommellou), canton
et arrond. de Trévoux (Ain).
— Voir : Achard de Mont¬
merle.
Montpellier [Mons Pislerius'S,
chef-lieu du départ, de l’Hé¬
rault. — Seigneur : voir
Guillaume.
Mouzon [Muso), chef-lieu de
canton, arrond. de Sedan (Ar¬
dennes). — Voir : Isoard.
N
[Nahr-es-Safiyél, rivière de Pa¬
lestine, près d’Ascalon, 212.
Nahr-Ibrahim. — Voir : Bra-
him.
Naplouse [Neopolitana urbs).
ville de Palestine. — Se rena
à Tancrède et à Eustache de
Boulogne (août 1099), 209.
Nicée [Nicena), aujourd’hui Is-
nik, sur le lac du même nom,
en Turquie d’Asie, province
de Brousse, 9. — Arrivée des
croisés devant cette ville
(6 mai 1097), 35. — Début du
siège (14 mai 1097), 37. — Une
armée turque de secours bat¬
tue par Raimond de Saint-
Gilles (16 mai), 37-39. —
Sape d’une tour pendant la
nuit, 39. — L’arrivée des
autres chefs croisés permet
de bloquer la ville; disposi¬
tion des armées autour de la
Elace. 39. — Transport d’une
ottille impériale qui attaque
la ville par le lac, 41. — Red¬
dition de Nicée à rempereur
fui accorde la vie sauve aux
urcs (26 juin 1097), 41-43. —
Les croisés quittent la ville
(28 juin 1097), 43. — Allusion
a la prise de mcée, i3i.
Nicomedie (Aricowedid)jaujour-
d’hui Ismid, ville de Turquie
d’Asie, chef-lieu de la pro¬
vince d’Ismid, sur la mer de
Marmara. — Traversée par
la croisade populaire (août
*096)1 7« “ Traversée par les
armées de Godefroi de Bouil¬
lon et Tancrède (début de
mai 1097), 35.
nimbe cruciféré du Christ. —
Dans la vision d’un prêtre à
Antioche, 129.
nombre — des combattants
dans l’armée des croisés, 41;
— des Turcs à la bataille de
Dorylée, 49; — des croisés
tués devant Antioche (6 mars
1098), 91 ; — des Turcs de la
garnison d’Antioche tués
(7 mars 1098), q5. — Les
croisés comptent les têtes des
Turcs tués, 97. — Nombre
des Angulans dans l’armée
de Kerbôga, ix3.
Normandie [Nortmannia). —
Duc : voir Robert Courte-
Heuse [Rotbertus Northman-
nus).
[Normands] d’Italie (armée
des). — Voir : Bohémond.
O
Onfroi de Montescaglioso [Hun-
fredus de Monte Scabioso),
sei^eur normand de l’armee
de Bohémond, 21.
Onfroi, fils de Raoul [Hunfre^
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244
INDEX
dus^ filius Radulfi)y seigneur
normand de l’armée de Bo-
hémond, 21.
Orange, chef-lieu d’arrond. du
départ, de Vaucluse. — Evê¬
que ( Oriensis episcopus ) :
voir Guillaume.
{Oronte], fleuve de Syrie. —
Voir : Far, Farfar.
Otrante {Otrentum), ville de
l’Italie, province et arrond.
de Lecce. ~ Port d’embar¬
quement des croisés, i5.
P
paganisme. — Attribué aux
Turcs par les croisés, 119,
217.
païens. — Terme employé
pour désigner les musulmans,
49, lit, ii5, 123, i3i, 159,
173, 175, i83, i85, 187, 189,
199, 207, 2i3, 2t5, 223.
païens (terre des). — Voir :
Sarrasins (terre des).
Palagonia. — Voir : Pélagonie.
Pape (le). — Voir : apostolicus.
patriarche — de Jé^rusalem :
voir Arnoul; — d’Antioche,
221.
Pauliciens [Publicani)^ secte
chrétienne hérétique. — Dans
l’armée turque, 49, 63, io3,
III.
Pélagonie (Palagonia), région
de la plaine de Monastir
(Haute-Macédoine). — Tra¬
versée par les Normands
d’Italie (janv. 1097), 23.
pennons fixés aux lances, 175.
Persans dans l’armée turque,
49» i“» Ï37-
Perse (Persts). — Désigne le
Turkestan, i3, iii, 140.
Petchénègues {Pincinati)j peu¬
ple barbare de la Russie mé¬
ridionale, qui fournit des
mercenaires à l’empire. —
Attaquent l’armée de Gode-
froi à Constantinople (déc.
1096), 17. — Attaquent les
Normands d’Italie sur le
Vardar (févr. 1097) et sont
faits prisonniers par Tan-
crède, 25.
Petrus. — Voir : Pierre.
Philomelium (Philomena), au¬
jourd’hui Ak-Cheïr, en Asie
Mineure, province de Konieh.
— Entrevue qui y a lieu
entre Etienne de Blois et
l’empereurOuin 1098), 141-143.
Picard (le). — Voir : Guillaume
le Picard.
Pierre (saint) (Petrus), patron
d’Antioche, 65, i3i.
Pierre d’Aups (Petrus de Alpi-
bus). — Reçoit une ville de
Petite-Arménie en fief des
croisés, 61.
Pierre [Barthélémi] (Petrus),
soldat provençal. — Reçoit
de saint André la révélation
de l’endroit où se trouve la
sainte Lance, i33. — Dé¬
couvre la sainte Lance en
présence des chefs croisés
(14 juin 1098), 147.
Pierre de Castillon (PeU-us de
Castellione), vicomte. — En¬
voyé en avant-garde sur An¬
tioche par Raimond de Tou¬
louse (oct. 1097), 63.
Pierre l’Ermite (Petrus Here-
mita). — Entre en Hongrie
avec une armée, 5. — Arrive
à Constantinople (3o juillet
1096), 7. — Aoandonne les
croisés à Civitot, 11. — Essaie
de déserter devant Antioche
(janv. 1098), 77. — Envoyé
comme ambassadeur à Ker-
bôga (27 juin 1098), 147-151.
— Laissé à Jérusalem pen¬
dant la marche sur Ascalon,
afin de diriger les prières pu¬
bliques (août 1099), 211.
[Pierre de Narbonne], évêque
d'El-Bâra. — Institué évêque
(sept- 1098), i6q.
Pierre Raimond d’Hautpoul
(Petrus Raimundus de Pul).
— Envoyé en avant-garde
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INDEX
245
sur Antioche par Raimond
de Toulouse, 63.
Pierre de Roaix ( Peints de
Roasa). — Envoyé en avant-
garde sur Antioche par Rai¬
mond de Toulouse, 63. —
Bat un corps de Turcs et de
Sarrasins dans la vallée de
Rugia, 63. — S’empare de
Rusa, 63.
piétons dans l’armée des croi¬
sés, 39, 45, 5i, ÿ, 75, 83, 91,
io5, i65, 20g, 2i3.
Pilet. — Voir : Raimond Pilet.
pillages — des croisés popu¬
laires à Constantinople et en
Asie Mineure (août 1096), 7;
— des Normands d’Italie en
Macédoine (déc. 1096), 23; —
des Turcs fugitifs après la
bataille de Dorylée (juillet
1097), 55.
Pincinati. — Voir : Petché-
nègues.
Pirrus. — Voir : Firouz.
%
Podiensis eviscopus. — Voir :
Adémar ae Monteil, évêque
du Puy.
Pont du Far {Farreus pons)j
sur rOronte, près d’Antioche.
— Les croisés y parviennent
{20 oct. 1097), 07. — Occupé
par les Turcs, qui viennent
au secours d’Antioche (févr.
1098J, 81. — Les Turcs pour¬
suivis jusqu’au pont du Far
févr. 10^), 87. — L’armée
e Kerbôga y campe (5 juin
1098), ii5. — Elle le repasse
après sa défaite (28 juin 1098),
157.
Port - Saint - Siméon ( Portus
Sancti Simeonis)j port situé
à l’embouchure de l’Oronte,
17 1. — Les croisés y envoient
une expédition (5 mars 1098),
89. — Arrivée a Port-Saint-
Siméon des fugitifs d’Antio¬
che (10 juin 1098)^ 127. — Ils
y sont massacres par les
Turcs, 129.
Pouille {Apulia). — Voir :
Apulie.
prédictions — sur la ruine des
Turcs d’après le Coran et les
livres des païens, i23 ; —
d’après l’observation des as¬
tres, 125.
prêtres dans l’armée des croi¬
sés. — Voir : clergé.
Principat (le) {Princîpatus)^
nom donné à un comté nor¬
mand de l’Italie méridionale,
au sud de Salerne. ^ Comte :
voir Richard.
prisonniers de guerre. — Par¬
tagés par les Turcs, ii, i3.
— Prisonniers turcs décapi¬
tés devant Antioche, 71. —
Chevalier fait prisonnier par
les troupes de Kerbôga et
chargé ae chaînes, ii5. —
Traitement dont Kerbôga
menace les croisés, i5i. —
Sarrasins de Marra envoyés
à Antioche par Bohémond
(déc. 1008)^ 177. — Prison¬
niers cnretiens livrés aux
croisés par l’émir de Tripoli
(mai 10^), 191.
prix des armes. — Prix des
armes de lagi-Sian, 109. —
Prix des armes et de l’eten-
dard de l’émir de Babyloiie.
217. — Armes vendues à vil
prix pendant le passage du
Taurus (oct. 1097), 65.
prix des denrées. — Prix du
pain devant Nicée (mai 1097),
35-37. — Provisions vendues
par les Arméniens et les Sy¬
riens devant Antioche (janv.
10981, 77. — Prix des denrées
pendant le siège d’Antioche
par Kerbôga (juin 1098), 139.
— Vente de l’eau devant Jé¬
rusalem (juin 1099), 197, 201.
prophéties. — Voir : prédic¬
tions.
[Provençaux] (armée des). —
Voir : Raimond de Saint-
Gilles.
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24^
INDEX
Publicains [Publicanî). — Voir :
Pauliciens.
Puiset (lej {Puisatium\ canton
de Janville, arrond. de Char*
très (Eure-et-Loir). — Sei¬
gneur : voir Evrard.
Pul. — Voir : Hautpoul.
(le), chef-lieu de la Haute-
Loire. — Evêque {Podiensis
eciscoj^us) : voir Adémar de
Monteil.
Raimond Pilet {Raimundus Pi-
letus)^ chevalier de l’armée
du comte de Toulouse. —
Son expédition dans la terre
des Sarrasins et sa défaite
près de Marra (juillet 1098),
i63. — S’empare de Tortose
(février low), i85. — Se dé¬
tache de rarmée pendant le
siège de Jérusalem et met en
fuite un corps d’Arabes (juin
loqgj, 195. — Chargé d^une
expédition pour protéger les
navires arrivés à Jaffa, 197.
— Met en fuite un corps
d’Arabes (juin 1099), 199.
Raimond de Saint-Gilles (/?ai-
mundus de Sancto Egidio)^
comte de Toulouse. — Tra¬
verse l’Esclavonie avec la
deuxième division des croi¬
sés, i3. ~ Approche de Cons¬
tantinople (avril 1097), 29. —
Refuse le serment Féodal à
l’empereur et ne consent qu’à
une simple promesse de ne
pas attaquer l’empereur (avril
1097); 33. — Arrivée de son
armee à Constantinople
(27 avril 1097), 35. — Devant
Nicée, détruit une armée de
secours envoyée par les Turcs
(16 mai 1097), 37-39. — Sape
une tour de la vflle^ 39. —
Dans la seconde armee après
le départ de Nicée (28 )uin
1097), 45. — Prend part à la
bataille de Dorylée (i" juillet
1097), 47. — Se trouve à l’aile
gauche, 49. — Entre avec la
grande armée en Petite-Ar¬
ménie (sept. 1097), 61. — En¬
voie une troupe en avant pour
essayer de surprendre Antio¬
che, 63. — S’offre au conseil
pour garder le château de la
Mahomerie (5 mars 1098).
— Reçoit de Bohémona fa
confidence de ses négocia¬
tions avec Firouz, io5. —
Jure de ne pas abandonner
Antioche (11 juin 1098), i33.
— Son quartier à Antioche,
137. — Sa bande commandée
par l’évêque du Puy, pendant
que lui-même reste a Antio-
cne durant la bataille pour
empêcher une sortie de la
garnison de la citadelle
(28 juin 1098), i53. — Reçoit
la capitulation de la citadelle
après la victoire des croisés,
IDQ. — Décide l’envoi d’Hueue
let 1098), 161. — Raimond Pi¬
let fait partie de sa bande,
i63. — Son expédition dans
la terre des Sarrasins ; il prend
Albara (sept. 1098), 167. —
Conteste la possession a’An-
tioche à Bohémond ( nov.
109Ç, 169. — Conclut un ac-
cora provisoire avec lui, mais
occupe fortement certains
postes de la ville, 171. —
Quitte Antioche et va assié¬
ger Marra, fait construire un
château de bois pour s’ap¬
procher des murs (nov. logo),
173. — S’empare de la ville
(il déc. 1098), 177. — Provo¬
que une conférence des prin¬
ces à Rugia, refuse de recon¬
naître la possession d’Antio¬
che à Bohémond et retourne
à Marra (janv. 1099), 179. —
Sort de Marra nu - pieds
(i3 janv. 1099), marche sur
Jérusalem, passe par Ca-
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INDEX
247
pharda {i3-i6 janv.), campe
devant Césarée de TOronte.
s’empare d’un château, où il
séjourne (1*7-22 janv.), 181.—
S’empare d'un autre château,
occupe Kephalia , s’engage
dans la vallée de Sem, occupe
un autre château, où il sé¬
journe (25 janv. -14 févr. 1009),
i83. — Arrive devant Ârcnas
(14 févr.), i85. — Demande
secours a Godefroi de BouiN
Ion et au comte de Flandre,
qui le rejoignent devant Ar-
Æas (mars 1099), 187. — Fait
décider la marche sur Jéru¬
salem (mai 1099), 189-191. —
Commande le secteur méri¬
dional au siège de Jérusalem,
193. — Cent chevaliers de son
armée vont en expédition à
Jaffa et se heurtent à des
corps sarrasins, 197-199. —
Fait construire un château de
bois pour approcher des murs
de Jérusalem (juillet 1099),
201. — Sa participation à
l’assaut ânal et son entrée
dans la ville, après qu’il s’est
fait livrer une porte par un
émir (i5 juillet 1099), 2o3*2o5.
— Respecte la sauvegarde
donnée à cet émir et le fait
conduire à Ascalon, 207. —
Refuse de marcher sur Asca¬
lon avant d’avoir des rensei¬
gnements personnels sur l’en¬
nemi (9 août 1099), 211. — Se
met en marche (10 août), 211.
— Range son armée en ba¬
taille devant Ascalon et com¬
mande l’aile droite (12 août),
2i3. — Achève la déroute des
Egyptiens, 2i5.
Raimond, vicomte de Turenne
{RaimundxiSy vice cornes de
lentoriay onde Taurinc^yde
l’armée du comte de Tou¬
louse. — S’empare de Tor-
tose (févr. 1099), i85. — Se
détache de l’armée pendant
le siège de Jérusalem et com¬
bat un corps d’Arabes (juin
1099), iq5.
Rainald [Rainaldus). — Élu
chef des Longobards à Nico-
médie, 7. — Dir^e la résis¬
tance contre les 'lurcs à Exe-
rogorço, 9.
Rainaud [Keinaldus), chevalier
lorrain ou de Beauvais. —
Commande un septième corps
de bataille devant Antiocne
(28 juin 1098), i55 (et 164,
note b).
Rainulfus. — Voir : Renoul.
Ramieh (Rnmo/a) ^Palestine).
— Atteinte par les croises
(début de juin 1099), 193. —
ils y établissent un év^ue,
193. — Traversée par Tan-
crède et Eustache de Bou¬
logne, 209. — Evêque : voir
Robert.
Ra^hania. — Voir : Kephalia.
ravitaillement {mercatus). —
Ravitaillement de la croisade
populaire, 7; — des Lorrains
a Constantinopl^ 17, 19; —
des Normands d’Italie en Ma¬
cédoine, 21, 23, 27, 29; —
promis par l’empereur aux
chefs croisés, 33. — Mesures
prises par Bohémond et l’em¬
pereur pour le ravitaillement
des croisés passés en Asie
(mai 1097), 35. — Ravitaille¬
ment de l’armée devant Ni-
cée, 37; — en Petite-Arménie,
63; — par les habitants de
Marasch , près d’Antioche,
65: — au début du siège
d’Antioche [oct. 1007), 69; —
par les Syriens et les Armé¬
niens pendant le siège d’An¬
tioche (janv. 1098), 77 ; —
promis aux croises par Tati-
kios, 81; — des Turcs d’An¬
tioche par des Arméniens et
des Syriens (avril 1098), 99.
— Ravitaillement nécessaire
aux croisés d’après Kerbôga,
125. — Ravitaillement promis
par le roi de Césarée d’Oronte
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248
INDEX
à Raimond de Toulouse
(janv. icw), 181. — Saisi
dans les châteaux et les villes
de Syrie, iSi-iSS; — par des
navires occidentaux pendant
le siège d’Archas (févr.-mai
10^), 189; — grâce aux ré¬
coltes nouvelles de Syrie (mai
1099), 191; — par les navires
arrivés à Jana pendant le
siège de Jérusalem (juin 1099),
197.
Reinaldus. — Voir : Rainaud.
Renoul [Rainulfus], frère de
Richara du Pnncipat. —
Prend la croix avec Bohé-
mond, 31.
renseignements obtenus par
des prisonniers de guerre —
devant Nicée, 37; — devant
Jérusalem (juin 1099), 199; —
devant Ascalon (août 10^),
209; —
^.Î97. 209.
Ribemont
Mons),
Quentin
Anselme
par des messagers.
( Ribomont , Ribodi
arrond. de Saint-
^Aisne). — Voir :
Richard du Principat {Richar-
dus de Principatu)y neveu de
Robert Guiscard, comte du
Principat. — Dans l’armée
de Bohémond, i3, 21. —
Passe en Asie avec T ancrède
r»our esquiver le serment à
'empereur (fin avril 1007),
35. — A l’aile gauche à la ba¬
taille de Dorylée, 49.
Richard, fils du comte Renoul
{Richardus, filius comitis
Rainulfi), seigneur normand
de l’armée de Bohémond, 31.
Riha. — Voir : Rugia.
Roaix (/îo<i5a), canton de Vai-
son, arrond. d’Orange (Vau¬
cluse). — Voir : nerre de
Roaix.
Robert d’Ansa, ou peut-être
d’Anzi {Rotbertus de Ansà)y
sei^eur normand de l’Italie
méridionale. — Prend la
croix avec Bohémond, 21. —
A l’aile gauche à la bataille
de Dorylée, 49.
Robert, comte de Flandre
{Rotbertus cornes Flandreu-
sis). — Traverse l’Italie, i5.
— A Constantinople, empê¬
che Raimond de Saint-Gilles
d’attaquer l’empereur, 33. —
Commande un secteur devant
Nicée, 39. — Dans la seconde
armée au départ de Nicée,
45. — Commande une divi¬
sion de l’aile gauche à la ba¬
taille de Dorylée (!•'’ juillet
1097)^ 49. — Commande avec
Bohémond une expédition
de ravitaillement pendant le
siège d’Antioche (fin déc.
1097) , 73-77. — Dirige une
charge contre les Turcs, 73.
— Bohémond lui confie son
plan pour pénétrer à Antio¬
che, io5. — Jure de ne pas
abandonner Antioche (i i juin
1098) , i33. — Commande le
premier corps de bataille
avec Hugue de France devant
Antioche (28 juin 1098}, i5i.
— Dirige une charge contre
les Turcs, 157. — Décide
l’envoi de Hugue le Mainsné
à l’empereur (juillet 1098),
i6r. — Arbitre entre Raimond
de Toulouse et Bohémond
(nov. 1098), 171. — Assiste
aux conférences de Rugia,
puis revient à Antioche (lan-
vier 1099), 179. — Va assiéger
Gibel et rejoint le comte de
Toulouse devant Archas
(févr. 1099), 187. — Fait déci¬
der la marche sur Jérusalem
(avril 1099), 191. — Commande
le secteur nord avec Robert
Courte -Heuse au siège de
Jérusalem, 195. — Accompa¬
gne Godefroi de Bouillon à
la tête de l’armée qui marche
sur Ascalon (9 août 1099),
211. — Range ses troupes en
bataille devant Ascalon et se
trouve au centre (12 août),
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INDEX
249
2i3. — Prend une part active
à la bataille, 2i5.
Robert, fils de Girard {Rotber-
tus^ filius Girardî), connéta¬
ble de Bohémond, 85.
Robert [Courie-Heuse], duc de
Normandie {Rotbertus North-
mannus, cornes de Nortman^
nia), fils aîné de Guillaume
le Conquérant. — Traverse
ritalie, 14. — Commande un
secteur aevant Nicée (mai
1097) , 39. — Dans la pre¬
mière armée après le départ
de Nicée {28 juin 1097J, 43. —
À l’aile gauche à la bataille
de Dorylee, 49. — Jure de ne
pas abandonner Antioche as¬
siégée (il juin 1098), i33. —
Commande le troisième corps
de bataille devant Antiocne
{28 juin 1098), i53. — Détache
une partie de ses troupes
our former une nouvelle
ataille, i55. — Décide l’en¬
voi de Hugue le Mainsné à
l’empereur (juillet 1098), r6i.
— Arbitre entre Raimond de
Toulouse et Bohémond (nov.
1098) , 171. — Assiste aux con¬
férences de Rugia, puis re¬
vient à Antioche, 179. — Re¬
joint Raimond de Saint-Gilles
à Capharda (janv. 1099), 181.
— Prend part au siège d’Ar-
chas et fait décider la marche
sur Jérusalem (mai 109g),
180-191. — Au siège de Jéru¬
salem, commande le secteur
nord, 195. — Refuse de mar-
chersur Ascalon avantd’avoir
des renseignements sur l’en¬
nemi (9 août 1099), 211. — Se
met en marche (10 août), 211.
— Range son armée en ba¬
taille devant Ascalon et se
trouve placé au centre
(12 août), 2i3. — Blesse le
porte-étendard de l’émir de
Babylone, 2i5. — Achète
l'étendard pour 20 marcs
d’argent, 217.
Première croisadê.
[Robert], évêque de Ramleh.
— Institué évêque par les
croisés (juin 1099), 193.
Robert de Sourdeval {Kotbertus
de Surda Valle), seigneur
normand de l’armée de Bo¬
hémond, 21.
Robert, fils de Tostain {Rot-
bertus, films Tostanni), che¬
valier normand de l'^armée
de Bohémond, 2i.
Roger de Barneville {Rogerius
de Barnavilla), seigneur nor¬
mand. — Prend part au siège
de Nicée, 39.
Roger (Rag^mws), duc de Pouille
et de Calabre, fils de Robert
Guiscard. — Abandonné au
siège d’Amalfi par les Nor¬
mands, qui prennent la croix
(1096), 19-21.
Romanie [Romania), terme dé¬
signant l’Asie Mineure, 9, 35,
55, ii3. 217, 119; — l’empire
byzantin tout entier, 81.
Rome (route ancienne de), i3.
Rotbertus. — Voir : Robert.
Rouveha. — Voir : Rusa.
Rugiay peut-être Riha, bourg
situé a une soixantaine de
kilomètres au sud-est d’An¬
tioche. — Combat livré près
de là par Pierre de Roaix
(oct. 1097), 63. — Raimond
de Saint-Gilles y arrive (nov.
1098), 173. — Conférence qu’il
y a avec les autres chefs (jan¬
vier 1099), 179.
Rusa ( Rusa K actuellement
Rüskioï, en Thrace. — L’ar¬
mée de Bohémond y campe
(i” avril 1997), 27. — Bohé¬
mond y laisse son armée et
gagne Constantinople, 29.
Rusa, peut-être aujourd’hui
Rouveha, au sud-est de Riha,
en Syrie (voir Rugia). —
Habitée par des Arméniens
et prise par Pierre de Roaix
(oct. 1097), 63.
Rüskioï. — Voir : Rousa.
Russignolo (comte de), seigneur
>9
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25o
INDEX
normand de Tarmée de Bo-
hémond, 3i. — Laissé par
Bohémond à la tête de l'ar¬
rière-garde sur le Vardar, est
attaqué par les troupes impé¬
riales, 2i.
Ruweha. — Voir : Rusa.
Sabran {Sabra)^ cant. de Ba-
gnols, arrond. d’Uzès (Gard).
— Voir : Guillaume.
Sagette {Sagitta}^ l’ancienne
Sidon, aujourd’hui Saïda,sur
la côte de Syrie, entre Bey¬
routh et Tyr. — Atteinte par
les croisés (hn mai lo^}, 193.
sagittarii. — Voir : arcners.
Saint-Jean d’Acre. — Voir :
Acre.
Saint-Siméon. — Voir : Port-
Saint-Siméon.
sape des murs d’une ville. —
A Nicée, 37, 39.
Sarrasins {Saraceni)^ terme sy¬
nonyme d’Arabes. — Font
partie de l’armée turque et
occupent surtout la Syrie, 47,
49, 5i, 53, 63, 73, 109, III, io3,
i65, 173, 177, i83, 189, 190,
ig3, 195, 197, 199, 201, 207,
209, 211.
Sarrasins (terre des) {Sarace-
norum terrà)^ terme désignant
le pays au sud et à l'est
d’Antioche, 71, 73,76, 89, io5,
i^, i63.
Scaiona ou Scalonia. — Voir :
Ascalon.
Schaizar, sur l’Oronte. — Voir :
Césarée.
Schems - ed - daoula {Sensado^
lus), émir turc, 61$ de lagi-
Sian, gouverneur d’Antioche.
— Se maintient dans la cita¬
delle d’Antioche , ou’il est
obligé de livrer à Kerbôga
(juin 1098), ii3.
Sclavinia. — Voir : Esclavonie.
Sem (vallée de), en Syrie, cor¬
respondant a la plaine d’El
Boukeia, entre Homs et Tri¬
poli. — Traversée par les
croisés (janv.-févr. 10^), i83.
— Butin pris par les croisés,
i^.
sénéchal de l’évêque du Puy.
— Tué dans un combat de¬
vant Antioche (29 déc. 1097),
75.
Sensadolus. — Voir : Schems-
ed-daoula.
Sépulcre (Saint-). — But de la
croisade, 3, 19, 21, 85, 93, 96,
i33, 141, 167, 161. 109, 171,
179, r8i, 201, 217, 223. — Les
croisés y accomplissent leur
pèlerinage après la prise de
Jérusalem (i3 juillet 1099),
207.
sergents {s€rvientes)f 99, io5,
107, iSg.
serment — prêté à l’empereur :
voir 6délité ; — prêté par
l’empereur aux chefs croisés
(avril 1067), 33; — sur l’Evan¬
gile, sur rhostie, i3i. — Ser¬
ment des princes de ne pas
abandonner la croisade
(11 juin 109^, i3m33. —
Serment de Pierre Barthé-
lémi sur la réalité de sa vi¬
sion, i35.
Serrés {Serra), ville de Macé¬
doine orientale, dans la Grèce
actuelle. — Traversée par
l’armée de Bohémond (février
1097), 27.
Sicile (S/c/hVi), 6efde Roger, 21.
[Sidon]. — Voir : Sagette.
signa honorabilia. — Voir :
bannière.
signaux imaginés par Kerbôga
pendant la bataille (28 juin
1098), i53, i55, 167.
Siloe (fontaine) {Siloa fons), —
Voir : Jérusalem.
Siméon {Symeon), chef armé¬
nien de Cilicie. — Reçoit sa
terre en 6ef des croisés (oct.
1097), 61.
Sion {Sion). — Voir : Jérusalem.
soif. — Voir : eau.
Voir
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INDEX
25i
soldanus. — Voir : Soudan.
solde. — Solde promise à Tan*
crède pour la garde d’un
château devant Antioche
J^avril 1098), 99. — Solde of¬
ferte par les chefs croisés
aux chevaliers après la vic¬
toire sur Kerbôga ( juillet
ic^), i63. — Chevaliers sol¬
dés au service de Raimond
Filet, i63. — Solde des trou¬
pes de l’émir de Babylone,
317.
Soliman {Solimanus), sultan
des Turcs seldjouciaes. — Ses
lamentations sur la défaite
des Turcs, 53.
sommier (cheval de trait), 65.
sou {solidus). — Monnaie by¬
zantine : voir hyperpre. —
Monnaie franque, 77, 139.
Soudan ou sultan turc {solda-
n«5), 117. — Voir : Soliman.
Sour (j«r), l’ancienne Tyr, port
de Syrie. — Atteint par les
croisés (mai 1099), iq3.
Sourdeval {Surdav allis)^ chef-
lieu de canton, arrond. de
Mortain (Manche). — Voir :
Robert de Sourdeval.
Stephanus. — Voir : Etienne.
sultan. — Voir : Soudan.
Surani. — Voir ; Syriens.
Symeon. — Voir : Siméon.
Syrie, 65, n3, 119.
Syriens (5ttrani}. — Soumis
par les Turcs, 5i. — Espion¬
nent les croisés devant An¬
tioche (oct. 1097), — Spé¬
culent sur leur ravitaillement
janv. 1098), 77. — Massacrent
es Turcs vaincus par les
croisés (9 févr. 1098), 87. —
Forcés de combattre dans les
rangs turcs (7 mars 1098), 95.
— Surpris par Tancrède, qui
les empêche de ravitailler les
Turcs d’Antioche (avril îc^),
99. — Massacrent lagi-Sian,
gouverneur d’Antiocne, et
portent sa tête à Bohémond,
109. — Achèvent les Turcs
vaincus après la victoire des
croisés sur Kerbôga (28 juin
X098), 157. — Ceux de Tala-
mannia se rendent à Raimond
Filet (juillet 1098); i63.~ En¬
rôlés dans l’armee des croi¬
sés devant Marra, i65.
T
Talamannia. — Voir : Tell-
Mannas.
Tancrède, « fils du Marquis »
{TancreduSyMarchisi filius'iy
neveu de Robert Guiscara.
— Frend la croix avec Bohé¬
mond, 21. — Se porte au
secours de l’arrière - garde
laissée sur le Vardar et bat
les troupes impériales ( 18 févr.
1097)1 25. — Son irritation
contre Bohémond, qui l’em-
péche de piller une ville, 27.
— Commande l’armée des
Normands après le départ de
Bohémond pour Constanti¬
nople (!•' avril 1097), 29. —
Conduit l’armée dans une
vallée pleine de ressources,
29. — Passe en Asie pour es¬
quiver le serment à l'empe¬
reur (fin avril 1097J, 33-35. —
Arrive à Nicoméaie, 35. —
Commande un secteur devant
Nicée, 39. — Commande la
première armée après le dé¬
part de Nicée, 45. — A l’aile
f;auche à la bataille de Do^-
ée (i" juillet 1097), 49. — Se
sépare de l’armee et marche
sur Tarse (vers le 14 sept.
1097). 57. — Dispute Tarse à
Bauaouin et est obligé de la
lui céder, 59. — Il reçoit en
compensation Adana et Ma-
nustra (sept. 1097), 61. — Ar¬
rête Guillaume le Charpen¬
tier et Pierre l’Ermite, Fugi¬
tifs, devant Antioche (janv.
1098), 77. — Pardonne à Guil¬
laume le Charpentier, 79. —
Reçoit le commandement du
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252
INDEX
château situé près du monas¬
tère Saint-Georges et achève
de bloquer Antioche ^avril
1098) , 99. — Mentionne par
Kerbôga, ia5. — Jure de ne
as abandonner la route du
aint-Sépulcre (ii juin 1098),
i33. — Commande le cin¬
quième corps de bataille de¬
vant Antioche (28 juin 1098),
i53. — Commande le secteur
ouest avec Godefroi de Bouil¬
lon au sièçe de Jérusalem,
195. — Apres la prise de Jé¬
rusalem, accorde une sauve¬
garde aux musulmans réfu¬
giés sur le toit du Temple
(j5 juin. 1009), 2o5. — Assiste,
indigné, à la violation de la
parole donnée et au massacre
des réfugiés (16 juill. 1099),
20^. — Va recevoir la capitu¬
lation de Naplouse: envoyé
en avant-garae au-aevant de
l’armée égyptienne ( août
1099) , 209. — Prend part à la
bataille d’Ascalon (12 août
1099), 2i3. — Envahit le camp
des Sarrasins, 2i5.
Tancrède (montagne ou terre
de) {Tancrcdi montana ou
terrà\y éperon du mont Sil-
pius a l’ouest d’Antioche, où
se trouvait un château dont
la garde fut confiée à Tan-
crèdej75, 100, i57.
Tarse (Tarsus), ville de Cilicie,
aujourd’hui Tarsous, à dix
kilomètres à l’ouest d’Adana,
57. — Disputée entre Bau¬
douin etTancrède (sept. 1097),
59-61. — Reste en la posses¬
sion de Baudouin, 61.
Tatikios {Tetigus\ représen¬
tant de l’empereur auprès
des croisés. — Abandonne
l’armée au siège d’Antioche
(févr. 1098), 79-81.
Taurina. — Voir : Turenne.
[Taurus cilicienj. — Traversée
pénible du Taurus par les
croisés (oct. 1097), 65.
Tell-Mannas(7’42/ijm<î«nîij),près
de Marra, à mi-chemin entre
Alep et Hamah. — Forteresse
prise par Raimond Pilet (juil¬
let 10^), i63.
Tentona. — Voir : Turenne.
Tetigus. — Voir : Tatikios.
terre des chrétiens {terra chris-
tianorum)f pays situé au nord
d’Antioche, 71, 149.
terre des Sarrasins. — Voir :
Sarrasins.
Tortose (Tortosa)^ port de Sy¬
rie. — Prise par les croisés
(févr. 1099), t85-i87.
Tostain {Tosiannus), père de
Robert, 21.
[Toulouse]. — Comte : voir
Raimond de Saint-Gilles.
Tour (la). — Voir Lastours.
tours roulantes pour assiéger
les villes. — Voir : châteaux
de bois.
Tripoli {Tripolis)^ ville de Sy¬
rie. — Ambassade de son
émir au comte de Toulouse
(février 1099), 184. — Marche
des croisés sur la ville et
combat avec des Turcs: nou¬
velles négociations de l’émir
avec les croisés (mars-avril
1099), 187, 189. — Séjour des
croisés dans la ville et traité
avec l’émir (16 mai 1099), 191.
trompette {tuba) sonnée à l’at¬
taque de Marra, 173.
Trousseau (Gui). — Voir : Gui
Trousseau.
Turcoples {Turcopoli)^ corps
de rarmée impériale. — At¬
taquent l’armee de Godefroi
à Constantinople (déc. 1096),
17. — Attaquentles Normands
d^Italie sur le Vardar (février
1097) et sont faits prisonniers
par Tancrède, 25. — Montent
la flottille impériale qui as¬
siège Nicée par le lac, 41.
Turcs (TurciJ, 7. — Assiègent
les croisés a Xérigordo, 9^11;
— à Civitot (oct. 1096), i3. —
Envoient une armée de se-
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INDEX
253
cours à Nicée (mai 1097), 37.
— Capitulation des Turcs ae
Nicée^ 41-43. — Attaquent les
croises et sont mis en déroute
à Dorylée (i" juillet 1097),
45*5i. — Qualités remarqua¬
bles et bravoure des Turcs,
5i. — Obligés de livrer aux
croisés Héraclée, 57; — et
Tarse, 57-59. — Se dérobent
devant les croisés en marche
sur Antioche, 61. — Cher¬
chent a couvrir Antioche, 67.
— Harcèlent les croisés de¬
vant Antioche (oct. 1097), 69.
— Cherchent à arrêter l’ex¬
pédition de ravitaillement
devant Antioche (hn déc.
1097) , 73. — Sortie ae la gar¬
nison turque d'Antioche
(29 déc. 1097), 75. — Pressent
étroitement les croisés (févr.
1098) , 81. — Une armée tur-
âue de secours est battue par
ohémond (9 févr. 1098), 83-
85. — Combats de la garni¬
son turque d’Antioche contre
les croisés (6 et 7 mars 1098),
01-95. — Ils ensevelissent
leurs morts après la bataille,
93. — Se préparent à secourir
Antioche, io3. — S’enfuient
d’Antioche ou sont massacrés
par les croisés (3 juin 1098),
109. — Assiègent les croises
dans Antioche (5 juin-28 juin
1098), ii5-i57. — Arrêtent une
sortie des croisés (10 juin
1098), 127-129. — S’emparent
d’une tour située devant la
citadelle, i35-i37. — Effravés
par un météore, 139. — Les
croisés assiégés dans Antio¬
che leur livrent bataille et
les mettent en déroute (28juin
1098), i53-i59. — Leur mite
après la bataille. 161. — Bat¬
tent les croisés devant Marra
(juillet 1098), i65. — Défen¬
dent Marra (nov. 1098), 173.
— Turcs de Césarée, 181. —
Escarmouches avec des Turcs
devant Tripoli (février et avril
1099), 185-189. — Turcs de
l’armée égyptienne, leur com¬
bat contre un corps de croi¬
sés (juin 1099), ^97’i99*
Turenne {Taurtna^ Tentoria)f
canton de Meyssac, arrona.
de Brive (Corrèze). — Vi¬
comte : voir Raimond.
[Turkestanj. — Voir : Perse.
Tyr. — Voir : Sour.
U
Urbain II {Urbanus secundus)^
pape. — Vient en France
prêcher la croisade, 3, 5.
V
Vardar ( Bardarus Jluvius ),
fleuve de Macédoine. — At¬
teint par les Normands d’Ita¬
lie, 25. — Ils y sont attaqués
f>ar les troupes impériales et
eur livrent un violent com¬
bat (18 févr. 1097), 25.
[VermandoisL — Comte : voir
Hugue de France.
vexHlum. — Voir : bannière,
visions. — Voir : apparitions.
W
Wido. — Voir : Gui.
Willelmus. — Voir : Guillaume.
X
Xerigordo. — Voir : Exero*
gorgo.
Z
Zebar^ l’ancienne Byblos, au¬
jourd’hui Diebail, port syrien
entre Tripoli et Beyrouth. —
Traversé par les croisés (mai
1099), 191.
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TABLE DES MATIÈRES
Pages
Introduction . i
I. L’auteur . i
U. L’œuvre . v
I. La composition, p. v. — 2. Date de la com¬
position, p. VIII. — 3. Les subdivisions
de l’ouvrage, p. ix. — 4. L’originalité de
l’œuvre, p. xii. — 5. Les copies et remanie¬
ments du texte, p. xiv. — 6. Valeur du
témoignage, p. xvu. — 7. La langue et le
style, p. XIX.
III. Les manuscrits. Établissement du texte. . xxi
I. Première rédaction (manuscrits A), p. xxii. —
2. Deuxième rédaction (texte B), p. xxvii.
— 3. Troisième rédaction (manuscrits G),
p. XXIX. — 4. Autres altérations du texte pri¬
mitif, p. XXXI.
IV. Éditions. Ouvrages et textes à consulter . . xxxn
I. Éditions antérieures, p. xxxn. — 2. Édition
présente, p. xxxiii. — 3. Ouvrages et textes
à consulter, p. xxxiv.
Abréviations adoptées pour la désignation des
manuscrits . xxxvi
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TABLE DES MATIERES
255
Pages
Histoire anonyme de la première croisade ... i
Premier récit. — Des origines à la bataille du
Vardar (fin logS-février 1097) . 2
I. Prédication de la croisade, p. 2. — 2. La
croisade populaire (juillet-octobre 1096),
p. 4. — 3. Les bandes de croisés. Godefroi
de Bouillon à Constantinople (décembre
1096-février 1097), p. i3. — 4. Croisade de
Bohémond et des Normands d’Italie; leur
marche jusqu’au Vardar (novembre 1096-
18 février 1097), p. 19.
Deuxième récit. — De la bataille du Vardar à la
prise de Nicée (18 février-i9 juin 1097) . . . 24
5. Marche des Normands d’Italie; départ de
Bohémond pour Constantinople (18 fé-
vrier-5 avril 1907), p. 24. — 6. Les chefs
croisés à Constantinople; ils prêtent ser¬
ment à l’empereur (avril 1097), p. 28. —
7. Arrivée des croisés devant Nicée (6 mai
1097), p. 32. — 8. Siège et prise de Nicée
(14 mai-19 juin 1097), p. 36.
Troisième récit. La marche des croisés en Asie
Mineure (juin-juillet 1097) . 42
19. Bataille de Dorylée (!««■ juillet 1097), p. 42.
Quatrième récit. — La marche des croisés sur
Antioche (juillet-20 octobre 1097) .
10. Traversée de l’Asie Mineure; diversion
de Tancrède et de Baudouin à Tarse (juil¬
let-septembre 1097), P* Traver¬
sée de la Petite-Arménie et de la Cappa-
doce; arrivée devant Antioche (20 octobre
1097), p. 60.
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256
TABLE DES MATIERES
Pages
Cinquième récit. — Le début du siège d’An¬
tioche (20 octobre-décembre 1097) . 66
12. Début du siège; prise du château d’Ha-
renc, p. 66. — i3. La famine au camp
des croisés (décembre 1097), p. 70
Sixième récit. — Le siège d’Antioche, de dé¬
cembre 1097 au 9 février 1098 . 74
14. Attaques des Turcs contre les croisés;
expédition de ravitaillement (fin décembre
1097-janvier 1098), p. 74. — i5. Fuite de
Pierre l’Ermite et de Guillaume le Char¬
pentier, p. 76. — 16. Départ de Tatikios
(février 1098), p. 78. — 17. Victoire de Bohé*
mond sur les Turcs près du lac d’Antioche
(9 février 1098), p. 82.
Septième récit. — Le siège d’Antioche, du 9 fé¬
vrier au 8 mars 1098 . 88
18. Expédition à Port-Saint-Siméon; cons¬
truction du château de la Mahomerie,
p. 88.
Huitième récit. — Fin du siège et prise d’An¬
tioche (8 mars*3 juin 1098) . 96
19. Tancrède occupe un château à l’ouest de
la ville et ferme toutes les issues aux assié¬
gés (avril 1098), p. 96. — 20. Négociations
de Bohémond avec Firouz et prise d’An¬
tioche (3 juin 1098), p. 100.
Neuvième récit. — Siège d’Antioche par les
Turcs (5-28 juin 1098) . iio
21. Arrivée de Kerbôga devant Antioche
(5 juin); son rapport au calife sur l’armée
chrétienne, p. no. — 22. La mère de Ker-
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TABLE DES MATIÈRES
bôga cherche à le détourner de combattre
les chrétiens, p. ii8. — 23. Attaque d’An*
tioche par Kerbôga (8 juin); désertion de
plusieurs croisés, p. 124. — 24. Vision d’un
prêtre; serment des chefs croisés (ii juin
1098), p. 128. — 25. Vision de Pierre Bar-
thélémi, p. i32. — 26. Incendie d’Antioche;
famine dans la ville, p. 134. — 27. Déser¬
tion d’Étienne, comte de Blois ; son entre¬
vue avec l’empereur Alexis, p. 140. —
28. Invention de la sainte Lance; ambas¬
sade de Pierre l’Ermite et d’Herlouin au
camp des Turcs, p. 146. — 29. Victoire
des croisés sur les Turcs et libération d’An¬
tioche {28 juin 1098), p. i5o.
257
Pages
Dixième récit. — De la délivrance d’Antioche à
la victoire d’Ascalon (29 juin 1098-12 août 1099). 160
3o. La marche sur Jérusalem différée; expé¬
dition de Raimond Pilet ; mort de l’évêque
de Puy (28 juin-ief août 1098), p. 160. —
3i. Expédition de Raimond de Saint-Gilles
à Albara. Dissensions des princes au sujet
d’Antioche (août-novembre 1098), p. 166.
— 32. (Voir l’Appendice.) — 33. Prise de
Marra par Raimond de Saint-Gilles et
Bohémond (ii décembre 1098), p. 172. —
34. Marche de Raimond de Saint-Gilles et
de Robert de Normandie sur Jérusalem;
arrivée devant Archas (14 février 1099),
p. 178. — 35. Réunion de tous les princes,
sauf Bohémond; siège d’Archas (avril-mai
*099)ï P- — 36. Départ d'Archas
(16 mai 1099); traversée de la Palestine
jusqu’à Ramleh, p. 190. — 37. Arrivée
devant Jérusalem (7 juin 1099) et siège de
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258
TABLE DES MATIERES
Pages
la ville, p. 194. — 38. Prise de Jérusalem
(i5 juillet 1099), p. 200. — 39. Élection de
Godefroi de Bouillon (22 juillet) et bataille
d’Ascalon (12 août 1099), p. 206.
Appendice : Description d’Antioche . 220
Index . 224
NOGENT-LE-ROTROU, IMPR. DAUPBLBY-GOUVERNEUR.
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LES CLASSIQUES
DE L’HISTOIRE DE FRANCE
AU MOYEN AGE
PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE
LOUIS HALPHEN
Professeur à U Faculté des lettres de Bordeaux
La collection des Classiques de l'Histoire de France au moyen âge
paraît à la librairie Edouard Champion, 5, quai Malaquais, Paris.
!• Éginhard, Vie de Charlemagne, publiée et traduite par Louis
Halphen. Un vol. petit in-8o, de xxiv-128 pages (1923).
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Edition complète (texte et traduction) . . . 7 fr. 50 10 fr. »»
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Le dossier de l'affaire des Templiers, publié et traduit par
G. Lizbrand, professeur au lycée Michelet. Un vol. petit in-8o,
de XXiv-229 pages (1923)- Broché Relié
Prix pour les acheteurs ordinaires. ... 12 fr. 50 15 fr. »»
Prix pour les souscripteurs à la collection. 10 fr. »» 12 fr. 50
8* Commynes, Mémoires, publiés par J. Calmbttb, professeur à
la Faculté des lettres de Toulouse, avec la collaboration du
chanoine Durville; tome I®' (1464-1474). Un vol. petit in-8o,
de XXXVI-257 pages (1924). Broché Relié
Prix pour les acheteurs ordinaires. ... 15 fr. »» 18 fr. »»
Prix pour les souscripteurs à la collection . 12 fr 1» 15 fr. 9»
4. Histoire anonyme de la première croisade, publiée et traduite
par Louis Bréhier, professeur à la Faculté des lettres de Cler¬
mont-Ferrand. Un vol. petit in-8<*, de xxxvi-258 pages (1924).
Broché Relié
Prix pour les acheteurs ordinaires. .... 15 fr. »» 18 fr. »»
Prix pour les souscripteurs à la collection . 12 fr. > • 15 fr. » »
5. Commyiies, Mémoires, publiés par J. Calmette, professeur à
la Faculté des lettres de Toulouse, avec la collaboration du
chanoine Durville; tome II (1474-1483). Un vol. petit ^n-8®
(sous presse) .
6. Nithard, Histoire des fils de Louis le Pieux, avec le texte des
serments de Strasbourg, publiée et traduite par Ph. Lauer,
bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. Un vol. petit in-S^
(sous presse).
7. La chanson de la croisade albigeoise, publiée et traduite du pro-
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2
vençal par E. Martin-Chabot, archiviste aux Archives natio¬
nales; tome I®*. Un vol. petit in-S®.
Chastellain, Chronique, publiée par H. Stein, chargé de cours
à l’Ecole des chartes; tome I*' (1419-1422). Un vol. petit in-S®.
Paraîtront ensuite :
(Les volumes marqués d'un • par^tront parmi les premiers.)
Grégoire de Tours, Histoire des Francs, publiée et traduite par
L. Levillain, professeur au lycée Janson-de-Sailly.
•Frédégaîre, Chronique, pubÜée et traduite par L. Levillain.
Fortunat. Poésies, publiées et traduites par £. Galletier, pro¬
fesseur à la Faculté des lettres de Rennes.
Vies de saints de l’époqne mérovingienne (sainte Geneviève, saint
Remi, sainte Radegonde, saint Ouen, ssiint Eloi, saint Léger,
etc.), publiées et traduites par R. Fawtier, lecteur à l’Univer¬
sité de Manchester.
*Les Annales royales (741-829), publiées et traduites par Louis
Halphen.
Le « Codex Carolinus », publié et traduit par L. Halphen.
Le Moine de Saint-Gall, Histoire de Charlemagne, publiée et tra¬
duite par L. Halphen.
Éginhard. Correspondance, publiée et traduite par M^^® M. Bon-
DOis, professeur au lycée Molière.
Éginhard, Histoire de la translation des reliques de saint Marcellin
et de saint Pierre, publiée et traduite par M^*® M. Bondois.
Poésies carolingiennes, publiées et traduites par E. Faral, direc¬
teur d’études à l’Ecole des hautes études.
Capitulaires carolingiens, publiés et traduits par Mgr Lesne,
recteur des Facultés catholiques de Lille, et H. Lévy-Bruhl,
professeur à la Faculté de droit de Lille.
L’Astronome, Vie de Louis le Pieux, publiée et traduite par
L. Barrau-Dihigo, bibliothécaire de TUniversité de Paris, et
A ViDiER, inspecteur général des bibliothèques.
*Ermold le Noir, Poème sur Louis le Pieux, publié et traduit par
E Faral, directeur d'études à l'Ecole des hautes études.
Paschase Radbert, L'épitaphe d'Arsenius, publiée et traduite par
J. Calmette, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse.
*Loup de Ferrières, Correspondance, publiée et traduite par L. Le-
viLLAiN, professeur au lycée Janson-de-Sailly.
*Les Annales de Saint-Bertin (830-882), publiées et traduites par
F. Lot, membre de l'Institut, professeur à la Faculté des lettres
de Paris, et F. Grat, ancien élève de l’École des chartes.
Flodoard, Histoire de l'Eglise de Reims, publiée et traduite par
Ph. Lauer, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale.
•Abbon, Le siège de Paris par les Normands, poème latin publié
et traduit pzir R. Brunschvig, agrégé de l’Université.
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3
€r«rl>eit, Correspondance, publiée et traduite par F. Lot, membre
de l'Institut, professeur à la Faculté des lettres de Paris.
*Richer, Histoire, publiée et traduite par R. Latouche, archiviste
du département des Alpes-Maritimes.
Helgaud, Vie de Robert le Pieux, publiée et traduite par £. Mar¬
tin-Chabot, archiviste aux Archives nationales.
Polbcrt de Chartres, Correspondance, publiée et traduite par
R. Merlet, archiviste honoraire du département d’Eure-et-
Loir.
Adémar de Chabannes, Chronique, publiée et traduite par J. de
Font-Reaulx, archiviste du département de la Drôme.
Dndon de Saint-Quentin, Histoire des premiers ducs de Normandie,
publiée et traduite par H. Prentout, professeur à la Faculté
des lettres de Caen.
Guillaume de Poitiers, Histoire de Guillaume le Conquérant, pu¬
bliée et traduite par H. Prentout.
Les Miracles de saint Benoit, publiés et traduits par R. Fawtier.
Les historiens de la première croisade, publiés et traduits par
L. Bréhibr, professeur à la Faculté des lettres de Clermont
{suite) .
Baudri de Bonrgneil, Œuvres choisies, pubhées et traduites par
l'abbé F. Duine, aumônier du lycée de Rennes, et J. Porcher,
bibliothécaire à la Bibliothèque nationale.
Orderic Vital, Histoire de Normandie, publiée et traduite par
H. Omont, membre de l’Institut, conservateur du département
des manuscrits de la Bibliothèque nationale.
Suger, Vies de Louis VI et de Louis VII, publiées et traduites par
H. Waquet, archiviste du département du Finistère.
Guibert de Nogent, Mémoires, publiés et traduits par L. Halphen.
Itg de Chartres, Correspondance, publiée et traduite par A. Flichb,
professeur à la Faculté des lettres de Montpellier.
Les recueils épistolaires de Saint- Victor de Paris, pubUés et tra¬
duits par J
Geoffroi de Yigeois, Chronique, publiée et traduite par E. Martin-
Chabot, archiviste aux Archives nationales.
*yi]lehardouin, La conquête de Constantinople, publiée et traduite
par H. Lemaître, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque
nationale.
Pierre des Vaux-de-Cemay, Histoire de la croisade des Albigeois,
publiée et traduite par J. Calmettb, professeur à la Faculté
des lettres de Toulouse.
Gnillanme de Pnylanrens, Histoire de la croisade de^Albigeois,
publiée et traduite par J. Calmette.
La chanson de la croisade albigeoise, publiée et traduite du pro¬
vençal par E. Martin-Chabot, archiviste aux Archives natio¬
nales ; tome II et dernier.
Documents sur les rapports diplomatiques et féodaux des rois de
. Porcher, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale.
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4
France et des rois d’Angleterre (1154-1259), publiés et traduits
par F. M. Powicke, professeur à TUniversité de Manchester.
^Joinville, Vie de saint Louis, publiée et traduite par Mario
Roques et Louis Halphen.
Cleollroi de Beaulieu. Vie de saint Louis, publiée et traduite par
M. Bloch, professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg.
Poésies historiques des trouvères français des XII^ et XII 1^ siècles,
publiées et traduites par A. Jeanroy, membre de l’Institut,
professeur à la Faculté des lettres de Paris, et A. Langfors.
Poésies historiques des troubadours, publiées et traduites par
A. Jeanroy, membre de l’Institut, professeur à la Faculté
des lettres de Paris, et F. Benoit, membre de l’École française
de Rome.
Sermonnaires français des XII^-XIII^ siècles, publiés et traduits
par M. Bloch, professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg.
Enquêtes et documents sur la société française au XIII^ siècle, pu*
bliés et traduits par A. de Boüard, professeur à l'École des
chartes.
Documents relatifs à l'histoire de l'industrie drapière au moyen âge,
publiés et traduits par Henri Pirenne, professeur à l’Univer¬
sité de Gand, et G. Espinas.
Textes relatifs à la politique religieuse de Philippe le Bel, publiés
et traduits par G. Lizerand, professeur au lycée Michelet.
^Bernard Gni, Guide de l'inquisiteur, publié et traduit par l’abbé
G. Mollat, professeur à la Faculté de théologie catholique de
Strasbourg.
Géoftroi de Paris, Chronique en vers, publiée et traduite par A. Pau-
PHiLET et A. Kleinclausz, professeurs à la Faculté des lettres
de Lyon.
Froissart, Chroniques, publiées par H. Lemaître.
Jean de Venette. Chronique, publiée et traduite par F. Déprez,
professeur à la Faculté des lettres de Rennes.
Jouyenel des Ursins, Epttres et harangues, publiées et traduites
par Pierre Champion.
Jouyenel des Ursins, Chronique, publiée et traduite par L. Mirot,
archiviste aux Archives nationales.
Pamphlets et libelles de la guerre de Cent ans, publiés par L. Mirot.
La Pragmatique Sanction de Bourges, publiée et traduite par Oli¬
vier Martin, professeur à la Faculté de droit de Paris.
Monstrelet, Chronique, publiée par L. Celier, archiviste aux
Archives nationales.
*lliomas Basin, Histoire de Charles VII, publiée et traduite par
Ch. Samaran, archiviste aux Archives nationales.
Thomas Basin, Histoire de Louis XI, publiée et traduite par
Ch. Samaran.
^Chastellain, Chronique, publiée peir H. Stein, chargé de cours à
l'École des chartes; tomes II et suiv.
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*Commyne8, Mémoires, publiés par J. Calmbtte; tome III.
* Recueil de traités et documents diplomatiques des XI XI et
XV*^ siècles', série (1259-1380), par J. Viard, conservateur
adjoint aux Archives nationales; — 2® série (1380-1422), par
L. Mirot.
N. B. — Les souscripteurs à la collection bénéficient d'une
réduction de 20 o sur le prix des volumes brochés de l’édition
complète. On souscrit à la librairie Champion, 5, quai Malaquais,
Paris (vi®).
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LES CLASSIQUES FRANÇAIS
DU
MOYEN AGE
PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE
MARIO ROQUES
I. — CATALOGUE MÉTHODIQUE
Première série : TEXTES
POÉSIE ÉPIQUE
i4*. Gormont et Isbmbart, 2® éd. revue par Al¬
phonse Bayot . 4 fr. > »
22. Le Couronnement de Louis, éd. par Ernest
Langlois . 6 fr. » »
19*. La Chanson d’Aspremont, texte du ms. de Wol-
laton Hall, t. I, w. 1-6154, 2* éd. par Louis
Brandin . 9 fr. » »
25. — t. Il, w. 6155-11376, éd. par Louis
Brandin . 10 fr. » »
ROMANS ANTIQUES
42. Le Roman d’Eneas, éd. par J. -J. Salverda de
Grave .
29. Le Roman de Troie en prose, éd. par Léopold
CoNSTANS et Edmond Faral, 1. 1 . 8 fr. » »
ROMANS D’AVENTURE
12®. Berool, Le Roman de Tristan, 2® éd. revue par
Ernest Muret . 7 fr. » »
38. Benaut de Beaojeu, Le Bel Inconnu, éd. par Gla-
DYs Williams .
37. Benaot, Galeran de Bretagne, éd. par Lucien
Poulet .
33. La Qubstb DEL saint Graal, éd. par Albert Pau-
philbt . 14 fr. » »
28. Gerbert de Montreuil, La Continuation de Perce-
val, 1. 1, w. 1-7020, éd. par Mary Williams. . 8 fr. » »
CONTES ET FABLIAUX
26. PiRAMUs ET Tisbé, éd. par C. de Boer . 3 fr. » »
20. Gautier d'Aupais, éd. par Edmond Faral . i fr. 95
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7
I**. La Chastelaine de Vergi, éd. par Gaston Ray¬
naud, 3® éd. revue par Lucien Poulet . 2 fr. ■ »
8*. Haon le Roi, Le Vair Palefroi, 2® éd. revue par
ÂRTUR Langfors . 3 fr. 50
II
Artur Langfors . 3 fr. 50
M
tur Langfors . 3 fr. 50
POÉSIE LYRIQUE
PROVENÇALE
9. Goillaame IX, Chansons, éd. par Alfred Jban-
ROY . 2 fr. 25
M
15. Janfré Badel, Chansons, par Alfred Jeanroy. . . i fr. 50
II*. Peire Vidal, Poésies, 2® éd. revue par Joseph An-
glade . 5 fr. 25
39. Jongleurs et troubadours gascons, éd. par Alfred
Jeanroy . 3 fr. 50
française
24. Conon de Béthune, Chansons, éd. par Axel Wal-
LENSKOLD . 3 fr. > >
7*, Colin Muset. Chansons, 2® éd. revue par Joseph
Bédibr .
23. Chansons satiriques et bachiques du xiii® s.,
éd. par Alfred Jeanroy et Artur Langfors. 7 fr. 50
34. Charles d’Orléans, Poésies, t. I, Retenue d'A-
mours, ballades, chansons, complaintes et en¬
rôles, par Pierre Champion . 14 fr. » a
2*. François Villon, Œuvres, éd. par Auguste Lon-
GNON, 3® éd. revue par Lucien Poulet . 8 fr. » »
LITTÉRATURE DRAMATIQUE
5®. Le Garçon et l’Aveugle, 2® éd. revue par Mario
Roques . x fr. 50
3®. Courtois d’Arras, 2® éd. revue par Edmond Pa-
RAL . 2 fr. » •
1 1
vue par Ernest Langlois . . 4 fr. 50
41. — Le Jeu de Robin et Marion, éd. par Er¬
nest Langlois .
— Le Jeu du Pèlerin, éd. par Ernest Langlois. . . 4 fr. 50
30. La Passion du Palatinus, éd. par Grâce Prank. 6 fr. » »
35. Maître Pierre Pathblin, éd. par Richard T.
Holbrook .
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8
HISTOIRE
40. Robert de Clari, La Prise de Constantinople, éd.
par Philippe Lauer .
10. Philippe de NoTare, Mémoires, éd. par Charles
Kobler . 5 fr. 25
32. Alain Chartier, Le Quadrilogub invectif, éd. par
Eugénie Droz . 4 fr. » »
LITTÉRATURE DIDACTIQUE
13. Haon le Roi de Cambrai, ABC par ekivoche, éd.
par Artur Langpors . 2 fr. 65
31. Jehan le Teintnrier d’Arras, Le Mariage des sept
Arts, éd. par Artur Langfors . 2 fr. 75
— Le Mariage des sept Arts (anonyme), éd. par
Artur Langpors . . . 2 fr. 75
LITTÉRATURE RELIGIEUSE
provençale
36. Le Poème de Sancta Fidbs, éd. par Antoine
Thomas .
17. Bertran de Marseille, La Vie de sainte Enimie,
éd. par Clovis Brunel . 3 fr. » *
FRANÇAISE
4**. La Vie de saint Alexis, texte critique de Gas¬
ton Paris, 3* éd. revue . 2 fr. 75
13. Hnoo le Roi de Cambrai, Ave Maria en roman et
Descrission des religions, éd. par Arthur
Langfors . 2 fr. 65
Deuxième série : MANUELS
BIBLIOGRAPHIE
16. Bibliographie sommaire des chansonniers pro¬
vençaux, par Alfred Jeanroy . 3 ir. 40
18. Bibliographie sommaire des chansonniers
français, par Alfred Jeanroy . 3 fr. 40
GRAMMAIRE
21*. Petite syntaxe de l’ancien français, par Lu¬
cien Poulet, 2* éd. revue . 10 fr. » »
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9
II. _ table chronologique
TEXTES PROVENÇAUX
X7® siècle. — 36. Lb Poeme de Sancta Fides. . . .
9. Les Chansons de Guillanme IX. 2 ix. 25
XII^ siècle. — 27. Les Poésies de Cercamon . 2 fr. 50
15. Les Chansons de Janlré Rudel. . 1 fr. 50
II*. Les Poésies de Peire Vidal. ... 5 fr. 25
39. Jongleurs et troubadours gas¬
cons . 3 50
XJII^ siècle. — 17. Bertran de Marseille, La Vie de
sainte Enimie . 3 fr. » »
39. Jongleurs et troubadours gas¬
cons . 3 fr. 50
TEXTES FRANÇAIS
-Y/e siècle. — 4**. La Vie de saint Alexis . 2 fr. 75
Xll^ siècle. — 14*. Gormont et Isembart . 4 fr. » »
22. Le Couronnement de Louis. . . 6 fr. • »
26. PiRAMUS ET TiSBÉ . 3 ff. » »
42. Le Roman d’Eneas .
12*. Beroal, Le Roman de Tristan. 7 fr. • »
i9* et 25. La Chanson d'Aspre-
24. Les Chansons de Conon de Bé-
thone . 3 fr. » »
38. Benaut de Beaujeu, Le Bel In¬
connu .
XIIl^ siècle. — 40. Robert de Clari, La Prise de
Constantinople .
33. La Qüeste DEL saint Graal. ... 14 fr. » »
28. Gerbert de Montreail, Perceval. 8 fr. » »
37. Renaat, Galbran de Bretagne.
3*. Courtois d’Arras . 2 fr. » »
7*. Les Chansons de Colin Muset. . .
13. Hnon le Roi de Cambrai, Œu¬
vres . 2 fr. 65
S*. Huon le Roi, Le Vair Palefroi. 3 fr. 50
— Hnon de Cambrai, La Male
Honte . 3 50
— Guillaume, La Male Honte . 3 fr. 50
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lO
I**. La Chastblaine de Vergi.... 2 fr. ■ »
20. Gautier d’ Aurais . i fr. 95
10. Philippe de Norarre, Mémoires.. 5 fr. 25
M
Feuillée . 4 fr. 50
5*. Le Garçon et l’Aveugle . i fr. 50
41. Adam le Bossa, Le Jeu de Robin
ET Marion . i fr. 50
— Le Jeu du Pèlerin . i fr. 50
29. Le Roman de Troie en prose.
T. 1 . 8 fr. » »
23. Chansons satiriques et ba>
CHIQUES . 7 fr. 50
31. Jehan le Telntorier, Le Mariage
DES SEPT Arts . 2 fr. 75
— Le Mariage des sept Arts (ano¬
nyme) . 2 fr. 75
XI siècle, — 30. La Passion du Palatinüs . 6 fr. ■ ■
XV^ siècle. — 32. Alain Chartier, Le Quadrilogue
INVECTIF . 4 fr. ■ ■
2**. François Villon, Œuvres . 8 fr. ■ »
35. Maître Pierre Pathelin .
34. Charles d’Orléans, Poésies . 14 fr. »»
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